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chronique

  • De bonnes nouvelles de Déborah Creff

    Les mauvaises nouvelles courent les rues. Pire, il semble que nous nous en délections, comme si les bad news – faits divers, intempéries, guerres – nous rassuraient à l’idée que nous en soyons (provisoirement ?) préservées. Et si nous prenions plaisir aux bonnes nouvelles ? Tel est le thème des chroniques de Déborah Creff, écrites pour C2L, une radio locale du Gâtinais, devenues un livre, Du bonheur au fil des saisons (éd. Spinelle).

    L’ouvrage est divisé en douze parties, comme les douze mois de l’année. De janvier à décembre, l’autrice propose "une invitation à se saisir et à s’emparer de tous ces moments précieux, dissimulés partout dans notre quotidien". Il est vrai que ces moments doux, charmants, frais, légers ou prêtant à sourire sont plus nombreux qu’on ne l’imagine. Un auteur – sans doute Jacques Prévert – disait d’ailleurs ceci : "On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait quand il s'en va".

    Déborah Creff commence d’ailleurs par définir ce qu’est le bonheur ("Qu’est-ce qu’être heureux ?"). Un sujet à la fois philosophique, psychologique et sociologique, tant le concept de bonheur semble être à géométrie variable. L’écrivaine cite Aristote, Kant, Nietzsche, Spinoza mais aussi les sciences cognitives.

    Voilà pour démarrer cette compilation de chroniques qui vient chercher tous ces événements, concepts, gestes – petits ou grands – pratiques ou conseils, histoire de nous rendre un peu plus heureux. On vient picorer ces courts textes – d’une à deux pages pour y trouver de quoi mettre un peu plus de fleurs dans nos têtes...

    De quoi est-il question ? Des bienfaits de la "câlinothérapie", de la carte de vœux, du feng shui, du sexe, des animaux de compagnie, du bain, de la lecture, de l’écriture, de la photographie… ou de l’ASMR. À côté de cela, chacun et chacune sera inviter à profiter des petits moments de tendresse, des fêtes de Noël, "à retrouver son âme d’enfant", à se méfier des réseaux sociaux, à découvrir "les monuments porte-bonheur dans le monde" ou, plus près de chez nous – et c’est la conclusion de l’ouvrage – à prendre conscience du "bonheur à la française".

    De quoi mettre un peu plus de fleurs dans nos têtes...

    Il y a aussi ces surprises. Saviez-vous que l’hiver peut redonner le moral ? Voilà qui semble contre-intuitif. Déborah Creff propose une autre chronique sur le "leap day", une étrange expression qui désigne le 29 février, n’arrivant que tous les quatre ans : "une journée porte-bonheur ou porte-malheur ?", s’interroge l’autrice. En tout cas, les personnes qui sont nées un 29 février ont le privilège de fêter leur anniversaire chaque année bissextile. Le "leap day" ne serait-il pas une journée singulière en ce qu’elle "rajeunit" comme par miracle l’intéressé·e.

    Autre concept, la "journée mondiale du compliment", ce comportement faisant figure de bienfait trop sous-estimé, y compris et surtout dans le milieu professionnel. En parlant de journée mondiale, Déborah Creff n’oublie pas celle du bonheur. Celle-ci a été fixée au 20 mars. Notons-la sur nos tablettes. Une dernière date : le troisième lundi de janvier. Pourquoi ? Qualifié de "Blue Monday", ce jour serait "le plus déprimant de l’année". L’autrice nous explique pourquoi, tout en le démystifiant. Afin que les 365 jours de l’année, sans exception, soient placés sous le signe du bonheur. Smile !

    Déborah Creff, Du bonheur au fil des saisons, éd. Spinelle, 2020, 262 p.
    https://www.editions-spinelle.com
    https://www.facebook.com/deborahcreff
    https://www.instagram.com/deborahcreff

    Voir aussi : "Poésie feel good"

  • Les tribulations d’un Allemand en France 

    Ces chroniques d’un Allemand en France, Douce Frankreich de Frank Gröninger (éd. AlterPublishing), sont un hommage appuyé autant qu’un récit amoureux pour un pays – la France – à la fois attirant, fascinant, mais qui est aussi mal compris, sinon mal aimé. Qui peut le mieux en parler que précisément un étranger, qui a aujourd’hui la double nationalité ? L’auteur, Frank Gröninger, cite à ce sujet cette phrase de Kurt Tucholsky : "Un Allemand, il faut le comprendre pour l’aimer ; un Français il faut l’aimer pour le comprendre".

    Frank Gröninger appartient à cette génération d’Allemands qui a connu les bouleversements des relations franco-germaniques : les traumatismes de la seconde guerre mondiale font encore partie des souvenirs familiaux, souvent avec des non-dits perturbants, et que les premiers voyages dans les années 80 d’un jeune homme dans ce "pays mystérieux" ne sont pas sans attirer méfiances, surprises et incompréhensions. Il est aussi de la génération ayant connu la chute du Mur de Berlin, la réunification et la construction européenne derrière le couple politique franco-allemand et le mandat d’Angela Merkel.

    Depuis les premiers voyages scolaires jusqu’à l’installation définitive d’un citoyen européen né de l’autre côté du Rhin, Frank Gröninger relate ses découvertes de cet étrange pays qu’est la France, qui se targue d’être le pays du cinéma (tout en considérant que les classiques se limitent parfois aux Gendarme de Louis de Funès, aux Bronzés ou au Père Noël est une Ordure), un pays en retard dans le tri des déchets, un pays où "tous les français sont un peu pharmaciens/médecins dans l’âme", le pays des bises et des grèves ("Même dans un pays bordélique comme l’Italie ça n’existe pas !"). Le pays aussi où la nourriture est aussi importante que le sexe ("Ça me faisait rire car on se moque toujours des Allemands qui manqueraient de spontanéité et qui veulent tout planifier et pour le sexe les Français auraient-ils besoin d’un plan ? Il y a même des « films de cul ». Bizarre."). Et puis, il y a cette étrange relation entre Allemands et Français, faite de méfiance, d’incompréhension, mais aussi de fascination et de réelle sympathie. 

    L’Europe, les classes sociales, les mariages, les femmes, la culture, La mélancolie ou le cul

    Les chroniques de Frank Gröninger, chronologiques, ne dressent pas le parcours de l’auteur mais préfèrent s’arrêter sur ses rencontres au cours de ses 40 ans de vie entre la France et l’Allemagne : du jeune homme au pair lorsqu’il était étudiant à l’enseignement à Sciences Po Paris comme appariteur, l’ENA, au lycée Henri IV (avec un Un voyage eu Europe de l’Est pas forcément très glorieux pour la prestigieuse école) et son travail de traducteur à l’Assemblée nationale, au Conseil d’État, dans des écoles de commerce, à Matignon, au Ministère de l’Économie, au Ministère de l’Agriculture et au Ministère des Affaires étrangères où il exerce toujours, comme il l’explique au début de son livre.

    "Grâce à mes cours j’ai eu très vite un accès à « la France d’en haut », la France des grandes écoles, des concours…", dit-il. Pour autant, Frank Gröninger a aussi côtoyé la France dite "normale", celle des entreprises privées, des milieux populaires, des communautés immigrées où il a exercé comme "prof interculturel". Il témoigne, non sans émotion : "Je décidai de leur apprendre comment les préjugés naissent et qu’eux (et moi aussi) en avaient également. Ils venaient tous du 93, du « neuf trois », et avaient tous plusieurs « bagages » à porter."

    Il parle aussi de cette "France qui n’existe plus, une France du passé, celle de Juliette Gréco, de Georges Moustaki, de Bardot et de Brassens."

    Ces chroniques sont un peu moyen de faire passer quelques messages de tolérance et de compréhension entre les peuples : "Vous devez être conscients de l’image qu’on a de vous pour en jouer ou la contredire par vos gestes." Il y a encore cette remarque fort bien vue sur les incompréhensions encore présentes entre les deux pays anciennement ennemies : "Les Français pensaient que les Allemands n’avaient pas de savoir-vivre et ne pensaient qu’au travail. Les Allemands prenaient les Français pour des latins pas très sérieux qui arrivent en retard et veulent d’abord un café."

    Douce Frankreich est un témoignage sur les liens indéfectibles entre deux pays anciennement ennemis, mais aussi un livre plein d’espoir, en ce qu’il montre que des traumatismes nationaux peuvent être surmontés. Le lecteur s’arrêtera par exemple avec intérêt sur une expérience de professeur qui s’est avérée délicate pour Franz Gröninger : Comment enseigner l’allemand dans une école juive lorsqu’on est précisément le premier Allemand y enseignant depuis la seconde guerre mondiale ?

    300 pages ne sont pas de trop pour parler avec piquant, humour, mais aussi parfois sévérité, des préoccupations et des caractéristiques de la France et des Français d’aujourd’hui : la nationalité française, l’Europe, les classes sociales, les mariages, les femmes, la culture, La mélancolie ou le cul... Voilà qui rend sans doute notre pays si fascinant et étrange. Voilà aussi pourquoi Franz Gröninger a choisi d’en faire sa deuxième patrie : "Quoi qu’il advienne je resterai toujours « l’Allemand » aux yeux de la majorité des gens. Cela ne me gêne pas, car je suis conscient d’être assis « le cul entre deux chaises » pour parler français."

    Frank Gröninger, Douce Frankreich, éd. AlterPublishing, 2021, 296 p.
    https://www.alterpublishing.com/fr/douce-frankreich.html
    https://www.facebook.com/Douce-Frankreich-111189097816428

    Voir aussi : "Amitié franco-allemande"

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