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psy

  • Viens faire un tour du côté de chez King

    Après la femme de ménage, voilà une nouvelle profession mise au centre de celle qui est devenue depuis peu une grande star du polar. Freida McFadden s’intéresse à une psychologue dans son roman justement nommé La Psy (éd. City et J'ai lu). Elle s’appelle Adrienne Hale, vit (ou plutôt, a vécu) dans une vaste et luxueuse maison isolée et est considérée comme une référence dans sa spécialité. Ce que le lecteur ou la lectrice va découvrir c’est que cette femme froide et calculatrice a aussi des secrets, au centre de ce roman.

    Lorsque le livre commence, Tricia et son mari Ethan, jeunes et séduisant couple de New York est parti visiter la demeure de la psy, l'ancienne propriétaire. Lorsqu’ils y arrivent, en plein hiver, il neige à flocons. Les voilà obligés d’y passer la nuit. Bientôt, Tricia se rend compte qu’il se passe des choses étranges dans la maison. Pourraient-ils être surveillés ? Et par qui ? Et pourquoi ? En fouillant la maison d’Adrienne Hale, Tricia découvre aussi une pièce secrète. La psychologue y a rangé les enregistrements de ses patients et patientes, tous et toutes plus inquiétants les uns que les autres.

    Freida McFadden lorgne évidemment du côté de Stephe King et de Shining

    L’autrice américaine joue sur les nerfs à travers cet étrange thriller construit comme un huis-clos. Elle alterne des scènes du premier séjour claustrophobique du sémillant couple de Manhattan avec des retranscriptions d’enregistrements et des chapitres où la psychologue relate les mois précédents l’arrivée de Tricia et Ethan.

    Pour cette histoire se déroulant dans un manoir isolé par la neige, Freida McFadden lorgne évidemment du côté de Stephen King et de Shining. D’ailleurs, c’est un exemplaire du livre qui ouvre la porte du cabinet secret de la psy.

    Les critiques de la romancière ne la ménagent pas au sujet des personnages jugés parfois trop stéréotypés. Or, singulièrement, c’est sans doute là la force du roman. Une psy insupportable mais qui se fait prendre au piège d’un patient. Une jeune mariée a priori terne mais qui cache elle aussi ses secrets et son mari, Ethan, beaucoup moins lisse qu’on ne le croie. Ajoutez à cela des personnages secondaires déroutants. Tout cela donne un roman parfait : un page-turner idéal, à dévorer et avec une fin qui peut déstabiliser mais qui est diablement maligne… dans tous les sens du terme.

    Freida McFadden, La psy, éd. J’ai Lu, éd. City, 2024, 384 p.
    https://www.jailu.com/la-psy/9782290415627
    https://www.freidamcfadden.com
    http://www.city-editions.com

    Voir aussi : "Chaussures à son pied"
    "Premier nettoyage à sec"

  • Johnny chez la psy

    Contrairement à ce que pourrait laisser penser le prologue du livre de Jeanne Boyaval consacré au "Taulier" (Johnny Hallyday sur le Divan, éd. Envolume), Johnny Hallyday ne s’est jamais allongé sur le divan et l’auteure, psychothérapeute de son état, a encore été moins sa praticienne. Malgré tout, elle imagine et propose en annexe une séance de thérapie avec Jean-Philippe Smet, quelques jours avant son décès, le 6 décembre 2017 à l’âge de 74 ans. Pour autant, c’est bien une analyse psychologique dont a droit le musicien, disparu il y a moins de 5 ans.

    C’est peu dire que sa disparition a suscité l’émoi dans notre pays. À l’époque, c’était un hommage spontané, populaire et national qui lui avait été réservé, avec une cérémonie suivie par près de 15 millions de personnes, du jamais vu depuis les obsèques… de Victor Hugo en 1885 : "Il [Johnny] était devenu une religion nationale… Il est parvenu à relier dans ses concerts et il est impressionnant de constater qu’il continue de relier ses fans trois ans après sa mort un dimanche par mois dans l’église de La Madeleine".  

    Jeanne Boyaval rappelle que le chanteur a une relation particulière avec les Français, relation mystérieuse et fascinante, "christique" même, qui transcende de beaucoup son œuvre, par ailleurs importante et ayant traversé les générations. Sans lui faire offense, dit l’auteure, Charles Aznavour, disparu un an plus tard, n’a pas suscité pareille émotion.  

    C’est donc en psychothérapeute que Jeanne Boyaval s’est emparée du personnage à la fois vrai et romanesque de Johnny. Ni fan, ni proche de son entourage, mais citoyenne française attachée à ce chanteur hors-norme, l’auteure a choisi de reprendre les grands jalons personnels de la vie de Jean-Philippe Smet et de s’arrêter sur ses grandes blessures. Pierre Billon, l’ami de toujours qui a signé la préface, met en avant le caractère inédit de cet essai aussi court que pertinent, pour ne pas dire essentiel. 

    Blessure originelle

    La psy et écrivaine rappelle les faces sombres de l’artiste : l’addiction à l’alcool, au tabac et aux drogues, son magnétisme, ses relations mouvementées avec les femmes – y compris avec sa dernière épouse, Laeticia – son caractère à l’emporte-pièce, parfois sa dureté dans les relations humaines, y compris avec ses proches.

    Replongeant dans l’enfance du futur interprète du "Chanteur abandonné", Jeanne Boyaval rappelle la manière cruelle dont le petit Jean-Philippe Smet a été rejeté à l’âge de six mois par son père. Il laisse son enfant seul sur le sol de l’appartement familial, sous une couverture, après avoir emmené tous les meubles pour les vendre et s’adonner à l’alcool. Les deux hommes ne se reverront que des années plus tard, dans des circonstances pas moins cruelles. "Le traumatisme est massif", d’autant plus que c’est sa mère qui le délaisse quelques temps plus tard pour préférer une carrière de mannequin. Jean-Philippe Smet est finalement élevé par une tante, une femme dure mais aimante et avisée, qui pousse son neveu à se lancer dans la vie artistique. Sa nouvelle famille va devenir un jalon capital dans son existence, ses cousines devenant même de vraies sœurs (l’une d’elle, Desta, se marie avec un danseur américain, Lee Ketcham Hallyday, dont la future star reprendra le nom, avec le succès que l’on sait).

    Johnny Hallyday sur le Divan fait de ces premières années la blessure originelle qui explique beaucoup de choix personnels : son hypersensibilité, son besoin de réussir, de se surpasser et de se faire aimer, son rapport avec les femmes et notamment avec Laeticia, jeune femme à la carrière de mannequinat arrêtée net (comme sa mère biologique !), son obsession de la famille et bien entendu l’adoption de ses deux dernières filles, Jade et Joy.

    Le lecteur découvrira d’autres blessures moins connues, comme celle de son premier amour, une actrice, Patricia, décédée accidentellement. L’essai insiste sur ses relations incroyables avec son public, mêlant professionnalisme, engagement personnel et existentiel (l’auteure rappelle le danger qu’il pouvait mettre lors de ses shows, en arrivant par exemple en hélicoptère, alors qu’il avait le vertige) mais aussi et surtout l’amour. Un amour qui pouvait être âpre, puissant et aussi complexe que sa propre vie; johnny le chantait ainsi : "Derrière l'amour il y a / Toute une chaîne de pourquoi / Questions que l'on se pose / Il y a des tas de choses / Les pleurs qu'on garde sur le cœur / Et des regrets et des rancœurs / Des souvenirs éblouissants / Et des visions de néant."

    Jeanne Boyaval, Johnny Hallyday sur le divan,
    préface Pierre Billon, Ed. Envolume, coll. Sur le divan, 2021, 192 p.   

    https://editionsenvolume.com/johnny-hallyday-sur-le-divan
    https://www.facebook.com/jeanne.boyaval.1

    Voir aussi : "Les loups sont entrés dans Paris

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