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Polas d’Audrey

S’il est un art qui a été bouleversé ces dernières années, c’est bien celui de la photographie : révolution numérique, outils de CAO et PAO, appareils-photo supplantés par les téléphones, sans compter l’omniprésence de l’Internet comme diffuseur. Une photographe, Audrey Borgel, a choisi de prendre cet art à contre-pied grâce au choix du Polaroid.

À la fin des années 70, la société américaine éponyme révolutionne le monde de la photo grâce à son procédé de développement instantané. Audrey Borgel a choisi le Polaroid et ces clichés de 7,9 x 7,9 cm, en noir et blanc ou en couleur, des petits formats et en analogiques, qu'elle encadre parfois ("Amalgam") : voilà qui donne à ces séries d'œuvres un caractère intimiste, pour ne pas dire unique.

Unique car avec le développement instantané, la photographe abandonne les réflexes de la retouche d’image, de l’utilisation du bon filtre ou du rognage numérique au profit du juste réglage à l’instant T, du cadrage précis et du clic au bon moment. Le polaroid ne triche pas, semble vouloir nous dire Audrey Borgel dans sa série estivale "Sweetness". L’artiste y propose des natures mortes qui sont des captations de scènes intérieures autant que des jeux d’ombres et de lumières. 

Small is beautiful

Le format réduit de ces petits carrés en papier glacé peuvent-ils s’adapter aux scènes extérieures ? Oui, répond la photographe avec ses séries naturalistes "Story(s) of a moment" et surtout "Il était une fois des arbres". Pour cette dernière série, à chaque cliché correspond un arbre, en couleur ou en noir et blanc. Audrey Borgel montre la solitude ou la fragilité de ces êtres vivants grâce aux grains de ses clichés et aux effets de lumière : "Chaque espèce ou famille a une forme et une structure de branche particulières, l'arbre pousse vers la lumière et s'il ne le peut pas, il contournera toujours dans le seul but de s'épanouir".

Dans son travail sur les petites tailles, la photographe va même jusqu’à proposer une série de clichés regroupant 12 vignettes de paysages ("Resumption"), comme si le format réduit – et répété – était ce qui se mariait le mieux avec des vues de la nature. Nous pourrions dire que l'artiste met en application la fameuse expression "small is beautiful".

Dans les formats carrés de ses Polas, Audrey Borgel s'intéresse aux effets d’ombres et de lumières ("Story(s) of a moment"), au grain qui vieillit les clichés et au petit format. Il y a de l’onirisme dans ces photographies comme venus d’une autre époque mais que l’artiste parvient à rendre actuels et même "fun" grâce à des ajouts de couleurs ("Color Frames").

Même si l'artiste a exploré d'autres techniques (cartes anciennes, mini-albums, portraits chinés dans des brocantes), le Polaroid est bien au cœur de son travail, un travail qu’elle a présenté en 2020 à l’Expolaroid de la Gallery Art.C à Paris ou à Barcelone à l’EXP.20 (International Festival on Experimental Photography Barcelona).

Alors que le numérique impose son paradigme dans le domaine de la photo, il n’est pas inutile de rappeler que quelques artistes font toujours de l’analogique – et ici du Polaroid – des terrains d’expérimentation infinis.  

http://audreyborgel.com
https://www.facebook.com/audrey.photographe
@MoodEphotos
https://www.instamaniac.com/interview-photographe-audrey-borgel

Voir aussi : "Rencontre avec Patricia LM"

© Audrey Borgel - Séries "La douceur", "Il était une fois des arbres", "Color Frames"

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