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••• de séries et de TV ?

  • Le retour de Laura Palmer

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    Dans le dernier épisode de la deuxième saison de Twin Peaks, diffusée en 1991, Laura Palmer donnait rendez-vous à l’agent Dale Cooper dans 25 ans. Les fans de la série réalisée par David Lynch espérait sans trop y croire que cette invitation surnaturelle ne faisait pas partie des pieds-de-nez dont le réalisateur est coutumier.

    25 ans plus tard, la promesse de la célèbre victime est respectée : Twin Peaks est de retour pour une troisième saison. Bien entendu, les personnages ont vieilli et le monde a changé. Mais les fans retrouveront la patte de David Lynch et les ingrédients qui ont fait le succès d’une œuvre élevée au rang de mythe.

    L’agent Dale Cooper reprend donc du service, aiguillonné par une prémonition de la femme à la bûche. Le célèbre flic, complètement métamorphosé, est accompagné de quelques personnages des deux saisons précédentes, de retour 25 ans plus tard : Lucy Moran, Andy, Shelly Johnson, le docteur Lawrence Jacoby ou encore Bobby Briggs. Sur les pas de Laura Palmer, David Lynch prend un malin plaisir à poser les bases d’une histoire sombre, avec son lot de crimes, de surnaturel, de fantômes et de rêves.

    Cette fois l’intrigue de Twin Peaks explose les frontières de la petite ville. Pour le reste, les fans seront en terrain connu : personnages inquiétants aux gestes lents et hiératiques, intrigue se jouant du temps et la réalité, décors glaçants, mise en scène soignée, couleurs chaudes et bien entendu la musique d’Angelo Badalamenti. Tous les ingrédients des deux premières saisons de Twin Peaks sont là, au service non pas d’une histoire préchauffée et resservie mais dans un nouveau cycle fidèle à l’univers lynchien.

    "Est-ce que c’est le futur ou est-ce que c’est le passé ?" demande l’un des personnages dans le deuxième épisode. Nous répondrons : l’un et l’autre. Twin Peaks a su se renouveler avec une richesse qui, pour l’instant, ne déçoit pas, tout en restant fidèle à l’ADN d’une série qui a révolutionné l’histoire de la télévision.

    Twin Peaks, saison 3, de David Lynch et Mark Frost,
    avec Kyle MacLachlan, Dana Ashbrooks, Sheryl Lee, Sherilyn Fenn,
    David Duchovny, David Lynch, Mädchen Amick
    et Catherine E. Coulson, États-Unis, 2017,
    sur Canal+, jusqu’au 30 octobre 2017

  • Galerie glaçante

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    Les lecteurs de Saint-Simon, François Bluche ou Pierre Goubert (Louis XIV et 20 millions de Français) peuvent bien faire la fine bouche devant la série Versailles : il n’en reste pas moins vrai que cette création française au casting international remet au goût du jour un personnage historique capital, et jusque-là souvent réservé aux manuels scolaires ou aux essais spécialisés.

    Avec Versailles, le Roi Soleil (Georges Blagden) a droit à un sérieux dépoussiérage. On est loin du téléfilm académique L’Allée du Roi de Nina Companeez (1995). Ici, la cour de Louis XIV est un lieu somptueux autant qu’un nid de vipères, où la duplicité et la cruauté le disputent au crime : luttes de pouvoir, exécutions, meurtres, manipulations, maîtresses ambitieuses ou mariages arrangés sont le quotidien d’une cour que le roi tente tant bien que mal de domestiquer.

    La galerie des glaces n’a jamais aussi bien porté son nom. Le roi est au centre des luttes intestines comme des ambitions de nobles, après la période de la Fronde (1648-1653). La galerie de personnages glaçants, orgueilleux et cyniques fait toute l’épaisseur de cette série. Et tant pis pour les approximations et autres raccourcis historiques.

    Parmi les protagonistes de Versailles, le frère du roi Philippe (Alexander Vlahos) continue de tenir une place importante. On le découvre marié contre sa volonté à un personnage étonnant et passionnant, la princesse Palatine (Jessica Clark). Quant à madame de Montespan (Anna Brewster), elle continue de tisser sa toile pour manipuler un roi plus vrai que nature.

    La saison 2 commence par l’épilogue d’un kidnapping dont nous éviterons de spoiler l’histoire et les enjeux. La cour évolue dans un château en pleine construction, fastueux mais aussi empoisonné, dans tous les sens du terme. Les dagues sont remisées au profit d’armes invisibles mais tout aussi redoutables. Pour ne rien arranger, la France de Louis XIV se démène dans une Europe en guerre. La mort n’a jamais été aussi séduisante et spectaculaire dans ce palais de marbres et de dorures.

    Versailles, série créée par Simon Mirren et David Wolstencroft, avec Georges Blagden, Alexander Vlahos, Tygh Runyan, Stuart Bowman, Anna Brewster, Evan Williams, Suzanne Clément, Catherine Walker, Elisa Lasowski, Maddison Jaizani, Jessica Clark, Pip Torrens, Harry Hadden-Paton et Greta Scacchi, France, 2017, en ce moment sur Canal+

  • C’est quoi ce pays ?

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    What The Fuck France est ce programme court présenté par le survitaminé Paul Taylor. Le comédien britannique, s’adressant aux spectateurs mais aussi à ses doubles français Jean-Pierre et Paul, épingle en moins de trois minutes les us, coutumes, habitudes et travers des Français : la cuisine, la mode, le café, les Césars, l’administration, la bise, la langue française, le romantisme ou le sacro-saint achat du pain.

    Dans la langue de Shakespeare, Paul Taylor énumère les trois raisons qui expliquent pourquoi ces spécificités sont stupides. Il nous explique pourquoi nous sommes des alcooliques refoulés, comment l’achat d’une baguette dans une boulangerie s’avère être un acte d’une grande gravité ou n'hésite pas à égratigner les Parisiennes – des "emmerdeuses". 

    Les 29 épisodes rythmées de What The Fuck France sont un délice d’humour, d’impertinence mais aussi de pertinence. Le comédien britannique n’est pas avare en punch-lines : "Le je t’aime bien est la pilule du lendemain du langage", "Il est plus difficile de comprendre la description d’un plat que de comprendre l’intrigue du film Inception" ou "Tu es tellement attaché à ta boulangère que tu es presque marié avec elle."

    Vous avez jusqu’au 24 juin pour découvrir sur Canal+ cette série hilarante... et française, of course.

    What The Fuck France de Paul Taylor et Robert Hoehn,
    réalisée par Félix Guimard, France, 2016, sur Canal+, jusqu’au 24 juin 2017

  • Buffy, vingt ans, tueuse de vampires

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    Nous fêtons cette semaine les 20 ans de la série culte, Buffy contre les Vampires. Les sept saisons et 144 épisodes des aventures de la chasseuse de vampires ont subjugué des millions d’adolescents et de jeunes adultes, mais aussi révolutionné l’histoire de la série télé. Buffy contre les Vampires représente sans doute l’un des musts de ce genre. Sarah Michelle Gellar, l’éternelle interprète de Buffy Summer, a été multi-récompensée et a contribué à donner à cette fiction de divertissement le statut d’œuvre culte. Pour parler de cette série d’urban fantasy multi-récompensée, Bla Bla Blog vous invite à vous reporter à cet article complet du site spécialisé Fantasy à la Carte, pour tout savoir ou presque sur l’une des meilleures séries de l’histoire de la télévision.

    Produite par Joss Whedon, Buffy contre les vampires marque un vrai tournant dans l’évolution des séries américaines. En effet, elle va ouvrir la voie à de nombreuses séries évoluant dans la même mouvance fantasy/fantastique.

    Dès ses premières diffusions, le succès est au rendez-vous en réunissant 4 à 6 millions de téléspectateurs aux États-Unis. En France, la série est diffusée de 1998 à 2003 d’abord sur Série Club, puis sur M6. Buffy compte ainsi 144 épisodes répartis en 7 saisons.

    Son scénario est assez conventionnel même si pour les néophytes du genre, il représente une révolution. Ici, on suit le destin peu ordinaire d’une jeune lycéenne dont la vie se partage entre le lycée, les cours, les amis, les sorties en boîte de nuit et une étrange mission, celle de tuer des vampires et autres démons venant menacer la vie tranquille de Sunnydale. Pour accomplir sa destinée d’élue, la jeune femme est accompagnée par un observateur qui la guide, la conseille, et l’entraine au besoin. Ce rôle est incombé à un bibliothécaire du nom de Rupert Giles dont l’érudition sera un atout majeur pour déterminer la provenance de chaque menace et découvrir ainsi le meilleur moyen pour la vaincre.

    Plus qu’un divertissement pour adolescents en mal d’aventure, Buffy contre les Vampires est une vraie série d’apprentissage car son héroïne va y connaître une sacrée évolution en passant de l’adolescente capricieuse, écervelée parfois à l’adulte sérieuse et responsable. Ce sont sept saisons qui se renouvellent à chaque fois afin d’offrir un programme à la mesure de sa renommée.

    La particularité de cette série est qu’elle est un peu transgenre dans le sens qu’elle ne se contente pas de raconter des attaques de vampires et des combats de tueuses...

    La suite ici...

    Fantasy à la Carte

  • On a failli assassiner JFK

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    Stephen King, on le sait, est implacable s’agissant des adaptations de ses romans. Peu de films ont reçu la bénédiction du maître du suspense. Pensez ! Même le Shining de Stankey Kubrick, tout auréolé de son statut de chef d’œuvre, n’a pas réussi à convaincre le romancier américain qui a été jusqu’à tourner "sa" version pour petit écran, aussi pompeuse et peu convaincante que l’autre était ambitieuse et audacieuse.

    Il y a trois ans, était produite Under The Dome, une adaptation en série télé d’un autre de ses pavés, Dôme. Une demie-réussite ou un demi-échec, comme on veut. Mais en tout cas, la preuve était faite que ce genre audiovisuelle semble aller comme un gant aux versions filmées de Stephen King.

    La série 22.11.63, tirée du roman du même nom – et actuellement diffusée sur Canal – va dans le même sens. L’auteur de Dolores Claiborne en est d’ailleurs co-producteur avec JJ Abrams et James Franco. James Franco, justement, joue le rôle principal, celui de Jake Epping, un obscur professeur propulsé au début des années 60 afin d’empêcher l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre 1963. Il entreprend une aventure fantastique et dangereuse dans le temps pour contrecarrer le passé. Mais le passé est retors et pourrait bien se venger.

    Il est visible que le romancier américain a suivi avec soin l’adaptation de son roman. Le respect à l’histoire est là, tout comme l’esprit du livre : une plongée dans l’Amérique profonde mais aussi dans une époque filmée avec nostalgie – lorsque le rêve ne se transforme pas en cauchemar. Comme le dit un personnage de 22.11.63, "Si tu veux faire un truc qui emmerde le passé, le passé aussi viendra t’emmerder."

    Stephen King, 22/11/63, éd. Albin Michel, 2014, 1056 p.
    22.11.63, série de Kevin Mc Donald, avec James Franco, Sarah Gadon,
    Chris Cooper et Daniel Webber, saison 1, 8 épisodes, 2016,
    en ce moment sur Canal

  • La vie et les deux morts de Louis Althusser

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    Le 16 novembre 1980, le nom du philosophe Louis Althusser rejoignait la colonne des faits divers. Le brillant intellectuel de la rue d’Ulm, maniaco-dépressif et, ce jour-là, dans un état de démence, étrangla sa compagne Hélène Rytmann. Reconnu irresponsable de ses actes, Louis Althusser passa les dix dernières années de sa vie en traitement, avec interdiction de s’exprimer publiquement. L'affaire judiciaire se conclua par une première mort symbolique du philosophe, avant son décès le 22 octobre 1990.

    Étonnamment, le documentaire de Bruno Oliveira, L’Aventure Althusser, visible en replay sur Arte pour encore quelques jours, s’attarde peu sur cet homicide – ou ce "suicide altruiste" comme il a été dit non sans un certain cynisme. Ce qui intéresse le réalisateur c'est le parcours philosophique et politique d’un des intellectuels français les plus brillants de la deuxième moitié du XXe siècle.

    La carrière de Louis Althusser est intimement liée à celle du communisme qu’il épousa, en adhérant au PCF, jusqu’à en devenir une figure importante. Ne rêvait-il pas d’en devenir son idéologue, comme le rappelle le film de Bruno Oliveira ?

    L’Aventure Althusser retrace le cheminent philosophique de celui qui va relire en profondeur l’œuvre de Marx, et en particulier Le Capital, grâce à un groupe de recherche de l’École Normale Supérieure. Les travaux d’Althusser et de ses élèves vont avoir une influence majeure sur l'histoire de la pensée. Ils contribuent à dépoussiérer le marxisme et le remettre au centre des débats idéologiques. Nous sommes dans les années 60. Après le décès de Staline, Khrouchtchev a procédé à une condamnation virulente de son prédécesseur. En Chine, Mao est le centre d’intérêt d’une partie de la jeunesse européenne, passionnée par une révolution communiste menée tambour battant et avec les escès que l'on connaît : "Pendant la dictature bourgeoise, la bourgeoisie a obligé les travailleurs a ramer dans un certain sens. Maintenant, nous obligerons tout le monde, pas seulement les travailleur, mais aussi leurs adversaires, à ramer dans un autre sens. C’est ça, la dictature du prolétariat" comme l'a affirmé Louis Althusser.

    L'auteur de Pour Marx se fait le chantre d’un nouveau communisme, après les règnes violents de ces "philosophes froids" qu’ont été Lénine ou Staline. Or, mai 68 voit le succès des concepts marxistes "marcher contre lui" ! Les témoignages des élèves d’Althusser comme de ses amis sont un rappel du rendez-vous manqué de cette année révolutionnaire. La voix de Louis Althusser est singulièrement absente. Il est vrai que l’homme est déjà malade, sujet de troubles maniaco-dépressifs à répétition qu’une frise chronologique éloquente vient rappeler dans le documentaire.

    Ce film sur Louis Althusser est certes insuffisant pour embrasser une carrière philosophique majeure. L’homicide d’Hélène Rytmann reste pudiquement en arrière-plan (pas un mot notamment sur son essai autobiographique posthume L'Avenir dure longtemps, 1992). De même, sa relation sentimentale avec sa traductrice italienne Francesca est seulement dévoilée. Sans doute, y aurait-il matière à faire un second film sur la vie personnelle d'Althusser pour comprendre les motivations d'un meurtre épouvantable. Cependant, le film de Bruno Oliveira reste une passionnante découverte ou redécouverte d’un philosophe majeur du XXe siècle, dont les idées semblent reprendre de la vigueur depuis une dizaine d'années.

    Bruno Oliveira, L’Aventure Althusser, 2016, 60 mn, sur Arte, en replay en ce moment


  • Quand la science-fiction chinoise s’éveillera

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    Je sais ce que vous allez dire : s'inspirer, pour le titre de cette chronique, de l’ouvrage d’Alain Peyreffite, Quand la Chine s’éveillera... le monde tremblera, est facile. Pourtant, cette accroche illustre parfaitement la "longue marche" de la république sino-communiste pour s’installer dans des domaines où elle était jusque-là absente, sinon invisible. Et parmi ces domaines, il y a la science-fiction. À bien y réfléchir, quoi d'étonnant dans un pays où la conquête spatiale est devenue depuis quelques années l'une des priorités du pays de Mao ?

    Un roman illustre cette intrusion dans la SF. En publiant le premier tome de sa saga Le Problème à trois Corps, le romancier Liu Cixin ne se contente pas de rafler une pléthore de récompenses (les Nebula Awards ou Xing yun, et surtout le Prix Hugo) : il donne à la science-fiction chinoise une reconnaissance mondiale et contribue à renouveler ce genre. L’auteur n’en est pas à son coup d’essai. En 1989, en pleine révolution avortée – et sanglante – de Tien-an-men, Cixin avait écrit Chine 2185, roman cyberpunk chinois interdit mais distribué sous le manteau. La revue spécialisée Perspectives chinoises, dans un numéro consacré à la science-fiction chinoise (Fictions utopiques et dystopiques en Chine contemporaine, 2015), y voit un ouvrage fondateur, à la fois engagé, inventif et provocateur, "au carrefour du roman politique fantastique et de la science-fiction." Le premier tome du Problème à trois Corps prend avec un contre-pied passionnant la question de la survie planétaire : dans une galaxie lointaine, la civilisation trisolarienne vit ses derniers temps. Elle met en place un plan pour venir coloniser une planète habitable, la terre. L’engouement pour ce cycle en trois volumes a secoué le petit milieu de la SF et promet de ne pas retomber car une adaptation cinéma est déjà en préparation.

    Justement, parlons ciné et SF. Le numéro de décembre 2016 de Mad Movies, le magazine spécialiste du cinéma fantastique, présente un dossier éloquent sur l'interventionnisme et l'influence de la Chine à Hollywood, y compris dans le domaine du cinéma fantastique et dans la science-fiction. Le journaliste Alexandre Poncet parle des enjeux économiques énormes comme des règles que les décideurs chinois imposent aux blockbusters. Les créateurs du Ghostbusters version 2016 ont appris à leur dépend qu'on ne met pas impunément en scène des fantômes dans le pays de Confucius. De même, le comité de censure communiste a passé à la moulinette des superproductions comme Suicide Squad ou Terminator Genesys. Les producteurs américains ou européens font le dos rond face à un pays au marché gigantesque et au pouvoir économique indéniable. Mad Movies cite par exemple le rachat par le groupe chinois CIH de 75 % des parts de Framestone, spécialiste des trucages (Gravity, Harry Potter ou Les Gardiens de la Galaxie). En 2016, Wanda Group a acquis pour 3,5 milliards de dollars Legendary Entertainment, producteur de Pacific Rim, Jurrasic World ou encore la dernière trilogie Batman. Quant à Marvel, il fait les yeux doux au public chinois en lui offrant une version longue d'Iron Man 3 – agrémentée d'une séquence en mandarin. Serions-nous dans une époque charnière ? On peut sans doute le penser : après "les premiers flirts" et la phase d'interventionnisme économique, la Chine pourrait bien jouer des coudes pour imposer sa griffe dans la SF – et le cinéma en général. Le film le plus cher du cinéma chinois, La Grande Muraille, avec Matt Damon dans le rôle principal, sort d'ailleurs en ce moment. Dans la science-fiction, la production n'en est qu'à de timides débuts. Fin 2016, est sorti Mad Shelia, furieusement pompé sur le tout dernier Mad Max. Un frémissement qui pourrait être annonciateur d'autres productions.

    Mais l'autre audace de la SF chinoise pourrait bien venir d'un autre domaine : l'Internet. L'un des succès les plus étonnants est l'auteur à succès Tang Jia San Shao (Zhang Wei, pour l'état civil), qui a reçu le coup de force de devenir millionnaire grâce à la publication sur le net de ses romans de fantasy. Son secret ? Vendre les droits de ses créations et de ses contenus (un concept chinois inédit, l'IP) pour le cinéma, la télévision ou le gaming. Les revenus directs de la consultation en ligne de ses œuvres ne représentent que 2 à 3 % de ses revenus. Mais la stratégie juridico-artistique de cet auteur de 35 ans lui permet aujourd'hui de drainer autant de revenus qu'un Stephen King ou qu'un George RR Martin, excusez du peu ! Et voilà l'ambitieux écrivain en ligne, auteur d'œuvres à succès dans son pays (Douluo Dalu ou Child of Light, quasi inconnues en Europe) rêvant de bâtir un empire à la Disney. Rien que ça ! En attendant, Tang Jia San Shao est le visage de cette littérature en ligne, souple, populaire, interactive mais aussi parfois frustrante. L'écrivain chinois admet en effet que beaucoup de romans proposés sur Internet sont des œuvres incomplètes. Tang Jia San Shao ne cache toutefois  pas sa satisfaction d'avoir su faire de sa passion pour l'écriture un tremplin qui pourrait l'amener loin. Lorsque la science-fiction et la fantasy chinoise s'éveilleront, celui-ci pourrait bien en être l'une des figures de proue.

    SinoSF, blog consacré à la science-fiction chinoise
    Liu Cixin, Le Problème à trois Corps, éd. Actes Sud, 2016
    Brice Pedroletti, "Premier du genre", in Le Monde, 11 novembre 2016
    "Mad in China", in Mad Movies, décembre 2016
    Amy Qin, "Making Online Literature Pay Big in ChinaMaking Online Literature Pay Big in China", in New York Times, 11 novembre 2016
    Wuxiaworld.com

     

  • Jeune pape

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    Le moins que l’on puisse dire est que Paolo Sorrentino (Il Divo, La Grande Bellezza, Youth), s’est attaqué à un morceau de choix avec The Young Pope. Croyants, non-croyants, chrétiens, traditionalistes et modernistes vont être égratignés par la série la plus en vue du moment, et chacun va en prendre pour son grade.

    Jude Law interprète Lenny Belardo, un pape originaire d’Amérique du nord qu’un collège de cardinaux a choisi d’élire à des fins politiques. En mettant sur la touche le favori du conclave, un cardinal conservateur, au profit d’un outsider jeune et inexpérimenté, la Curie croit parier sur le bon cheval, un ecclésiastique idéaliste qu’elle estime manipulable. Or, le nouveau pape, Pie XIII, s’avère bien plus retors que prévu et, contre toute attente, entend bien conduire une politique pontificale que personne n’avait pressenti.

    C’est peu dire que The Young Pope réserve son lot de surprises. À l’instar de cardinaux arroseurs arrosés, le spectateur est pris à rebrousse-poil par ce pape charismatique. La fiction télévisée est d’excellente facture et permet d'entrer dans l’intimité du Vatican. Avec un bel art du contre-pied, Paolo Sorrentino entretient longtemps le trouble autour du jeune pape et de ses motivations. Jude Law tient là un rôle inoubliable : séduisant, cabotin, secret, pieux, ambitieux, manipulateur politique et inspiré jusqu’à l’illumination. Son Pie XIII marquera longtemps les esprits. Mieux, il met dos à dos catholiques progressistes et traditionalistes en interrogeant le devenir de l’institution papale.

    Face à l’omniprésence de Jude Law, il convient de souligner que les seconds rôles parviennent à exister, que ce soit Silvio Orlando en cardinal rusé et opiniâtre, Diane Keaton en religieuse digne de Mazarin, Ludivine Sagnier en croyante pieuse ou Cécile de France en communicante conquise par un jeune pape diablement séduisant.

    Paolo Sorrentino confirme dans cette série son talent de réalisateur et impose sa patte artistique, dans la mise en scène baroque, la direction d’acteurs, les cadrages et la lumière. Somptueux, passionnant et déstabilisant.

    The Young Pope, série TV de Paolo Sorrentino avec Jude Law, Diane Keaton,
    Ludivine Sagnier, Javier Cámara et Silvio Orlando,
    10 épisodes, 2016, sur Canal+

  • Mr Robot commenté, mais sans spoil

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    Après un succès retentissant aux Etats Unis et un Golden Globe empoché dans la catégorie "meilleure série dramatique" en janvier dernier, Mr Robot arrive en France dès ce soir sur France 2 à raison de deux épisodes par semaine.

    À cette occasion, Avast, l’éditeur spécialisé en sécurité informatique, s’est intéressé aux techniques utilisées par Elliot, le personnage principal, ingénieur en cyber-sécurité le jour et pirate informatique justicier la nuit.

    Aidé d’un de ses experts en sécurité, Jean-Baptiste Souvestre, Avast proposera sur son blog une analyse détaillée après chaque épisode : méthodes de piratages mises en scène, réalisme des hacks, illustration des menaces toujours plus nombreuses et ingénieuses…les 10 épisodes seront méthodiquement passés au crible. Pour éviter spoilers et frustration, les posts ne seront publiés en ligne que le lendemain matin.

    Mr Robot, France 2
    Le blog d'Avast

  • Star Trek revient de loin

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    star trek"Espace, frontière de l'infini, vers laquelle voyage notre vaisseau spatial. Sa mission de cinq ans : explorer de nouveaux mondes étranges, découvrir de nouvelles vies, d'autres civilisations, et au mépris du danger avancer vers l'inconnu" : vous aurez sans doute reconnu l’introduction de Star Trek, l’une des plus célèbres de l’histoire de la télévision.

    Il n’est pas exagéré de dire que l’histoire de cette saga de science-fiction, qui fête en ce moment ses cinquante ans, revient de loin. Une longévité d’autant plus exceptionnelle que Star Trek n’était au départ qu’une modeste série télévisée, sans grands moyens, qui aurait pu tomber dans l’oubli sans la pugnacité de ses auteurs et sans le soutien de ses fans.

    En 1965, le scénariste Gene Roddenberry développe l’idée initiale de ce qui allait être une série culte : au XXIIIe siècle, un vaisseau spatial terrien, l’Enterprise, dirigé par le capitaine Kirk (William Shatner) et secondé notamment par un savant extraterrestre, M. Spock (Leonard Nimoy), parcourt l’univers à la recherche de nouvelles vies. Un premier épisode pilote est filmé et jugé peu convainquant par NBC qui enterre le projet. Mais les créateurs se remettent au travail et tournent un second pilote, avec un nouveau casting. Cette fois, la production reçoit le feu vert et une première saison est diffusée à partir de 1966. La série initiale en comprendra trois, jusqu’en 1969 (ironie du sort, le dernier épisode sera diffusé quelques semaines avant les premiers pas de homme sur la lune).

    Faute d’audience, la série est abandonnée et aurait pu tomber dans l’oubli sans le soutien de nombreux fans, fascinés par son univers à la fois kitsch et incroyablement avant-gardiste. En dépit de l'arrêt de la série, ils entretiennent la mythologie Star Trek qui ne tombera, grâce à eux, jamais dans l'oubli. 

    star trekLe père de la saga, Gene Roddenberry, relance la franchise, 10 ans après la fin de la première aventure télé, avec cette fois une version pour le cinéma: Star Trek, le Film, réalisé par Robert Wise. Le long-métrage suit le même équipage de L'Enterprise, avec des effets spéciaux et un budget de superproduction qui n'ont plus rien à voir avec la première série. Suite à ce premier succès, 12 autres films voient le jour, dont le dernier en date, Sans Limites, sorti cette année.

    Que l’on n'aime ou pas Star Trek, force est de reconnaître l’impact de cette saga de science-fiction hors du commun dont l’influence a dépassé - et de loin - le strict cadre télévisuel. Il y a d’abord ces personnages cultes : le capitaine Kirk, le Dr McCoy, M. Lieutenant-commandant Chekov (qu’en pleine Guerre froide, un Russe soit intégré dans cet équipage cosmopolite est tout sauf anodin !) et, bien entendu, le Vulcain aux grandes oreilles, M. Spock. Par ailleurs, en situant l’histoire au XXIIIe siècle, les créateurs ont misé sur l’invention d’outils technologiques inédits (phaseurs, tricodeurs et le fameux téléporteur) qui n’ont cessé d’alimenter la mythologie de Star Trek puis d’inspirer jusqu’aux scientifiques, fascinés par les inventions folles mais plausibles des scénaristes. Ainsi, la célèbre téléportation, imaginée au départ pour des raisons budgétaires (il était moins onéreux de faire voyager instantanément les personnages de l’Enterprise vers telle ou telle planète que de mettre en scène un voyage en navette spatiale) est devenue réalité avec la téléportation réussie de photons en 2014. De même, les communicateurs utilisés par les personnages dans la série d’origine ont une ressemblance troublante avec les téléphones portables à clapet mis au point et commercialisés quelque trente ans plus tard. Il n’est pas non plus fortuit que le prototype de la toute première spatiale américaine ait été nommée… Enterprise.

    Star Trek a marqué notre époque pour une autre raison : elle véhicule depuis sa création en 1966 un message humaniste et optimiste. Un épisode de la série est emblématique à ce sujet : le baiser entre le capitaine Kirk et le lieutenant Nyota Uhura (Nichelle Nichols) devient célèbre et légendaire puisqu’il s’agit du premier baiser entre deux personnes de couleurs différentes filmé pour la télévision. Une scène culte qui a fait date dans l’histoire du pays, comme dans celle de cette saga.

    Une saga qui n’a pas fini de s’éteindre car, outre la films sur grand écran, l’équipage de l’Enterprise devrait prochainement refaire son apparition sur le petit écran. Star Trek, partie de loin, a encore de beaux jours devant elle. 

    Building Star Trek, 88 mn, sur Arte en ce moment
    True Stories : Star Trek, 52 mn, sur Arte en ce moment
    "Star Trek ou la genèse d’une série aux idées progressistes", L’Humanité, 21 juin 2013
    http://forums.startrek-fr.net

  • Ramsay, le beau salaud

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    A6OH1Qr2.jpgIls sont de retour : Tyrion Lannister, Daenerys Targaryen, Cercei ou les derniers Stark ayant échappé aux tueries des précédents épisodes de Game of Thrones. La saison 6, diffusée depuis quelques semaines, continue de passionner les fans de cette série culte où les trahisons, les supplices, et les batailles testostéronées sont élevées au rang des beaux arts.

    Parmi les personnages suivis avec un délice coupable figure Ramsay Bolton, arrivé seulement lors de la saison 3. Il figure aujourd'hui parmi les plus beaux salauds de Game of Thrones , au point de détrôner dans la perfidie le jeune roi Joffrey Baratheon ou bien Cersei Lannister, plus shakespearienne que jamais.

    Ramsay devient dans cette saison 6 un personnage majeur de la série de fantasy. Sa cruauté, son absence de scrupule, son machiavélisme et son intelligence font de lui un personnage ignoble que l’on adore détester. Iwan Rheon, son interprète, lui apporte une aura supplémentaire et une certaine allure, bien éloignée du personnage du roman de GRR Martin. L’écrivain décrivait Ramsay Bolton (ou Ramsay Snow) comme un homme au physique peu avenant, rond et au teint maladif. Dans la série, le bâtard des Bolton est un jeune homme gracieux, au port aristocrate, mais qu’aucun crime ne rebute : viols, tortures, morts par les supplices les plus terribles.

    Si toute fiction digne de ce nom se doit de posséder les meilleurs salauds qui puissent se faire, nul doute que Game of Thrones tient ses promesses. Jusqu'au jour (peut-être) où les auteurs de la série décideront de faire disparaître Ramsay comme (presque) tous les autres.

    Wiki Game of Thrones : Ramsay Bolton

  • Dans la peau d’un djihadiste

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    687708.jpgSoldats d’Allah est un documentaire exceptionnel, engagé et rude que tout citoyen devrait regarder pour saisir une partie – et une partie seulement – de la réalité du djihadisme en France.

    Pendant six mois, des journalistes (bien qu’un seul prenne la parole, visage caché et voix dissimulée) ont infiltré un réseau de partisans de DAESH installés en France. Les enquêteurs, restés dans anonymat pour des raisons de sécurité, sont parvenus, via les réseaux sociaux et des contacts directs, à sympathiser avec des "soldats" de l'Etat Islamique puis à les suivre dans leur quête folle d’un djihad en France. Ils ont filmé en caméra cachée pendant six mois cette plongée dans un de ces groupuscules ultra-violents et hyper fanatisés.

    Étonnamment, la cellule dormante qu'ils ont infiltrée ne se situe pas dans un quartier fiévreux de la région parisienne ou dans un des quartiers nord de Marseille mais au cœur de la France profonde, à Châteauroux (Indre). On y suit Ossama, 20 ans, gamin perdu et frustré et complètement radicalisé, avec la foi enchaînée au corps, à la recherche du paradis après sa mort en "martyr".

    C’est du reste la seule trace de religion dans cette enquête dangereuse. On devine les connaissances religieuses de ces djihadistes plus que succinctes et le reportage aborde peu les motivations politico-stratégiques de ces soldats de Daesh. Il est question dans les conversations d’Ossama et de ses sbires de guerre sainte, de plans d’attaques plus ou moins élaborées, d’entraînements militaires, de recherches d’armes, de discours enflammés au vocabulaire "daeshien" et de précautions pour maintenir leur clandestinité (bien que la plupart des individus rencontrés sont "surveillés" par les forces antiterroristes).

    La clandestinité passe par une utilisation prudente des moyens de communiquer : dans des fast-foods, des jardins publics, par courrier détruit après lecture ou via des réseaux sociaux sécurisés comme Telegram que les journalistes critiquent pour son refus de collaborer avec les autorités.

    Des informations et des moments surprenants parsèment cette enquête hors du commun : la haine rédhibitoire entre salafistes et partisans de Daesh (alors que les deux vocables sont en général indistinctement utilisés et confondus), la méfiance des djihadises pour la quasi-totalité des mosquées françaises et la personnalité de ces candidats au djihad - de jeunes hommes frustrés et aveuglés. Et puis, il y a ces scènes hallucinantes : un mariage célébré par téléphone en plein jardin public, un attentat suicide par un Français parti mourir au Moyen-Orient, les échanges de missives pour organiser des coups, les témoignages du père d’Ossama, impuissant à freiner les pulsions de son fils, ou les réactions des candidats du djihad à l’annonce des attentats du Bataclan et du Stade de France. Du reste, ces attentats marquent la dissolution du groupuscule qui s’apprêtait à s'attaquer à une caserne d'Orléans, cible privilégiée d'Ossama qui semble porter une rancune personnelle tenace à l'égard de l'Armée française.

    Soldats d’Allah est un documentaire hallucinant, engagé et démonstratif, non sans effets de mise en scène. Un reportage choc sur une enquête au terme de laquelle un journaliste, lui-même de culture musulmane, avoue que durant ces six mois il n’a pas vu Allah !

    Soldats d’Allah de Marc Armone et Saïd Ramzy, 2016, 1H27
    Canal + Investigations, jusqu’au 15 mai 2016

  • Moteur, silence, ça pousse

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    Portrait.jpgJ'avais parlé il y a plusieurs mois du couple de sculpteurs Marthe et Jean-Marie Simonnet ("Les Simonnet en pleine(s) forme(s)"). Le vendredi 8 avril, à 21h40, le couple de sculpteurs seront dans dans l’émission Silence ça pousse sur France 5, pour un reportage sur leurs sculptures en herbe et résine.

    Silence ça pousse, France 5, vendredi 8 avril 2015
    "Les Simonnet en pleine(s) forme(s)"

  • Le Trône Des Frogz : Game of Thrones passé à la moulinette

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    game of thrones,trône des frogzFans de Game of Thrones, la webserie Le Trône des Frogz, visible sur Internet, est pour vous.

    Cette création de Golden Moustache (coproduite avec Dailymotion et Télé-Loisirs) passe à la moulinette, en huit épisodes de trois à quatre minutes, l'univers des Stark, Lannister et autres Targaryen : un décor moyenâgeux et minimaliste, des complots – ratés – du roi Daniel (Baptiste Lecaplain) pour conquérir un trône de fer, des mariages arrangés, un nain rusé et manipulateur, un marcheur blanc, une garde de nuit, les références à une reine du sud "très, très, très bonne" et à ses dragons. Sans oublier les compagnons de route du roi, des sbires idiots, sexistes et incompétents (Aude Gogny-Goubert, Dedo et Nicolas Berno).

    Dans la droite lignée de Kaamelot (Simon Astier joue d'ailleurs dans l'épisode 3 du Trône des Frogz), le ressort comique de cette webserie vient du langage anachronique et des préoccupations contemporaines des personnages.

    Une caméra subjective suit, à la manière d'un reportage télévisé, les us et coutumes du roi Daniel et de sa cour : les réflexions sur l'emblème du clan Frogz (la grenouille, comme son nom l'indique) et sur la devise "Les mystères sont de mise" ("plus porteuse", dit le roi Daniel, que l'ancienne devise "D'un nénuphar à l'autre" !), un mariage arrangé bien mal parti, l'appel à un communicant pour un bilan de compétence de groupe (car conquérir les sept couronnes n'est pas une sinécure, surtout lorsque l'on est entouré de bras cassés) ou la gestion d'une grève des villageois.

    Cette saison 1 (car nul doute que la qualité de cette série mérite de ne pas en rester là) se termine par un coup de théâtre qui augure une suite tout aussi délirante et inspirée.

    Le Trône des Frogz de Yaahcine Belhou, avec Baptiste Lecaplain, Aude Gogny-Goubert, Dedo et Nicolas Berno, 2016
    Golden Moustache
    Télé-loisirs
    Le Trône des Frogz sur Dailymotion 

  • Authentik : Sur un banc

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    authenthik,anthony lemaitreNawel sortirait bien avec Ben qui, lui, est persuadé qu'elle kiffe Gros Moussa. Ben, lui-même, est en dans une relation compliquée avec une cougar (quoique "techniquement c'est pas une cougar mais une puma"), surtout depuis que Marc, le mari de cette dernière, "a mis la pression" sur le jeune homme. Se pourrait-il que Nawel puisse "pécho" Ben s'il larguait "sa puma" ? Dans ce cas, vers qui cette dernière jetterait-elle son dévolu ? Marc ou bien Gros Moussa, qui est un grand admirateur de variété française en plus d'être un (mauvais) pâtissier ? À moins que Moussa et Nawel...

    Vous êtes perdus ? Normal. Ce sont ces scènes de marivaudage à la sauce moderne que propose Anthony Lemaitre pour sa websérie Authentik. Nawel, Ben, Marc, Dassoun, Moussa, Paul, Karine ou la puma sont les personnages imaginés par son auteur, jeune et déjà doué de talents d'écriture et de réalisation époustouflants. Authentik a d'ailleurs remporté en 2014 le prix de la meilleure webfiction au Festival de la Fiction TV de La Rochelle l'année dernière, le prix de la meilleure websérie au Paris Art and Movie Awards 2015, le prix de l'originalité pour l'Académie SACD-Youtube 2015 et a été sélectionné dans plusieurs festivals de webfest (Vancouver, Miami ou Washington).

    20 épisodes courts (de 2 à 6 minutes) constituent la première saison de cette série française, diffusée depuis 2013. Le concept d'Authentik est d'une simplicité évangélique : chaque épisode met en scène deux personnages assis sur un banc ou un muret, dans un lieu public. Résumer cette création à une série de plans drague plus ou moins foireux serait injuste. Sous couvert d'humour, il est en effet question en filigrane dans ces vingt épisodes de sujets contemporains : le mal de vivre, la difficulté d'aimer et de s'engager ou le conflit des générations.

    La première saison avance et vous happe grâce à des ingrédients malins et bien dosés : les dialogues incisifs, la tchatche, les jeux convaincants des acteurs et la construction par petite touche des personnages. On se laisse vite conquérir par Ben le paumé, Nawel ramant pour se faire comprendre, Marc le névrosé, la puma très, très amoureuse ou Gros Moussa et ses goûts culinaires discutables – voir à ce sujet la désopilante scène de la charlotte aux fraises de l'épisode 19.

    Réussir cette première saison n'était possible qu'à condition d'avoir des comédiens à la hauteur. C'est le cas. Le travail d'Anthony Lemaitre est à saluer en premier lieu. Réalisateur, scénariste, monteur et acteur principale, celui qui joue Ben fait plus que le job : il porte à bout de bras Authentik. Soulignons aussi les performances de Halima Slimani (Nawel), de Jean Fornerod (Marc) et de Jamel Elgharbi (Gros Moussa), tous trois récompensés au Los Angeles Webserie festival 2014. La pluie de récompenses qui a suivi la diffusion de la première saison d'Authentik prouve tout le potentiel de la créativité du web. Nous l'avions dit pour Random, dans un genre différent. C'est aussi le cas pour cette série humoristique archi-vitaminée et parfaite les soirs de déprime.

    La saison 2 est annoncée pour ce début d'année.

    Authentik, avec Anthony Lemaitre, Jean Fornerod, Halima Slimani,
    Alexandra Simon, Jamel Elgharbi, Mehdi Djaoud,
    réalisation / scénario : Anthony Lemaitre
    Authentik : le site et la websérie en intégralité
    Authentik sur Wikipedia