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  • Logique comics

    La logique et les mathématiques : tel est l'objet de Logicomix, une des toutes meilleures bandes dessinées de ces dix dernières années. Le personnage principal ? Rien de moins que Bertrand Russell (1892-1970), philosophe connu pour son Histoire de la Philosophe occidentale (1945), pacifiste, mathématicien et logicien.

    Lorsque Logicomix débute, les auteurs de la bande dessinées, qui se sont eux-mêmes mis en scène et en image, s'interrogent sur la ligne à suivre pour leur ouvrage. Ils choisissent de le faire démarrer en septembre 1939, lorsque Bertrand Russell est sollicité par des isolationnistes de l'Université de Princeton. Dans une atmosphère fiévreuse, le mathématicien et pacifiste depuis la première guerre mondiale, raconte son existence devant des étudiants tour à tour électrisés, passionnés, dubitatifs et conquis.

    Bertrand Russell ne cache rien des cinquante premières années de sa vie : son enfance d'orphelin dans le manoir inquiétant de Penbroke Lodge, sa découverte des mathématiques,son initiation à la logique grâce à George Edward Moore, son ambition de donner une base solide aux sciences et aux mathématiques. Le cœur de Logicomix réside dans les travaux et l'écriture, avec Alfred North Whitehead, des Principia Mathematica, ainsi que la vie amoureuse de Russell depuis sa rencontre et sa relation ambiguë avec Alys Whitebread.

    Grâce à son scénario brillant, qui s'étale sur presque 350 pages, ce roman graphique englobe une masse incroyable de savoirs : mathématiques, logique, philosophie, mythologie, art et littérature. Il est question des ambitions et des doutes de Bertrand Russell mais aussi de ses homologues mathématiciens et logiciens, souvent connus uniquement pour leurs travaux : Georg Cantor, Gottlob Frege, Kurt Gödel, David Hilbert, Henri Poincaré, Alan Turing, John Von Neumann ou Ludwig Wittgenstein. Des notes explicatives en fin de livre éclairent un peu plus les parcours de ces scientifiques.

    Avec un sens de la vulgarisation remarquable, les auteurs de Logicomix, Apóstolos K. Doxiàdis, Christos Papadimitriou, Alecos Papadatos et Annie Di Donna, parviennent à dévoiler au plus néophyte des lecteurs quelques notions de mathématiques et de logique : l'algorithme, la théorie des ensembles (plus complexe qu'il n'y paraît), le théorème d'incomplétude, le paradoxe de Russell ou l'auto-référence. L'auto-référence est d'ailleurs au cœur du concept artistique de Logicomix.

    On peut trouver la facture graphique de Logicomix – très ligne claire – assez peu révolutionnaire. Il n'empêche que ce roman graphique est une réussite prodigieuse, au point d'avoir été salué comme une des meilleurs bandes dessinées de ces dix dernières années et comme l'un des ouvrages majeurs de l'année 2009.

    Apóstolos K. Doxiàdis, Christos Papadimitriou, Alecos Papadatos et Annie Di Donna,
    Logicomix, éd. Vuibert, 2009, 348 p.

  • Bill Viola sur les épaules des Impressionnistes

    Bill-Viola-reverse-television.jpgNormandie Impressionniste célèbre cette année le portrait. Parmi les 800 manifestations, la galerie Duchamp, à Yvetot (Seine-Maritime), propose de s’intéresser à la place du portrait dans notre société contemporaine, obnubilée par les écrans et l’hyperpersonnalisation (réseaux sociaux, selfies, omniprésence de la photo et de la vidéo).

    Dans ces conditions comment l’art numérique peut-il aborder le portrait ? À leur époque, les impressionnistes ont été novateurs dans leur manière de représenter ce sujet : "Les impressionnistes ont tiré une force vitale de la révolution industrielle, de la vitesse des transports, des évolutions technologiques de leur temps" dit à juste titre Fleur Helluin, artiste exposante et à l’origine de la manifestation à la galerie Duchamp, "L’empreinte directe du vécu sur le temps", du 2 mai au 30 juin 2016.

    À Yvetot, cet événement interrogera la représentation de la figure à l'heure de la révolution numérique, à travers une approche pluridisciplinaire : des peintures de Fleur Helluin (Bear et Shooting, 2013), des installations de Sébastien Hilldebrand (Figures de style, 2014), un rapport de faux souvenirs d’Aurore Gosalbo (Rapport 1984, 2015) et une vidéo de Bill Viola, Reverse Television (Reverse Television - Portraits of Viewers, 1984).

    Bill Viola est une figure majeure de l’art vidéo qu'il utilise au travers d'installations parfois monumentales. Ses œuvres lui permettent d'aborder des thèmes fondamentaux comme la vie, la mort, le sommeil ou la naissance. Reverse Television consiste en une série de "portraits de téléspectateurs", de brefs plans fixes dans laquelle Viola inverse la position et le regard des téléspectateurs. Filmés dans leur salon, ils fixent la caméra comme s'il s'agissait de leur poste de télévision. Comme les impressionnistes, Bill Viola se concentre sur la lumière et ses qualités changeantes pour représenter les sujets, réalistes et montrés sous des angles inhabituels.

    Même si l'approche contemporaines pourra décontenancer voire rebuter une partie du public, saluons cette initiative d'ouvrir Normandie Impressionniste à l'art conceptuel. En un sens, Bill Viola, comme du reste les autres artistes de cette manifestation de la Galerie Duchamp, se place dans la lignée des modernistes du XIXe siècle.

    Fleur Helluin fait cet autre commentaire au sujet de l'exposition qu'elle a imaginée : "En animaux mimétiques, nous nous adaptons avec vivacité à notre environnement. Quand nous voyons plus du monde à travers un écran qu’à travers une expérience directe, c’est la représentation de la figure qui doit être questionnée et mise en mouvement."

    "L’empreinte directe du vécu sur le temps", du 2 mai au 30 juin 2016,
    Galerie Duchamp, 7, rue Percée, 76190 Yvetot

    Du lundi au vendredi de 9h00 à 12h00 et de 13h30 à 17h30
    et le samedi de 14h00 à 17h30 sur rendez-vous.
    http://www.galerie-duchamp.com