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caprice

  • Brahms, le noir lui va si bien

    Le noir est à tous les étages de cet album Brahms du pianiste italien Fabrizio Chiovetta (Aparté). Il faut dire que les pièces pour piano Opus 116 à 119 ont été écrites dans les dernières années du compositeur allemand. L’homme a traversé et transformé le XIXe siècle, d’abord en marchant sur les traces de Beethoven, avant d’incarner le Romantisme. Que l’on pense au Caprice en ré mineur, concentrant sur ses 2 minutes 30 une vitalité et une passion qui va pourtant s’estompant.

    Nous sommes en 1892, donc. Wagner est mort depuis peu, Gustav Mahler est sur le point de dominer la musique romantique. Que reste-t-il à Brahms ? Il semble s’interroger. Ainsi pourrait-on traduire ces somptueux Intermezzi, notamment l’Intermezzo en la majeur, fin, délicat et à l’économie de moyen remarquable.

    Et pourtant, à l'époque de ces compositions, Brahms n’a plus rien à prouver. Ses symphonies, ses sonates et ses concertos ont bâties pour toujours une œuvre majeure. Or, lorsqu’il reprend le clavier pour ces Opus 116-119, c’est pour revenir à l’essentiel. Au piano, Brahms choisit la concision et la maîtrise de son art, que ce soit dans ces Intermezzi ou ces Caprices opus 116. Rien de ténébreux pourtant, que ce soit dans le Caprice en sol majeur, celui en ré mineur ou l’Intermezzo en mi mineur. Il semble même par moment que le compositeur, comme le pianiste, se distraient. Il n’en reste pas moins vrai qu’une profonde mélancolie cimente cet album aux teintes sombres et grises (Intermezzo en mi majeur).

    Fabrizio Chiovetta interprète ces pièces du dernier Brahms avec tact, en laissant de larges places aux suspensions, pour rendre compte de ces "berceuses de douleur", comme le confiait Brahms à son amie Clara Schumann. L’Opus 116 ressemble à une série de chants d’adieux ou plutôt de regards portés vers le passé, un mélange de regrets et de nostalgie. Sans doute Brahms est-il considéré à l’époque comme un artiste "dépassé". Il prouve cependant qu’il est là et bien là. À la fois plus moderne qu’on ne le penserait a priori et capable d’offrir quelques-unes de ses plus belles pièces.

    La lumière perce à travers les volets de notes

    L’Opus 117 est tout entier consacré à trois Intermezzi, respectivement en mi bémol majeur, en si bémol mineur et en ut dièse mineur. L’Intermezzo Andante moderato en mi bémol majeur séduit par sa finesse et sa ligne mélodique (Brahms a reprit une berceuse écossaise). Il en fait une des plus grandes pièces du répertoire romantique. Fabrizio Chiovetta la déploie en prenant son temps comme s’il souhaitait ne jamais la terminer. Celle en si bémol mineur a l’accent d’une prière – peut-être adressée à Clara Schumann, son grand amour platonique. Plus funèbre est l’Intermezzo en ut dièse mineur, plus complexe aussi. Le compositeur y dévoile ses tourments intérieurs et ses interrogations.

    L’Opus 118 fait alterner quatre Intermezzi, une Ballade et une Romance. L’Intermezzo en la mineur est le plus court de l’opus. Il précède un autre Intermezzo, celui-là en la majeur, plus apaisé, méditatif, semblant revenir à de lointains souvenirs. À des regrets aussi. La Ballade en sol mineur sonne étrangement. Plus superficielle, relativement courte aussi (un peu plus de trois minutes) et d’une fausse gaieté, elle exprime chez Brahms l’envie de montrer qu’il est toujours en vie, et même vaillant. Son Intermezzo en fa mineur revient à l’essentiel : mélodies simples, silences bienvenus, notes suspendues. Rien de trop. Dans la Romance en fa majeur, c’est le Brahms romantique qui s’exprime, un Brahms amoureux et presque souriant. En tout cas rempli de confiance. La lumière perce à travers les volets de notes que le pianiste sait rendre claires, colorées et légères. L’Intermezzo en mi bémol mineur vient conclure cet Opus 118, dans une sombre retenue. Cette pièce ressemble à une prière des morts.

    Quatre pièces pour clavier Opus 119 viennent conclure cet album Brahms. Il s’agit de trois Intermezzi et d’une Rhapsodie. Là encore, on aime cette facture romantique ni intimidante ni grandiloquente. Le Brahms des Intermezzi nous parle au cœur (Intermezzo en si mineur), grâce notamment à la simplicité mélodique (l’Intermezzo en mi mineur), voire à cette envie de montrer que la musique ne saurait exister sans une part insouciante. Que l’on écoute pour s’en convaincre l’Intermezzo en do majeur et surtout la Rhapsodie en mi bémol majeur. Fabrizio Chiovetta a su rendre un peu de lumière du Brahms des vieux jours. Un homme qui se sait à la fin de sa vie et qui s’apprête à refermer pour toujours son clavier. 

    Johannes Brahms, Klavierstücke, op. 116-119, Fabrizio Chiovetta (piano), Aparté, 2026
    https://apartemusic.com/fr/album-details/brahms-klavierstucke-op-116-119
    http://www.fabriziochiovetta.com
    https://www.facebook.com/profile.php?id=100063675844998#
    https://x.com/FabrizioPiano

    Voir aussi : "Élise Bertrand, de l’ombre à la lumière"

  • Franck par Lazar

    César Franck : voilà un compositeur discret, pour ne pas dire oublié, et dont la popularité semble beaucoup se limiter au "Panis angelicus". Dommage. On doit remercier le pianiste français Ingmar Lazar pour ce choix d’œuvres pour piano, à commence par la délicate première sonate commençant par un "Larghuetto-Allegro moderato" tout en finesse.

    Avec César Franck, on est au cœur de cette musique française de la deuxième moitié du XIXe siècle. Alors que la musique allemande et romantique domine et que le modernisme s'annonce, la France reste dans une facture classique, avec parfois une fausse candeur ("Adagio, andante moderato"), mais sans jamais vendre au diable son élégance, ni ses influences romantiques (le troisième mouvement de la Sonate n°1, "Rondo, allegro vicace").

    L’auditeur trouvera ce puissant, subtil et ambitieux "Grand Caprice" (1843), aux arabesques sonores incroyables et demandant à l’interprète – ici, Ingmar Lazar – une virtuosité implacable.

    Puissant, subtil et ambitieux 

    L’album proposé par Hänssler et Ingmar Lazar propose un premier "Prélude, aria et fugue" en trois parties, avec toujours cette facture romantique au classicisme très "musique française". On se croirait dans les salons bourgeois du début de la IIIe République, car l’œuvre a été écrite entre 1886 et 1887. César Franck se déploie avec tact et brillance les trois mouvements.

    L’auditeur s’arrêtera sans doute avec plaisir sur le lent, tourmenté et aux accents nostalgiques et douloureux "Aria" ("lento"), avant un "Final" enlevé, pour ne pas dire agité ("allegro molto ed agitato").    

    L’album d’Ingmar Lazar se termine par un dernier "Prélude, choral et fugue". Écrite en 1884, l’œuvre se place d’emblée, à travers son titre, sur les pas de Jean-Sébastien Bach, avec un "Prélude" moderato au romantisme bouillonnant. Le "Choral, "poco più lento" se déploie avec une grâce indéniable, servi par un pianiste magnétique.

    Avec le dernier mouvement, "Fugue", nous voilà chez Bach. Mais un Bach catapulté en pleine deuxième mouvement du XIXe siècle, avec cette touche française propre à César Franck.    

    Et si l’on concluait en disant que l’album propose là l’une des plus séduisantes découvertes du compositeur français ? 

    César Franck, Piano Works, Ingmar Lazar, Hänssler, 2023
    https://www.facebook.com/ingmarlazarpiano
    https://www.ingmar-lazar.com
    https://haensslerprofil.de/shop/soloinstr-ohne-orchester/cesar-franck-piano-works

    Voir aussi : "Histoires de roux et de rousses"

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