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infidélité

  • Méfiez-vous des hommes

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    Il a été question dans notre hors-série sur Tatiana de Rosnay de son recueil de nouvelles Le Carnet rouge. J’ai choisi de m’intéresser à la première version de son livre, paru en 1995 sous le titre Mariés et Pères de Famille (éd. Plon). Il s’agit du deuxième ouvrage publié par Tatiana de Rosnay après L'Appartement témoin, dont je vous parlerai très bientôt. L’auteure n’en est qu’au début de sa carrière. La consécration viendra douze ans plus tard, avec Elle s’appelait Sarah, faisant d’elle l’auteure de best-sellers que l’on connaît.

    Mariés et Pères de Famille contient neuf histoires qui seront repris dans Le Carnet Rouge, dans un ordre différent. Si je parle d’ordre, ce n’est pas anodin. Plon sous-titre ce recueil : Roman d’adultères. Un roman, vraiment ? D’emblée, la question se pose si ce choix ne vient pas d’un éditeur, plus désireux de présenter ce livre comme un "roman", un genre plus vendeur, que comme un "recueil de nouvelles" – ce que Mariés et Pères de Famille est.

    Mais passons. Il y a bien entendu le fil conducteur de l’infidélité qui relie ces onze histoires : des femmes trompées ou soupçonnées d’être trompées, et même parfois adultères elles-mêmes : un mari fréquentant des prostituées dans Le Bois, qui ouvre le livre, le fameux Carnet rouge, le journal d’une femme infidèle ou La jeune Fille au pair, une conversation entre deux amies à propos de leur mari respectif. Le lecteur du Carnet Rouge, paru en 2014, retrouvera ces autres nouvelles : La Lettre, Le Répondeur, Le Cheveu, Le Mot de Passe et Le "Toki-Baby". La Cassette vidéo a été remaniée jusqu’au titre pour devenir, neuf ans plus tard, La Clé USB – une concession à la modernité, dans un recueil assez classique dans la facture, si l’on pense par exemple au choix des prénoms utilisés (Jeanne, Marie, Eugénie, François ou Thérèse).

    Deux nouvelles rares

    Deux nouvelles rares sont présentes dans Mariés et Pères de Famille : L’Odeur et La Jalouse. Ces deux textes peu connus méritent que l’on s’y arrêtent. Le premier, L’Odeur, a la particularité d’être une courte pièce de théâtre en un acte et quatre scènes, réduit à trois personnages, un couple, Anne et François et leur fille Gabrielle. En rangeant les vêtements de son mari, souvent en voyage d’affaire, une femme y découvre une odeur étrange : celle d’un sexe de femme. C’est le début d’une scène de ménage acide, violente et non teintée d’humour noir. La deuxième nouvelle, La Jalouse, est la correspondance d’un homme singulièrement d’une fidélité à toute épreuve. Sans doute est-ce d’ailleurs la raison de la disparition de ce texte pour l’édition 2014 du Carnet rouge. Il s’agit d’une lettre d’adieu à sa femme, Eugénie, que ce mari s’apprête à quitter en raison de la jalousie maladive de cette dernière. Il raconte avec amertume le flicage quotidien d’une épouse persuadée qu’il la trompe à torts et à travers : avec une voisine, avec des amies communs, avec une ex ou avec des inconnues croisées par hasard.

    Les fans de Tatiana de Rosnay seront très certainement heureux d’avoir dans leur bibliothèque ce Mariés et Pères de Famille, un recueil de nouvelles, donc (et pas un roman comme l’indique faussement la couverture du livre), à la fois moderne dans son écriture et la thématique classique – l’adultère. Classique et diablement romanesque.

    Tatiana de Rosnay, Mariés, pères de Famille, Roman d’adultères
    éd. Plon, 1995, 182 p.

    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Trahisons et cachoteries"
    "Juste un moment d’égarement"

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  • Trahisons et cachotteries

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    Parmi les onze nouvelles de Son Carnet Rouge, publié par Tatiana de Rosnay en 2014, neuf avaient fait l’objet d’un précédent recueil, Mariés, Pères de Famille (1995). Son Carnet rouge, titre bref et énigmatique – et qui est aussi celui d’une des histoires –, s’avère plus fidèle que Mariés, Pères de Famille. "Fidèle", comme le thème de ce recueil qui entend, contrairement à la précédente version, mettre les femmes au centre du jeu – et non plus les maris.

    L’adultère est décliné à travers neuf histoires tour à tour cruelles, cyniques, drôles ou tragiques. Les protagonistes de ces récits ? Le plus souvent des femmes, des mères de famille soit trompées (La Clé USB) ou suspectes d’être trompées (La jeune Fille au Pair), soit elles-même infidèles (Son Carnet rouge).

    Tatiana de Rosnay s’empare de ce sujet sulfureux, mais pas de la manière que l’on penserait : chez elle, pas d’idylles amoureuses, de cinq à sept ou de scènes torrides (si l’on excepte un passage cocasse dans « Toki-Baby ») mais des constats. Les personnages du Carnet Rouge sont au bord du vide plus que dans le brasier d’une relation sexuelle. Ce qui est en jeu est l’après, le bilan, les conséquences et, finalement, la responsabilité dans ces histoires de cachotteries et de trahisons.

    Dans la nouvelle qui porte le titre du livre, la découverte d’un journal intime met au jour la déliquescence d’un couple. Dans Le Bois, l’auteure suit un homme dans plusieurs de ses nombreuses aventures avec des prostituées, jusqu’à l’entrée en scène de l'épouse trompée. La Brune de la Rue du Ranelagh est cette mystérieuse femme qu’un mari visite régulièrement et dont son épouse apprend l’existence.

    La vie du couple subit de sérieux coups de canif

    La vie du couple subit, tout au fil de ses onze nouvelles, de sérieux coups de canif : il est d’abord question de mensonges, de dissimulations, de secrets, voire de mépris pour le pas dire de détestations et de haines ("Guy est irréprochable. Il est d’un ennui mortel. Que faire, à part le tromper, ce qui est le cas depuis belle lurette ?", Son Carnet rouge).

    Le retour de bâton est souvent terrible dans ces histoires de personnages cocufiés : ici, c’est la réaction d’une future "ex-femme" lors de la découverte d’un cheveu suspect (Le Cheveu) ; là, c’est la vengeance toute romanesque d’Hunter, une étudiante humiliée par un professeur pour le moins goujat (Le Mot de Passe). L’infidélité est terrible mais Tatiana de Rosnay a l’art d’en parler avec une sorte de détachement, voire avec un humour tout flegmatique, à l’exemple de la conversation entre Marie et Marguerite dans La Jeune Fille au Pair.

    On trouvera dans Hotel Room la marque de la romancière dans cette histoire de rendez-vous secret se transformant en drame insurmontable. Du beau suspense, comme Tatiana de Rosnay sait en faire dans ce recueil vif et acide.

    Tatiana de Rosnay, Son Carnet rouge, éd. Héloïse d’Ormesson, 2014, 190 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Juste un moment d’égarement"

     

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  • Trompe-moi, mon amour

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    "Je n’étais pas le genre de fille qui couche avec tout le monde" : voilà le préliminaire des confessions d’Émilie, alias Mélanie Bauche, l’auteure sous pseudonyme de Parfois sans mon Homme (Amazon), un roman sur le caudalisme.

    À ce stade de la chronique, il est sans doute bon pour les non-initiés de rappeler ce que signifie le terme de "caudaliste." Le caudalisme est une pratique consistant à aimer voir son ou sa partenaire avoir des relations sexuelles. Le terme vient de l’Antiquité : Caudale, roi de Lydie au VIIe s. av JC, très amoureux de sa femme Nyssia, demande à un officier de sa garde personnelle d’assister au coucher de celle-ci, ce que le soldat finit par accepter. Une vieille pratique, donc. Au passage, le lecteur apprend les déclinaisons de ce mode amoureux : le cuckolding, le hotwifing, le dogging, le wife-watching, le wife-sharing ou le fluffing. Un petit tour à la page 31 permet un rapide décrassage et de s’endormir moins idiot.

    Dans Parfois sans mon Homme, Émilie narre ses aventures qu’encourage son compagnon Jérôme – le cocu de service, donc. Mais un cocu qui, dans l’organisation de ses plans caudalistes – dans toutes les positions, les partenaires et les combinaisons possibles – est le réel maître du jeu. Il confie d’ailleurs ceci à sa partenaire "officielle" : "Je cherche une jouissance plus cérébrale, plus personnelle. Avoir une femme qui profite des plaisirs de la vie sans honte grâce à moi, c’est bien mieux que d’aller baiser à droite, à gauche moi-même."

    Ça s’emballe, ça se déballe, ça s’allonge, ça râle

    Émilie est largement partante, et y trouve même des avantages qu’elle décrit en long, en large et en travers. Elle le dit autrement : "J’aurais le beurre, l’argent du beurre, et la bite du crémier !"

    Dans Parfois sans mon Homme, il est question à la fois de rencontres, de transgressions mais aussi de fantasmes qui n’ont pour but que d’épicer la vie d’un couple soudé : "Ça m’amuse, tous ces gens qui laissent le conformisme social prendre le dessus sur leur complicité de couple" se réjouit un Jérôme lors d’une conversation avec Émilie qui doute d’assumer en public ses pratiques.

    Mélanie Bauche ne s’interdit rien dans cette histoire épicée et sans tabous : ça s’emballe, ça se déballe, ça s’allonge, ça râle et ça se laisse prendre dans tous les sens. Il n’est bien sûr pas question de morale dans ce roman, ou, si morale il y a, elle est à chercher dans le choix d’une sexualité atypique : "L’infidélité est si répandue que les gens n’imaginent pas qu’elle puisse être consentie… Mes amants croient partager avec moi le secret d’une escapade adultère, alors qu’ils ne font que participer à une forme d’ébat dont mon chéri est bel et bien partie prenante."

    Si vous êtes allergique au conformisme sexuel, ce roman dense et se croquant avec appétit, est pour vous.

    Mélanie Bauche, Parfois sans mon Homme, Amazon, 2018, 51 p.

    Voir aussi : "L'ennui avec les princesses"

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