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roman

  • Juste Goldman

    Et si l’on redécouvrait sans doute le meilleur livre de Joël Dickers ? Le Livre des Baltimore, sorti aux éditions de Fallois en 2015 est ressorti il y a moins de quatre ans chez Rosie & Wolfe, après la mort de Bernard de Fallois et la disparition de sa maison d’édition. Voici la parti éditoriale de cette chronique.

    Le Livre des Baltimore, le plus américain des ouvrages du romancier suisse, est une histoire famille mais aussi le récit d’une amitié autour des Goldman. Il y a en réalité "deux" Goldman : les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair à laquelle appartient le narrateur, Marcus. Les premiers appartiennent à la classe aisée, portée par Oncle Saul. Les seconds vivent plus modestement à Montclair, dans le New-Jersey. Or, Marcus, dès l’enfance, a noué une soldie amitié avec son cousin Hillel, bientôt rejoint par Woody, un enfant abandonné par son père et qui a trouvé en Saul et Anita un nouveau foyer. Les trois forment le noyau du "Gang des Goldman", bientôt rejoints par un quatrième larron, Scott, un enfant handicapé et couvé comme un frère. Il appartient à la famille Neville. Sa sœur Alexandra va bientôt entrer dans le cercle des Goldman, loin des dissensions entre Baltimore et Montclair.

    Réconciliation et expiation

    C’est patiemment que Joël Dickers, par la plume de Marcus Goldman, écrit le Livre des Baltimore. Le lecteur ou la lectrice se laisse porter par un récit alternant passé et présent tout en proposant une mise en abîme dans lequel il est question de vérité, de secrets de famille, d’amitié, d’amour, de trahisons.

    Patiemment, l’auteur genevois déroule un récit au cœur de l’Amérique des années 1980-1990 – non sans un passage par les sixties et les seventies pour découvrir l’explication d’un divorce familial qui ne dit pas son nom. Écrit à la première personne, Le Livre des Baltimore parle aussi de la jeunesse, de l’adolescence, des rêves impossibles ou accomplis (et ce roman en est un), des promesses tenues ou non.

    Il faut entrer patiemment dans le livre, se laisser porter par son histoire et et ses histoires parfois agencées comme des poupées gigognes, en particulier dans les deux derniers parties, au moment du "Drame". Dans ce récit turbulent et traumatisant, Joël Dickers nous tient finalement une conclusion en forme de réconciliation et d’expiation.

    Joël Dickers, Le Livre des Baltimore, éd. Rosie & Wolfe, 2015, 2022, 597 p.
    https://joeldicker.com
    https://www.facebook.com/Joel.DickerCH


    Voir aussi : "Un coupable parfait et un crime qui ne l’est pas moins"
    "Les secrets de Nola Kellergan"

  • Mort, où est ta victoire ?

    Puisque nous sommes encore en été (pour quelques jours encore), période bénie pour la lectures, notamment les polars, laissez-moi vous en présenter un, sorti il y a trois ans et méritant que l’on s’y intéresse. Il nous vient d’Angleterre, est signé A.K. Turner et est le premier volume d’une trilogie, Body Language (éd. Le Livre de poche).

    Cassie Raven, au look à la Lisbeth Salander (l’héroïne de Millénium, pour celles et ceux qui n’ont pas la ref), travaille à la morgue londonienne du quartier de Camden. Un vrai sacerdoce pour cette orpheline qui a été élevée par sa grand-mère. Douée, aimant son métier, Cassie a surtout la particularité d’entendre les cadavres, dont elle s’occupe, lui parler.

    Un jour, elle voit arriver une morte dont elle doit s’occuper. Ce n’est pas une inconnue. Elle s’appelle Geraldine, a aidé Carrie lorsque cette dernière était paumée, l’a encouragée a reprendre des études supérieures et a même été sa professeure. La brillante universitaire est morte chez elle, accidentellement. Un décès qui paraît vite suspect aux yeux de Cassie. La fonctionnaire se lance dans l’enquête, bientôt gênée puis aidée par Flyte, une lieutenante de police froide mais pugnace.

    Maboul

    L’autrice anglaise prend son temps dans ce polar qui plonge dans l’univers des morgues. Il fallait un personnage bien campé pour cette histoire de crimes où les fantômes semblent rôder – à moins que notre héroïne soit définitivement maboul.

    L’histoire avance lentement, A.K. Turner prenant soin de nous faire tourner autour de ses personnages : un collègue sympathique mais cachant quelques secrets, un supérieur insupportable mais vite mis de côté, une policière peu heureuse car digérant un lourd passé. Une intrigue vient se rajouter à l’histoire de Geneviève : un cadavre disparu puis réapparaissant. Mais pourquoi ?

    Le lecteur ou la lectrice devra accepter ces fausses pistes avec patience, lorsqu’enfin le passé de Geneviève nous est révélé : un site de rencontre, un mariage, un traquenard et je m’arrête là.

    Cassie va user de ses maigres moyens, de ses relations mais aussi de son amitié naissante avec Flyte pour démêler le vrai du faux et laisser les morts reposer en paix. 

    A.K. Turner, Body Language, éd. Le Livre de Poche, 2023, 448 p.
    https://www.livredepoche.com/livre/body-language-9782253243885
    https://www.facebook.com/AKTurnerCrimeWriter

    Voir aussi : "Les larmes ne se voient pas dans l'eau des piscines"

  • Plume à l’eau

    L’enfant de la mer de Mathieu Le Berre est à ranger aussi bien dans la catégorie jeunesse, que dans le conte illustré, le roman d’initiation et la poésie. Avec en plus des conseils de l’auteur en fin d’ouvrage car, en terminant cette histoire de fillette apprivoisant l’océan, on commence, en quelque sorte, un autre livre.

    Explication. Plume est une "enfant de la terre", littéralement. La mer est un monde qui lui est inconnue et que Grand Cormoran invite à découvrir. Voilà donc la gamine chevauchant son corps emplumé, d’abord dans l’élément aérien, puis à la découverte des animaux marins. Elle y rencontre Cornemuse, "un phoque musicien, dodu et joyeux". Il lui apprend l’art de flotter et ne de pas paniquer dans l’eau. Plus tard, c’est Marin, un grand dauphin, qui l’initie à la nage. Torpille, "une petite loutre farceuse", lui enseigne ensuite l’art de la planche, avec agilité et sans peur. Néry, le cachalot, lui parle de respiration et de l’apnée. Après un passage dans l’île tahitienne de Coco, la sage et exploratrice tortue, Plume retrouve enfin Grand Cormoran qui lui enseigne comment plonger.

    Accordance

    Voilà pour ce conte qui interroge petits et grands sur la manière d’apprivoiser un élément fascinant et qui continue à susciter néanmoins de multiples peurs. Et c’est là qu’il faut parler de l’auteur de l’ouvrage, Mathieu Le Berre.

    Breton familier de l’océan, il a été maître-nageur avant de se consacrer à ce très beau projet à la fois artistique et pédagogique. Car il est bien question de pédagogie dans la dernière partie de L’enfant de la mer. L’auteur y développe ses conseils et aussi sa philosophie au sujet de l’élément marin, une philosophie qui porte un nom : "L’accordance". Il s’agit de découvrir l’élément liquide en acceptant de s’y laisser accueillir.

    Mathieu Le Berre dispense quelques conseils aux parents afin que, dès l’âge de trois ans, l’enfant se laisse porter par l’eau, lui rappelant d’où il vient. Le respect du milieu aquatique et en particulier des animaux qui le peuplent est fondamental. L’écrivain et illustrateur parle de "sagesse" mais aussi de liberté ("mouvement libre") pour apprivoiser ses peurs, la respiration étant un outil fondamental contre cela. Voilà un livre que beaucoup de parents seront bien inspirés de se procurer afin de préparer leur enfant à la nage.

    Et, the last but not the least, L’enfant de la mer est aussi un véritable beau livre aux illustrations somptueuses. 

    Mathieu Le Berre, L’enfant de la mer, Les êtres de l’eau et le secret de l’accordance, 2025, 148 p.
    https://mathieuleberre.fr/lenfant-de-la-mer
    https://www.facebook.com/mathieuleberre.fr
    https://www.instagram.com/mathieu.leberre
    https://www.linkedin.com/in/mathieu-le-berre-b11a95387

    Voir aussi : "Forçat en eau libre"

  • Trois actes et deux interludes

    Oui, un roman en trois actes. L’Illusionniste d’Édouard Jousselin (éd. Rivages) commence par suivre un écrivain, Étienne Pois. Un intellectuel parisien installé, reconnu, mais qui se sent dans une impasse. Aussi a-t-il décidé de traîner dans un de ces hôtels de la côte atlantique, sans âme mais bien tenu. Le lecteur ou la lectrice vont par la suite comprendre que, derrière ce séjour, il y a aussi une obligation contractuelle, qui va d’ailleurs faire l’objet d’une série de séquences d’une belle causticité.

    En attendant, dans cet hôtel de l'Atlantique, Étienne Pois observe la clientèle, sympathise – un peu –, se ballade et remarque surtout une réceptionniste, Charlotte, qu’il aborde puis drague sans réel espoir. La solitude devient finalement la seule compagne de l’écrivain qui finit par se persuader que son séjour sera au cœur de son nouveau texte, une pièce de théâtre. Fin du premier acte.

    Le deuxième suit cette fois Charlotte, notre réceptionniste. C'est une vie bien différente que la sienne. La jeune femme travaille en horaires décalés, cohabite avec son compagnon Christian dans une vie sans réels projets, sans réels envies, bref une existence morne et sans réelle aspérité, à l'image de l'hôtel où elle travaille. La solitude encore, jusqu’à ce que lui parvienne le courrier d’un ancien client de l’hôtel.

    Vous avez deviné : il s’agit d’Étienne Pois. L’écrivain l’invite à Paris pour y découvrir sa dernière pièce, intitulée La réceptionniste. Charlotte hésite et finit par prendre le TGV pour Paris. Charlotte quitte pour quelques heures sa vie triste pour se découvrir dans une pièce de théâtre. Fin du deuxième acte.

    Fascination, manipulation, mensonges et toxicité

    Le troisième et dernier acte s’intéresse à la relation entre Étienne et Charlotte, entre fascination, manipulation, mensonges et toxicité. Un jeu du chat et de la souris dont nous tairons bien entendu le final.

    Édouard Jousselin se joue du lecteur et de la lectrice dans un roman passionnant, tendu et aux multiples faux-semblants : l’écrivain paumé et morose, la réceptionniste morne et professionnelle jusqu’au sourire de bon aloi. L’illusion est reine dans ce roman à la double voix et qui est aussi un hommage au théâtre et à la puissance de la fiction. Dans le même temps, Édouard Jousselin règle quelques comptes au microcosme parisien, en particulier dans le troisième acte justement intitulé "La tragédie".

    L’écriture précise et sèche de l’auteur fait de ce roman un livre hyper-moderne, parlant de solitude, de l’importance des apparences jusque dans cet hôtel aseptisé, de l'art dans ce qu'il peut avoir de creux, sinon de destructeur, de la création au service de la consommation et du mal couvant sous un vernis respectable. 

    Édouard Jousselin, L’Illusionniste, éd. Rivages, 2026
    https://editions-rivages.fr/catalogue/lillusionniste-021584
    https://www.facebook.com/edouard.jn

    Voir aussi : "De bonnes nouvelles de Déborah Creff"

  • La revanche des pelotes de laine

    Voici un roman tendre et doux comme un fil de laine, un roman qui parle de l'accomplissement de soi au travers du travail manuel considéré injustement comme suranné.

    Le bonheur tiendrait-il dans nos mains, au bout de nos doigts manipulant des aiguilles à tricoter ou un carreau de dentelle ? Et si les travaux manuels étaient la solution pour repousser la morosité du quotidien ? Pour revenir aux relations simples, sincères ? Pour ralentir le temps, pour profiter de l'instant.

    Envie de ressortir du placard mon sac de tricot, mes aiguilles et mes pelotes.

    Envie de partir au Puy-en-Velay découvrir ses ruelles, les deux vierges et ses dentellières.

    Sioux Berger, La revanche des pelotes de laine, éd. du Rocher, 2026, 320 p.
    https://www.editionsdurocher.fr/product/133355/la-revanche-des-pelotes-de-laine
    https://www.sioux-berger.com
    https://www.facebook.com/sioux.berger
    https://www.instagram.com/sioux.berger43
    https://www.instagram.com/p/DYKeu-NCF9-/

    Voir aussi : "Bientôt, les Chroniques de Philomène"

  • Chaussures à son pied

    Allez, parlons de nouveau de Freida McFadden qui nous avait cueilli à froid avec sa Femme de ménage. Les mauvaises langues diront que l’autrice américaine s’est trouvée un filon en dénichant ses inspirations dans le milieu professionnel car, après les aides à domicile et les psys, voilà le milieu professoral qui est mis à l’honneur dans La prof (éd. City).

    En l’occurrence, c’est un couple d’enseignant qui est ausculté avec malice. Elle, Eve, est professeure de mathématiques, exigeante avec ses élèves, sérieuse, mais aussi frustrée sexuellement qui a deux secrets péchés plus ou moins mignons, notamment son amour pour les chaussures. Son mari Nathanael, ou Nate pour les intimes, prof d’anglais aussi bien noté par ses collègues qu’apprécié par ses élèves, n’est pas insensible à Addie, une lycéenne de 16 ans à l’origine, un an plus tôt, de méfaits pas jolis, jolis… Cette relation toxique, Eve s’en méfie comme de la peste, et elle a bien raison.

    Le roman ronronne d'abord comme un bon vieux diesel

    Freida McFadden prend son temps pour laisser infuser son trio – bientôt rejoint par des personnages secondaires importantes. Le roman ronronne d'abord comme un bon vieux diesel, alternant des chapitres courts racontés par Eve, Nate et Addie.

    L’autrice américaine n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’elle vent décortiquer la méchanceté humaine, les perversités et les secrets sagement gardés et qui finissent tôt ou tard par exploser. Et, soyons honnêtes, c’est ce qu’attend justement le lecteur ou la lectrice.  

    Comme pour ses opus précédents, le milieu du travail, la vie privée, les secrets de famille et les crimes commis par des gens ordinaires sont savamment dosés dans un roman qui, certes, ne révolutionnera pas la littérature mais qui fait le job. Un pur moment de plaisir… vicieux.  

    Freida McFadden, La prof, éd. City, 2025, 400 p.
    https://www.freidamcfadden.com
    http://www.city-editions.com

    Voir aussi : "Premier nettoyage à sec"
    "Les larmes ne se voient pas dans l'eau des piscines"

  • Les larmes ne se voient pas dans l'eau des piscines

    Remontons six ans en arrière, en 2020 plus précisément, année de la sortie de Celle qui pleurait sous l’eau (éd. Calmann-Lévy et au Livre de poche). Dans la véritable armée des auteurs français de polars, il y a Niko Tackian, pas forcément le plus connu mais indubitablement un romancier à découvrir et que l’on aime déjà.

    On suit le policier Tomar Khan, archétype du flic blasé et sanguin par nature. Dans le roman, ses défauts lui causent des bricoles, en l’occurrence, ici, une enquête de sa hiérarchie suite à un ancien meurtre. Pendant qu'il s'échine à se disculper, c’est sa collègue et amante Rhonda qui prend en main, avec pugnacité, une affaire de suicide. 

    Dans une piscine art-déco, une jeune femme est découverte noyée, victime a priori d’un suicide. Pratique et simple pour classer une enquête mais notre policière ne s’en laisse pas conter et s’intéresse à cette pauvre Clara.

    Pauvre Clara

    Souvent, les auteurs de polars ne savent paradoxalement pas faire dans l'efficacité : on a souvent droit à des pavés, des chapitres brefs mais nombreux et des fausses pistes jusqu’à la nausée. Rien de tel ici et voilà pourquoi Niko Tackian est à lire. Un roman d’un peu plus de 250 pages, une enquête au cordeau, certes complétée par une histoire bis autour de Tomar et d’un règlement de compte sur lui.

    L’auteur sait bien mener son histoire – ou ses histoires. Celle d’ailleurs de notre policier, harcelé par sa hiérarchie et en particulier l’ambitieuse, inquiétante et flamboyante substitute Ovidie Metzger, n’est pas la moins intéressante (que l’on pense aux scènes avec le dealer Momo et compagnie).

    Chez Tackian, pas de scénario alambiqué. Pas de scènes trash pour choquer un lectorat voyeur. Mais du réalisme et un auteur qui s’est solidement documenté, y compris sur les crimes sexistes. Car ce qui intéresse le plus Niko Tackian c’est de bâtir un roman de divertissement mai qui parle également de faits de société, ici les violences faites aux femmes.

    Une réussite sur toute la ligne. À découvrir, donc, pour les amateurs et amatrices de bons polars.

    Niko Tackian, Celle qui pleurait sous l’eau, éd. Calmann-Lévy, Le Livre de poche, 2020, 288 p.
    https://www.calmann-levy.fr/livre/celle-qui-pleurait-sous-leau-9782702166246
    https://www.livredepoche.com/livre/celle-qui-pleurait-sous-leau-9782253241683
    https://www.facebook.com/niko.tackian.auteur

    Voir aussi : "Naissance de Norek"

  • "Échange de patins" : Extrait 5

    Alors qu’il discutait avec Stephan, Diane remarqua que Brian était absorbé par son téléphone. Elle le rejoignit pour échanger avec lui sur son nouveau projet. Comment prenait-il la situation ? Elle mit en place ses protège-patins sous ses bottines, dépassa la balustrade et le rejoignit dans les gradins. Il remarqua sa présence et lui grimaça plus qu’il ne lui sourit.
    — Tu en penses quoi ? lui demanda-t-elle. Il la fixa, mal à l’aise.
    — Tu parles de reprendre la compétition sans moi, de me laisser ?

    Arsène K., Échange de patins, éd. Jenn Ink, 2026
    https://www.facebook.com/ArsneK1

    Voir aussi : ""Échange de patins" : Extrait 4"

    Photo : Pexels -  Erik Mclean