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chanteur

  • Entre Brel, Tachan et... Zola

    Focus sur un premier album, venu d’un artiste qui n’est pas tout à fait un inconnu. Claude Sabatier, écrivain et spécialiste de Zola, s’essaye à la chanson. Le résultat est ce premier album, Arbres de vie. Citons aussi, pour être juste, sa complice Michèle Garance, omniprésente dans ce projet musical.

    Leur opus est le résultat d’un travail d’écriture, de composition et d’interprétation sur les pas de ses brillants aînés – Brel (dont il est question dans le titre-hommage Quand tu chantes, Brel), Ferré, Brassens, mais aussi Tachan que Claude Sabatier a bien connu personnellement (ils était son petit-cousin), au point d’en avoir fait une biographie de référence (éd. Arthemus, 2002). Rien d’étonnant d'y trouver deux reprises d’Henri Tachan, disparu en 2023. Claude Sabatier a choisi de reprendre Laurel et Hardy et L’amour et l’amitié.

    L’auditeur ou l’auditrice retrouvera dans cet opus un univers familier. Le piano-voix domine d’une bonne tête les 17 titres qui racontent les humeurs (Promesses, Malgré, Je ne vis que d’émotions), les souvenirs (Quand on s’est retrouvés, Marco, Petite fille, Au cœur des maisons), les coups de cœur mais aussi les coups de gueule de Claude Sabatier. Un opus plein de vie, donc, à l’image du morceau qui ouvre l’album, Encore. Le mot est décliné avec finesse pour parler des élans, des envies mais aussi des "caprices".

    Coups de cœur et coups de gueule

    Saluons le titre Soixante ans, sans doute l’un des meilleurs de l’album, dans lequel l’auteur et interprète se tourne vers son passé et constate le temps qui a passé : "Paraît que j’ai eu 20 ans / C’était l’âge éblouissant / C’était l’âge tonitruant...").

    Le morceau Arbres de vie, qui donne son nom à l’opus, est interprété par Manon Corbière. Cette chanson à la première personne, à l’écriture fine et efficace, donne la parole à un arbre, bienfaiteur et véritable âme pour la vie et la musique.

    On parlait de coups de gueule. Il en est question dans Ma vie thématique, dénonciation de ces vies virtuelles, tout juste bonnes pour finir "à la poubelle !" Dans Trop souvent je mens, Claude Sabatier parle également du mensonge, en forme de confession mais aussi d’accusation : "Car très souvent je mens / La société l’attend"). Pour Les nouveaux fachos, Claude Sabatier se fait accusateur et engagé. Quand je vous disais que l’artiste est un spécialiste et admirateur de Zola…

    Un album généreux qui sent bon l’amour de la chanson française mais aussi la main tendue vers l’autre, à l’image de Jules et Jean : "Jean qui croyait en Dieu, / Jules qui n’y croyait pas. / Comme on dit qui vivra verra / Ne prenons pas la mort au sérieux !"

    Du très bel ouvrage. L’album est disponible auprès de l’auteur. Rendez-vous sur sa page Facebook.

    Claude Sabatier, Arbres de vie, 2026
    https://www.utl-montargis.fr/blog/cd-arbres-de-vie-224.html
    https://www.facebook.com/claude.sabatier.54
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?article5233

    Voir aussi : "Zola au cœur de la Commune"

  • Takata takata, voilà les Dassin

    Voilà un album qui sent bon et la nostalgie, et l’hommage. Il est aussi une invite à ne pas oublier Jo Dassin, l’un des artistes les plus populaires de la scène française, disparu trop tôt en 1980, à l’âge de 41 ans. C’est Julien Dassin, son fils, qui prend le micro pour reprendre les grands tubes de son père.

    L'Amérique Live USA est la captation de lives lors lors de la dernière tournée de Julien Dassin aux États-Unis, entre New-York, Miami, Los Angeles, Chicago, Seattle et San Francisco. "C’était plus qu’un concert... c’était une rencontre entre deux générations et deux continents" a expliqué le chanteur, dont l’émotion est palpable lors de ces revisites forcément singulières.

    L’auditeur ou l’auditrice retrouvera les grands tubes de Jo Dassin, que ce soit L’Amérique – bien sûr –, Les Champs-Élysées, Salut les amoureux ou L’été indien. Ajoutons à ce sujet que le regretté artiste franco-américain n’a jamais été oublié, si l’on pense au titre Dans les yeux d’Émilie résonnant jusque dans des stades, plus de quarante ans après sa disparition.

    Pas de trahison chez Julien Dassin mais l’envie de retrouver la source de ces chefs-d’œuvre : l’acoustique, une voix simple et, parfois, des lectures légèrement différentes, à l’exemple de Salut les amoureux, aussi mélancolique que l’original mais sans cette fausse légèreté propre à Jo Dassin.

    Des chansons qui auraient pu paraître des bluettes sans aspérité sont devenus des classiques incontournables

    Ce qu’apporte Julien Dassin c’est une redécouverte incroyable de succès passés à la postérité. Il y a une magie certaine : comment des chansons qui auraient pu paraître des bluettes sans aspérité sont devenus des classiques incontournables (Le pain au chocolat, Et si tu n’existais pas) ?

    On peut saluer la fidélité de Julien Dassin au répertoire de Jo Dassin, jusqu’à l’intonation de certains passages (À toi). Pour L’Été indien, le chanteur assume le talk-over ("Tu sais, je n'ai jamais été aussi heureux que ce matin-là / Nous marchions sur une plage un peu comme celle-ci / C'était l'automne, un automne où il faisait beau / Une saison qui n'existe que dans le Nord de l'Amérique"), avec sa propre personnalité, celui d’un homme de 2026, en gardant l’esprit du tube de 1975 – mais aussi son orchestration.

    Cet enregistrement public est bienvenu, tant le répertoire de Jo Dassin est un hymne aux autres, à l’humanité et bien sûr à l’amour (Il était une fois nous deux). L’amour, justement, est chanté avec joie et légèreté (Et si tu n’existais pas) et même les séparations ne sont pas si graves que cela (Ça va pas changer le monde).

    Après le cinéaste Jules Dassin (on l’oublie souvent), le chanteur Jo, donc, voici Julien Dassin, le représentant de la troisième génération d’une dynastie, bien loin d’être tarie. Chic.

    Julien Dassin, L'Amérique Live USA, FGL Productions, 2026
    https://juliendassinofficiel.com
    https://www.facebook.com/JulienDassinStory
    https://www.instagram.com/juliendassin

    Voir aussi : "Glamour western"

  • Il sera beaucoup pardonné à Lionel Langlais

    Lionel Langlais sort son cinquième album, sobrement intitulé… Lionel Langlais. Un "non-titre" comme la marque d’une envie de se montrer tel qu’il est. On pourrait en effet qualifier cet opus comme une envie de se livrer tout au long des dix titres.

    Lionel Langlais, l’esbroufe à tout prix n’est pas son truc. Il en est à "des années lumières", pour reprendre le titre de son premier extrait sur un couple qui ne se comprend pas, lui les pieds sur terre, elle tête en l’air "qui dérive à des années lumières", déjà ailleurs, qui "ne voit pas".

    La générosité et la douceur sont évidentes chez cet artiste attentif au travail sur les textes, à l’exemple du sensible De l’autre côté au sujet des migrants et des exilés. Engagé donc, mais toujours avec finesse.

    Arrêtons-nous un instant sur l’un des meilleurs titres de l’album, In extremis. Lionel Langlais est visiblement attaché à ce morceau qu’il propose dans une deuxième version. On suit l’histoire d’une rencontre amoureuse, interdite et sulfureuse entre un homme et une femme mariée. Cette confession flirtant avec le talk-over matiné d’électro-rock, est à écouter et déguster, comme la bande-son d’une love story venimeuse.

    Plus soft, Amende honorable s’écoute comme les aveux sur un rythme country-blues d’un homme pour ses "mots pas gentils, les gestes sans tendresse", ses "chagrins sans cause", les "lâches abandons" et toutes ses colères. Le chanteur le confesse : "Je suis impardonnable / Je sais / Je plaide coupable / je fais amende honorable".

    Love story venimeuse

    Il y a du Alain Chamfort dans cette manière de s’attacher à une écriture pop-littéaire faussement simple. Saluons au passage le parolier Quentin Lamotta qui n’est pas le dernier à donner un supplément d’âme à cette production impeccable. On pense à L’amour sans âme, efficace dans sa manière d’assumer un amour d’autant plus sublime qu’il est simple et sans questionnements : "Tant qu’à faire terre à terre / L’amour sans âme je préfère… Jouer solo / Piano piano".

    L’auditeur ou l’auditrice s’arrêtera avec étonnement sur ce titre incroyable qu’est En beauté, avec ces vagues synthétiques d’ouverture comme venues d’outre-tombe. Mort, renaissance, méditation, mélancolique : Lionel Langlais exprime avec spleen son besoin de beauté, de vie et de liberté.

    Le chanteur surprend dans ce cinquième album faussement sage, cohérent certes mais aussi coloré. Ainsi, dans Dessine un rond, il se veut critique de son époque : l’argent, les routines, l’angoisse, la maladie, bref le "vertige", il invite au magique et à se raconter des "histoires anciennes" pour se sortir d’un monde qui, finalement, ne change pas. Réflexion contemporaine encore avec La ville étrange qui dépeint un monde rêvé et fantasmé, la ville apparaissant une nouvelle mythologie ou, du moins un mirage.

    Sur un rythme pop-folk, Lionel Langlais apparaît comme le bon pote, doux, rassurant, sage et sensible (Faudrait pas désespérer les anges). Voilà qui donne à cet opus l’apparence d’une invitation à une calme lucidité. Un joli moment de fraîcheur, à l’exemple d’Amour et moi qui vient clore l’opus sur piano et voix.

    Lionel Langlais, Legroscamion Prod, 2026
    https://www.lionellanglais.com
    https://music.imusician.pro/artist/04Cx8OL9Cf
    https://www.facebook.com/lionellanglais
    https://www.instagram.com/lionel.langlais

    Voir aussi : "Célestin plante une graine"

  • Courage, chantons et rapons

    Une fois n’est pas coutume, Bla Bla Blog fait un petit détour par le rap.

    Focus donc sur Kent-Zo. Cet artiste prolifique, propose avec Courage un nouveau titre. Le rappeur se définit comme "lyriciste". Voilà qui situe l’artiste proposant avec Courage, son dernier single : "Courage à toi qui te lèves avec l'envie / De tout recommencer sans douter / Que la vie t'appelle à vivre de belles / Et grandes aventures."

    Altruiste, généreux et positif : voilà des messages qui méritent que l’on s’attarde sur Kent-Zo. À découvrir ou redécouvrir. 

    Kent-Zo, Courage, 2026
    https://www.instagram.com/kent.zo.officiel
    https://www.facebook.com/p/Kent-Zo-100063616980223/?locale=fr_FR

    Voir aussi : "Sônge d’une nuit d’électro"
    "À hauteur de Lhomé"

  • Moderne et pas fini

    Moderne, David Delabrosse l’est. C’est d’ailleurs ce que dit le titre de son dernier album et du premier morceau de l’opus. "Ces mots modernes, ceux qui claquent", il les chante, de sa voix fragile, non sans ironie mais sans tourner le dos au passé.  

    Dans un Équilibre délicat, en featuring avec Denis Piednoir, le chanteur aux vingt ans de carrière propose justement un opus très actuel, riche des interrogations d’un homme d’aujourd’ui ("Footing ou yoga ?", "Hammam ou sauna ?", "Tu dors nu ou en pyjama ?"). Mine de rien, cela donne un album à la fois attachant et personnel, à l’image de cet autre extrait, On a beau se connaître, dans lequel David Delabrosse s’interroge sur son couple, ses failles, et ses erreurs ("On a beau se connaître on se trompe parfois / On a beau s’aimer on se prend plus dans les bras").

    Intéressons-nous à Une grande lignée. Dans une facture alliant chanson française et électro-pop, le chanteur se retourne vers ses origines, non sans humour ("Valéry Giscard d’Estaing serait-il… mon grand-père ?") : la génétique, la prédestination, le poids du passé familial. En quinqua assumé, doué de "l’âge de raison", "plus zen" (l’excellent En cinquantaine) et surtout faisant le point, le musicien refuse pourtant de sacrifier le passé à la modernité ("Ne pas fouiller dans le passé / Sous peine d’y retrouver / Encore un plus grand merdier", Les bouts de cervelle).

    C’est ce que l’on aime chez David Delabrosse : un artiste sans cesse tiraillé entre passé et modernité, prudent lorsqu’il s’agit de remuer les failles du passé, conscient aussi que l’on "vit nos vies comme des fantômes / Traversant les jours et les heures… Moi j’aimerais bien changer de film" (Comme des fantômes). Dans ce morceau, l’adulte qu’est David Delabrosse s’adresse à son fils, son "ado", lui demandant de ne pas aller trop vite ni trop loin, de rester avec lui et sa mère.

    Et si cet album était une invite à rester enfant et ne pas grandir trop vite ?

    Et si cet album était une invite à rester enfant et ne pas grandir trop vite ? C’est en tout cas le thème de la très belle chanson Peter Pan, dans lequel David Delabrosse parle de sa différence, de l’enfance mais aussi du besoin d’aventures. La solution ? Une vie en l’air : sauter ("salto avant salto arrière"), être léger, voir le monde de là-haut, "sentir le vent dans ses veines". Bref, être dans les nuages. Cette Envie de changer, en duo de nouveau avec Denis Piednoir, David Delabrosse, exprime encore le besoin d’"aller vers l’inconnu", rembobiner le film et changer de point de vue.

    La vie en 2026, moderne, laisse un goût d’inachevé et aussi de nostalgie. C’est finalement un album très mélancolique que propose le chanteur (Ta story), mais généreux et altruiste ("Vas-y réagis / Faut pas rester comme ça blotti… T’es pas tout seul dans la vie").

    La générosité n’est pas non plus non dénuée d’humour ni une certaine philosophie de vie. Est-on foutu lorsque l’on a cinquante ans ? Peut-on encore "commencer le judo et gagner les JO", "Doit-on faire son testament… Mettre un sweat à capuche en s’exprimant en verlan ?" La réponse est évidente et David Delabrosse clame sans envie de ne pas se laisser aller. Oui, c’est un Super Quinqua ! On le croit sur paroles.   

    David Delabrosse, Les Mots Modernes, L'Hallali Production, 2026
    https://www.facebook.com/david.delabrosse
    https://www.instagram.com/daviddelabrosse
    https://bfan.link/equilibre-delicat

    Voir aussi : "Dure et douce Abyr"

  • Un monde nouveau pour Hugo Jardin

    Si un terme pouvait coller à la peau de Hugo Jardin, cela pourrait "Solaire". Le chanteur sortait à l’automne dernier son EP Cantique, en forme de message.

    Sa chanson française est mêlée de pop anglaise, de grunge et de musique urbaine, le Parisien avouant des goûts éclectiques et d’intéressantes influences entre Ferré, Brel, Bashung, Feu!Chatterton, Bowie et Radiohead.

    De sa voix douce, le chanteur parle de notre monde en danger, sans chercher à en faire des tonnes : "Quand sur chaque chaîne / On parle du déclin / Ce n’est pas un rêve" (Rêve).

    Fins du monde

    Hugo Jardin parle de fins du monde ou de fin d’un monde, non sans onirisme ni un certain goût pour le prophétisme ("Des prêtres à demi-nus / Répètent des mots usés / Depuis les Hommes ont oublié", Cantique II). C’est aussi le thème de Cantique I qui clôture l’EP.    

    L’auditeur ou l’auditrice se laissera happé par le slam Eaux troubles, confession intime et déclaration d’amour où le mot "amour" est décliné dans l’urgence mais aussi la douleur et le manque ("J’aimais la façon que tu avais de me regarder").

    On s’arrêtera enfin avec curiosité sur son adaptation en français du classique de Nirvana, Dumb (Idiot). Le tube de Kurt Cobain et de ses camarades est revisité avec conviction par Hugo Jardin, vrai bel artiste sincère. On n’a sans doute pas fini de voir sa silhouette longiligne et dansante.    

    Hugo Jardin, Cantique, 2025
    https://hugojardin.com
    https://www.facebook.com/hugojardinofficiel
    https://www.instagram.com/_hugojardin_
    https://cantique.org/single2

    Voir aussi : "Devenir Andrea Ponti"

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  • Fatbabs, entre Bretagne et Caraïbes

    Partons vers un univers musical bien différent de ceux arpentés par Bla Bla Blog. Fatbabs, que nous connaissons déjà, propose cette année son dernier album, This Is Love Forever. Un bien joli concept, généreux, vivant et qui propose une immersion dans de la musique reggae, matinée de rap mais aussi de pop-rock. Dès le premier titre, Here For You, on peut saluer l’énergie du beatmaker français qui ne cesse de créer des ponts entre France (et en particulier la Bretagne) et les Caraïbes.

    Un petit tour vers la Jamaïque, donc, avec le featuring de Capleton pour Hurry Up. On ne peut qu’aimer cette manière de revenir aux sources d’un genre musical popularisé par Bob Marley. C’est simple, l’album ne se contente pas de revisiter le reggae (Aff Of Me, Paradise, Soldier), il offre en plus de l’espace pour des artistes et amis de Fatbabs à travers des collaborations, que ce soit Naâman (décédé en début d’année), Derajah, Davojah, Queen Omega, Christopher Martin, Marcus Gad, Jahneration, Biga*Ranx, Roe Summerz, Pressure Busspipe, Claye, Vanzo, Blvk H3ro, pour ne citer qu’eux et qu’elles. N’oublions pas non plus Miscellaneous, qui a fait partie de projets précédents de Fatbabs.

    Cela donne un opus finalement à la fois international et tourné vers l’amitié, la paix et l’engagement (l’éloquent End Of War ou encore Stay Conscious). Les fans de reggae (y compris en français, à l’instar de Confiance en toi, avec Claye en featuring) se plongeront avec ravissement dans un album d’autant plus nécessaire qu’il égraine 18 titres sans ciller ni se départir de sa créativité et encore moins de sa bonne humeur. Il y a aussi de l’amour à revendre dans cet opus attachant (I Feel Your Love, Love Is Everything).

    Un album nécessaire

    On s’arrêtera avec plus d’attention sur l’un des titres en français, Plus les mêmes, en collaboration avec Sika Rlion. Une sacrée révélation que cette artiste réunionnaise venue offrir là un rare moment de déclaration, au flow envoûtant. Sans doute, avec Soldier, l’un des meilleurs titres de l’album, dans lequel le reggae se teinte de musique urbaine et de maloya.

    Le reggae se trouve également revivifiée par la chanson française mais aussi et surtout par la world music, la chanson française ou l’urbain (le formidable Pokemon rare ou le dansant Ida Y Vuelta) et  de sons électroniques (GG).

    L’album se termine de la plus belle des manières avec le magnétique morceau Soldier, en acoustique, avec le featuting de Biga*Ranx et du regretté Naäman. Un dernier titre qui est un hommage à ce dernier, considéré par Fatbabs comme plus qu’un ami, un double musical.  

    Fatbabs, This Love is Forever, Big Scoop Records, 2025
    https://www.facebook.com/fatbabsbigscooprecord
    https://www.instagram.com/fatbabs_beatz
    https://fatbabs.band.fm

    Voir aussi : "Fatbabs et ses potes"
    "Fatbabs, Demi-Portion, Miscellaneous et compagnie"

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  • Boulophilie

    Boule est de retour avec un album live, Boule vide son sac en public. Humour et nostalgie se partagent le terrain dans un opus enregistré au Trianon transatlantique de Soteville-lès-Rouen le 18 octobre 2024. Ce disque fait le bilan de 20 ans de carrière d’un artiste à la fois rare, magique, touchant et archi doué dans sa manière de nous emmener dans des confidences et saynètes douces-amères, à l’instar de son autoportrait L’ours polaire. Ce morceau est un hymne à la gentillesse, à la douceur, mais est aussi cri de colère : "Je suis un garçon doux et tendre / Je ne me suis jamais battu / Tolérant je peux tout entendre / Les mots ronds et les mots pointus / J'ai gardé un pied dans l'enfance / Toi tu veux me manipuler / Profiter de mon innocence / Va te faire enculer…" (sic).

    Sens de la mélodie, poésie, écriture fine mais aussi insolence. Boule mérite de figurer parmi les artistes les plus doués de sa génération. Que l’on écoute Avion, déclaration tendre à l’absente et appel à l’aventure qu’il avait interprété avec Jeanne Rochette en 2019 pour son opus Appareil Volant Imitant L'Oiseau Naturel ("A.V.I.O.N.") Qu’on ne se fit pas à l’aspect bonhomme de Boule et son léger zézaiement. L’homme n’est pas une oie blanche. La preuve lorsqu’il chante la mort d’un amour – dans les deux sens du terme. C'est l’objet du titre Le Poisson. Le morceau est suivi du Poison, "la version de la victime" du crime. Avec le sourire en prime et sur un rythme de cha-cha-cha.

    Boule marche sur les pas de Boris Vian et Bobby Lapointe dans ces chansons aux textes précis, drôles et bien vus. On pense au Percolateur, hommage aux réparateurs de machines à café, incompris et déconsidérés. Car c’est ce qui intéresse Boule : les gens ordinaires, celles et ceux dont on ne parle jamais (que l’on pense à la valse vintage à souhait Pied de coq et polyglotte) et qui deviennent d’autant plus singuliers et atypiques. L’artiste se fait cinglant dans Pensez à voir un psychologue. Humour noir garanti dans ces faits divers glauques que Sanseverino aurait pu composer les doigts dans le nez. C’est aussi Neuneuil, portrait d’un mauvais garçon – pour être poli : "Il avait un drôle de regard / Neuneuil / Toujours partant pour une bagarre / Neuneuil / Devant lui fallait baisser les yeux / C'était un petit roquet nerveux". Oui, le peu sympathique Neuneuil, "le roi des coups de pied dans les couilles". Aucune rédemption pour ce "con", mais qu’est-ce que c’est drôlement dit et chanté !  

    Boule marche sur les pas de Boris Vian et Bobby Lapointe

    Rose et Adèle parle, lui, du moment où les enfants doivent s’envoler. Plus grave, Boule se mue en vieux sage, parlant d’émancipation, du départ vers la grande vie et l’aventure, dans un rythme oriental et entêtant ("Filez à tire d’aile").

    Boule se dévoile tendre et mélancolique dans cet autre titre, C’est dommage, une ballade en forme de plainte sur la fin d’un amour, véritable fin du monde en soi racontée sans animosité mais non sans triste, juste quelques regrets ("On aurait pu mieux faire"). Il y a la même douceur dans Je ne touche plus, description d’un couple triste, décrépi et "déplumé [qui] ne s’endort plus jamais tout nu" ("Plus de bataille de polochons/ La lune s’endort en orbite / Je ne touche plus tes nichons / Et tu ne touches plus ma bite" !).  

    Pour Le même air, Boule s’inspire des rythmes balkaniques pour parler d’environnement et proposer une danse désespérée qui parle d’animaux en danger de mort. Dans Les Pizzas, Boule se met en colère contre la société moderne incapable de s’alarmer sur la fin des oiseaux, des poissons ("Ce que tu aimes c’est bouffer les pizzas en caressant ton i-Phone à la con").  

    En dépit de ces "gravitudes", Boule cultive la douceur et le simplicité. Pas de prise de tête chez cet artiste cultivant avec passion, l’amour, l’amitié et le vivre ensemble, à l’instar du virevoltant Politesses et banalités que tous et toutes ont au moins une fois vécu ("Je ne vais pas longtemps à cette soirée / Déjà deux minutes et je commence à m’emmerder / Entre deux généralités / Politesse et banalité / La prochaine fois je t’emmène au restau chinois"). Irrésistible.

    Et si Boule était un philosophe doué d’un poète ? Voilà ce que l’on se dit encore à l’écoute d’Atome par atome. Dans une lancinante ballade aux accents méditerranéens, l’un des plus beaux morceaux de l’album, l’artiste s’imagine revenir après sa mort, se recyclant de petits riens du tout ("Je m’éparpille partout"). Une vraie déclaration d’amour pour l’humanité et pour notre si belle terre.  

    Pour conclure ce live et bilan de vingt de carrière, Boule propose une version réactualisée d’une fable de La Fontaine, Le loup et le chien. Le public découvrira la manière dont un chanteur des années 2020 actualise un classique de la littérature française. Une nouvelle preuve du grand talent de Boule. Saluons enfin l’accordéon entêtant de Sonia Rekis. Un vrai plus dans cet opus public qui entend faire découvrir un artiste attachant.

    Boule vide son sac en public, Vache à Lait Productions, 2025
    https://sitedeboule.com
    https://www.facebook.com/Faceboule
    https://www.instagram.com/cedrikboule
    https://www.youtube.com/@Boule-officiel/videos
    https://boule.bandcamp.com/album/boule-vide-son-sac-en-public

    Voir aussi : "Boule à facettes"

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