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de séries, d'émissions et de TV ?

  • Assane Lupin, gentleman cambrioleur

    Plus d’une personne a cligné des yeux à l’annonce du projet de série consacrée par Arsène Lupin, se déroulant cette fois dans les années 2020, et avec Omar Sy dans le rôle principal. Comment le personnage culte de Maurice Leblanc allait-il tenir la route, débarrassé de sa redingote, de son chapeau haut-de-forme, et catapulté de la Belle Époque à la France des réseaux sociaux ? Bien entendu, en dépit des multiples adaptations ciné du gentleman cambrioleur, la figure de Lupin reste encore aujourd’hui liée à celle de l’acteur Georges Descrières, qui l’a incarné de 1971 à 1974. Une éternité.

    Cet Arsène Lupin de Netfix était à cet égard un pari extrêmement risqué, et il fallait un acteur solide pour l’incarner de nouveau. Omar Sy, sans doute le meilleur acteur de sa génération, s’est prêté au jeu, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’en sort brillamment. Lupin est moins une adaptation qu’une relecture et une série d’hommages assumées à la saga policière de Maurice Leblanc.

    Une deuxième saison est déjà en préparation

    Assane Diop cache derrière sa discrétion – travailleur modeste, père de famille divorcé – plusieurs secrets, dont la mort de son père n’est pas le moindre. Ce grand admirateur d’Arsène Lupin, dont il a lu les romans avec passion, est également un esthète du cambriolage, de vols et de méfaits qui rendent fous tous les services de police, incapables de mettre un nom et un visage sur ce hors-la-loi mystérieux.

    C’est au Louvre, lors d’une exposition médiatisée, qu’Assane commet son acte le plus spectaculaire : il subtilise un collier légendaire. Une vraie humiliation. Le voilà pourchassé, alors qu’il tente en même temps d’améliorer ses relations avec son fils.

    Les clins d’œil au héros de Maurice Leblanc ne manquent pas dans la série Lupin, dont les 5 premiers épisodes sont déjà en ligne. Les cinq suivants, prévus cet été, continueront la première saison, alors qu’une deuxième saison est déjà en préparation.

    Omar Sy impose son personnage avec un mélange avec justesse, humour mais aussi ce je ne sais quoi de noirceur et de sarcasme. Arsène Lupin se réinvente et la série se déguste avec plaisir. Et pour aller plus loin dans l’œuvre de Maurice Lebanc, le magazine Lire lui consacre ce mois un dossier spécial, rappelant le talent d'un écrivain qui ne mérite assurément pas d'être mis dans la case des simples auteurs populaires.

    Lupin, série policière française de George Kay et François Uzan, avec Omar Sy, Ludivine Sagnier, Clotilde Hesme, Hervé Pierre et Soufiane Guerrab, Netflix, 2021
    Lire, dossier "Maurice Leblanc", mars 2021
    https://www.netflix.com/fr/title/80994082

    Voir aussi : "Le trône de mère"

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  • Le trône de mère

    Voilà enfin cette saison 4 de The Crown, la superproduction de Netflix consacrée au règne d’Elisabeth II, une saison qui semble avoir été peu gouttée par la famille royale. Alors que les trois première saisons avaient été accueillies avec un mélange de bienveillance et de silence poli, la suite des aventures de la Reine d’Angleterre, se déroulant cette fois au cœur des années 80, a vu les communicants de la couronne britanniques se réveiller.

    Il faut croire que Lady Di reste encore un sujet sensible du côté de la Perfide Albion. Être témoin des infidélités du Prince de Galles, héritier du trône, de ses hésitations entre la toute jeune Diana Spencer et son amour de toujours Camilla Shand (ex Parker Bowles) passe encore. Par contre, mettre en scène la pression familiale pour qu’il tienne la barre d’un mariage raté par avance et faire revivre une Lady Di sans doute trop jeune et trop décalée pour les Windsor, anorexique, paumée, se baladant en patins à roulettes, se perdant dans des relations extra-conjugales au vu et au su du Prince Charles, voilà qui a fini de défriser la couronne britannique. Mais il semble que ce soit l’existence d’une lettre de Lord Mountbatten pour le Prince Charles quelques heures avant son attentat par l’IRA qui ait quelque peu tourneboulé les proches d’Elisabeth II.

    Voilà qui a fini de défriser la couronne britannique

    Olivia Colman interprète avec justesse une reine parfois perdue dans une époque qu’elle ne reconnaît plus. Tradition et modernité se percutent tout au long des 10 épisodes de la série événement de Netflix, impeccablement mise en scène, avec des moyens d’une superproduction. Évidemment, il s’agit d’une fiction, mais comme beaucoup de biopic, serions-nous tentés d’ajouter. 

    Hormis les déboires éloquents de Lady Di (Emma Corrin) et énervants de la princesse Margaret (Helena Bonham Carter), la vraie curiosité est dans le traitement de l’autre personnage central de la série : Margaret Thatcher. Gillian Anderson, l’ex Scully d’X-Files, endosse le rôle de la Dame de Fer, figure-clé du libéralisme triomphant dans un parti conservateur et masculin.

    The Crown continue à portraitiser avec sérieux et une certaine rigueur les ors et les désordres du trône d’Elisabeth II. On a déjà hâte de voir comment seront traités les années Blair, les dernières années de Lady li et la tragédie du Pont de l’Alma.

    The Crown, série historique britannique de Peter Morgan, avec Olivia Colman, Tobias Menzies, Helena Bonham Carter, Gillian Anderson, Josh O'Connor, Emma Corrin, Marion Bailey, Erin Doherty, Stephen Boxer et Emerald Fennell, saison 4, 10 épisodes, Netflix
    https://www.netflix.com/fr/title/80025678

    Voir aussi : "Maîtres et serviteurs à Downton Abbey"

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  • Il était une fois… Maestro

    Attention, nostalgie !

    Celles et ceux qui étaient enfants dans les années 80 sont certainement restés scotchés devant la série de dessins animés Il était une fois…

    Cette saga française proposait de parler de manière simple, didactique et amusante de nos savoirs essentiels  : Il était une fois... la vie, Il était une fois... l'homme, Il était une fois... l'espace, Il était une fois... les Amériques, Il était une fois... les découvreurs, Il était une fois... les explorateurs, Il était une fois... notre terre. Ces émissions étaient produites par Procidis.

    Monument de la télévision, encore visible aujourd’hui des décennies plus tard sur la TNT mais aussi sur Netflix, ces dessins animés ont également marqué les esprits grâce à leurs musiques.  Elles sont aujourd'hui intégralement disponibles sur toutes les plateformes de streaming en partenariat, avec Sony Music Entertainment.

    Œuvres du compositeur aux 3 Oscars, Michel Legrand a composé les musiques de 6 séries sur les 7 qui composent la saga Il était une fois... Elles comptent désormais parmi les classiques connus et reconnus de plusieurs générations de téléspectateurs.

    Les musiques des séries Il était une fois...  révèlent une part moins connue du travail de Michel Legrand qui a écrit des BO ancrées dans l'imaginaire collectif et naviguant entre jazz, musiques de chambre, symphonies, sans oublier la musique électronique et le rock.

    "La vie, la vie, la vie, la vie !"

    "Hymne à la vie", le générique de Il était une fois... la vie est resté légendaire. Composé par Michel Legrand, ses paroles ont été écrites par Albert Barillé, créateur des séries de Maestro, une sorte d'homologue imaginaire de Léonard de Vinci. La chanson est interprétée par Sandra Kim qui a remporté le Concours Eurovision de la chanson pour la Belgique en 1986, année de la première diffusion de la série. Souvenez-vous de ces paroles et de la mélodie devenus cultes : "La vie, la vie, la vie, la vie !"

    Moins commun et plus culotté, pour Il était une fois... l'homme, Albert Barillé adapte la Toccata et fugue en ré mineur de Jean-Sébastien Bach pour créer un impressionnant générique qui a marqué durablement les enfants comme les plus grands. Pour cette série, le compositeur Yasuo Sugiyama a composé toutes les musiques de la première série de la saga. La chanson du générique de Il était une fois... l'espace est interprétée par Jean-Pierre Savelli que le grand public a découvert plus tard dans le célèbre duo Peter et Sloane.

    L'ensemble des génériques et bandes-son de chacune des séries ainsi qu'une playlist des meilleures musiques sont disponibles depuis le 15 janvier 2021 sur les plateformes de streaming  ainsi qu'à la vente en téléchargement sur iTunes.

    Hello Maestro, Sony Music Entertainment, 2021
    www.hellomaestro.fr
    www.facebook.com/HelloMaestro
    https://store.sonymusic.fr/iletaitunefois/fr

    Voir aussi : "Si la musique est bonne"

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  • Crimes et chaos à Berlin

    Absolument tout fait de Babylon Berlin, cette série venue d’outre-Rhin, un vrai chef d’œuvre : le scénario, les intrigues criminelles, la reconstitution du Berlin des années 30, les décors, les costumes, la musique et des personnages à la fois complexes et attachants.

    Parlons en des personnages, justement. Babylon Berlin tourne autour de ses deux protagonistes principaux qui n’ont pas fini de vous rester en tête : Gereon et Charlotte.

    Nous sommes en 1929. L’inspecteur Gereon Rath (Volker Bruch), qui est arrivé dans la capitale allemande en tout début de la saison 1 pour s’occuper d’un étrange film pornographique très compromettant (et oui : ce genre est presque aussi ancien que le cinéma lui-même !), est chargé d’une autre affaire : un étrange train, envoyé depuis la jeune Union Soviétique, est détourné et s’arrête à Berlin. Son chargement d’or et de gaz toxique est âprement convoité par un malfrat arménien au bras long, mais aussi par des groupuscules communistes et d’extrême droite qui vont entre-déchirer pour son précieux chargement. Pour accompagner Gereon, Charlotte Ritter ( Liv Lisa Fries) tente de faire sa place. Et ce n’est pas facile pour cette jeune femme, obligée pour survivre de multiplier des tâches ponctuelles de secrétariat auprès de la police criminelle mais aussi des passes dans le milieu de la nuit berlinois.

    Après une saison 2 creusant un peu plus encore cette histoire de "train d’or" et mettant en scène de multiples enjeux historico-criminels, la dernière saison continue de suivre l’inspecteur "marlowien" au Stetson et sa désormais assistante, "Lotte", dont le talent et la pugnacité ne se démentent pas. Cette fois, toujours dans l’Allemagne bouillante de 1929 et qui va bientôt entrer dans un chaos infernal, l’équipe policière est chargée d’enquêter sur le meurtre d’une actrice en plein tournage. Encore une histoire de cinéma, donc. Et nous retrouvons également Edgar, le malfrat arménien, l’un des producteurs du film. 

    La série la plus chère de l’histoire de la télévision européenne

    Comme pour les saisons précédentes, d’autres intrigues se croisent : un procès aux conséquences politiques, les luttes d'influence entre communistes et le parti nazi en plein ascension, les manigances de l’industriel Nyssen, les relations entre Gereon et Helga, la femme de son frère Anno disparu pendant la première guerre mondiale et les difficultés de Charlotte avec sa famille vivant dans une extrême pauvreté.

    Les fans de Babylon Berlin sont invité à se rendre sur l’excellent blog http://babylon-berlin.blogspot.com, qui propose de faire une série de zoom sur la série la plus chère de l’histoire de la télévision européenne. Rien d’étonnant à cela si l’on pense aux décors, aux costumes, aux accessoires et aux lieux de tournage qui rendent cette création télévisuelle plus vraie que nature, jusque dans la manière dont elle dépeint  la vie quotidienne dans les années 30. Les showrunners font d’ailleurs intervenir des personnages réels de cette époque, même s’ils ne sont pas les plus connus : les hommes politiques Gustav Stresemann et Aristide Briand , le chef de la police de Berlin Karl Friedrich Zörgiebel, le directeur de la police criminel berlinoise Ernst Gennat ou l’avocat Hans Litten (source : http://babylon-berlin.blogspot.com). La série multiplie également les références à l’art et au cinéma expressionniste allemand des années 20 et 30, sans oublier son générique somptueux inspiré du courant Bauhaus et ses nombreux clins d’œil, que ce soit à Louise Brooks, à Fritz Lang et plus généralement au cinéma muet des années 20.

    Vous aurez compris que Babylon Berlin est une série addictive. La saison 4 a connu un gros retard suite à la crise sanitaire, et elle ne devrait arriver en France qu’en 2022. L’attente va être très longue !

    Babylon Berlin, série policière et historique allemande de Tom Tykwer, Achim von Borries et Hendrik Handloegten, avec Volker Bruch et Liv Lisa Fries, saison 3, 2020, Canal+
    https://www.canalplus.com/series/babylon-berlin
    https://www.babylon-berlin.com/de
    http://babylon-berlin.blogspot.com

    Voir aussi : "D’échecs en échecs"

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  • Violoncelles confinés

    Le violoncelle est à l’honneur avec le documentaire signé par le Duo Brady, Et le violoncelle dans tout ça ? Le violoncelle, mais aussi la musique en général, un secteur bien mal en point depuis l’apparition d’un certain virus chinois.

    Cela fait un an que le monde entier semble avoir retenu son souffle : des pans entiers de la société et de l’économie ont été mis en veille en attendant le retour de jours meilleurs. Le monde de l’art a été particulièrement impacté. Le 14 novembre 2020, au cœur du second confinement, 12 violoncellistes et plusieurs techniciens se sont rencontrés au Lavoir Moderne Parisien pour témoigner sur la manière dont ils vivent leur travail et leur art.

    Le film s’articule autour de trois questions posées : "L’impact de l’arrêt des concerts", "Et la culture dans tour ça ?" et "« Un temps donné ?"

    Pour répondre au premier point, au-delà de l’aspect matériel et financier, les musiciens et musiciennes avouent leur désarroi : "On a du mal à se projeter", dit l’une d’elle. L’ingénieure du son Anaïs Georgel déplore n’avoir travaillé que sur un seul concert en un an. Et même si le système d’intermittence du spectacle permet au moins de tenir financièrement, reconnaît Louis Rodde, les conditions des artistes sont de plus en plus compliquées.  

    "Et la culture dans tour ça ?" À cette question, les musiciens parlent de son importance capitale, comme du manque flagrant de concerts, de représentations, de rencontres avec le public mais aussi avec leurs homologues, "ce qui ne sera jamais compensé par le distanciel." La question de faire de l’art en pleine crise sanitaire s’avère être un problème insoluble. Michèle Pierre, du Duo Brady, avoue son dépit, certes avec le sourire : démarcher devient vite autant fastidieux que décourageant et, ajoute son acolyte  Romain Chauvet, les cours à distance ont pu être amusants lors du premier confinement, mais ils finissent par ne plus faire rire personne, quand ils ne découragent pas.  

    Violoncelliste et fromager

    La question "Un temps donné ?" s’interroge sur la manière de mettre à profit ces périodes de confinement, sans spectacles, sans cours en présentiel et sans interventions publiques dans les écoles ou les hôpitaux :  le temps doit être mis à profit pour s’arrêter de courir et ne plus être dans le stress, réagit Amandine Robilliard. Cet état d’esprit était présent pendant le Grand Confinement de Printemps. Les artistes interrogés reconnaissent aussi que cette période hors-norme peut être un moyen de "forger le son" de son instrument, de travailler sur un répertoire, de créer… voire de s'essayer au chant !

    Des plages musicales ponctuent ces entretiens montés de manière dynamique : Le chant des oiseaux de Pablo Casals par Justine Metral du Trio Metral,  la Suite pour violoncelle de Cassado, (3e mouvement) par Romain Chauvet et Bach, évidemment, par Amandine Robilliard. Côté création, le documentaire permet de découvrir  NH,, une création du Duo Brady ainsi qu’une improvisation afro-brésilienne par Olivier Schlelgelmilch. Louis Rodde, du trio Karenine, interprète de son côté Henri Dutilleux et sa première des Trois Strophes sur le nom de Sacher, tandis qu’Ela Jarrige s’attaque à la première suite de Benjamin Britten.

    L’un des beaux passages du film est un trio de Chloé Lucas (contrebassiste), Gauthier Broutin (violoncelle baroque) et Agnès Boissonnot (viole de gambe), trois des quatre membres du quatuor Cet Étrange Éclat, avec une délicate sonate de Francesco Geminiani.

    Et le violoncelle dans tout ça ? parvient à déjouer le piège de l’apitoiement. Pour preuve, ce focus sur Frédéric Deville, violoncelliste parisien free-lance et… fromager. Il présente l’une de ses créations, Eurydice, un morceau mélancolique et traversé d’espoir tout en même temps.

    Le spectateur découvrira avec plaisir et émotion cette bande de musiciens, partageant en commun l’amour de leur instrument, de leur art, et l’envie de  "jouer avec les copains".  Ce qu’a permis cette rencontre du Lavoir Moderne.

    Duo Brady, Et le violoncelle dans tout ça ?, réalisé par Michèle Pierre et Paul Colomb
    Interviews conduites par Guillaume Ulmann,
    documentaire français, 2020, 50 mn

    http://www.duobrady.com
    https://www.facebook.com/duobrady

    Voir aussi : "Le trio Sōra vous souhaite un joyeux anniversaire, M. Beethoven"
    Hors-série Grand Confinement

    Photo : HL MMOSCONI - Documentaire Duo Brady

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  • D’échecs en échecs

    La mini-série à succès de Netflix, Le Jeu de la dame, avec Anya Taylor-Joy dans le rôle titre, est d’abord l’histoire d’un destin exceptionnel – et inventé, bien que la carrière d’Elisabeth Harmon se soit inspirée de celle de la hongroise Judit Polgár, Grand maître international aux échecs l’âge de à 15 ans, et largement snobée par ses homologues hommes du fait de son sexe.

    Le Jeu de la dame commence dans l’Amérique des années 50. La toute jeune Elisabeth Harmon se retrouve placé en orphelinat suite à une double tragédie : l’abandon de son père et le suicide de sa mère. Dans le milieu austère de cet établissement, la jeune fille rencontre un vieux gardien bourru et découvre avec lui les échecs. Elle prend pour habitude de jouer avec lui des parties en cachette et se dévoile très rapidement comme une joueuse exceptionnelle.

    Devenue adolescente et adoptée, elle découvre un nouveau foyer et une mère de substitution. Contre toute attente, elle renoue avec les échecs et commence à faire parler d’elle. Les tournois s’enchaînent, avec en ligne de mire le numéro 1 mondial soviétique Vasily Borgov.

    Un destin exceptionnel – et inventé

    Le grand intérêt de cette série, hormis l’interprétation de l’excellente Anya Taylor-Joy, est de faire une grande et passionnante série sur les échecs : gambit,  défense sicilienne, roques, attaques. Les créateurs ont fait appel à une sérieuse documentation, ainsi qu’au concours du Grand Maître Gary Kasparov qui a élaboré d’authentiques parties pour rendre la série crédible.

    Le féminisme est bien entendu l’une des clés de lecture du Jeu de la dame, adaptation du roman de Walter Tevis, The Queen's Gambit. Les showrunners ont situé l’intrigue dans les années 50 et 60, dans une Amérique prospère mais aussi puritaine. En se révélant comme une génie des échecs, la personnage principale découvre à la fois l’indépendance et l’ivresse d’une liberté qu’il faudra qu’elle dompte, d’échecs en échecs, dans un milieu exclusivement masculin. Et paradoxalement, ce sont "les hommes de sa vie" - Monsieur Shaibel, Harry Beltik, Townes ou Benny Watts – qui vont l’aider à s’émanciper.

    Une grande, époustouflante et passionnante réussite. 

    Le Jeu de la dame, mini-série américaine de Scott Frank et Allan Scott, avec Anya Taylor-Joy, Marielle Heller, Thomas Brodie-Sangster, Harry Melling et Bill Camp, saison 1, 7 épisodes, 2020
    https://www.netflix.com/fr/title/80234304

    Voir aussi : "Le paradis d'Hollywood"

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  • Chaplin, le vagabond magnifique

    Une canne, un chapeau melon trop petit, un pantalon trop large, une veste très cintrée, des chaussures de plusieurs tailles plus grandes et une petite moustache pour vieillir Chaplin jugée trop jeune à l’époque où il est engagé pour son premier rôle au cinéma – nous sommes en 1913 et il n’a pas 25 ans : le vagabond est né. Il n’a pas de nom mais en France il s’appellera Charlot. Un personnage né en quelques minutes, "mais il vient de loin en réalité", commente Mathieu Almaric dans l’excellent documentaire de près de 2H30 consacré à Charlie Chaplin.

    France 3 proposait ce mercredi en prime-time Charlie Chaplin, le génie de la liberté, l'excellent film d’Yves Jeuland. Puisque France Télévision a la fâcheuse habitude de restreindre ses programmes en replay à 8 jours après leur diffusion en direct, il ne vous reste qu’une semaine pour le découvrir. Autre regret : que les extraits des films ne soient ni doublés ni sous-titrés.

    2H30 : c’est à la fois long pour un documentaire et court pour retracer une carrière exceptionnelle commencée très tôt, à Londres, puisque le jeune Charles Spencer Chaplin, né en 1889, a brûlé les planches dès son plus jeune âge. Une vraie enfance à la Dickens : un père alcoolique les ayant abandonné, une mère courage enfermée épisodiquement dans un asile après une carrière de comédienne pantomime. Cette dernière, nous apprend le documentaire, élevait ses enfants de telle manière qu’ils agissent comme des aristocrates distingués, ce qui sera l'une des caractéristiques de Charlot. C’est à sa mère et à son enfance anglaise que Chaplin doit de nombreuses inspirations, et en premier lieu son fameux personnage, vagabond apatride, digne et humain, qui est aussi un hommage à un clochard londonien élégant qu’il imitait enfant pour faire rire sa mère.

    Voilà qui rappelle aussi The Kid (1921), son premier long-métrage, qui est aussi le plus personnel. C’est d’ailleurs de ce film que traite en ouverture le documentaire d’Yves Jeuland : le Charlot gagman génial et parfois féroce se transforme grâce à ce film en chevalier désargenté et généreux, recueillant un gamin qui avait son âge lorsque sa mère fut internée et qu’il dut se débrouiller seul.

    Pas tout à fait seul, cependant. Son frère Spencer lui permet, malgré son jeune âge, de rejoindre une troupe de spectacles, celle de Fred Karno. Il y fait se ses premières armes, se fait remarquer par son génie comique et conçoit des postures qui lui vont lui servir des années plus tard, à l’instar des virages à cloche-pied et à angle droit, une des habitudes de Charlot. Il rencontre aussi un certain Arthur Stanley Jeffersson, sa doublure et qui deviendra plus tard Stan Laurel.

    Une tournée aux États-Unis lui permet d’être remarqué puis recruté en 1913 pour jouer dans un de ces innombrables films dans lequel apparaît le personnage de Charlot.

    Au bout de deux ans, Chaplin devient "l’homme le plus célèbre au monde". Le documentaire parle de 12 millions de spectateurs par jour. "La folie Chaplin" se mesure en nombre de livres, de BD, de chansons, de dessins animés, de produits dérivés mais aussi de (mauvais) plagiats – y compris féminins ! – et de (pathétiques) imitations. Et pourtant, il n’a que 27 ans et n’a tourné aucun long-métrage.

    La perfection guide son travail de comédie, menée à l’excellence. Tout est chronométré dans les gags et ses histoires rappellent son passé fait de privations, de violences, de faim et d’humiliations. L’Émigrant, est-il dit, est son film préféré de l’époque.

    "L’homme le plus célèbre au monde"

    Après la création en 1919 de la compagnie United Artists avec Mary Pickford – "la petite fiancée de l’Amérique" –, Douglas Fairbanks (son véritable ami) et D. W. Griffith, Chaplin se lance sans ses grands longs-métrages : La ruée vers l’or (1925), Le cirque (1928), un de ses grands chefs d’œuvre et Les Lumières de la ville. Ce film de 1931 sort alors que le cinéma parlant commence à tout écraser. En plein crépuscule du muet, Chaplin créé un film toujours muet, avec une ouverture sonore mais sans parole (1931), avec la scène finale sans doute la plus bouleversante de l’histoire du cinéma. C’est un de ses grands triomphes, qui finit de lui apporter la gloire. En contrepoint à ce succès, le documentaire ne passe pas sous silence des histoires de mœurs dans l’Amérique puritaine : une liaison avec Lita Grey, mineure à l’époque, et qui se conclue par un mariage arrangé.  

    Après un voyage en Europe et en Asie digne d’un chef d’État, il s’attaque à un autre de ses grands films : Les Temps modernes, tourné et sorti en pleine Dépression (1936). Il a engagé, comme partenaire aux côtés de Charlot, Paulette Goddard avec qui il s’est marié en toute intimité. Pour la première fois, la voix de Charlot se fait entendre, mais en musique uniquement, et dans une langue inventée – un nouveau pied de nez à l’industrie du cinéma parlant, auquel le réalisateur n'adhèrera jamais complètement.

    Suivra Le Dictateur (1940), une comédie engagée, enragée et irrésistible contre Adolf Hitler. Les deux hommes sont nés la même année, le même mois, la même semaine, rappelle le documentaire. Chaplin faisait remarquer que le dictateur allemand a adopté la même petite moustache de Charlot : "Charlie joue deux rôles : le requin et le petit poisson… Le dictateur et le coiffeur, mais surtout Hitler et Chaplin. Pastiche et postiche . Un duel au sommet entre les deux personnages les plus connus du monde. L’homme qui fait rire face à l’homme qui fait peur." Chaplin a écrit ceci à propos de ce nouveau chef-d’œuvre : "Le dictateur est mon premier film dans lequel l’historie est plus grande que mon petit vagabond". Le premier film antinazi de l’histoire du cinéma, un triomphe public et un événement majeur, est paradoxalement le chant du cygne d’un artiste au sujet duquel les critiques américaines ne sont pas tendres : antimilitariste, Chaplin est jugé comme "sentimentaliste", "déplacé" et même "marxiste" !

    La dernière partie du documentaire traite de la partie la plus sombre de celui qui figure parmi les 5 plus grands cinéastes de l’histoire.

    Le FBI le place sous écoute en raison de ses sympathies communistes. L’affaire Barry, du nom de Joan Barry une jeune actrice qui le fait chanter après une aventure malheureuse, jette en pâture un Charlie Chaplin écœuré. Son film suivant,  la comédie meurtrière Monsieur Verdoux (1947) - cette fois sans Charlot – n’a plus l’éclat des films précédents.  

    Une tournée européenne en 1952 pour la promotion de son long-métrage Les Feux de la rampe l’éloigne pour le bon des États-Unis. Son visa américain ayant été révoqué, Chaplin décide de ne plus y revenir.

    Il termine les 25 dernières années de sa vie en Suisse, continuant de travailler sans relâche sur sa musique, sur ses mémoires mais aussi sur ses derniers films, Un roi à New York (1954) et  La Comtesse de Hong-Kong (1967).

    Le film se termine sur le dernier hommage que lui a finalement rendu l’Amérique à la faveur d’une récompense aux Oscars en 1972, 5 ans seulement avant son décès. A 83 ans, on lui accorde un visa de 10 jours, le temps de son voyage aux États-Unis : "C’est bien. Ils ont encore peur de moi" commente, sarcastique, Charlie Chaplin. Le soir où l’oscar lui est remis, l’enthousiasme de la salle le bouleverse. Dans le public, il y a Jackie Coogan, l’acteur qui jouait le gamin du Kid, le petit vagabond auquel il s'est tellement identifié.

    Yves Jeuland, Charlie Chaplin, le génie de la liberté, documentaire français, 146 min, France 3
    https://www.france.tv/documentaires/art-culture
    https://www.charliechaplin.com

    Voir aussi : "The Kid" mis à l’honneur par La Poste"

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  • Engrenages : la fin

    J’ai lu quelque part des propos pas très sympas sur cette dernière saison d’Engrenages : moins féroce, voire plus lumineuse, sinon plan-plan. Aurait-on perdu l’ADN de l’une des meilleures séries françaises, ayant si bien capter l’univers policier et, au-delà, les dérives de notre société ?

    Alors, bien sûr, certains personnages ont disparu progressivement. Il n’en reste pas moins vrai que les fans d’Engrenage retrouveront avec plaisir – mais aussi un petit pincement au cœur, cette saison étant la dernière – l’équipe du capitaine Berthaud (Caroline Proust) : Gilou ( Thierry Godard), Ali (l’excellent Tewfik Jallab) et l’inoubliable avocate Joséphine Karlsson (Audrey Fleurot). Un invité de marque s’impose : Kool Shen, en malfrat reconverti dans une boîte de nuit qui pourrait bien cacher d’autres plans.

    Comme chaque saison, Engrenages retrace, comme son nom l’indique, une enquête aux multiples ramifications. L’équipe de Berthaud, sans Gilou mais avec Ali, est appelée en renfort suite à la découverte d’un enfant retrouvé mort dans une laverie automatique. Les soupçons se portent rapidement sur des gamins des rues, immigrés et survivant uniquement grâce à de petites rapines.

    Les frontières entre ces délinquants s’avèrent souvent poreuses

    Ce qui paraissait être un fait divers tristement balade se transforme en dossier criminel complexe, aux multiples ramifications, et où Gilou, en maille avec la police des polices, aura sa place.

    Engrenages parvient cette fois encore à brosser un tableau sombre de Paris et des milieux interlopes, que ce soit les petits malfrats, les délinquants en col blanc et les trafiquants en tout genre, les frontières entre ces hors-la-loi, que tout a priori distingue, s’avérant souvent poreuses.

    Au milieu de tout cela, Laure, Gilou, Joséphine ou Ali doivent jongler avec leur propre vie et leurs obligations : Laure et sa jeune enfants, Gilou et son hypothétique retour au sein de la police judiciaire ou Joséphine et ses liens avec Lola ou Éric Edelman, qui, au fur et à mesure des épisodes, prend de la consistance.

    Les fidèles regretteront de ne pas retrouver certains protagonistes, remplacés par d’autres le temps d’une saison (Clara Bonnet dans le rôle de la juge Lucie Bourdieu, notamment) : il n’en reste pas moins vrai que découvrir cette enquête menée de main de maître par l’équipe du Capitaine Berthaud réjouira les fans. Mais ce sera la dernière. Snif.

    Engrenages, série policière française d’Alexandra Clert, avec Caroline Proust, Thierry Godard, Tewfik Jallab et Audrey Fleurot, saison 8, 10 épisodes, 2020, Canal+
    https://www.canalplus.com/series/engrenages/h/4444010_50001

    Voir aussi : "Les yeux grand ouverts"

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