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Bon, on va être clair, on n’est pas sûr que Le stagiaire des affiches s’appelle Régis. Et on n’est même pas sûr que derrière ce stagiaire ne se cache pas un duo, voire une équipe.
Toujours est-il que le site du Stagiaire des affiches fait partie de ces espaces parfaitement inutiles mais avant tout réjouissants, tout en égratignant le milieu de la communication et du cinéma.
Le stagiaire nous fait découvrir les recettes bidouillées pour les affiches de films populaires – le plus souvent des comédies françaises – qui sont sensés nous pousser dans les salles obscures – du moins, lorsqu’elles rouvriront :"Un jour en regardant mes affiches des Gremlins et de Retour vers le futur j’ai été triste. Je me suis dis qu’on en faisait plus des comme ça. Alors je me suis inscrit dans une école d’affiches de cinéma et depuis j’apprends plein de techniques géniales !!"
Grâce à la rubrique "Travaux pratiques", notre stagiaire propose les trucs et astuces – toujours les mêmes. Le "cahier des charges" reste finalement assez simple, comme on le découvre : Fond bleu azuréen, "calques d’eau numériques, police jaune, lettrages "écrabouillitude du protagoniste qui est tout étouffé par sa famille étouffante", et des dégradés, en veux tu en voilà.
Pas sérieux, inutile, mais c’est aussi ça qui rend le site incontournable
Pas de jaloux : les blockbusters américains ont droit au même traitement : jeux sur les logos, utilisation de Photoshop pour rajeunir les visages, poses surjouées des héros ou héroïnes…
Derrière la satisfaction de notre stagiaire devant des affiches aussi classieuses – ou pas – se cache évidemment un humour au second degré.
On trouvera également une rubrique sur les affiches refusées et un focus sur le festival de Cannes.
Le stagiaire propose enfin le Rigolance Generator, un outil complètement hilarant : un générateur de scénario de comédie française. Nous avons généré notre pitch, digne sans nul doute de figurer parmi les catalogues des maisons de prod : "Après avoir pris un ecsta par erreur, Jennifer, une ch'ti paranoïaque (Isabelle Nanty) doit suivre une recette à base d’œufs durs avec un comptable libertin (Tarek Boudali). Ce duo bigarré surmontera ses préjugés lors d'une messe très rock'n'roll."
Tour cela n’est pas sérieux, parfaitement inutile, vous disais-je. Mais c’est aussi ça qui rend le site incontournable.
Il est probable que ce film norvégien vous ait échappé. Pour parler du thriller La femme dans le frigo, il faut commencer par s'arrêter sur le synopsis : Varg Veum est engagé par une compagnie pétrolière pour retrouver un ingénieur disparu: Arne Samuelsen. En se rendant au domicile de ce dernier, Varg découvre une femme découpée en morceaux dans le frigo. Un frigo ! Voilà qui ne pouvait qu'intéresser notre chroniqueur deL’Œil du frigo.
Voilà un film comme je les aime. C'est brut âpre, rugueux et froid. Forcément pour un film norvégien, ce n'est pas très chaleureux. La scène est divine, pas de parole, une lenteur telle, qu'on pourrait penser que la scène est au ralenti. Tout ceci ne présage rien de bon. Déjà, le titre... Pour ceux qui, comme moi, sont fanas du norvégien, je vous donne le titre en VO parait que c'est la mode : Varg Veum – Kvinnen i kjøleskapet. Et pour tout ceux qui ont du mal avec le norvégien - franchement, au XXIe siècle, je trouve ça déplorable - sachez que "kjøleskapet" veut dire "frigo". Pour le reste, faudra un peu faire fonctionner vos méninges dans ce froid glacial.
Trond Espen Seim joue ce personnage étrange de Varg Veum, celui qui dans cet appartement s'approche doucement de la scène du titre. Évidemment, tout le monde s'y attend : on sait d'avance qu'il y a quelque chose de pas net dans le frigo, vu que tout ce qui est sur le sol était dans le frigo. Je vous rappelle quand même qu'on a déjà vu une jolie jeune femme enfermée dans un frigo dans Savages frigo, et que Zuul vit au fond du frigo "Ghostbuster fridge" quant à Indiana Jones dans son frigo... Bon va falloir réviser vos classiques les amis !
Bref, plus il s'approche plus on sent bien que le frigo a été vidé : quelle aberration ! Un frigo, c'est vraiment fait pour être rempli. On se doute donc que quelqu'un y a mis une femme et qu'elle a beaucoup saigné. Nous, on sait, mais pas Trond qui n'a pas eu le titre dans le scénario. A noter que cette scène se passe au début du film. Au moins, on est clair, pas de suspense ! Donc, quand il ouvre, c'est la stupéfaction, voire la gerbe complète : comme cette femme ne rentrait pas dans le frigo, il a fallu la découper. Pourquoi un tel geste ? Pourquoi cette sauvagerie frigoristique ? Pas le temps de se poser beaucoup de questions : notre héros se prend un coup sur la tête et finit dans les vapes. Mais juste avant de s'évanouir, le réalisateur nous gratifie d'un plan de plus en contre plongée, flou et sanguinolent. Toute la détermination de l’enquête se trouve dans ce plan tourné vers ce frigo de la femme tronc. C'est prodigieux !
Je ne vous ferai aucune recette avec ce chou posé par terre, car je ne mange jamais de chou, encore moins les choux norvégiens posés par terre (à noter que chou prend un "x" au pluriel comme hibou, caillou...). On peut juste dire que la porte n'a pas été vidée et que les condiments sont bien à leur place. Le tueur est un gros malin : franchement ça c'est une piste.
Allez mettez votre doudoune et bon film.
ODF
La femme dans le frigo, thriller norvégien d'Alexander Eik avec Bjorn Floberg, Dennis Storhoi, Christian Rubeck 2008, 90 mn
Connaissez-vous ce film de Ridely Scott, intitulé Les Associés ? Non ? L’Œil du frigo propose de vous le faire découvrir, avec une chronique frigoristique autant que cinématographique.
Voici un film de Ridley Scott avec Nicolas Cage. Une vaste arnaque dont je ne révélerai rien, pas même le début de l'histoire pour ne pas vous gâcher le film.
Ce que je peux dire c'est que Nicolas retrouve sa fille illégitime et qu'elle vient perturber sa vie. A tel point qu'elle le fait sortir de sa zone de confort, entendons nous bien : sa zone de frigo. En effet Nicolas ne mange que des boites de thon . A gauche ce que mange la jeune adolescente (affiché avec un post it "Her") et à droite ce que s'enfile son père illégitime (avec un post it "His"). Ça laisse pantois !
Une belle bouteille de la marque DaSani trône en haut du frigo, juste au dessus du thon : il faut bien se désaltérer. On a bien deux façons de ranger le frigo : l'une verticale, l'autre horizontale. Est-ce à voir avec la suite du film ? Franchement, je ne peux pas vous le dire. On peut noter quand même que la peau de banane posée comme ça négligemment à l'intérieur du frigo nous donne une indication... Sinon, franchement, pourquoi laisser une peau de banane à cet endroit ? Si j'étais ODF, je me poserais la question ! Nous avons droit aussi à une belle porte, bien achalandée et du Lait Skim Plus qui trône sur la porte. En bref, il faut manger du thon et boire du lait pour être en forme. Ooù sont donc passés nos cinq fruits et légumes?
Mais la partie la plus belle, c'est la fascination de Nicolas pour la loupiote du frigo. Sa fille vient de partir chez sa mère et elle lui manque. Alors, il regarde comment elle a rangé le frigo. Comme elle est rentrée dans sa vie par effraction, et forcément son frigo l'a ressenti. Cela lui fait tellement de bien qu'en plus du frigo, il met le son. La voix et le frigo et son petit cœur de père est soulagé. On ne parlera jamais assez de l'effet thérapeutique du frigo sur les pères en détresse. "Un seul être vous manque et le frigo est dépeuplé."
Un bon petit film à voir sur l'effet placebo et sur les priorités de la vie.
ODF
Les Associés, policier américain de Ridley Scott avec Nicolas Cage, Sam Rockwell et Alison Lohman 2003, 116 mn
Pour cette nouvelle chronique consacrée au film Chute libre, L’Œil du frigo va vous jeter un froid. Le bloggeur avait un a priori négatif sur ce film de Joël Schumacher, et puis est arrivé Philippe et son œil cinématographique et frigoristique averti : émotions assurées. Alors, oui : Chute libre est vraiment à découvrir ou redécouvrir !
Alors nous voici dans l'art du cinéma et du frigo. Dans ce film magnifique où un homme perd toute sa raison et tombe en chute libre jusqu'à la fin du film, un autre homme sort toute son humanité face à la vie. Robert Duvall cherche à comprendre qui est le fou furieux qui tire sur tout le monde. Cet homme, dont c'est le dernier jour dans la police, s'intéresse à cet autre homme. A son désarroi, à ce qui fait que toute sa vie a basculé, à son malheur.
Il est ainsi fait, doué d'un amour fabuleux envers sa femme, celle qui angoisse pour sa vie, celle qui veut qu'il rentre, celle à qui il va chanter une chanson pour la rassurer. Il n'est pas dupe, il connaît sa dépression et il quitte la police pour elle. Elle lui parle comme une enfant et se place devant un énorme frigo qui ne s'ouvrira pas. Il était enfin temps de parler de ces frigos qui ne s'ouvrent pas. Le réalisateur cadre sa femme et garde le haut du frigo où les petits mots d'une vie sont accrochés. Le bas du frigo est vide. Aucune photo ni dessin, aucune liste. Le couple se nourrit mais n'interagit pas avec le frigo. La scène est longue, le cadre du frigo et leur petite vie écrasent l'écran. Comme une mise en abîme frigoristique, un écran dans l'écran, un écran dans le frigo !
La scène touchante et bordée d'humanité montre le désarroi de ce couple, frappé par le malheur et que seule leur précieuse humanité a fait tenir debout. Le frigo ne s'ouvre pas, parce que la vie est dure, imposante, et qu'on la prend souvent en pleine gueule. Mais pas question de se laisser bouffer, pas de fioriture, on reste debout, on tient bon. Et puis la caméra descend sur la photo d'une petite fille. On comprend alors tout de suite d'où vient ce mal être, pourquoi il n'y a pas de photo de joie sur le bas du frigo. Un couple qui vieillit autour de la disparition de leur petite fille. Ça vous laisse un frigo vide de bonheur et de couleur. Robert Duvall le sait : pas la peine de faire la morale, ni de se soustraire. La vie est là, debout, prête à affronter le frigo et sa perte de joie. Il peut encore sauver une vie, voire plusieurs. ll est aujourd'hui l'homme qui comprend et saura faire face. Une scène magnifique où le frigo monolithique sert de totem à l'image. On peut être en chute libre et rester profondément humain.
Un magnifique film sur la perte.
A voir Absolument.
ODF
Chute libre, thriller américain de Joel Schumacher avec Michael Douglas, Robert Duvall et Barbara Hershey 1993, 113 mn
Comparer les films Les Misérables, sorti il y a un an, et La Haine, dont nous fêtons cette année le 25e anniversaire a tout son intérêt, et mérite que l’on s’arrête sur ses deux films aux multiples points communs, mais aussi aux choix narratifs et visuels parfois différents, sinon opposés.
Deux long-métrages salués par la critique, multi-primés (Prix du Jury au Festival de Cannes, César du meilleur film et représentant de la France aux Oscars pour Les Misérables et Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, César du meilleur film et Prix Lumières pour La Haine), sans compter un large succès public et l’impression qu’ils marquent leur époque – même si, pour le film de Ladj Ly, il faudra attendre quelques années avant de l’affirmer de manière catégorique.
La première ressemblance de taille de ces longs-métrages français réside évidemment dans la thématique et le décor : la banlieue parisienne et ses délaissés sociaux, qui se trouvent être des jeunes gens. Nous serions tentés de préciser qu’à chaque fois il s’agit de garçons et de jeunes hommes, les filles étant réduites le plus souvent à des seconds rôles, voire de la figuration, si l’on excepte toutefois la scène d’interpellation des jeunes filles à l’arrêt de bus dans Les Misérables ou à la scène de drague dans une galerie d’art dans La Haine.
Ajoutons aussi que le mimétisme entre les deux films concerne aussi bien le minutage (5 mn seulement de différence) que le traitement des personnages puisqu’à chaque fois c’est un trio que nous suivons – masculin, répétons-le : Damien/Bento-Chris-Gwada (Damien Bonnard, Alexis Manenti et Djebril Zonga) pour Les Misérables et Vinz-Saïd-Hubert pour La Haine (au passage, les scénaristes ont choisi les prénoms des acteurs : Vincent Cassel, Hubert Koundé et Saïd Taghmaoui).
Le mimétisme entre les deux films concerne aussi bien le minutage que le traitement des personnages
Pour ces deux films que 25 ans séparent, la ligne narrative est simple : une journée a priori ordinaire au cours de laquelle trois personnages principaux traînent leur mal-être dans une cité populaire ravagée par la pauvreté, la saleté, les petites magouilles et le désœuvrement de ses habitants. Ici, nous avons trois ados allant d’un barbecue au sommet d’un immeuble à une excursion dans les beaux quartiers parisiens (La Haine) ; là, trois policiers font leur travail de ronde dans une ambiance lourde et vite explosive (Les Misérables). Le mimétisme entre ces deux films – n’en déplaise à Ladji Li – va jusqu’à la présence impromptue, voire surréaliste, de deux animaux : dans le film de 2019, un lionceau volé est le déclencheur d’une intrigue prête à exploser, alors que Mathieu Kassovitz fait de l’apparition d’une vache au milieu des tours un rare moment poétique, mais qui n’aura qu’une importance relative dans le scénario.
"Une journée dans la vie de trois banlieusards", semblent nous dire les réalisateurs, sans toutefois que Ladji Li ne choisisse d’élargir son sujet sur une société fracturée, en évoquant la communion de tout un peuple lors de la coupe du monde de football de 2018 et la victoire de l’équipe de France. Ironique, car la parenthèse se referme bien vite pour plonger dans le drame de banlieues oubliées.
Même s’il a nuancé ses propos, Mathieu Kassovitz a présenté lors de sa sortie en 1995 La Haine comme un film coup de poing "anti-flic." Ladji Li se montre singulièrement plus nuancé, alors qu’à l’époque de la sortie du film les violences policières étaient au cœur de l’actualité. En suivant non pas des jeunes de banlieue mais des policiers, le réalisateur prend le parti de la nuance, ce qui n’exclue pas la sévérité. La violence est omniprésente et n’est surtout pas dans le seul camp des policiers – Bento faisant même preuve d’une civilité frôlant la naïveté. Mathieu Kassovitz n’a pas non plus fait le choix du manichéisme, en dépit de sa charge contre les abus policiers (lors par exemple de la scène de la garde à vue) : les dernières minutes du film font de La Haine cet impitoyable brûlot renvoyant dos à dos policiers violents et adolescents desociabilisés et devenus haineux.
Esthétiquement, c’est là que les deux films divergent le plus, ce qui n’a pas empêché les réalisateurs d’obtenir chacun un prix de la mise en scène à Cannes. Pour Les Misérables, Ladji Li adopte un parti-pris naturaliste et hyperréaliste. L’utilisation de scènes filmées par drones a toute sa pertinence, puisque c’est un de ces appareils qui va être l’un des moteurs du drame. Mathieu Kassovitz choisit par contre une réalisation des plus classiques dans La Haine, tranchant radicalement avec une thématique très actuelle et le décor hyper contemporain : noir et blanc somptueux, cadrages travaillés, travellings lents, scènes larges et mouvements de caméra choisis avec soin.
Deux films, deux époques, deux esthétiques mais un seul discours alarmiste sur la réalité des banlieues. Alors, oui, il n’y a pas dans La Haine ces éléments plus contemporains qui sont apparus depuis dans les banlieues (téléphones mobiles, réseaux sociaux omniprésents ou barbus islamistes), mais le discours de ces deux grands films disent finalement la même chose de ces zones abandonnées.
Aubusson et Miyazaki : voir ces deux termes accolés peut laisser dubitatif. Une petite ville de Province et un génie du dessin animé et du cinéma. C’est pourtant bien dans cette sous-préfecture de de la Creuse, capitale de la tapisserie et dont le savoir-faire a été classé au Patrimoine Culturel Immatériel de l’humanité par l’UNESCO en 2009, qu’aura lieu une des rencontres artistiques les plus passionnantes.
La Cité internationale de la tapisserie a en effet signé une convention avec le Studio Ghibli Inc. pour la réalisation d’une série de tapisseries d’Aubusson monumentales extraites de grands films signés du maître de l’animation japonaise, Hayao Miyazaki. Cette nouvelle tenture-événement réalisée entre 2020 et 2023 est destinée à rejoindre les collections de la Cité.
Rappelons au passage qu’un ensemble de tapisseries sur le même sujet est appelé une tenture. Ces tissages, souvent de 6 à 8 pièces, peuvent compter jusqu’à plus de 12 ou 14 tapisseries assorties. Ce n’est pas une première pour le musée de la tapisserie qui s’était lancé en 2017 dans un projet incroyable : une première tenture-événement, "Aubusson tisse Tolkien", composée de 13 tapisseries et un tapis d’après des illustrations originales de J.R.R. Tolkien. Les premières pièces avaient été présentées à la BNF à l’occasion de sa grande exposition consacrée à Tolkien en 2019-2020.
Voir une partie de l’œuvre de Miyazaki tissée à Aubusson peut surprendre et apparaître incongru. Mais c’est oublier que, depuis ses origines au XVe siècle, la tapisserie d’Aubusson s’est intéressée aux grandes tentures narratives, à l’exemple des récits d’Homère d’après Isaac Moillon (XVIIe siècle), de L’Histoire d’Alexandre d’après Charles Le Brun (XVIIIe siècle) ou de l’histoire de Renaud et Armide tiré de La Jérusalem délivrée par Torquato Tasso. Cette tradition s’est perdue au XIXe siècle, avant de revenir en force avec les romans de fantasy de Tolkien puis, à partir de cette année donc, avec les mangas de Miyazaki.
La tradition des tentures narratives s’est perdue au XIXe siècle avant de revenir en force avec les romans de fantasy de Tolkien
La Cité internationale de la tapisserie a choisi avec le Studio Ghibli de reproduire sur tapisserie des images extraites de Princesse Mononoké (1987, "Ashitaka and Yakul in the forest", projet de tapisserie de 5 x 4,60 m), Le Voyage de Chihiro (2001, "Chihiro presented to No Face", projet de tapisserie de 3 x 7,50 m), Le Château ambulant (2004, "The Moving Castle at sunset", projet de tapisserie de 5 x 5 m et "Old Sophie at Howl’s bedside", projet de tapisserie de 3 x 5,60 m) et Nausicaä de la vallée du vent (1994, "(Panoramic view of the Omus", projet de tapisserie de 2 x 10 m).
Les visiteurs peuvent découvrir depuis le 17 octobre un espace de présentation du projet au sein de la plateforme de création contemporaine de la Cité, puisque la réalisation de ces tapisseries monumentales va s’étaler de 2020 à 2023. La Cité d’Aubusson parle de défi à plus d’un titre, car passer d’’une sélection d’images de dessins animés à des tentures de grande taille pouvant illustrer un univers en mouvement nécessite un important savoir-faire. Bruno Ythier, conservateur de la Cité internationale de la tapisserie, a formulé ainsi ce travail de transposition : "Ce n’est pas un simple agrandissement, les lissiers racontent souvent cette anecdote : « Vous partez d’une rose qui est minuscule sur le dessin, si vous l’agrandissez bêtement sans réfléchir, vous vous retrouvez avec un chou. Il faut retravailler l’agrandissement à mesure pour retrouver l’esprit du dessin original. Un ensemble de paramètres techniques doivent être pris en compte. »"
Début 2021, le premier tissage, celui tiré du film Princesse Mononoké, devrait être lancé, avant d’être terminé l’année suivante.
Les œuvres de la tenture seront exposées au fur et à mesure de leur réalisation. Elles seront visibles dans le parcours d’exposition de la Cité. À terme, un espace spécifique leur sera consacré. Les fans de Miyazaki seront sans doute les premiers à venir admirer les résultats finaux.
Cité internationale de la tapisserie – Aubusson (23) Ouverture de septembre à juin, de 9h30-12h et 14h-18h fermé le mardi. Et de juillet et août, de 10h-18h. Tous les jours sauf le mardi: 14h-18h. Fermeture annuelle : mois de janvier. www.cite-tapisserie.fr
L’Œil du frigo propose de revenir sur un des grands films de 2013, American Bluff, au succès public autant que critique. Cette histoire d'infiltration dans le milieu politique des années 70 est l'occasion pour notre chroniqueur frigoristique de s'intéresser à la choucroute de l'artiste principale.
Un film bluffant de David O. Russell à qui on doit l'excellent Happiness Thérapy. On y croise Christian Bale qui a déjà fait la une de l'Œil du frigo et la magnétique Jennifer Laurence, ici avec une choucroute sur la tête qui évoque l'âge d'or de la fin des années 70. A noter qu'il n'y pas de choucroute dans le frigo : j'aurais trouvé cette mise en abîme plutôt marrante. Il va falloir qu'on invente un nouveau poste dans le cinéma : assistant réalisateur du Frigo. C'est pas un poste à temps complet, mais comme le démontre l'oeil du frigo depuis un certain temps, y a du boulot dans cette niche frigoristique.
Pour une fois, on ne voit pas l'ouverture de la porte du frigo. La conversation bat son plein et on tombe nez à nez avec un frigo, bas, petit et sale. On y voit des pommes, des œufs à coquille blanche, notre fameux ketchup et des restes de salade qui valent à Jennifer une belle remarque sur la tenue du frigo qu'elle devrait nettoyer de temps en temps, au lieu de s'occuper de sa choucroute. C 'est un brin machiste, mais quand même : il faut dire qu'il en y en a vraiment partout. Personnellement, si j'avais été nommé assistant réalisateur du Frigo, j'aurais opté pour un salade frisée, juste pour faire contraste avec ladite choucroute.
Et pour votre information personnelle sachez que les œufs blancs sont pondus par des poules de race Leghorn. Cette poule est originaire d’Italie et comme nous sommes en plein délire mafieux avec l'arrivée prochaine dans le film de Robert de Niro, je dirais qu'un flash forward est utilisé brièvement avec ce frigo pour nous installer de façon inconsciente dans le futur merdier dans lequel va se retrouver Christian Bale, notre escroc en titre qui escroque la mafia sous les ordres du FBI - mais en escroquant aussi le FBI. Bref, un serpent de mer dont seul le frigo en sort indemne... Deux minutes, je reprends mon souffle.
Pour le reste je serais curieux de voir quels dégâts pourrait faire une fouine dans un frigo !
Bon film.
ODF
American Bluff, policier américain de David O. Russell avec Christian Bale, Amy Adams, Bradley Cooper et Jennifer Lawrence 2013, 138 mn
En cette période où le courant apocalyptique et post-apocalyptique est devenu un genre en vogue, pour le meilleur et pour le pire, intéressons-nous à un de ces nombreux court-métrages, La dernière prophétie. Ce dessin animé d’un peu plus de 3 minutes frappe par le soin graphique, à telle enseigne que le voir développer en long-métrage (qui est le projet originel), voire en série, ne serait pas une absurdité.
Romain Demongeot s’était fait remarquer avec ses deux premiers courts métrages, Love 2062 (2012), déjà un film d’anticipation autour de la pollution, puis Krokodil Requiem, (2016) qui entendait sensibiliser à la drogue.
Tout aussi engagé et new age, La dernière prophétie est un voyage dans le temps et dans l’espace. C'est aussi une vraie réflexion utopique, singulièrement rare dans la mouvance millénariste. Les auteurs du court-métrage (Romain Demongeot, Sebastien Novac et Elvire Cheret) imaginent la manière dont les hommes pourraient se saisir des religions monothéistes mais aussi de l’intelligence artificielle pour donner une nouvelle chance aux quelques humains réfugiés sur une autre planète habitable.
Romain Demongeot a condensé en quelques minutes ce récit de SF, qui est aussi une autre manière de mettre l’humanisme au cœur du discours.
Cette curiosité qu’est La dernière prophétie est à surveiller d’autant plus près qu’il pourrait bien devenir un projet de grande envergure. C’est tout le mal que nous lui souhaitons.