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éditions

  • Le livre moche à la française

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    Un article du Monde du 28 août 2014, "Quand l'habit fait le livre" s'intéresse à un sujet important dans la littérature mais méprisé par beaucoup d'éditeurs français: les couvertures de livres.

    Certes, comme le rappelle la journaliste Julie Carini, "ne jugez pas un livre à sa couverture" ("Don’t judge a book by its cover"), proverbe anglais équivalent de notre dicton "L'habit ne fait pas le moine". Pour autant, force est de constater que le pragmatisme anglais ne prend pas au pied de la lettre cette assertion.

    Car, là où le monde éditorial anglo-saxon considère le livre comme un objet à part entière, destiné à être vendu et, en tant que tel, à être sexy, les grands éditeurs français continuent de traiter leurs collections éditoriales comme des temples sacrés. 

    Résultat : alors que des éditeurs comme Penguin jouent la carte du graphisme et de l'identité, la tradition est forte chez les Gallimard, Grasset et autres Seuil à opter pour "l'élégance à la française" : couverture sobre, monochrome, typographie classique mais aussi indémodable. Le dernier mot doit être laissé au texte ! 

    Les origines de ce dédain – plus ou moins assumé – tiennent à ce que, pendant des décennies, la littérature populaire (celle des romans de gare et des polars bon marché) affichait sans vergogne des couvertures colorées, des illustrations explicites, au goût parfois douteux (la collection des SAS en est l'un  des plus beaux exemples). Au contraire de ces ouvrages, c'est la sobriété qui apparaît comme une règle quasi immuable pour tout éditeur entendant "faire de la littérature sérieuse".

    Mettons de côté cette dernière expression, sujette à bien des interprétations et considérons, à l'instar de Julie Carini, la valeur intrinsèque de la couverture. Certes, cette dernière n'est qu'une vitrine, imparfaite et forcément subjective – quand elle ne trahit pas l'œuvre qu'elle présente. Pour autant, elle est aussi la première chose qu'un futur lecteur voit du livre et, finalement, souvent, ce qui l'incitera ou non à se procurer – et lire – cet ouvrage. "Plus une couverture est sobre, voire sèche, plus elle est littérairement installée" comme le proclame un directeur éditorial cité dans cet article.

    Serait-ce à dire que les éditeurs français, obnubilés par cette antienne "le texte et rien que le texte", seraient totalement rétifs au changement dans ce domaine ? Pas tout à fait. Tout d'abord parce que le milieu de l'édition, comme le rappelle le journaliste du Monde, est constitué de professionnels qui ont ouvertement choisir de promouvoir leurs auteurs à travers des recherches graphiques attrayantes. Les éditions Philippe Rey, Au Diable Vauvert ou Zulma ne négligent ni l'iconographie, ni la typographie pour mettre en avant tel ou tel roman, tel ou tel essai. D'autre part, les grands noms de l'édition peuvent se rapprocher de graphistes pour telle ou telle collection. 

    Côté grands éditeurs, les lignes ont un peu bougé et on est arrivé à cet espèce de compromis à la française : garder l'héritage des livres à la couverture sobre (chiante ?) mais les orner de jaquettes illustrées en pleine page – sans parler des bandeaux rouges, utilisés souvent à tort à et à travers.

    Pour autant le chemin semble être encore long avant qu'un certain snobisme finisse par céder face aux sirènes des librairies ou des grandes plateformes Internet, type Amazon. Les graphistes piaffent d'impatience à l'idée de pouvoir – enfin – prendre la main sur les couvertures encore négligées, proposer de mettre en image l'univers d'un livre ou d'un auteur (car dans cette histoire, l'auteur est un peu le grand oublié) et redonner un nouveau souffle au livre.

    La bataille semble ne pas être gagnée. La tradition du "livre moche à la française" a encore de beaux jours devant elle.

    Julie Clarini, « Quand l'habit fait le livre », Le Monde, 28/08/14

  • Bibliographie

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