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• • • de musiques ?

  • Brol d’elle

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    "Bordel" ou "Bazar" : c’est la signification flamand du terme "Brol", le titre du premier album d’Angèle. Le brol, explique l’artiste belge dans une récente interview pour Elle, est ce qu’il y a dans son sac : " des clés, un livre, un paquet de chewing-gums, vide, une clé USB… Des choses pas forcément utiles, mais dont je n’arrive pas à me séparer, parce qu’elles rassurent..."

    Grâce à ce premier album aussi personnel et dérangé qu’un sac à main, le moins que l’on puisse dire est qu’Angèle est entrée avec fracas sur la scène musicale française. Quelques mauvaises langues ont parlé d’une pop facile et assez peu révolutionnaire. Mais c’est justement cette simplicité et cet esprit cash qui a permis à Angèle de trouver son public, et même un très large public. N’en déplaise à certaines critiques, la jeune artiste s’impose avec audace grâce à sa voix sans fioriture, son sens de l’autodérision, son franglais bien de son époque mais surtout sa qualité d’écriture.

    Prenez le titre qui l’a fait connaître, La Loi de Murphy. Sur cette chronique talk-over d’une journée de merde, il est à parier que quelques millions de jeunes filles reconnaîtront des situations qu’elles ont elles-mêmes vécues. Angèle se confie d’une voix exaspérée comme si elle s’adressait à de bons potes : "Puis là, c'est trop parti en couilles. Il y a d'abord eu la pluie : la loi de Murphy a décidé d'enterrer mon brushing. Un mec me demande son chemin : gentiment je le dépanne. En fait, c'était qu'un plan drague : ce con m'a fait rater mon tram J'en profite, je passe à la banque, je laisse passer mémé. Si seulement j'avais su qu'elle relèverait tous ses extraits de l'année, je l'aurais poussée et coincée dans la porte automatique." Que du vécu, à l’instar de Flemme, une autre tranche de vie bien ordinaire sur ces journées grises et maussades ("Laissez-moi tranquille / Ce soir, la flemme d'éviter les mauvais regards / Team jogging dans l'appart sans perdre mon portable, ma dignité, mes clés / J'suis dans un mauvais mood, je répondrai plus tard").

    Joli bazar

    Au-delà de ces confessions, Angèle est de notre époque et croque notre société du haut de son insolente jeunesse : la misère des réseaux sociaux (La Thune), le star-system (Flou), l’homosexualité (le délicat Ta Reine) ou le machisme avec Balance ton Quoi.

    On s’arrêtera d’ailleurs plus longuement sur ce titre. Balance ton Quoi s’écoute comme la contribution d’une artiste au mouvement #metoo. Il est aussi une pierre lancée contre le climat étouffant de misogynie jusque dans le milieu de la musique : "Ils parlent tous comme des animaux / De toutes les chattes ça parle mal / 2018 je sais pas ce qu’il te faut / Mais je suis plus qu'un animal / J'ai vu que le rap est à la mode / Et qu'il marche mieux quand il est sale / Bah faudrait peut-être casser les codes / Une fille qui l'ouvre ce serait normal." Quelques amateurs de rap apprécieront.

    Dans ce joli bazar qu’est Brol, Angèle s’impose comme une artiste parvenant, mine de rien, à se démarquer de ses consœurs de la pop. De sa voix fragile et tout en retenue, la chanteuse belge touche l’auditeur au plus près. Usant du "je" et du "tu" dans un souci de proximité et de connivence, Angèle décliné quelques jolis titres sur l’amour : amour inconditionnel (Nombreux), amour virtuel (Tes yeux), amour mort (Les Matins), amour empoisonné par la jalousie (Jalousie) ou amour impossible (Ta Reine).

    Brol serait-il un album au "bazar" rassurant mais pas forcément utile ? Ce serait oublier le résultat soigné qu’offre Angèle. Et puis, peut-on réellement dénigrer une artiste qui ose chanter avec autant de justesse et sans mièvrerie, en duo avec Roméo Elvis, la recherche du bonheur, du vrai : "Le spleen n’est plus à la mode, c’est pas compliqué d’être heureux" ?

    Angèle, Brol, Angèle VL Records, 2018
    https://www.facebook.com/angeleouenpoudre

    Voir aussi : "Jade Bird, Huh la la !"

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  • Let’s talk about dance, baby

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    Si vous fermez les yeux, Nola French Connection ressemblerait à ces groupes de brass-band réunis dans un quartier populaire de São Paulo ou de Port au Prince.

    Ça sent la rythmique caribéenne, le sang chaud latino-américain mais aussi la bande de potes vous invitant à danser sur des airs de salsa.

    Chercheurs de sons révolutionnaires, passez votre chemin : pas de prise de tête chez les Nola French Connection mais juste du boum-boum enfiévré, du cuivre chaleureux, des corps qui se collent, s'affolent et s’échauffent (Love ride) et des voix qui ne trichent pas et invitent à la fête (Turn it up).

    Le jazz n'est pas absent dans ce mini album (We good) aux accents Latinos. Serions-nous face à un New style comme le dit le dernier titre des NOLA French Connection ? Pas d’emballement, baby : viens, on déballe et on danse…

    NOLA French Connection Brass Band, NOLA French Connection, Fo Feo Productions, 2018
    https://www.facebook.com/nolafrenchconnection

    Voir aussi : "Cocktail Ginkgoa"

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  • Dhafer Youssef, la world music des sphères

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    Une sorte de syncrétisme guide l'album de Dhafer Youssef, Sound of Mirrors. Nous pouvons même dire que les reflets dont parle le titre nous propulsent vers un kaléidoscope assez unique. Ce sont des musiques dont on ne parvient plus à savoir d'où elles viennent exactement : traditions indiennes, arabes, turques, occidentales, religieuses, folk (Chakkaradaar "Atithi Devo Bhava" suite) ou bien new age (Shanti "Atithi Devo Bhava" suite) ?

    La meilleure image de cet opus à la facture moyen orientale est sans doute celle de ces paysages accidentés dans lesquels les échos nous renvoient des sons à l'infini et dont l'origine se perd. La comparaison est d’autant plus bienvenue pour le titre Humankind dans lequel la voix de Dhafer Youssef se lie et se confond avec celle d’un hautbois. Ou est-elle se demande l'auditeur ?

    Pour cet album world music enregistré à Bombay puis Istanbul avant un mixage à Göteborg en Suède, l'artiste tunisien et joueur de oud s'est entouré de quelque figures venues de tous horizons : Zakir Hussain aux tablâ, le guitariste norvégien Eivind Aarset et le clarinettiste turc Hüsnü Şenlendirici.

    Les rythmes sont hypnotisants (Dance Layan Dance, qui est un hommage à sa fille). Les titres se déroulent tels des voyages intérieurs (Al Wadood), lorsqu'ils ne sont pas mélancoliques (Satya "Satyagraha" suite). La voix de Dhafer Youssef gravit les octaves jusqu'à atteindre des sommets rarement entendus (Ruby Like Wine).

    Un vrai cheminement intérieur

    "L'exotisme" (je viens d’employer un gros mot...) est roi dans un album qui se joue des frontières musicales (Journey in Bergama) : "J’ai senti que, partant d’un socle culturel indien, nous pouvions aller vers un propos plus universel... Cet enregistrement m’a fait l’effet d’une ode à l’amitié et à la fraternité. Quand nous jouions ensemble, j’avais la nette sensation que des âmes sœurs se reflétaient. D’où le titre de l’album : Sounds Of Mirrors," commente Dhafer Youssef.

    Une grande modernité conduit Sounds of mirrors qui revisite a la sauce contemporaine des sons ancestraux (Like Dust I May Rise), parfois avec des accents pop et folk comme Nasikabhushani.

    Sounds of Mirrors est aussi et surtout un vrai cheminement intérieur (Satya "Satyagraha" suite), comme le revendique l’artiste : "Pour moi, c’est un disque plus méditatif, plus spirituel et plus facile d’accès que le précédent, Diwan Of Beauty and Odd. Mais attention ! Ici, rechercher une forme de paix profonde et de sagesse n’a rien de la démarche religieuse."

    Tout l'album de Dhafer Youssef invite à s'imprégner d'une musique à la richesse rarissime se cachant derrière chaque nuance d’instrument et chaque grain de voix.

    Dhafer Youssef, Sounds of Mirrors, Anteprima, 2018
    http://www.dhaferyoussef.com

     

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  • Cali, métamec

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    2018 aura été marqué par de grandes légendes de la chanson française : il y a eu la découverte il y a un an de Lily Passion de Barbara dans sa version studio inédite, le décès de Charles Aznavour il y a deux semaines et, il y a quelques jours, la célébration des quarante ans de la mort de Jacques Brel. Mais il fait aussi compter sur Léo Ferré, dans l’actualité en ce moment avec la sortie de plusieurs reprises par Cali.

    Sur la pochette de l’album, celui-ci pose avec un chimpanzé, l’alter-ego de Pépée, le célèbre singe de Ferré disparu en 1968 et qui inspira un titre éponyme – mais qui n’est singulièrement pas présent dans cette série d’adaptations.

    C’est extra, Vingt ans, Ni dieu ni maître, Les anarchistes, Joli môme ou Avec le temps font partie des classiques que reprend Cali, dans un souci de dépoussiérer, de moderniser, voire de révolutionner des chansons de Ferré : c’est "une sorte de laboratoire musical" comme il le dit lui-même. Pour l’occasion, il s’est entouré de Steve Nieve au piano et de François Pioggio à la guitare.

    Cali se met au service des textes de Ferré avec le souci de proposer des arrangements parfois désarçonnants mais souvent très convaincants. Le choix de l’acoustique et de la simplicité guident un chanteur qui entend mettre en valeur, plutôt que d’étouffer, les textes de Ferré, que ce soit ceux de La Mélancolie ou de Paris je ne t’aime plus.

    Dans C’est extra, l’orchestration minimaliste est soutenue par des explosions de lumières et des averses de pianos, permettent de voir sous un autre jour un standard archiconnu.

    Cali s’approprie si bien les œuvres de son aîné que l’on penserait que certains titres, à l’exemple d’Ils ont voté, ont été écrits pour lui en 2018 : "A porter ma vie sur mon dos / J'ai déjà mis cinquante berges / Sans être un saint ni un salaud / Je ne vaux pas le moindre cierge /Marie maman voilà ton fils / Qu'on crucifie sur des affiches / Un doigt de scotch et un gin fizz /Et tout le reste je m'en fiche / Ils ont voté... et puis, après ?"

    Pour ce chef d’œuvre qu'est Les étrangers, Cali en fait une adaptation sèche, rythmée et presque ludique. On pourra préférer la version originale mais on n’enlèvera pas la prise de risques de l’interprète. Autre prise de risques : celle avec Vingt ans, cet impertinent, tendre et cruel hymne à la jeunesse : "Pour tout bagage on a vingt ans / On a des réserves de printemps / Qu'on jetterait comme des miettes de pain / A des oiseaux sur le chemin." Là, Cali choisit opportunément la modernité et l’électro. Pour Ni dieu ni maître, c’est le rock qui est préféré dans cette chanson sur l’anarchie et qui renvoie à cet autre titre emblématique, Les Anarchistes, aussi sombre et mélancolique que la version de Ferré pouvait être combative et engagée : "La plupart fils de rien ou bien fils de si peu / Qu'on ne les voit jamais que lorsqu'on a peur d'eux / Les anarchistes / Ils sont morts cent dix fois / Pour que dalle et pourquoi ?"

    Les guitares fument sur un rythme espagnol étouffant

    Outre le joyeux et mutin Joli Môme, un titre qui avait été écrit au départ pour Annie Butor, la belle-fille de Ferré, Cali propose une interprétation de La mémoire et la mer assez proche, dans les gènes, à l’original studio, mais avec une facture lo-fi et des percussions sombres qui lui confèrent une indéniable puissance nostalgique et une singulière patine du temps : "Je me souviens des soirs là-bas / Et des sprints gagnés sur l'écume / Cette bave des chevaux ras / Au ras des rocs qui se consument / Ô l'ange des plaisirs perdus / Ô rumeurs d'une autre habitude / Mes désirs dès lors ne sont plus / Qu'un chagrin de ma solitude."

    Impossible de ne pas parler de l’un des classiques le plus célèbres de Ferré. Avec le Temps renaît grâce un enregistrement audacieux par l’utilisation d’une guitare nue et un admirable jeu d’échos. L’auditeur peut féliciter Cali pour son interprétation sans fioriture, lui permettant de laisser les mots du poète dominer le sujet : "Avec le temps, va, tout s'en va et l'on se sent blanchi / Comme un cheval fourbu et l'on se sent glacé / Dans un lit de hasard et l'on se sent tout seul / Peut-être, mais peinard / Et l'on se sent floué par les années perdues."

    Cali, le "métamec", pour reprendre le titre de l’album posthume de 2000, se fait carrément aventurier pour Le flamenco de Paris qui devient, grâce à lui, une authentique création musicale. Les guitares fument sur un rythme espagnol étouffant, faisant de ce flamenco un vrai chant de mort.

    On s’arrêtera aussi longtemps et plusieurs fois sur ce joyau qu’est Thank You Satan : lumineux, majestueux et d’une belle épaisseur instrumentale et rythmique. Les mots de Ferré renaissent avec lyrisme dans une chanson qui n’est pas forcément la plus connue dans la discographie de Ferré : "Pour la solitude des rois / Le rire des têtes de morts / Le moyen de tourner la loi / Et qu'on ne me fasse point taire / Et que je chante pour ton bien / Dans ce monde où les muselières / Ne sont pas faites pour les chiens."

    L’album se termine avec un titre rare de Ferré, L'amour est dans l'escalier. Ce poème de Léo Ferré, mis en musique par Steve Nieve et François Poggio, est interprété par le Mathieu Ferré, son fils, au timbre de voix si familier. Cali semble quitter cet album d’adaptations réussies sur la pointe des pieds, en laissant le dernier mot à Léo Ferré lui-même. Il aurait eu 102 ans cette année, déjà.

    Cali chante Léo Ferré, BMG, sorti le 5 octobre 2018
    En concert à Paris, le 16 novembre 2018 au Théâtre Dejazet
    https://www.calimusic.fr

    Voir aussi : "Le retour de la femme mimosa"
    "Aznavour, le mal-aimé"

  • Jade Bird, Huh la la !

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    C’est une découverte que je vous invite à écouter, et je peux dire qu’au départ on a eu chaud.

    Imaginez : une jeune chanteuse propre sur elle, cheveux impeccables et guitare sèche. On avait tout lieu de craindre une artiste marketée, à la folk produite au kilomètre par une multinationale pour un public d’adolescents. Et bien non !

    Jade Bird signe en ce moment son dernier single Uh Huh pour le label indépendant Glassnote Records. Après son premier EP Something American, qui l’a fait découvrir l’an dernier, la jeune Anglaise, tout juste vingt ans, revient pour transformer l’essai.

    Auteure et interprète, Jade Bird cité volontiers parmi ses influences Patti Smith, Cat Power, ou Alanis Morissette. Il est vrai qu’il y a de la rage dans ce titre à fleur de peau.

    Portée par une guitare sèche qu’elle manie comme une arme, l’artiste britannique laisse dérouler le flux de son histoire, le portrait d’une femme libre et fatale ("If you’re thinking that she is good / I think you should be told"). Jade Bird cache derrière les ellipses de ses paroles un vrai scénario, cruel, mâture et sans fioritures : "She’s got you where it hurts / But you don’t seem to see / That while she’s out at work / She’s doing what you did to me." Sa voix est à l’avenant, et l’on peut parier que la Britannique a déjà trouvé ses marques et est prête à marcher ses les pas de ses brillantes aînées.

    En attendant un prochain album, qui sera scruté avec le plus grand intérêt, Jade Bird prépare déjà une tournée, qui sera absolument à suivre.

    Jade Bird, Uh Huh, Glassnote Records / Caroline International, 2018
    http://www.jade-bird.com

  • Jain, paroles et musique

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    Jain_video.png

    Nous parlions il y a quelques jours de Jain et de son album phénomène, Souldier.

    Il y a une autre manière d’écouter et de s’immerger dans l’univers de la chanteuse pop : Delphine Dussoubs, alias Dalkhafine, est la créatrice de ces petits bijoux, produits par Spookland.

    Ces vidéos hypnotisantes dans lesquelles les mots de Jain viennent danser et nous trotter dans la tête sont à découvrir sur Internet. Une vraie curiosité.

    Jain, Souldier, Columbia, 2018
    Chaîne Youtube de Jain 
    https://www.jain-music.com/fr

    Voir aussi : "En-Jain it"

  • Ibrahim Maalouf, déjà un classique

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    Une première constatation s’impose à la seule vue de la pochette du dernier album d’Ibrahim MaaloufLevantine Symphony n°1, illustrée par David Daoud : l’entrée fracassante du trompettiste de jazz dans la musique classique semble bien n’être pas qu’un coup d’essai, et cette première incursion dans ce domaine en appellera sans doute d’autres par la suite.

    Mais n’anticipons pas et arrêtons nous sur cette Levantine Symphony, jouée par le Paris Symphonic Orchestra et dirigée par Ibrahim Maalouf, qui est accompagné de François Delporte, Frank Woeste, et Stéphane Galland. C’est une vraie fusion que propose le musicien et compositeur originaire de Beyrouth qui, après s’être imposée dans le jazz, se lance dans une aventure musicale excitante et ambitieuse.

    La Maîtrise des Hauts-de-Seine est centrale dans une œuvre s’appuyant sur un thème qui ponctue les trois parties et les sept mouvements, plus le prélude, l’ouverture, l’épilogue et le final. Les voix célestes délivrent une mélodie dont la simplicité est contrebalancée par des plages amples et aventureuses (Ouverture), dans lesquelles se mêlent le classique, le jazz – évidemment –, le contemporain – avec le rappel du courant répétitif américain (Mouvement VI) – mais aussi des influences orientales.

    Une vraie fusion

    Les chœurs d’enfants – en attendant de vraies solistes dans une de ses futures créations ? – interviennent dans de subtiles variations : il n’y a qu’à écouter le Thème 4 ou le Mouvement VII. Les voix éclairent des mouvements construits comme des kaléidoscopes musicaux où se mêlent le free jazz, des constructions symphoniques complexes, des improvisations à la trompette (Mouvement V), ou des mélodies arabisantes.

    La trompette s’offre également une place de choix dans les mouvements de la Levantine Symphony. Elle est tour à tour caressante (Theme I), lyrique, exotique, ou swing (Mouvement I) et permet au musicien d'offrir une palette de nuances, et au final un album coloré et vivant. Si vivant que l’auditeur entre dans des univers multiples, que ce soit l’atmosphère enfumée d’une boîte de jazz new-yorkaise (Mouvement I), des titres à la facture cinématographique (Mouvement II) ou encore des plages épiques que n’auraient pas reniées Maurice Jarre (Mouvement IV).

    Cette première symphonie d’Ibrahim Maalouf parlera à beaucoup par son choix de composer une musique très visuelle, une vraie bande originale – mais sans film ! Le fait d’ailleurs que le compositeur ait choisi le Paris Symphonic Orchestra, un ensemble habitué aux BOF (Mesrine, 8 Femmes ou The Lady), n’est certainement pas un hasard.

    Cette Levantine Symphony, créée en mars 2018 au Kennedy Center de Washington, ne suscitera sans doute pas l’unanimité. En cassant les frontières entre classique, jazz et musique populaire, Ibrahim Maalouf a voulu réconcilier le répertoire élitiste et le grand public. Se faisant, il se fait le chantre d’une musique dépassant les communautarismes. Sa création musicale a d’ailleurs été composée en collaboration avec la New Levant Initiative, une organisation américaine qui aide à la compréhension et au développement culturel et économique du Levant. Une raison supplémentaire pour adhérer à ce qui pourrait bien devenir un classique d’Ibrahim Maalouf.

    Ibrahim Maalouf, Levantine Symphony n°1, Paris Symphonic Orchestra
    dirigé par Ibrahim Maalouf, Mister Ibe / Universal Music, septembre 2018
    https://www.ibrahimmaalouf.com
    http://www.psorchestra.com

    En concert les 18/19 janvier 2019 à la Seine Musicale

    Voir aussi : "Une partie de football contre le djihadisme"

  • En-Jain it

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    Jain : enjoy it! Voilà qui illustrerait au mieux cette chronique sur le deuxième album de la jeune Toulousaine, en passe de devenir une superstar de l’électro-pop, au même titre que Christine and the Queens. Soudier et Chris : en cette rentrée 2018, l’actualité musicale est marquée par deux albums phares de la musique française. Deux albums, mais aussi deux chanteuses d’une vingtaine d’années, deux personnalités attachantes et deux phénomènes hyper douées : Jain et Chris cumulent les points communs et les singularités.

    Singulière, la native de Toulouse l’est sans aucun doute. Souldier était aussi attendu que craint : après le succès de Zanaka en 2015, la pression était sur elle. Son deuxième opus a fait pousser des oufs de soulagement autant que de ravissement à ses fans de plus en plus nombreux.

    En dépit d’un matraquage médiatique tous azimut, Jain ne choisit ni la facilité ni les sentiers battus. Souldier est même du jamais entendu. L’expression "electro world" n’a jamais aussi bien porté son nom dans un album où le son vient piocher dans des sonorités internationales : pop des années 80 (Feel it), arabe (On my way), soul américaine (Flash (Pointe noire)), funk (Oh man), folk (le magnifique Dream), reggae (Souldier, un hommage reggae au Buffalo Soldier de Bob Marley) ou le hip hop avec le fameux Inspecta, remixant le générique du dessin animé Inspecteur Gadget – un vrai hymne à la pop culture !

    Remixant le générique du dessin animé Inspecteur Gadget

    Soudier, sous tes airs d’opus mainstream, sait aussi se singulariser par des titres plus personnels qu’ils paraissent a priori. C’est par exemple le titre qui donne son nom à l’album, et qui est un hommage à la tuerie d’Orlando en juin 2016 (50 morts dans une boîte de nuit de la communauté LGBT) : "He's a soldier / I saw him with my eyes / Bearing roses in his arms / Yeah I saw him with my eyes / Spreading his love all around." La chanteuse offre également un vrai chant d’amour à la ville d’Abu Dhabi : "Pushing the limits of music from the inside / Your arabic sound is driving my mind / The first time I walked down into your town / A new kind of music had blessed my soul" (Souldier). 

    Jain s’amuse dans un album à la fois rythmé, généreux, dansant, coloré, avec ce je ne sais quoi d’irrévérencieux. Les boîtes à rythme sont survitaminées, les mélodies pleines de subtilités (On my Way, Dream ou le archi diffusé Alright) et la voix incandescente de la chanteuse fait tomber toutes les réticences. Sans oublier, dans un opus entièrement en anglais, cet accent français qui devrait faire chavirer le public international.

    Jain est entrée dans la cour des très grands artistes dont les futurs opus – soyons-en sûrs – seront attendus avec enthousiasme : "En-Jain it !"

    Jain, Souldier, Columbia, 2018
    https://www.jain-music.com/fr

    Voir aussi : "La reine Christine"

  • Restons vigilants avec The Oversleep

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    Parenthèse étymologique sur le terme d’oversleep : "The Oversleep. n.m [ði ˌəʊvəˈsliːp]. État propre à une période de sommeil excessive, impliquant une suspension prolongée de la vigilance et un contexte onirique agité. Peut perdurer après le réveil, se manifestant à travers une perte des repères spatio-temporels, une impression de déréalisation, et un ensemble de sentiments confus." Mais The Oversleep est également le nom d’un duo musical bordelais qui a choisi de créer une œuvre électronique planante.

    Nous avons écouté et regardé leur clip Like Blood On Snow, un étonnant et subjuguant titre psychédélique. Des voix aériennes soutiennent de une orchestration minimaliste au son trip hop. C’est du reste de ce mouvement musical des années 90, quasi oublié aujourd’hui mais qui risque bien d’ici peu de revenir en force, qui est revendiqué par le duo français.

    L’auditeur – et le spectateur – de Like Blood On Snow est entraîné dans une déambulation onirique à la suite du personnage du clip. Sommeil ou réalité ? Rêve ou cauchemar ? Jour ou nuit ? The Oversleep laissent planer le doute et démontrent un sacré savoir-faire musical et vidéo. S’agissant de la suite de leur carrière, la vigilance s’imposera.

    The Oversleep, Like Blood On Snow, 2018
    https://fr-fr.facebook.com/theoversleep
    http://www.la-tangente.fr/the-oversleep

    Voir aussi : "Trip en trip hop avec Otis Stacks"

  • Le bleu piscine va bien à Nicolas Vidal

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    Revoilà Nicolas Vidal. L’ex-fan des eighties avait fait l’objet d’une chronique sur Bla Bla Blog. Il est revenu cet été avec Bleu piscine.

    Sans surprise, ce troisième album est un retour aux années 80, devenues particulièrement hype ces derniers temps. Cette décennie, longtemps malmenée, pour ne pas dire ringardisée, a été depuis réhabilitée grâce notamment à la nouvelle scène electro-pop. Ce mois ci le magazine Magic fait même de 1988 la plus grande année du rock. Ni plus ni moins.

    Mais là n'est pas le sujet. Les années 80 font depuis longtemps parti de l'univers de Nicolas Vidal à l’exemple de Bleu Piscine, dont le titre renvoie au Pull Marine, le tube emblématique d’Isabelle Adjaini. Le moins que l'on puisse dire est que cette couleur va bien à Nicolas Vidal. Le musicien alterne rythmes, variations et sonorités renvoyant aux eighties, à l’exemple de ces titres pop acidulés que sont Ar (Mon Amour) et Roche. Ils côtoient d’autres titres plus électros (L’Amour qui penche), et toujours avec des textes finement écrits : "Jouir de la vie sans entrave / avec un pardessus moiré / Jurer à la saison des braves / De ne jamais s’ennuyer / Déclarer à la littérature / Son unique fidélité / Puis inspirer des murmures / À la faune électrisée / Voilà un été dandy / À digérer tes frasques / Nous à l’été dandy / Immaculés fantasques / Surprenant été dandy / Élégant iconoclaste" (Été dandy).

    Balades noctambules à Londres ou dans le Paris du Palace

    La new wave tient une bonne place dans cet album chaleureux (Transe) qui, si il est écrit en français, n’en reste pas moins marqué par l’influence de la pop anglaise post-Beatles, à l’exemple du très réussi John, en featuring avec Une Femme Mariée. Impossible également de ne pas citer Alain Chamfort (Été dandy) et bien entendu le Gainsbourg dernière époque (Bleu Piscine).

    Non sans mélancolie (Balboa, Pop Boy à Paris ou John), Nicolas Vidal semble déambuler dans ces "hauts quartiers de peine" comme le chantait Dominique A : ses balades noctambules à Londres ou dans le Paris du Palace est aussi la peinture baroque d’une époque passée dans la postérité pour son mauvais goût devenu légendaire. Nicolas Vidal en fait une oraison électro gothique dans Été Dandy et une balades romantique (Sous ton ombrelle).

    Certaines et certains pourront s'agacer d'un album à la nostalgie assumée (La Vie D'avant) ; beaucoup pourront par contre se laisser prendre au piège par un opus qui semble faire un grand retour vers le futur.

    Nicolas Vidal, Bleu Piscine, n(ouvelle)v(ersion), 2018
    https://www.difymusic.com/nicolasvidal
    https://www.faceszine.com
    Pierre Evil, "1988", in Magic, septembre-octobre 2018

    Voir aussi : "Ex fan des eighties"

  • Cocktail Ginkgoa

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    Le duo franco – américain Ginkgoa est le cocktail idéal pour ces derniers jours d’été. Nicole Rochelle, qui est new-yorkaise malgré ce que laisserait supposer son nom, propose avec le Français Antoine Chatenet leur nouvel EP One Time, une pop fusion aux pulsations endiablées.

    Le groupe ne s’embarrasse pas de suivre des sentiers battus, et le moins que l’on puisse dire c’est que leur choix artistique a fait mouche tant auprès des festivaliers de techno (le Fusion Fest de Lärz), de chanson (Francofolies de La Rochelle) qu’auprès des amateurs de jazz (Festival International de Jazz de Montréal ou le Montreux Jazz Festival).

    Ginkgoa a choisi son credo : faire danser, et surtout faire danser sur des rythmes inattendues et remixés comme si Nicole Rochelle s’invitait aux soirées de Gatsby Le Magnifique. La chanteuse américaine déploie une énergie monstrueuse au service d’un EP à l’enthousiasme communicatif. Grâce à Antoine Chatenet, le charleston et le swing semblent être passés dans la moulinette d’un sorcier fantasque.

    Coloré, rythmé, saturé de percussions et d’une joie de vivre incroyable, One Time pourrait bien faire la joie de quelques nightclubbers, en attendant de les découvrir prochainement en concert.

    Ginkgoa, One Time, EP, 2018
    https://www.ginkgoa.com

    Voir aussi : "Quelques pas d’électro-swing avec Scratchophone Orchestra"

  • Imagine all the people

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    Près de cinquante après sa sortie, l’album Imagine n’a cessé d’être enregistré, masterisé et redécouvert au point que l’on ne compte plus les versions, les démos ou les prises de son ressorties du grenier. Mises bout à bout, l'intégrale d’Imagine par John Lennon (on vous fera grâce des reprises) compte 140 titres.

    Pour ceux qui ne seraient pas encore gavés de cet opus historique et culte, Universal propose un coffret luxueux d’Imagine avec ces titres mythiques que sont Imagine, Jealous Guy, Give Me Some Truth et How Do You Sleep?

    John Lennon, Imagine: The Ultimate Collection, Capitol Records, sortie le 5 octobre 2018
    http://www.johnlennon.com

  • Lucy, Racquel et moi

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    Dans l’avalanche de musiques électro et de rap, voilà un album qui tranche par son parti pris qui sent bon la fin de cette belle saison et l’été indien. Le trio Lucy, Racquel And Me propose ni plus ni moins qu’un retour aux seventies avec leur premier album, Where The Moon Never Sets.

    Le moins que l’on puisse dire c’est que ces trois-là ne renient absolument pas cette Amérique que l’on adore : celle du power flower, des road-movies en combi orange, du surf, des The Mamas and the Papas, des Eagles ou des Beach Boys. Les Lucy, Racquel And Me ne cachent pas leurs influences : The Wings, Fleetwood Mac, Elton John, Supertramp, America, Electric Light Orchestra ou Cat Stevens.

    Les guitares résonnent et s’appuient sur des chœurs légers comme des brises californiennes. Les cordes s’élèvent comme aux plus belles heures du pop rock des années 60 et 70 (Unravel). Les mélodies ont le mérite de l’efficacité et sont portées par la voix caressante de Racquel (Millions out There). Les riffs de guitare à la Santana (Inside My Vault) et le rock psychédélique ne sont pas en reste non plus (Pool down the moon).

    Un piège à filles

    Parmi les titres proposés par le groupe, certains mériteraient de figurer parmi les standards que l’on prendrait plaisir à jouer sur une plage à la tombée du soir : de vrais pièges à filles, à l’exemple du délicieux Grey, acoustique, mélodique et délicat à souhait.

    Mais qui est au juste ce trio que l’on a vu débarquer cette année ? Là réside sans aucun doute la particularité d’un groupe séparé par quelques milliers de kilomètres. Les membres de Lucy, Racquel And Me travaillent à distance, depuis l’Australie pour Lucy, la Californie pour Racquel et la région parisienne pour Philippe, le compositeur. Une démarche artistique inédite et qui fonctionne, dans un album que certaines mauvaises langues qualifieraient de régressif.

    Autre prise de risque de ce trio : proposer ce premier album gratuitement sur Internet (sur Spotify, Soundcloud, Youtube , Deezer, Bandcamp et sur leur site). Le public sera ravi. Il le sera moins en apprenant que ce groupe, que l’on peut qualifier de virtuel, ne prévoit ni formation physique, ni concerts. Dommage.

    Lucy, Racquel And Me, Where The Moon Never Sets, Records DK, 2018
    https://lucy-racquel-and-me.com

  • Liv Monaghan, la chasseuse de chansons

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    La jazzwoman Liv Managhan, dont nous avions parlé à plusieurs reprises sur ce site, continue une année menée tambour battant. Elle a besoin de notre aide pour clore 2018 en beauté. Elle est en passe de réussir son pari en réalisant son premier album, dans la continuité logique de son subjuguant EP Beauty in the Park. Allez, encore un effort...

    Nous parlions sur Bla Bla Blog de jazz alternatif et de world jazz pour qualifier les performances de cette chasseuse de chansons. La plus parisienne des Irlandaises proposera une sélection de titres dont les influences sont à chercher du côté de Joni Mitchell, John Coltrane, Alice Coltrane, Marc Ribot, Jeff Buckley, Nina Simone, Claude Debussy ou Duke Ellington.

    Pour l’enregistrement, Liv Managhan s’est entourée du bassiste Sava Medan (auteur et compositeur la chanson Yellow Suit de Beauty in the Park), de Soheil Tabrizi-Zadeh à la guitare et à la trompette et du batteur Adrien Cao. L'album a été enregistré à Paris chez Aeronef Studios par Antoine Karacostas et a été mixé à Munich au studio Realistic Sound Studios par Florian H Oestreicher.

    Liv Monaghan a besoin de vous, de nous, pour aller au bout de son projet d’album. Pour participer au financement et à la production de ce projet, rendez-vous sur KissKissBankBank.

    https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/new-album-by-liv-monaghan
    https://www.livmonaghanmusic.com

    Voir aussi : "Liv Monaghan, en musique et en images"
    "Liv Monaghan au Sunset"

  • Le joyeux boxon de VortexVortex

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    Attention les yeux et les oreilles : le groupe toulousain VortexVortex s'apprête à prendre ses aises et s'installer sur la scène électro et hip hop. Leur dernière production, Ninjah Death Party, est déjà visible sur Youtube. Suivront à partir d'octobre 2018 leur premier EP ainsi que leur prochain clip, Kawaii.

    En attendant cette future actualité musicale, penchons-nous sur ce Ninja Death Party, un boxon endiablé, à la fois joyeux et vénéneux, sur fond de musique électro et hip hop.

    On peut accrocher ou pas à cette musique rythmée, à la sauvagerie sophistiquée et au parti-pris scénique de ces drôles de phénomènes. Par contre, il est impossible de ne pas saluer le travail de mise en scène, dans un clip où les membres de VortexVortex ainsi que les figurants mettent du leur pour construire un vrai show musical.

    Une anomalie spatio-temporelle

    Une "anomalie spatio-temporelle," expliquent les trois membres du groupe, Milu Milpop, la chanteuse, musicienne et DJ venue de Pologne, Citizen JiF, photographe et membre de l'ex trio Le Catcheur, la Pute et le Dealer (ça ne s'invente pas...) et Simon Boissard, le chanteur, musicien, compositeur et membre du groupe Mobkiss.

    C’est une invitation à la fête que nous offre VortexVortex dans une débauche de rythmiques sauvages, de flows débridés, de folies visuelles, de provocations, d’humour, de looks improbables et de fulgurances poétiques et post-punks. Cet univers est absolument à découvrir sur scène pour des spectacles calibrés comme des shows d’envergure et où se mêlent musiques, danses, vidéos, machines et de l’énergie à revendre. VortexVortex est à surveiller de très près, sans aucun doute.

    Vortex Vortex, Ninja Death Party, sur Spotify et Deezer, 2018
    VortexVortex sur Facebook
    VortexVortex sur Youtube