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• • • de BD et mangas ?

  • Les corneilles n’oublient jamais les visages

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    Amateurs de thrillers hitchcockiens tordus à souhait, cette BD est faite pour vous. Timothée Le Boucher signe Le Patient aux éditions Glénat : une petite merveille, après le remarqué Ces jours qui disparaissent (qui devrait être adapté au cinéma).

    Cette bande dessinée somptueuse plonge dans l’histoire d’un crime familial sordide. Une famille est retrouvée assassinée à l’arme blanche après que Laura Grimaud, l’aînée des enfants, ait été croisée déambulant un couteau ensanglanté à la main. Seul Pierre Grimaud, son frère de 15 ans, est retrouvé en vie, gravement blessé et dans le comas. L’adolescente de 17 ans, déclarée coupable de ces crimes, sera enfermée avant qu’elle ne mette fin à ses jours.

    Six ans après ce fait divers, Pierre sort de son comas. Une psychologue, Anna Kieffer prend en charge le jeune patient afin de comprendre ce qui s’est passé mais aussi de traiter les traumatismes du jeune homme.

    Une grenade scénaristique

    Entre la scientifique et l’ancienne victime du "massacre de la rue des Corneilles", une étrange relation se noue, alors que Pierre se plaint de recevoir des visites dans sa chambre d’un mystérieux homme en noir. Et il est vrai qu’autour de l’hôpital, un étrange individu rôde.

    Le moins que l’on puisse dire est que Timothée Le Boucher prend son temps pour déplier l’intrigue autour des séquelles d’un crime finalement jamais complètement élucidé. L’auteur a usé d’un soin particulier dans le traitement des lieux, des espaces, des regards et des dialogues dans un huis-clos de plus en plus étouffant. Tel un joueur d’échec, l'auteur avance ses pièces les unes après les autres, avant de dégoupiller sa grenade scénaristique à partir de la moitié du livre.

    Manipulation, traumatismes, souvenirs persistants : Timothé le Boucher souligne qu’à l’instar des corneilles, les victimes n’oublient jamais. Anna Kieffer incarne l’héroïne hitchcockienne par excellence : femme fatale mais fragile, c’est elle le fil conducteur de cette histoire de plus en plus intime.

    La bande dessinée donne également une large part aux personnages secondaires – patients, infirmières, médecins – dont certains deviennent essentiels à l’intrigue. Une intrigue rondement menée pour un récit sombre et déstabilisant. Une vraie réussite.

    Timothé Le Boucher, Le Patient, éd. Glénat, coll. Mille Feuilles, 2019, 292 p.
    http://timotheb.canalblog.com

    Voir aussi : "Changez-vous, mademoiselle"

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  • Fabcaro ne sauve pas les apparences

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    Après le succès de Zaï Zaï Zaï, Fabcaro revient avec une première fournée de planches soignées et désopilantes : Open Bar, 1ère tournée (éd. Delcourt, coll. Pataquès). Les travers de notre société, les modes, les discours courants ou nos habitudes sont passées à la moulinette de ce dessinateur hors-pair.

    Les personnages, en réalité des figures anonymes dessinées à la fois avec précision mais sans jamais qu'ils soient clairement identifiables, évoluent dans des environnements qui nous sont familiers, mais avec à chaque fois un détail, une phrase ou un mot qui fait tout voler en éclat.

    Les règles de bienséance sont dynamitées par des discours peu avouables. Les soirées bobos deviennent des stands de tirs. À la naïveté des enfants, se voit répondre l’absurdité des adultes. La langue de bois est érigée en totem et Fabcaro fait du non-sens une mécanique impitoyable : un train à l’heure a l’allure d’un événement incroyable, un rendez-vous chez le coiffeur devient un improbable salon intello, un débat entre deux politiques se transforme en duel dadaïste, les soirées devant la télé sont matière à entrer dans une quatrième dimension, et lorsqu’un enfant s’étonne de voir un éléphant dans son assiette, ses parents ne voient vraiment pas où est le problème.

    La vie quotidienne, le travail, les vacances, la Poste, la SNCF, les journaux télévisés, les doublages de film, les politiques, les commerces, les préoccupations écolos, les bobos, l’éducation des enfants, les migrants, la politique, les arts, la mode ou la société de consommation : l’auteur fait de ces choses qui nous paraissent somme toute normales des incongruités où l’absurde est poussé jusqu’au bout de sa logique. Et ne comptez pas sur Fabcaro pour sauver les apparences.

    Fabcaro, Open Bar, 1ère tournée, éd. Delcourt, coll. Pataquès, 2019, 54 p.
    https://www.editions-delcourt.fr

    Voir aussi : "Comme ça, vous n’avez pas votre carte !"

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  • Prochain Astérix en octobre 2019

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    Saviez-vous que Vercingétorix avait une fille ? Nous non plus. Elle fera en tout cas l’objet du prochain et 38e album d’Astérix, La Fille de Vercingétorix, qui sortir le 24 octobre 2019.

    60 ans après sa première apparition dans les pages du magazine Pilote, le héros créé par les deux génies du 9e art, René Goscinny et Albert Uderzo, est de retour.

    Si Astérix et Obélix pensaient se remettre de leur précédent voyage dans la péninsule italienne (Astérix en Trasatlantique) dans la quiétude de leur belle Armorique, c’est raté !

    Escortée par deux chefs arvernes, une mystérieuse adolescente vient d’arriver au village. César et ses légionnaires la recherchent, et pour cause : au village, on murmure que le père de la visiteuse ne serait autre que le grand Vercingétorix lui-même, jadis vaincu à Alésia.

    Cette nouvelle aventure du petit Gaulois a été imaginée par le tandem Jean-Yves Ferri et Didier Conrad. Les créateurs disent ceci au sujet de cette découverte digne d’un Lutèce-Match de l'époque romaine : "À ce que l’on sait c’est une ado en révolte. Normal, c’est pas facile tous les jours de s’appeler Vercingétorix !… Nous avons pas mal enquêté sur elle pour l’album : son apparence, son nom, son caractère... Comme vous savez, Vercingétorix était très discret sur sa vie privée, et les sources historiques sont rares. Mais, vous verrez, nous avons réussi à collecter de nombreux scoops !"

    Ce nouvel album sera tiré à plus de 5 millions d’exemplaires et traduit dans plus de 20 langues dès la fin 2019.

    Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, La Fille de Vercingétorix, éd. Albert René, 2019
    https://www.asterix.com

    Voir aussi : "Maillot rose pour Obélix"

    astérix,obélix,vercingétorix,adolescente,gaulois,césar,alésia,pilote

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  • Sarah et Julia en BD

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    Il y avait le roman Il s’appelait Sarah, puis la version ciné : voici maintenant, sorti depuis quelques mois, l’adaptation en bande dessinées du best-seller de Tatiana de Rosnay. Pascal Bresson au scénario et Horne au dessin proposent une nouvelle lecture de l’histoire de cette petite juive prise dans les tourments de l’Occupation allemande et de l’État autoritaire de Vichy.

    Lorsque la police française vient arrêter sa famille, Sarah, 10 ans, choisit d’enfermer son petit frère Michel dans le placard de leur appartement. Elle lui fait la promesse qu’elle viendra le chercher plus tard. 60 ans plus tard, une journaliste américaine s’apprête à aménager dans l’appartement parisien qu’occupait sa belle-famille.

    Il y avait un piège dans pour une telle adaptation : celle de trop s’inspirer du film de Gilles Paquet-Brenner, avec Kristin Scott Thomas dans le rôle principal. Contre cet écueil, Pascal Bresson et Horne ont choisi de proposer une œuvre graphique austère, portée le noir et blanc et des gris lavis omniprésents et oppressants – y compris pour les scènes se passant entre 2002 et 2005. Quelques touches de couleurs jaunes ou orangées viennent éclairer les quelque 200 planches de la BD, mettant en valeur la petite victime innocente. Et l’on en vient à penser à la fillette en robe rouge de La Liste de Schindler.

    Des "Mangemorts" tout droit sortis de l’armée de Voldemort

    Pascal Bresson et Horne choisissent d’allier des paysages et des descriptions réalistes – notamment le Paris de la journaliste américaine Julia Jarmond – à des scènes expressionnistes. Les policiers français, les soldats allemands ou les geôliers du camp de Beaune-la-Rolande ne sont que des masses sombres. Ces "Mangemorts", comme tout droit sortis de l’armée de Voldemort, ouvrent des bouches monstrueuses, prêtes à dévorer leur victime – le plus souvent des enfants. Lors d’une scène capitale dans un restaurant, Julia Jarmond elle-même se trouve face à une bouche semblable : et il s’agit singulièrement celle de son propre mari...

    Plus sans doute que la version filmée, cette BD fusionne parfaitement bien l’époque des années 40 et la nôtre. Le passé vient surgir et se fracasser contre le présent. Tel un tsunami, il met à nu les liens familiaux, bouscule les certitudes et oblige les personnages à se révéler. Il est impossible de ne pas parler des lieux, que ce soit l’appartement de Sarah ou le camp de Beaune-la-Rolande agissant comme des marqueurs indélébiles, des dizaines d’années après un drame indicible. À la faveur d’un déménagement ordinaire, voilà une journaliste américaine et une petit fille juive indéfectiblement liées.

    Tatiana de Rosnay, Pascal Bresson et Horne, Elle s’appelait Sarah, éd. Marabulles, 2018, 207 p.
    http://www.tatianaderosnay.com
    https://pascalbressonbd.weebly.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre" 
    "Je viendrai te chercher"

    tatiana de rosnay,vel d’hiv,sarah,occupation,juif,adaptation,beaune la rolande,loiret

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  • Ma sorcière mal aimée

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    Les sorcières sont à la mode en ce moment, semble-t-il. Elles sont en tout cas  au cœur du cycle de bandes dessinées Webwitch, même s’il est vrai que ces être extraordinaires appartiennent au domaine de la dark fantasy et de la science-fiction. Son créateur, Tim Virgil, et Matt Martin (l'auteur entre autres de Snowman) sont au scénario et au dessin pour ces deux histoires traduites en français : un comics américain plein de fureur, de sexe et de sang.

    Nona Hoffman, agent fédéral particulièrement doué, s’avère être en réalité une webwitch (littéralement une "sorcière de la toile"), une créature extraterrestre appartenant à la nation Arachnéïde, bien décidée à soumettre la terre pour s’y installer et tisser sa toile maléfique.

    Nina se découvre en jouet transgénétique, capable de passer d’une nature humaine, à celle d’une sorcière aussi sexy que redoutable. Mais c’est sans compter la présence de l’amant de Nina, l’agent Dale Armstrong.

    Des super héroïnes ayant finalement le meilleur rôle

    On aime on on déteste cette bande dessinée à la fois âpre, sensuelle et ne transigeant pas sur l’hémoglobine et autres fluides. Les deux histoires formant cette édition soignée de Webwitch font des femmes et en particulier de ces sorcières d’un autre genre des super héroïnes ayant finalement le meilleur rôle : guerrières, manipulatrices, dominatrices mais aussi et surtout séductrices en diable, comme le prouve l’histoire d’amour entre Nina et Dale dans le récit apocalyptique de Matt Martin.

    Avec Tim Vigil, le créateur du cycle Webwitch, nous sommes dans une aventure lorgnant plus du côté de Predator, non sans quelques poncifs propres aux films d’action du genre.

    L’édition française du comics est opportunément complété par 75 pages de couvertures et d’illustrations d’un cycle étonnant d’audaces visuelles, sans tabou.

    Matt Martin et Tim Vigil, Webwitch, éd. Tabou, 2019, 240 p.
    http://www.tabou-editions.com/bandes-dessinees/643-webwitch-9782359541373.html
    https://www.kickstarter.com/projects/boundless/matt-martins-webwitch

    https://www.facebook.com/tim.vigil.71

    Voir aussi : "Du sex-appeal à réveiller les morts"

      

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  • Du sex-appeal à réveiller les morts

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    C’est un trip dessiné gothique que propose William Skaar avec Deanna et les Zombies (éd. Tabou). Un trip qui est aussi un conte érotique, baroque et horrifique dont l’héroïne est Deanna Carter. La pulpeuse jeune femme guide, par jeu, deux amies dans un cimetière. Mal lui en prend : en s’exhibant avec un insolent sex-appeal, ce sont des morts qu’elle réveille. Pour lui faire passer l’envie de venir les provoquer, ces zombis sont bien décidés à faire de la visiteuse d’un soir leur future victime. Pour sortir de ce mauvais pas, telle la Shéhérazade des Mille et une Nuits Deanna échange la promesse d’être épargnée quelques heures en échange d’histoires qu’elle entend bien prolonger encore et encore.

    Bien entendu, ce sont ces contes qui forment le cœur d’une bande dessinée qui ne se refuse rien. Ce que Deanna raconte n’est ni plus ni moins qu’un voyage infernal, depuis la recherche d’une mystérieuse clé d’argent dans le manoir de son grand-père jusqu’à la découverte du Carnigore. Sur ce chemin semé d’embûches, d’êtres pervers et de fantasmes, Deanna Carter croise la route d’un livre maléfique, le Carnomicon, d’une compagne de voyage tout aussi pulpeuse, Béatrice et d’êtres infernaux prêts à tout. Et surtout, elle pénètre dans un enfer dantesque, "un tableau vivant et démentiel." L’audace, la provocation, le sexe et l’humour noir sont dans chaque case de cette BD américaine proposée en France aux éditions Tabou.

    Un tableau vivant et démentiel

    Pour Deanna et les Zombis, William Skaar mélange sans vergogne le trash, le fantastique, le gore, des traditions mythologiques, la religion, le chamanisme et bien entendu de l'érotisme à tous les étages. Deanna est l’incarnation d’une sorcière sexy, moderne et chasseresse de morts-vivants, comme avant elle l'Anita Blake de Laurell K. Hamilton. Mais, à vrai dire, c’est vers d’autres sources qu’il faut chercher les influences de William Skaar : le dessinateur Richard Corben, l’auteur de pulps Richard Shaver, les classiques Sade et Dante, le romancier HP Lovecraft et son Cthulhu, Edgar Rice Burroughs, le créateur de John Carter, ou encore l’actrice Barbara Steele, pour ses rôles dans Le Masque du démon ou La Chambre des tortures.

    Le lecteur peut compter sur Deanna Carter, sur sa témérité comme sur son sex-appeal, pour venir à bout de morts-vivants, ou du moins les envoûter à sa manière, grâce à ce voyage plein de cris, de dangers et de plaisirs répugnants et honteux. C'est bon, la honte.

    William Skaar, Deanna et les Zombis, Les Mille et une Nuits des Morts-vivants,
    éd. Tabou, 2018, 80 p.

    http://carnigor.com
    https://www.facebook.com/will.skaar
    https://www.facebook.com/deannaofthedead

    Voir aussi : "Zombie, fais-moi peur"

    william skaar,deanna,zombies,morts-vivants,sexe,érotisme,anita blake,laurell k. hamilton,richard corben,richard shaver,sade,dante,hp lovecraft,cthulhu,edgar rice burroughs,john carter,barbara steele

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  • Changez-vous, mademoiselle

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    Parlons de Bastien Vivès, dont le talent que Bla Bla Blog a salué à plusieurs reprises (Le Goût du ChloreUne Sœur ou Amitié étroite) a été terni par le scandale de Petit Paul, un ouvrage catalogué comme pornographique. Ce n’est pas de cette bande dessinée dont il sera question ici mais d’une autre, Le Chemisier (éd. Casterman), qui vient de remporter le prix Wolinski de la BD du Point.

    Séverine est étudiante en Lettres et vit avec Thomas, un geek sympathique mais un peu distant. Pour arrondir ses fins de mois, la jeune femme fait du baby-sitting pour les Marguet. Un soir, leur fille dont elle s’occupe, Éva, tombe malade et vomit sur Séverine. Revenu plus tôt de soirée, le père de la fillette propose à l’étudiante de se changer avec un chemisier de sa femme. Avant de rentrer chez elle, Séverine lui propose de rendre le vêtement très vite. Contre toute attente, non seulement l’étudiante ne trouve pas le moyen de rapporter le fameux chemisier, mais en plus elle finit par ne plus pouvoir s’en séparer. Sa vie s’en trouve bouleversée.

    Rhomérien

    Bâtir une histoire sur un simple chemisier et tirer le fil d’une intrigue naturaliste et minimaliste jusqu’au bout : on retrouve-là le génie de Bastien Vivès, un rhomérien s’aventurant, d’une certaine manière, sur un terrain fantastique – et érotique.

    Le chemisier emprunté par Séverine n’est pas qu’un banal vêtement de soie, certes impeccablement taillé ; il s’agit aussi d’une seconde peau qui métamorphose la sage et sérieuse étudiante en femme devenue soudainement visible, irrésistible et au centre de toutes les attentions.

    Bastien Vivès, comme souvent, ne s’embarrasse pas de longs dialogues. La bande dessinée se fait plus cinématographique que théâtrale, avec un travail sur les plans que toutes les écoles de bandes dessinées devraient montrer à leurs étudiants. Pour Le Chemisier, les visages sont un peu plus dessinés que dans les albums précédents. Le visage de Séverine parvient à être traversé de mille émotions, des émotions mais aussi des émois qui n’ont été rendus possibles que par la grâce d’un banal chemisier.

    Bastien Vivès, Le Chemisier, éd. Casterman, 2018, 204 p.
    http://bastienvives.blogspot.fr

    Voir aussi : "Les meilleurs amis du monde" 
    "De la piscine comme univers métaphysique"
    "Dans la chaleur du Morbihan"

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  • La fleur au fusil

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    En ce jour de centenaire de l’armistice du 11 novembre 2018, comment ne pas parler de Jacques Tardi, dont l’œuvre s’est nourrie de l’histoire de la première guerre mondiale ?

    Le créateur d’Adèle Blanc-Sec offre avec son double volume Putain de Guerre !, co-écrit avec Jean-Pierre Verney, l’une des plus saisissantes fresques de la Grande Guerre et de ses poilus, ces soldats anonymes qui ont servi de chair à canon dans un conflit ahurissant d’horreurs.

    Putain de Guerre c’est l’histoire à la première personne d’un de ces fantassins parisiens partis sur le front. Tardi suit les pérégrinations de ce jeune homme, de son départ Gare de l’Est, la fleur au fusil, jusqu’aux grands champs de Bataille du nord et de l’est de la France.

    Écrit à la première personne, Putain de Guerre frappe d’abord par son texte écrit à la première personne : impitoyable, cynique, cruel, le discours est tout autant anti-militariste et pacifiste.

    La collaboration de Jean-Pierre Verney a été essentiel pour écrire un ouvrage de bandes dessinées où le noir et le rouge sont omniprésents et qui est aussi et surtout bourré de détails historiques. Un vrai chef d’œuvre.

    Jacques Tardi, Putain de Guerre !, deux vol.
    postface de Jean-Pierre Verney, éd. Casterman, 2008, 70 et 69 p. 

    https://www.casterman.com/Bande-dessinee/Auteurs/tardi

    Voir aussi "La seconde bataille de Verdun"

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  • La naissance de la belle Rafaëla

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    Dans la postface de Tamara de Lempicka, la bande dessinée de Virginie Greinier et Daphné Collignon, Dimitri Joannidès rappelle qu’après une période flamboyante durant les années folles, Tamara de Lempicka a été oubliée du monde de l’art. Trop figurative ? Trop bourgeoise ? Pas suffisamment révolutionnaire ? Suspecte d’avoir été une vraie star dans le milieu parisien de l’entre-deux guerres ?

    C’est du reste cette période qui intéresse Virginie Greinier, au scénario, et Daphné Collignon, au dessin. Sans didactisme, avec une admiration certaine, et sans rien cacher des failles de la peintre, Virginie Greinier raconte l’année 1927 qui a vu la naissance de l’un des plus grands nus du XXe siècle, La Belle Rafaëla.

    La BD suit les pérégrinations de Tamara de Lempicka dans le Paris qui était la capitale mondiale des arts, celle d’André Gide, de Jean Cocteau ou de Picasso. Femme artiste dans une société toujours bridée, Tamara de Lempicka revendique farouchement sa liberté, y compris dans sa situation de femme mariée et mère d'une petite fille. Lorsqu’elle apprend à Gide qu’elle recherche un modèle pour son prochain tableau, ce dernier lui propose de lui présenter des femmes de ses connaissances. La peintre accepte de l’accompagner, mais aucune ne la convainc.

    Au dessin, Daphné Collignon nous propose des planches aux couleurs sépias qui sont chacune d’authentiques créations graphiques, renvoyant le lecteur dans les années folles. Voilà une entrée en matière passionnante et intelligente pour entre dans l’œuvre d’une artiste prodigieuse qui n’a été redécouverte qu’après sa mort, à partir des années 80.

    Il sera de nouveau question de Tamara de Lempicka dans quelques semaines, dans le cadre cette fois de notre hors-série sur Tatiana de Rosnay.

    Virginie Greinier et Daphné Collignon, Tamara de Lempicka
    postface de Dimitri Joannidès, éd. Glénat, 2018, 56 p.
    https://www.daphnecollignon.com

  • Vous ne préférez pas plutôt un stage ?

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    Ah, ces entretiens d’embauche, ces DRH froids, ces startups pratiquant l’art faussement cool du recrutement et surtout ces candidats obligés d’avaler des couleuvres pour décrocher des emplois faméliques malgré leur CV long comme le bras…

    Voilà le sujet de la bande dessinée de Mathilde Ramadier, Vous n’espériez quand même pas un CDD ? (éd. Seuil). Le livre se présente sous la forme de chroniques que l’on imagine vécues par l’auteure. Chaque chapitre correspond à une offres d’emploi avec l’annonce correspondante, parfois aussi drôle – et ce n’était pourtant pas le but ! – que les strips qui suivent : "Design junior," "Pigiste," "Copy writer" ou "Creative manager."

    Managers se comportant en gourous tout-puissants

    Mathilde Ramadier croque avec un mélange de férocité, de naïveté et de poésie ces huis-clos au cours desquels se jouent une carrière, des rêves et un avenir, et qui sont souvent réduits à néant en quelques mots. On rit jaune en découvrant ces tranches de vie en entreprise. Le monde des startups est sévèrement égratigné : managers se comportant en gourous tout-puissants, petits boulots ou stages non-rémunérés transformés en challenges cools, exploitations éhontées des candidats via de pseudos tests de recrutements ou jargon globish présenté comme un véritable sésame pour se faire mousser.

    C’est d’ailleurs ce dernier aspect qui est développé dans l’épilogue ("Bientôt la retraite") au cours duquel notre candidate parvient à enfumer un recruteur : un joli pied de nez qui vengera pas mal de candidats passés, présents et futurs. Rien que pour cela, que Mathilde Ramadier soit remerciée.

    Mathilde Ramadier, Vous n’espériez quand même pas un CDD ?, éd. Seuil, 2018, 111 p.
    https://mathilderamadier.com

    Voir aussi : "Décalée"

  • Une nouvelle nuit à Rome avec toi

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    Il y a quelques mois, nous parlions ici-même des deux premiers tomes d’Une Nuit à Rome : l’histoire d’une promesse un peu folle que deux jeunes gens se sont faite durant leur vingtième anniversaire, à savoir passer une nuit à Rome le jour de leur quarante ans. Le deuxième tome se terminait par un épilogue à la fois amer et ouvert.

    Jim a choisi de poursuivre un nouveau cycle en mettant en scène nos deux personnages principaux, Raphaël et Marie, dans la capitale italienne. Là encore, il est question d’une nuit à Rome le jour de leur anniversaire. Cette fois, c’est un Raphaël, beaucoup plus extraverti et moins tourmenté que lors des deux premiers tomes, qui invite son amie d’enfance à le rejoindre. La belle brune résistera-t-elle à ce rendez-vous ?

    À Bla Bla Blog, on adore Jim, le scénariste autant que le dessinateur, pour ses histoires d’amour modernes et d’une grande élégance. Le lecteur suivra avec passion la nouvelle rencontre entre Raphaël et Marie et attendra avec impatience la suite de ce nouveau rendez-vous à travers le temps et l'espace. Un quatrième tome viendra bientôt clôturer ce deuxième cycle.

    Jim, Une Nuit à Rome, livre 3, éd. Bamboo, 2018, 100 p.
    http://jimtehy.blogspot.com

    Voir aussi : "On s’était dit rendez-vous dans vingt ans"
    "Rendez-vous jeudi prochain, même lieu, même heure
    "La débandade"

  • On s’était dit rendez-vous dans vingt ans

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    Après Héléna, la blonde incendiaire de la bande dessinée éponyme de Jim et Cabane, voici Marie, la brune fatale d’Une Nuit à Rome (éd. Grand Angle), que Jim a scénarisé et dessiné de A à Z.

    Comme pour Héléna, il est question dans cet ample et élégant album d’un amour contrarié, d’une femme insaisissable, de rendez-vous et du temps qui passe, inexorable et cruel.

    Que Jim se soit cette fois attelé au scénario et au dessin n’est pas anodin : comme il le confie dans sa préface, ce personnage de Marie ne vient pas de nulle part, preuve à l’appui... Voilà qui fait d'Une Nuit à Rome - une variation contemporaine sur le thème du badinage, du romantisme et de l’infidélité - une œuvre personnelle.

    Raphaël est le narrateur de cette histoire de retrouvaille à Rome. Quelques jours avant ses quarante ans, il reçoit par la Poste une K7 VHS vieille de vingt ans. Il y découvre – ou redécouvre – une petite amie de cette époque, Marie Galhanter, née le même jour que lui.

    Une connerie de gamin

    La vidéo lui rappelle une ancienne promesse qu’ils s’étaient faits : passer la nuit de leur quarantième anniversaire ensemble, à Rome. Un numéro de téléphone accompagne cet envoi. Or, Raphaël vit en couple avec Sophia, dont il est très amoureux. Il n’aurait donc aucune raison de respecter "une connerie de gamin, comme on en a tous fait…" Sauf que cette VHS balaie toutes les certitudes qu'il avait. En Italie, Marie ne pense elle aussi qu’à ce futur rendez-vous, à Rome. Aura-t-il lieu, vingt-ans après leur promesse ?

    Jim déplie sur 238 pages une histoire amoureuse élégante, poignante et sensuelle. Les années passent, les rêves sont mis sous le boisseau mais les amours ne disparaissent pas totalement. Ils peuvent se fossiliser ou au contraire s’affranchir et exploser des années plus tard… Mais à quel prix…

    La nuit à Rome est celle de toutes les folies. Des folies que Raphaël et Marie peuvent ou pas s’offrir et qui permettront de remettre, quelque part, les pendules à l’heure. Fort intelligemment et avec une pertinence qui élève Une Nuit à Rome au rang des BD géniales.

    Jim termine son album par deux épilogues qui font basculer les destins de Marie et de Raphaël vers un questionnement sur nos promesses à honorer. Jim nous interroge. Raphaël et Marie, c’est un peu lui. C’est un peu nous.

    Jim, Une Nuit à Rome, Intégrale, éd. Grand Angle, 2016, 238 p.

    "Rendez-vous jeudi prochain, même lieu, même heure"

    "La débandade"

  • Un conte de Bilal

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    La sortie d'un nouveau Bilal est toujours un événement. Le dernier en date, Bug (éd. Casterman) est le premier volume d'une série de BD d'anticipation. Ou bien, devrions nous dire "de conte d'anticipation".

    Nous sommes en 2048, dans un monde futuriste gris et angoissant (on reconnaît là l'univers d'Enki Bilal) dominé par les technologies. Un bug informatique majeur survient, vidant les serveurs du monde entier et rendant impossible l'accès aux réseaux. Dans l'espace, un groupe d'astronautes est en proie à toutes les difficultés pour rejoindre la terre. Parmi ces hommes de l'espace, il y a Obb, que sa fille Gemma attend impatiemment à Paris. Obb devient bientôt un enjeu le dépassant lui-même : ses capacités cognitives se sont développées de manière anormale, ce qui le rend d'autant plus intéressant en cette période de panne informatique généralisée. Ne serait il pas l'origine et la réponse au bug mondial ?

    Bilal signe là un brillant conte d'anticipation qui entend nous alerter sur les dangers d'une dépendance aux outils technologiques. Comme toujours chez l'auteur des Phalanges de l'Ordre noir, l'histoire semble écraser des personnages dessinées telles de superbes statues antiques et évoluant dans un décor hyper réaliste. Les trouvailles graphiques sont nombreuses, que ce soit cette case montrant le palais de l’Élysée ou ces unes de journaux écrites sans vérificateur d'orthographe.

    Le rire grinçant de Bilal semble se faire entendre par moment, mais c'est le rire d'un conteur autant qu'un des grands maîtres de la bande dessinée.

    Enki Bilal, Bug, tome 1, éd. Casterman, 2017, 86 p.

  • Qui va tango va sano e lontano

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    Au Café Gran Tortoni, en plein cœur de Buenos Aires, un jeune homme attend d’être reçu par un maestro du tango afin de devenir son élève. En attendant ce rendez-vous qui va changer sa vie, Mina, une serveuse et danseuse, le prend son son aile en lui présentant les personnages gravitant autour d’elle, dans un café tout entier dévolu à la plus sensuelle des danses.

    Le tanguero novice découvre et écoute ces histoires argentines, comme autant de récits d’initiation.

    Des récits d'initiation

    Dans les 110 pages d’une BD entièrement consacrée au tango, Philippe Charlot et Winoc mettent en image des destins incroyables : dans les années 30, un acteur trouve le succès puis le malheur grâce à un texte révolutionnaire de Jorge Luis Borges ; sur la Plaza de Mayo, un payador, troubadour et chanteur de tango, débarque de la pampa pour défier Carlos Gardel ; un autre chanteur raconte dans quelles circonstances il a gagné un concours hors du commun organisé par une certaine mademoiselle Magdalena ; il est également question d’un bandonéon apporté par une jolie factrice d’accordéon, d’un danseur doué mais désargenté empêtré dans une histoire de vol et d’amour, d’un flirt hors du temps entre deux retraités et d’un fantôme errant dans les salles du Gran Café Tortoni.

    Les amoureux du tango adoreront cette bande dessinée au scénario envoûtant. Les autres se laisseront transporter par ces histoires dont le fil conducteur est une danse et une musique, et qui invitent à écouter ou réécouter le Volver de Carlos Gardel : "Volver con la frente marchita / Las nieves del tiempo platearon mi sien / Sentir que es un soplo la vida / Que veinte años no es nada."

    Philippe Charlot et Winoc, Gran Café Tortoni, tome 1, éd. Bamboo, 2018, 110 p.

  • La seconde bataille de Verdun

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    Cette seconde bataille de Verdun fut celle engagée par Fernande Herduin en 1920, dans les ors et les couloirs feutrés des palais de la République.

    Quatre ans plus, tôt, en pleine guerre, son mari le sous-lieutenant Gustave Herduin est fusillé pour désertion Verdun, sans aucun jugement . Contre toute attente, le soldat a cependant eu droit aux honneurs de la France à titre posthume pour ses faits d’armes antérieurs. Insuffisant, réclame la veuve Herduin qui réclame la vérité et la justice pour une exécution au cœur du gigantesque champ de bataille de Verdun.

    Un silence honteux

    Ne trouvant qu’un faible écho à ses revendications, la jeune femme se lance, épaulée par son avocat, dans une nouvelle guerre des tranchées contre une classe politique hypocrite et une administration militaire muette. En portant plainte pour meurtre, la Fernande Herduin parvient à faire du bruit dans Landerneau. Bientôt s’ouvre une nouvelle bataille de Verdun, judiciaire et politique cette fois.

    Cette affaire est mise en textes et en images par Jean-Yves Le Naour et Marko Holgado qui signent avec cette histoire édifiante le troisième tome d’une série sur Verdun, après Avant l’Orage et L’Agonie du Fort de Vaux.

    Les auteurs relatent dans un album à la facture classique l’histoire des fusillés pour l’exemple comme le silence honteux qui s’ensuivit. De ce point de vue, l’histoire de la veuve Herduin est celle d’une lanceuse d’alertes avant l’heure, obsédée par la réhabilitation de l’honneur de son mari. L’histoire est centrée sur ce personnage féminin solide et pugnace, en guerre dans une France encore traumatisée par les massacres de la Grande Guerre.

    Jean-Yves Le Naour et Marko Holgado, Verdun, Les Fusillés de Fleury,
    éd. Grand Angle, 2018, 47 p.

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