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victor hugo

  • Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière

    La musique contemporaine est toujours une aventure autant qu’une parenthèse enchantée. À cet égard, Élise Bertrand ne pouvait choisir meilleur titre que Talisman pour son deuxième album. Voilà un coup d’éclat autant qu’une confirmation après son premier opus, Lettera Amorosa. Nous avions aussi parlé de son récent concert à Gien (Loiret).

    Accompagnée de ses ami⸱e⸱s – Adèle Charvet, Emmanuelle Demuyter, Raphaël Sévère, Nathanaël Gouin, le groupe Les Métaboles et Léo Warynski – la compositrice et violoniste (mais aussi pianiste) propose une sélection de ses pièces de musique de chambre. Pour certaines, la musicienne se met elle-même à l’archer et au clavier.

    L’opus 17, Dans les abysses de lumière, avec Nathanaël Gouin au piano, résonne comme un chant à la fois funèbre et plein d’espoir. Pudeur, intimité et inquiétude se croisent, non sans des éclats de lumière et des silences éloquents. À l’audace d’écriture d’Élise Bertrand vient répondre le jeu précis et expressif au piano de Nathanaël Gouin. Oui, semble nous dire la compositrice, on peut encore proposer des pièces exigeantes comme celle-ci.

    Talisman offre une large place à la poésie. Il y a, pour commencer, l’opus 12, Âme de nuit. Dans l’esprit musique française du XXe siècle, la mezzo-soprano Adèle Charvet, accompagnée de Nathanaël Gouin au piano, propose trois adaptations de poèmes de Maurice Maeterlinck (1862-1949), Claude Roy (1915-1987) et Victor Hugo (1802-1885). Les espoirs vains, les attentes déçues et les absences constituent le cœur d’Âme chaude, un poème de Maeterlinck tiré des Serres chaudes. La littérature française, la tradition de la mélodie française et la musique contemporaine se rejoignent dans cette première partie d’Âme de nuit. La voix d’Adèle Charvet plane avec onirisme mais aussi une pudique douleur. On peut remercier Élise Bertrand d’avoir su débusquer La Nuit, un extrait des Poésies de Claude Roy, journaliste et écrivain devenu rare. Et l’on constate les parentés entre Maeterlinck et Roy, le dernier se montrant plus parnassien qu’on ne le pensait de prime abord : "Après l’aube la nuit tisseuse de chansons / s’endort d’un songe lourd d’astres et de méduses / et les jambes mêlées aux fuseaux des saisons / veille sur le repos des étoiles confuses."

    La nuit, le silence, la méditation, le sommeil et la nature source de méditation. On retrouve ces thèmes dans Nuits de juin de Victor Hugo ("L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte / La plaine verse au loin un parfum enivrant ; / Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte, / On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent...") Troisième auteur, troisième poésie, troisième époque mais la même cohérence et intelligence de composition.

    Talisman offre une large place à la poésie

    Élise Bertrand, au violon, vient accompagner Nathanaël Gouin pour sa Sonate-Poème, opus 11. Trois mouvements, Aria-Allegro, Nocturne et Finale, constituent cette pièce écrite comme un chant de vie et de mort. Le violon vient pleurer l’absence, la douleur mais aussi l’impérieux désir de danser au-dessus du vide (Aria-Allegro). Le violon se fait onirique dans le Nocturne. Il semble même flotter tel un ectoplasme gémissant, avant un Finale explosif mettant la vie comme le grand vainqueur de ce poème musical.

    Poésie encore avec l’opus 5, l’œuvre la plus "ancienne" (pardon, "précoce") de la jeune compositrice. Elle a été créée le 29 mars 2019 lors de la demi-finale du 27e Concours International de Piano d’Épinal. Ce Poème est une œuvre pour piano au néoromantisme de notre époque (d'ailleurs, Bla Bla Blog avait malicieusement intitulé le premier article consacré à la musicienne : "Ultra moderne romantique"), tout en assumant ses liens de cœur avec la musique française du début du XXe siècle.

    Décidément, le deuxième album d’Élise Bertrand est placé sous le signe de la littérature et de la poésie. Une preuve supplémentaire avec ses Trois mélodies sur un thème d’Eluard, opus 9. Cette fois, Élise Bertrand est au piano, accompagnant Emmanuelle Demuyter. Dans Ta bouche aux lèvres d’or, le chant de la soprano, léger et mystérieux, revivifie la mélodie française que l’on pensait disparue depuis des décennies : "Souvenirs de bois vert, brouillard où je m'enfonce / J'ai refermé les yeux sur moi, je suis à toi". Élise Bertrand fait allier avec justesse néoromantisme et contemporain, en s’emparant de grands textes (J’ai fermé les yeux). Emmanuelle Demuyter est sa partenaire idéale : onirisme, détachement, pudeur. Sa voix en tension hypnotise littéralement (Ordre et désordre de l’amour).

    On a plaisir à écouter Élise Bertrand au violon interpréter la courte Sonate pour violon seul, opus 16, en trois mouvements et sans indication de tempo. La musicienne semble marcher sur les pas de ses aînés, ceux de la seconde école de Vienne (Schoenberg, Berg, Webern) : audace dans l’écriture, expressivité, rythmes hypnotiques (III) et tensions extrêmes. Une facture contemporaine qui fait le grand saut entre les premières années du XXe siècle et 2026.  

    La Psalmodie, opus 20 voit surgir la clarinette miraculeuse de Raphaël Sévère, en trio avec Élise Bertrand au violon et Nathanaël Gouin au piano. Cette pièce de chambre s’écoute comme une prière, sombre et pathétique. La magie opère dans ce morceau qui prend son temps, comme s’il s’agissait pour la compositrice d’une déambulation dans une lande inquiétante.

    Un dernier poème vient conclure l’album. Et, surprise, il s’agit de Sully Prudhomme (1839-1907). On l’a peut-être oublié mais il fut, en 1901, le premier lauréat du Prix Nobel de Littérature. Élise Bertrand a choisi d’adapter en musique le poème Ce qui dure (op. 31). Le groupe Les Métaboles, dirigé par Léo Warinski, l’interprète. Impossible de rester insensible à cette version pour six voix mixtes qui vient nous parler du temps qui passe et de la jeunesse disparue : "Nous ne voyons plus sans envie / Les yeux de vingt ans resplendir, / Et combien sont déjà sans vie / Des yeux qui nous ont vus grandir !" Moderne et épurée, mélodieuse et pudique, cette pièce s’écoute avec recueillement, telle une œuvre grégorienne… et laïque tout à la fois.

    Finalement, la plus grande audace d’Élise Bertrand n’est-elle pas à la fois la simplicité et l’art d’amener le contemporain là où on ne l’attendait pas ? 

    Élise Bertrand, Talisman, NoMadMusic, 2026
    https://www.nomadmusic.fr/fr/album/talisman
    https://elise-bertrand.fr
    https://www.facebook.com/elise.bertrand.35
    https://www.instagram.com/elise.musician

    Voir aussi : "Qu’elles caractères…"
    "Élise Bertrand, ultra moderne romantique"

  • V comme Victor, H comme Hugo

    Victor Hugo : voilà sans doute la figure majeure de la littérature française. Un artiste d’exception. Mieux, un génie dont l’ombre continue de vivre et habiter notre pays, à telle enseigne qu’il faudrait mieux parler de "langue de Victor Hugo" plutôt que de langue de Molière.

    Les éditions Plon sortaient cette rentrée un Dictionnaire amoureux consacré à Victor Hugo. Sébastien Spitzer s’est mis au travail, travail que l’on peut saluer, tant l’œuvre de l’écrivain s’avère d’une richesse incroyable, avec des ouvrages imposants : près de 2 000 pages pour Les Misérables ou 800 pages pour Notre Dame de Paris et L’Homme qui rit.

    Chacun de ces romans ont bien sûr leur entrée dans ce dictionnaire. L’Homme qui rit a aussi droit à un traitement particulier : ouvrage mains connu mais d’une rare modernité et d’une grande noirceur, il est décrit comme "le sommet hugolien" par Sébastien Spitzer. L’auteur du dictionnaire le cite largement dans plusieurs articles : "Gwynplaine", "Érotisme", "Féminisme" ou… "Joker". Sébastien Spitzer rappelle d’ailleurs que le méchant emblématique de Batman a été inspiré par le fameux  Gwynplaine, justement.

    Hugo apparaît dans toute son humanité, sa profondeur, mais aussi sa part de lumières et d’obscurité. Que l’on pense à Léopoldine, sa fille de 19 ans retrouvée noyée avec son jeune mari. Le lecteur découvrira avec effroi comment Victor Hugo a appris sa mort. Que l’on pense aussi aux rapports qu’entretenait Victor Hugo avec les femmes : ses maîtresses, ses doubles vies, mais aussi sa compassion pour les grandes oubliées de l’histoire. L’entrée sur les "Pétroleuses" revient sur les femmes fusillées pendant la Commune et sur son admiration pour ces révolutionnaires. 

    Victor Hugo a habité dans l’avenue qui porte son nom

    Les dessins d’Alain Bouldouyre viennent illustrer ce Dictionnaire amoureux passionnant qui réjouira autant les "hugoliens" que les passionnés de littérature. On peut lire cet ouvrage en picorant telle ou telle entrée, comme on peut le dévorer de la première à la dernière page. De A comme "Abeille" – le cadeau et hommage fait à l’écrivain au retour de son long exil, en 1870 – à Z comme le mystérieux "Zoïle" – référence à un ancien penseur sophiste grec, mentionné dans Les Châtiments – en passant par E comme "Esméralda" ou N comme "Napoléon" – les deux, le "Grand" et le "Petit".

    Si plusieurs entrées ne comportent qu’une seule citation de Victor Hugo ("Amour", "Canon", "Famille", "Obus" ou "Quolibets"), il faut saluer les talents de conteur et d’exégèse de l’auteur de ce Dictionnaire amoureux. Ainsi, à côté de chroniques sur ces pièces de théâtre mythiques que furent Hernani ou Ruy Blas (il existe un article "Folie des Grandeurs [La]", qui s'est inspiré de Ruy Blas), c’est bien les romans hugoliens qui ont la part du lion, au point que plusieurs personnages légendaires ont droit à leur entrée, que ce soit Cosette, Gwynplaine, Frollo, Jean Valjean, Javert, Thénardier (on découvrira d’ailleurs les origines de ce nom), Esméralda ou l'attachant et bouleversant curé Myriel.    

    Le Hugo politique n’est pas oublié : les Révolutions du XIXe siècle, Napoléon III, l’exil, le retour en grâce et le Sénat qu’il a occupé, marquant l’hémicycle par ses discours mémorables. Pour amoureux qu’il soit de Napoléon, Sébastien Spitzer ne se prive pas de revenir sur son "Discours sur l’Afrique" au sujet duquel il lui a été fait tant de reproches. Mais il est vrai qu’à l’époque, la France ne voyait pas sa puissance sans celle de ses colonies.  

    Ce dictionnaire, forcément incomplet et naturellement subjectif, donne envie de se plonger et se replonger dans les œuvres de celui qui a tant marqué la littérature mondiale. Un homme dont les funérailles (dans un corbillard des pauvres) puis le transfert de sa dépouille quelques jours plus tard – ce qui reste inédit – vers le Panthéon, ont été salué par plusieurs millions de personnes. Autre fait incroyable : l’auteur rappelle dans l’entrée "Avenue" que, de 1881 à sa mort en 1885, Victor Hugo a habité dans l’avenue qui porte son nom. Qui peut en dire autant ?  

    Sébastien Spitzer, Dictionnaire amoureux de Victor Hugo, éd. Plon, 2023
    https://www.lisez.com
    https://www.maisonsvictorhugo.paris.fr

    Voir aussi : "À l’ombre de Pontaniou"

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  • Les Travailleurs de la mer

    Les Cramés de la  Bobine présentent à l'Alticiné de Montargis un véritable événement cinématographique : la projection des Travailleurs de la Mer, un film muet d’André Antoine de 1918.

    Les Travailleurs de la mer est une adaptation du roman de Victor Hugo. Gilliatt, pêcheur solitaire et grand rêveur, brave toutes sortes d’obstacles pour arriver à sauver le moteur de La Durande, bateau de Mess Lethierry qui a été saboté par des marins jaloux. Lethierry lui offre en récompense la main de sa nièce Déruchette, dont Gilliatt est secrètement amoureux.

    Fuyant Paris pendant la guerre, le metteur en scène profite de son exil breton en transposant Les Travailleurs de la mer à Camaret- sur-mer où il a acheté une maison en 1902. Le tournage débute à la fin du mois de juillet et se termine en septembre. Premier volet du filon régionaliste d’Antoine, Les Travailleurs de la mer est très bien accueilli à la fois par la presse et le public. Gustave Simon, légataire testamentaire d’Hugo, félicite même le metteur en scène pour sa retranscription à l’écran de l’énergie et l’atmosphère du roman. "C’est une belle leçon d’art", conclut-il.

    Une belle leçon d’art

    L’histoire est portée par Romuald Joubé (le marin Gilliatt), acteur fétiche d’Antoine, qui obtient une permission du Ministère de la Guerre le temps du tournage. Il est accompagné d’Armand Tallier, Andrée Brabant, Charles Mosnier, Philippe Garnier, Clément Liezer, Verthuys, Liener et Marc Gérard. Antoine mobilise aussi de nombreuses forces vives locales qui ajoutent du pittoresque au film.

    La restauration de la Fondation Pathé Restauration 4K réalisée en 2020 à L’Image Retrouvée par la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé et La Cinémathèque française, avec le soutien du CNC. Restauration à partir d’une copie néerlandaise teintée et virée unique issue des collections de la Cinémathèque. La musique a été composée par Stephen Horne.

    La projection unique aura lieu le jeudi 8 juin 2023 à 20 heures, en présence et avec le soutien de Marthe et Daniel Danzon, arrière-petits-neveux du réalisateur.

    Les Travailleurs de la Mer, drame français d’André Antoine
    avec Romuald Joubé, Andrée Brabant, Charles Mosnier, 1918, 95 mn
    Séance le jeudi 8 juin 2023 à 20 heures
    https://www.cramesdelabobine.org/spip.php?rubrique1323 

    Voir aussi : "Le barrage"

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