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• • • de musiques ?

  • No money kids, oiseaux de nuit

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    Pop, rock, folk et même hip hop (Chains, en featuring avec Charles X) : le duo parisien No Money Kids, que nous avions découvert il y a un an et demi sur Bla Bla Blog, n’a pour parti pris dans son dernier album Trouble que celle d’un son à la fois familier, efficace et immédiatement attachant. Le cinéma et la télé ne s’y sont pas trompés en choisissant plusieurs de leurs titres pour leurs BO : Banshee, Veep, Goliath (avec Billy Bob Thornton), Misconduct (avec Al Pacino et Anthony Hopkins) ou Baby, Baby, Baby (avec Bradley Cooper).

    Écouter The Street c’est déambuler dans un New York noctambule, le cerveau embrumé, avec dans les oreilles ces guitares pleines de vagues à l’âme : "The street will sing / For the poor and the other men / All those workers death / Are in my brain / I will sing for the poor / And the dead men."

    Tout aussi acoustique, Nowhere Land est un titre pop-folk ponctué de respirations étranges et fantastiques. Avec Hush Hush, No Money Kids assume ses influences folk-rock semblant sortir des légendaires barbes des ZZ Top. Comme pour leur deuxième album Hear The Silence, les guitares se déploient généreusement dans Trouble, avec des constructions harmoniques savamment étudiées (See Me Laughing). Ce qui n’empêche pas le groupe de partir sur des routes poussiéreuses invitant au voyage dans une Amérique mythique (Wake Me Up, Family Blood ou Blue Shadow).

    Des ectoplasmes dansants

    Pour Crazy, c’est l’électronique que choisissent Félix Matschulat et J.M. Pelatan pour cette reprise du tube de Gnarls Barkley (2006), une reprise au-dessus de laquelle semblent planer des ectoplasmes dansants : "I remember when I lost my mind / There was something so pleasant about that place / Even your emotions have an echo in so much space / And when you're out there, without care / Yeah I was out of touch / But it wasn't because I didn't know enough / I just knew too much / Does that make me crazy?"

    Lost Generation (avec The Toxic Avenger) propose de son côté une fusion séduisante entre le rock et un électro eighties, lui donnant cette facture planante. Plus pop, My Loneliness laisse les guitares en arrière-plan au profit d’un titre rythmé, à l’instar de Radio Sound, plus british que yankee. Ici, ce sont les mânes des Clash qui semblent être invoquées dans un craquant morceau que les radios FM des eighties n’auraient pas renié.

    Better, la dernière piste de l’album, retrouve l’ADN d’un rock américain musclé et régressif dans lequel les riffs des guitares enflent, jouent et soufflent avec un plaisir partagé.

    No Money Kids, Trouble, Roy Music, 2018
    https://www.nomoneykids.com

    Voir aussi : "Écoute ce silence"

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  • Retour et parenthèse italienne avec Sarah Lancman et Giovanni Mirabassi

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    L’an dernier, Bla Bla Blog avait craqué sur Sarah Lancman, à l’occasion de la sortie de son album À Contretemps, dans lequel la jazzwoman marchait sur les pas de Michel Legrand.

    Elle est de retour cet été avec Intermezzo, un opus qu’elle signe avec Giovanni Mirabassi. On retrouve l’élégance de la chanteuse dans sept standards italiens que le public français pourra découvrir, si ce n’est redécouvrir.

    Senza Fine, Sabato Italiano, Il Poeta, Estate, Vedrai Vedrai ou Ah, Che Sarà, Che Sarà sont interprétés de la manière la plus pure qui soit : le piano de Giovanni Mirabassi et la voix de Sarah Lancman dans ces reprises intemporelles. Le saxophoniste Olivier Bogé vient apporter son concours au duo dans La Canzone Di Marinella et dans le romantique Parlami d'amore Mariù : "Parlami d'amore, Mariù! / Tutta la mia vita sei tu! / Gli occhi tuoi belle brillano / Fiamme di sogno scintillano."

    Nostalgie poignante (Il Poeta, Estate), regrets ou espoirs amoureux (Vedrai Vedrai), amants légendaires (La Canzone Di Marinella) et déclarations enflammées (Almeno tu nell'universo). Sarah Lancman fait de ces chansons du répertoire italien des morceaux de jazz frais et délicats comme un vent d’été sur l’Aventin.

    Le 24 août, Sarah Lancman sera en concert au Frontenay Jazz Festival.

    Sarah Lancman & Giovanni Mirabassi, Intermezzo, Jazz Eleven
    En concert le 24 août 2019 au Frontenay Jazz Festival (Jura)
    https://www.sarahlancman.com
    https://www.giovannimirabassi.com

    Voir aussi : "À contretemps avec Sarah Lancman"

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  • Eleganz en diable

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    James Eleganz : voilà un nom fort à propos pour un artiste qui a choisi un pop-folk-rock racé pour son retour musical avec l’album The Only One.

    L’ancien leader de Success choisit de nous emmener sur des terres américaines familières et aventureuses pour dix titres à vous donner la chair de poule, portés par une voix tour à tour élégante (Lasso The Moon), posée (The Only One), à vif (The Horse Song), romantique (Better Man) ou sexy (Hide Away).

    Pour la petite histoire, James Eleganz est le premier Français à enregistrer au légendaire studio Rancho de la Luna en Californie où quelques disques mythiques ont vu le jour (Queens of the Stone Age, Arctic Monkeys ou Marc Lanegan). The Only One a d’ailleurs été enregistré en compagnie de figures mythiques du rock : Toby Dammit, clavier des Bad Seeds, et longtemps batteur d’Iggy Pop, et Mike Watt, fondateur des Minutemen et bassiste des Stooges.

    James Eleganz insuffle dans son album ce souffle épique, ambitieux et d’une noirceur poétique hallucinante de créativité, à l’instar du formidable Forgive Me, Forget Me et son piano comme sorti d’outre-tombe.

    Il coule aussi dans les veines du Consolation un rock classique non-frelaté. Les guitares et la voix grave du Frenchy particulièrement inspirée nous transportent dans un road-movie poussiéreux et enivrant.

    The Wedding Song clôture l’album de manière majestueuse et sombre, un titre diabolique que n’aurait pas renié Quentin Tarantino ou Nick Cave : "Murder / On a dirty Snow / There’s a Body : It’s cold / Blood / On my shaking Hands / I’ve killed my Love / And I’m punished / Today / Must be / Our Wedding Day."

    Impossible enfin de ne pas parler de cet opus sans évoquer cette trilogie californienne que sont les trois clips réalisés pour l’occasion par le musicien rennais. Lasso The Moon, The Only One et The Wedding Song forment le triptyque de The Californian Trilogy, une ambitieuse production à la fois musicale et visuelle.

    De la très grande classe, de la part de James Eleganz.

    James Eleganz, The Only One, ZRP, 2019
    http://www.facebook.com/jameseleganz

    Voir aussi : "Charlotte for ever"

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  • Guillo, macadam cow-boy

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    Le dernier album de Guillo, Macadam animal, commence par un coup en plein cœur, avec Nous aimions la terre, une histoire d’exil à la portée si universelle que l’auditeur pourra y lire un message adressée à chacune et chacun d’entre nous, en cette période d’interrogation sur notre planète. Ne pourrions-nous pas être à notre tour des migrants ? "Un âge d’or prend fin sur ce continent / Jours évanescents / Que sera demain / Nous aimions la terre / Nous y étions nés / Mais n’avons pu rester."

    Ce premier titre est à mettre en parallèle avec Sans fusils, sans or, sans trains, une autre chanson sur une terre adorée et volée ? Guillo parle cette fois du génocide et de l’ethnocide indien, un sujet abordé avec passion et lyrisme par Guillo, en cow-boy révolté.

    Ces deux chansons donnent le ton d’un opus engagé, musicalement ambitieux, avec une large part faite à des textes imagés, à l’exemple de Tout baigne, un titre sombre et neurasthénique. Guillo y traite dans un pop-rock renvoyant à Bashung une vie par procuration  : "Ce soir tout baigne tout baigne dans le bonheur / La tête sous l'eau." Engagement à vif avec Un caillou, l’histoire d’un "caillou ordinaire [qui] pleure la mort d’un enfant" en pleine Intifada.

    Une vie par procuration

    Mais Guillo sait aussi surfer sur les récits plus intimistes à l’exemple de Ton cœur ou du titre folk Vendu. Ce dernier récit est celui d’une maison familiale que l’on est obligé d’abandonner est aussi celui de la fin d’une époque : des souvenirs remontant douloureusement en mémoire et la disparition d’un "paradis perdu."

    Pour Une autre fille, le musicien envoie une chanson d’amour fraîche, enlevée et espiègle… pour sa fille : "Elle est un peu comme toi en plus jeune / Un nouvel horizon / Au Train Bleu, elle et moi on déjeune / Je sens les papillons."

    Le chanteur, Guillaume Galiana dans le civil, coup de cœur de l'Académie Charles Cros en 2017, habille d’électro un texte visiblement hérité d'un grand-père paternel, écrit en Algérie en 1956 : "Manteau blanc de mousseline / La neige est tombée / Dans mon cœur elle illumine / Le rêve de mes jeunes années" (La neige). Avec Algania, nous sommes de nouveau dans cette terre de Sahel, cette fois encore dans une chanson engagée sur les peuples tentant de vivre, en vain, sur leur propre terre : "Paysages au péril nostalgique / Colonie vertébrale ancestrale historique / Tatouée au verso de ma peau." Pour Pont d’Arc, Guillo nous emmène via cette évocation d’un pont vers l’aube de l’humanité et l’évocation de ces tout premiers artistes : "Le présent dans l’argile / Chasseurs-cueilleurs agiles / Par-dessus nos pigments / À à la lueur des flammes / Sur les parois de l’âme / Et pour 36000 ans."

    Guillo a le regard aiguisé et particulièrement fin sur notre présent (que l’on pense au lyrique et symphonique titre Le bruit des balles), offrant le passé en guise de repère à la fois rassurant et vivifiant, capable, comme il le dit dans Laissez-moi entrer, de "nous guider sur ces chemins de pierre."

    Guillo, Macadam Animal, Cinq Secondes / Absilone-Believe, 2019
    En concert le 31 août à Graveson (concert chez l’habitant)
    http://www.guillolesite.fr

    Voir aussi : "Boule à facettes"

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  • Le bel été de Tropical Mannschaft

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    Quoi de mieux, entre deux baignades estivales, que se nourrir de cette pop lumineuse proposée par Florian von Künssberg dans son dernier projet musical Tropical Mannschaft, et son dernier EP, To Be Continued... 

    Un titre germanique à souhait pour un deuxième EP à l’électro-pop à la fois innocent et lumineux (Wonderful Life), et qui sait aussi se faire rythmé (Leave Me Out).

    Il faut sans doute chercher les influences de Florian von Künssberg autant du côté de MGMT, de que des Beach Boys cet opus qui sait, à l’instar de La Femme, surfer sur la planche d’une vague sans fin (La Beauté des Dieux).

    Avec Up The Hill, nous voilà du côté d’une pop savoureuse et californienne : "You don’t wanna keep your love/ You hate to enjoy the summer / I just you have to enjoy the summer . I just wanna be your jocker / We can make something together."

    L’électro-pop de Tropical Mannschaft se fait plus incisive dans Himalaya, porté par une rythmique endiablée et une construction musicale particulièrement aboutie. Guru s’avance sur une terrain plus pop commençant par des accents eighties et se terminant sur des accords de guitares nous rappelant que les côtes de l’ouest américain ne sont pas très loin.

    Tropical Mannschaft, To Be Continued…, EP, ZRP, 2019
    https://www.facebook.com/TropicalMannschaft

    Voir aussi : "”Étélectro” et Beauté sauvage"

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  • Les histoires caribéennes de Samy Thiébault

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    Navigant sur des eaux à la fois jazz et world, le jazz du saxophoniste Samy Thiébault est d’une poésie sans fin, pour reprendre l’un des titres de son dernier album Carribeau Stories (Poesia Sin Fin). Il faut dire que le musicien est né en Côte d’Ivoire d’un père français et d’une mère marocaine (Tanger la Negra peut d’ailleurs s’écouter comme un bel hommage à ces origines maghrébines), avant de revenir en métropole et d’intégrer en 2004 le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Voilà qui fait de ce jazzman un artiste élargissant ses influences par-delà les frontières, et cette fois du côté des Caraïbes.

    Samy Thiébault s’est entouré d’un groupe propre à donner une identité world à cet opus attachant : le percussionniste Inor Sotolongo, le batteur Arnaud Dolmen, le bassiste Felipe Cabrera, les guitaristes Hugo Lippi et Ralph Lavital, soit deux Cubains, un Guadeloupéen, un Français et un Anglais.

    Dès le premier morceau, Santiera, nous voilà parti à l’autre bout de l’Atlantique dans ce qui est un voyage tout aussi gracieux et tonique qu’émouvant puisqu’il évoque la construction douloureuse des Amériques avec ces voyageurs mis au ban – esclaves noirs, indiens annihilés ou Européens migrants poussés par la misère. C’est cette souffrance qui forme le terreau d’une musique puissante et colorée (Les Mangeurs d’Étoiles).

    Une texture mystérieuse et sombre à son jazz virtuose et élégant

    Le jazz de ces histoires caribéennes va chercher ses influences dans les rythmes de la culture créole, à l’exemple du calypso de Calypsotopia, s’habillant de carnaval et de joie. Puerto Rican Folk Song c’est l’île de Puerto Rico revisitée, nous entraînant d’un claquement de doigt dans un club de jazz latino au cœur du New York des seventies. L’envoûtant titre Pajarillo Verde est, lui, tiré d’une valse vénézuélienne tandis que Presagio a des airs de João Gilberto, dans un morceau qui semble faire le va et vient entre le Brésil, l’Amérique centrale et le jazz occidental. Influence des Caraïbes encore avec Let the Freedom Reign, influencé autant par Count Ossie que Charlie Mingus. Dans ce titre, Samy Thiébault donne une texture mystérieuse et sombre à son jazz virtuose et élégant, comme si de belles succubes caribéennes à la peau cuivrée venaient nous entraîner dans des danses lascives.

    Aida clôture en douceur et en sensualité ces histoires caribéennes et voyageuses, comme un hommage et une consolation à ces Caraïbes construites par des voyages sans retour.

    Samy Thiébault, Caribbean Stories, Gaya Music Production, 2018
    http://www.samythiebault.com
    https://www.facebook.com/samythiebault
    En concert du 18 au 23 août à Pompignan (82)
    Du 9 au 11 septembre au Duc des Lombards, Paris

    Voir aussi : "Katchéscope"

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  • Boule à facettes

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    L’insolente fraîcheur de Boule tient sans doute à cette capacité à proposer dans un album à la production soignée un ensemble de titres moins légers et je m’en foutiste que ne le laisse deviner la pochette. Il est vrai que cette moumoute rousse et ce regard d’acier n’a rien pour laisser deviner que se cache derrière Appareil Volant Imitant l’Oiseau Naturel (en acronyme : A.V.I.O.N.) un album attachant, non dénué de tendresse, avec une série de portraits autobiographiques (Bicéphale). L’écriture est d’une sensibilité à fleur de peau, et souvent avec un mélange de détachement et de sarcasme : "Je prends ma retraite avant l’heure / Inutile de gesticuler / Tu peux me traiter de branleur / Va t e faire enculer / Par un ours polaire" (Ours polaire).

    Derrière la nonchalance de Boule, se cache cette noirceur poétique qui est l’ADN d’Appareil Volant Imitant L'Oiseau Naturel. Boule – Cédrik Boulard dans l’état civil – navigue sur des eaux mouvementées, à mi chemin entre Brigitte Fontaine (Ours Polaire) et William Sheller (Avion, en duo avec Jeanne Rochette), avec ce charmant zozotement en plus. Un musicien aux multiples facettes.

    Un artiste schopenhauerien

    À l’instar de Welcome in Hippopotamie, en featuring Lucrèce Sassella, le joyeux bazar de Boule ne saurait occulter la construction littéraire d’un poète à la Souchon (La lierre et la ronce). De même, Livreur de méthane est l’autoportrait en creux d’un homme en perdition dans une société en mal de grand air, de générosité et de paix : "Ce que tu aimes c’est bouffer des pizzas / En tripotant ton iPhone à la con" (Les pizzas).

    Voilà qui fait de boule un artiste schopenhauerien, même s’il exprime absurdité et cynisme avec la légèreté d’une samba (Je prends le temps), de l’easy listening (Tout le temps) et le plus souvent de l’humour décalé (Livreur de méthane).

    Il faut surtout écouter Franckie, singulier portrait d’un copain d’adolescence perdu de vue, une sorte de Jojo brelien à l’époque des Trente Piteuses. Et l’on se prend à rêver que Boule et ce Frankie puissent se revoir. Oui, on l’espère vraiment.

    Boule, Appareil Volant Imitant L'Oiseau Naturel, Cholbiz / L'Autre Distribution, 2019
    http://sitedeboule.com
    http://www.appareil-volant.fr

    Voir aussi : "Féloche, l’alchimiste musical"

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  • Mathieu Sempéré, classique mais pas trop

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    Avec Mathieu Sempéré, le classique endosse des habits étonnants, porté par une personnalité assez incroyable et surtout une voix unique. Car le ténor a ayant officié au sien du groupe des Stentors et fait partie de ces artistes ayant à cœur de décloisonner les genres. Après son album Tant de chansons qui nous ressemblent reprenant des standards de Jacques Brel, Gilbert Becaud ou Édith Piaf, c’est au répertoire classique qu’il s’attaque avec son dernier opus, Engrenage symphonique, financé grâce à une campagne Ulule.

    Mathieu Sempéré prend à bras le corps des chefs-d’œuvres archi-enregistrés pour leur insuffler ce modernisme et cette proximité si caractéristique de la chanson. Outre des adaptations originales, le stentor propose quatre reprises devenues pour certaines elles-mêmes des classiques : Le prélude de Bach de Maurane, le concerto d’Aranjuez interprété à l’origine par Richard Antony, le septuor de Brahms (Dave) et le liebertango de Piazzola chanté par Guy Marchand.

    Engrenage symphonique, prévu à la rentrée, vient en continuité de sa tournée qui lui a permis de rôder plusieurs titres. Avouons bien volontiers qu’il faut du coffre et de l’audace pour faire tomber les frontières entre classique et cet art réputé "mineur" et "populaire" qu’est la chanson.

    Nous ne dirons pas que Mathieu Sempéré dépoussière le classique

    Vent du désert propose ainsi une revisite sombre mais aux belles percées lumineuses de l’adagio de la l’allegretto de la 7e symphonie de Beethoven. Pour la reprise de la Danse macabre de Saint-Saëns, Mathieu Sempéré joue avec l’orchestration survitaminée pour proposer une version à la fois fidèle à l’esprit de l’original et lorgnant autant du côté de l’opérette que de Bobby Lapointe.

    Il est impossible de ne pas parler de la reprise du Prélude de Bach de Maurane. La version électro pop permet une vraie redécouverte des paroles de l’artiste belge décédée l’an dernier : "Toi les pieds dans les flaques / moi et ma tête à claques / j'ai pris les remorqueurs pour des gondoles / et moi, moi je traîne ma casserole / Dans cette décharge de rêve en pack / qu'on bazarde au prix du pétrole / pour des cols blanc et des corbacs / qui se foutent de Mozart, de Bach."

    Nous ne dirons pas que Mathieu Sempéré dépoussière le classique, qui reste indémodable et solide comme l’airain. Mais disons que Bach, Beethoven ou Saint-Saëns prouvent une fois de plus qu’ils restent des sources d’inspiration très actuelles.

    Mathieu Sempéré, Engrenage Symphonique, autoproduit
    sortie prévue en septembre 2019

    www.mathieusempere.com
    https://fr.ulule.com/album-mathieu-sempere

    Voir aussi : "Les Variations Gouldberg"

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  • Le parfum oriental de Yara Lapidus

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    Il ne pouvait en être autrement : la collaboration de Yara Lapidus avec le compositeur Gabriel Yared ne pouvait que donner un album à la fois riche en couleurs, musicalement dense et d’une justesse qui nous fait dire qu’Indéfiniment est absolument inratable.

    D’un côté, il y a la franco-libanaise Yara Lapidus à la carrière déjà riche dans le milieu de la mode et ayant sorti son premier album, Yara, il y a tout juste dix ans ; de l’autre, nous avons Gabriel Yared, libanais de naissance lui aussi, compositeur de musiques de film multi-primées et légendaire (37°2 Le Matin – nous y reviendrons –, L’Amant, mais aussi Le patient anglais, Cold Mountain ou, plus récemment, Juste la fin du monde). La rencontre – si l’on omet celle, plus étonnante encore, avec Iggy Pop – ne pouvait que donner naissance à un opus magique, enregistré aux studios d’Abbey Road.

    On entre dans l’univers d’Indéfiniment par des chemins méditerranéens. Depuis toi déploie langoureusement avec des accents métissés, avec instruments orientaux, grand orchestre et guitare électrique. Ce titre, repris du reste en fin d’album dans une version duo avec Adnan Joubran, dit tout d’un opus personnel : "Tout en moi / Me parle de toi / Dessous mes petits airs de femme qui rendent fous / Se cache un cœur en flamme et des remous."

    Indéfiniment, au romantisme chavirant, n’est pas sans renvoyer au dépaysement qu’avait proposé Gabriel Yared pour la BO de L’Amant, il y a plus de 25 ans. Un retour très excitant pour le compositeur aussi épris d’influences méditerranéennes et libanaises que son interprète : que ce soit la bossanova de Saidade de voce (reprise également en duo avec Chico Cesar) ou Illalabad, commençant comme un chant traditionnel du pays du cèdre, avant de se développer en ballade amoureuse somptueuse, servie par la voie sensuelle et veloutée de Yara Lapidus.

    La chanteuse n’est jamais aussi bien lorsqu’elle murmure ses chants d’amour, car c’est bien ce thème qui traverse tout l’opus, comme le reconnaît Gabriel Yared. Ça sert à rien cache derrière la fragilité et l’évanescence du sentiment amoureux le rêve d’un idéal à décocher : "S’il fallait un jour refaire le monde / Jure-moi mon amour que pas une seconde / Ne vaudrait la peine d’être perdue / Tous nos instants seraient suspendus."

    Une version en duo avec Iggy Pop

    La vie coule dans les veines de ce premier album, classique dans la facture mais cachant derrière les compositions mélodiques et maîtrisées de jolies surprises à chaque titre : que ce soit l’onirisme de Le plus doux de mes rêves, le pop-rock étonnamment rugueux et tout en relief de No no no no t’en fais pas, le son easy-listening d’Un matin sans toi ou encore la délicatesse toute romanesque de Ça sert à rien.

    Loin très loin constate, avec une mélancolie déchirante, la fin d’un amour. Pour cette chanson, Gabriel Yared a fait le choix d’une orchestration classique et voluptueuse  : "Il faut bien qu’on se prépare / à l’amour qui s’en va demain / Faut vouloir la fin tourner la page / Et s’en aller / ET s’en aller mourir / je me sens si loin."

    Il faut aller au bout de l’album pour trouver ce qui constitue les véritables joyaux d’Indéfiniment et Gabriel Yared. Si le compositeur doit être de nouveau cité c’est qu’il reprend et interprète en duo avec Yara Lapidus Encor encor. Les cinéphiles reconnaîtront une version chantée du thème de 37°2 Le Matin, sur des paroles de Yara Lapidus.

    Cette belle réussite en cache une autre : audacieuse, Yara Lapidus propose une seconde version en duo d’Encor Encor avec Iggy Pop. La voix grave et rocailleuse accompagne avec une délicatesse singulière Yara Lapidus dans ce chant d’amour intransigeant :"Dis-moi encore une fois / Pourquoi la terre est ronde / Moi du creux de tes bras / Je ne vois pas le bout du monde / Je veux te garder tout contre moi."

    Inratable, vous disais-je.

    Yara Lapidus, Indéfiniment, Yara  Music / L’autre Distribution, 2018

    Voir aussi : "Suprême Alka"

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  • Marc Fichel connaît ses classiques

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    Le visage de Marc Fichel est apparu fugacement à la télévision, dans un lieu des plus improbables : il était en concert le 21 juin dernier au Marché de Rungis à l’occasion de la Fête de la Musique. Le ministre de la culture Franck Riester était d’ailleurs en déplacement, occasion également de marquer les 50 ans du Marché d'Intérêt National.

    Marc Fichel était sur scène aux côtés, excusez du peu, d’Oldelaf, Art Mengo, Joyce Jonathan et Chimène Badi : une nouvelle preuve qu’il va falloir compter sur ce musicien qui, mine de rien, trace son chemin depuis les Halles de Rungis jusqu’aux studios de radio et salles de concert. Après un premier single consacré à son quotidien à Rungis (C’est ma vie dans les Halles, plus d’un million de vues sur Youtube), Marc Fichel sort cette année un nouvel EP, #il ou #elle, avant un premier album à la rentrée.

    Ne cherchez rien de révolutionnaire chez ce chanteur, véritable artisan ayant conçu avec le plus grand soin son nouvel opus, à la facture classique : piano, guitares, clarinette, basse, violon, saxophone, flûtes et accordéon, sans oublier la voix claire et posée d’un chanteur qui choisit la simplicité.

    Des clins d’œil appuyés en direction de Francis Cabrel, Gilbert Bécaud ou William Sheller

    Musicalement, l’auteur-compositeur se situe dans la droite ligne d’une chanson française qui ne renie pas ses origines – bien au contraire. Marc Fichel adresse ainsi des clins d’œil appuyés en direction de Francis Cabrel, Gilbert Bécaud ou William Sheller.

    Le talent est là, indéniablement, dans ce mini album à la production sage, sensible et efficace. Il parle de sujets qui toucheront forcément : l'amour au temps de réseaux sociaux (#il ou #elle), la vie à deux (Oxy J’aime), l'ultra moderne solitude (À côté de ma vie) ou les souvenirs d'enfance (Tu riais, tu chantais, tu dansais).

    Marc Fichel connaît ses classiques. Mais on devine que l'artiste en a sous la pédale pour un futur album capable de nous faire tourner la tête.

    Marc Fichel, #il ou #elle, EP, Faubourg du Monde / Absilone, 2019
    https://www.facebook.com/MarcFichelOfficiel

    Voir aussi : "Féloche, l’alchimiste musical"

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  • Katchéscope

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    Il y a toujours de l’excitation à écouter Manu Katché, et encore plus à l’accompagner dans ses pérégrinations musicales, où les percussions et les batteries sont bien sûr reines, proposant un éventail incroyable de rythmiques : "J’ai composé les morceaux autour de la batterie, et si je joue de cet instrument depuis toujours, ce n’est pas un hasard: mon papa est originaire de Cote d’Ivoire. J’avais envie de voir les gens bouger sur mes compositions, danser, chanter les gimmicks" dit-il.

    The ScOpe, son dernier album, est, on le devine au titre, un univers kaléidoscopique aux mille et une teintes jazz, groove, rock, pop ou world, de la part d’un artiste à la carrière impressionnante, et qui a choisi ici de sortir de sa zone de confort : "J’ai fait beaucoup de jazz ces dernières années, j’y ai pris beaucoup de plaisir mais j’avais envie de changer radicalement. Prenant de l’âge, j’ai juste envie de m’amuser un peu."

    Manu Katché, sans doute le meilleur batteur de sa génération, propose un opus tout en relief et forcément vivant, car puisant dans des influences tous azimuts, à l’instar du scintillant et sautillant Keep Connexion qui ouvre le bal. Ces teintes de world music (présentes également dans Overlooking, qui est aussi un retour aux racines africaines) laissent place au plus jazzy Glow, à la composition solide mais mâtinée d’improvisations : comme si Manu Katché voulait rappeler que loin de vouloir abandonner ses origines et influences, on y revient toujours.

    On s’arrêtera avec le plus grand intérêt sur Vice, un titre électro funk très Daft Punk, en featuring avec Faada Freddy. Cette fois le musicien et batteur se glisse dans la peau d’un digne représentant de la french touch. Une vraie et belle réussite à écouter plein volume cet été sur une plage, le soir.

    Jazzy Bazz tient la baraque dans cet hommage mélancolique et vibrant à Paris

    The ScOpe est un opus essentiellement instrumental. Quelques titres laissent toutefois une place à la voix : c’est Please Do ou Don’t You Worry, avec la voix de Manu Katché lui-même, mais il y a surtout le formidable titre urbain Paris me manque, mêlant avec bonheur free jazz et rap. Jazzy Bazz tient la baraque dans cet hommage mélancolique et vibrant à Paris : "Où est passé Paris, ma rose ? / Paris sur scène l’a bouclée / Sont partis emportant la clé / Les nonchalants du long des quais / Paris, ma rose, Paris, ma rose / Où est passé Paris que j’aime ?/ Paris que j’aime et qui n’existe plus."

    Pour Let Love Rule – qui n’a toutefois rien à voir avec le titre éponyme de Lenny Kravitz – Manu Katché construit un titre pop porté par le timbre aérien et velouté de Jonatha Brooke pour cette balade en forme de contrat amoureux : "Let love rule / Nothing else matters /Just me and you / Let love rule."

    Goodbye For Now va dans une direction appartenant d’abord à une électro des sphères, comme le chant d’adieu d’un album ayant choisi de ne pas choisir la tonalité de son scope.

    Chant d’adieu ? Pas tout à fait. Car Manu Katché clôture son opus par ce qui pourrait se lire comme un hommage à Tricky et au trip hop dans le bien nommé Tricky 98’, mais qui est aussi et surtout, pour les amateurs de football, un hommage aux champions du monde de 1998. Le morceau a accompagné l’entrée des Bleus à la U-Arena en juin dernier, 20 ans après leur victoire à la Coupe du Monde. Un vrai feu d’artifice pour un album lumineux.

    Manu Katché, The ScOpe, Anteprima, 2019
    http://www.manu-katche.com

    Voir aussi : "Ibrahim Maalouf, déjà un classique"

    © Arno Lam

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  • Liberté pour le jazz

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    Après Beauty in the Park, un EP convaincant et remarqué par une critique élogieuse, Liv Monaghan a sorti il y a quelques mois son album Slow Exhale.

    Moins expérimental et plus folk jazz comme le dit la chanteuse dans l’interview qu’elle a accordée en mars dernier pour Bla Bla Live, Liv Monaghan propose un opus acoustique, plus intimiste que jamais et teinté de mélancolie ("Goodbye my friend it’s been heaven knowing you / Breathing on this tea train waiting for a cloud to break", Slow Exhale).

    Slow Exhale a été enregistré en une journée, ce qui explique son grain à nul autre pareil : la voix aérienne de Liv Monaghan propose des arabesques étonnantes et rarement entendues (Broken Hotel Room). La contrebasse de Sava Medan semble respirer (Aran Jumper), donnant à cet album un cachet intime incomparable, proche dans l’esprit d’un enregistrement live.

    Pour Feathers, Liv Monaghan donne à son jazz une teinte pop-folk tout en retenue, avec toujours ces notes s’envolant comme rarement, à l’instar du singulier Passion Fruit Moons.

    Après le folk jazz de Touching Infinity et la balade sensuelle et mélancolique à la Billie Holiday, Dead Lady’s Cigarettes nous rappelle que Liv Monaghan n’est pas qu’une simple interprète de jazz. Elle compose et écrit elle-même ses textes : "It would be a pity / To smoke the last cigarettes / Of a lady long dead / That’s what she said / As she left my head / Shut the book and close the case / A lovely leather pockets holds the whole thing in place.
    Endless August vient clôturer en douceur un album à la fois libre et cohérent.

    Liv Monaghan, Slow Exhale, autoproduit, 2018
    Bla Bla Blive avec Liv Monaghan

    Voir aussi : "Liv Monaghan, en musique et en images"

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  • Margot T, Vict’rock Hugo et les autres

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    À l'écoute de T’M, un autre artiste tombe sous le sens : MoonCCat. Comme elle, le plus dandy des chanteurs se nourrit de textes XIXe siècle pour en proposer une lecture pop-rock sombre, et comme visitée par les esprits de Rimbaud, Baudelaire, Musset et Hugo.

    Ici, c’est T’M qui se colle à l’exercice, preuve que malgré les années et la reconnaissance d’écrivains étudiés dans les manuels scolaires, les textes de ces classiques n’ont rien perdu de leur vie et de leurs qualités subversives. La musicienne se jette comme une affamée sur ces textes du XIXe siècle, donnant à ces classiques ce mélange de dénuement, d’urgence et d’audace.

    T’M c’est Margot Turbil, aux commandes de ce groupe qui n’en est pas vraiment un, ou plutôt qui est sans cesse en évolution. La musicienne entend construire un work in progress qui viendrait chercher ses influences auprès de la scène rock, pop ou jazz. C’est d’ailleurs du jazz que vient Timothée Ledu qui a travaillé avec la chanteuse sur les premiers morceaux déjà disponibles en ligne: "On compose toujours à plusieurs et j'aime mettre en avant aussi les musiciens qui m'accompagne. Comme un peu les collectifs" explique-t-elle.

    Pour la Comédie en 3 Baisers d’Arthur Rimbaud, Margot T épouse l’esprit de ce poème sensuel, cette histoire d’une étreinte surprenant une jeune fille fille. La chanteuse déshabille littéralement Rimbaud et l’érotise dans un esprit rock malicieux qui n’est pas sans renvoyer au Gainsbourg période Love on The Beat: "Pauvrets palpitants sous ma lèvre / Je baisai doucement ses yeux / Elle jeta sa tête mièvre / En arrière : « Oh c’est encor mieux !… / « Monsieur, j’ai deux mots à te dire… » / Je lui jetai le reste au sein / Dans un baiser, qui la fit rire."

    La chanteuse déshabille littéralement Rimbaud

    Invoquer le Gainsbourg des dernières années a du sens si l’on s’arrête au choix du talk-over de T’M dans Perdican. Le Perdican en question est le personnage de la pièce de Musset, On ne badine pas avec l’Amour, et c’est du reste lui qui parle dans une des plus célèbres tirades de la pièce de 1834. Perdigan exprime sans l’avouer explicitement son amour pour Camille, amour qui semble se dérober en raison des craintes de la jeune femme de devoir souffrir. Margot Turbil choisit le parlé-chanté et une orchestration minimaliste pour scander les mots de Perdican, plus actuels que jamais: "Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé."

    Pour Spleen de Charles Baudelaire, c’est un rock électrique que T’M adopte dans à ce poème à la facture d’un chant funèbre. Grâce à Margot T, plus théâtrale que jamais, Spleen perd ses atours académiques pour revenir à ses origines : un texte sombre, gothique et fin de siècle. "Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, / Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir, / Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, / Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir."

    Qui aurait dit que Victor Hugo, lui aussi, pouvait être rock ? La preuve est cette troisième adaptation musicale en ligne, Cette nuit, il pleuvait. Margot Turbil slame plus que déclame cet extrait des Châtiments, avec cet esprit rock rugueux qui lui va à merveille : "Cette nuit, il pleuvait, la marée était haute, / Un brouillard lourd et gris couvrait toute la côte, / Les brisants aboyaient comme des chiens, le flot / Aux pleurs du ciel profond joignait son noir sanglot, / L’infini secouait et mêlait dans son urne / Les sombres tournoiements de l’abîme nocturne ; / Les bouches de la nuit semblaient rugir dans l’air."

    Sans nul doute, l’esprit de Victor Hugo, comme ceux de Baudelaire, Rimbaud et Musset se sont réincarnés malicieusement grâce à une artiste rock et électrique.

    T’M, sur Youtube, 2019
    Page Facebook

    Voir aussi : "C’est le plus dandy des albums"

    © Margot T.

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  • Jade Bird prend son envol

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    Jade Bird, il en avait été question sur Bla Bla Blog au sujet de son premier EP, Uh Huh. Ce titre est d’ailleurs présent dans son album éponyme. Facture folk, choix de l’acoustique, voix claire et posée capable d’envolées rock à la Alanis Morissette : pas de doute, Jade Bird creuse son sillon sans se poser de questions.

    La toute jeune britannique impose des choix artistiques bien assumés grâce à des compositions solides qui ne transigent pas sur la mélodie (My Motto), les textes (Love Has All Been Done Before) et, singulièrement, la puissance vocale, à l’instar des prodigieux Lottery et I Get No Joy.

    Jade Bird plane sur ce premier album avec une assurance confondante, à faire pâlir de vieux routiers. Son premier album a été produit avec le même soin que son premier EP, qui était déjà si réussi que l’on espérait qu’elle allait transformer l’essai. Pari réussi.

    La chanteuse, également à la composition pour cet envol artistique, insuffle à ses titres pop mélodiques et complexes de bonnes injections de rock grunge, à coup de guitares qu’elle manie comme des armes et s’appuyant sur une voix qu’elle pousse jusqu’à ses derniers retranchements, à l’exemple du spectaculaire Uh Huh.

    De bonnes injections de rock grunge et des guitares qu’elle manie comme des armes

    À côté de ces morceaux de bravoure nerveux et plutôt culottés (Going Gone) et souvent d’une belle construction musicale (Love Has All Been Done Before), l’Anglaise propose des titres plus apaisé, sous forme de confessions intimes, à l’exemple de My Motto et du plus minimaliste Does Anybody Know. Il y est aussi question d’adolescence (17), de la difficulté d’aimer (Lottery) ou de la mort (If I Die).

    Un premier album très personnel donc, écrit avec les tripes autant qu’avec la tête : "Cet album contient tout ce que j’ai vécu. C’est mon expérience directe et non diluée de ces deux dernières années bien remplies. Chaque décision que j'ai prise a abouti à ce processus magique, de la même manière que chaque mot que j'ai écrit a fini dans ces chansons. L’album aborde différents styles, mais la cohérence vient que c'est moi - une jeune femme qui essaie vraiment de comprendre le monde actuel et d'y trouver sa place, qui a tout écrit" dit-elle.

    Une dernière preuve que la musicienne britannique est absolument à suivre ? Depuis l’annonce de la sortie de son album, Jade Bird figure, d’après le New York Times, parmi les 10 artistes à surveiller en 2019.

    Jade Bird, Jade Bird, Glassnote Records, 2019
    http://www.jade-bird.com

    Voir aussi : "Jade Bird, Huh la la !"

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  • Musset, assis sur le rebord du monde

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    Christophe Musset propose avec Orion son retour musical, et il s’agit d’un retour apaisé. L’ex de Revolver choisit une orchestration réduite, acoustique et folk dans un EP qui parle de bienveillance et de pardon après une séparation ("Aussi loin / Que tu sois / J’espère bien que tu n’as pas baissé les bras", Aussi loin), d’intimité amoureuse (À l’intérieur), de contemplation céleste (Orion) et d’introspection nietzschéenne (Ce qui ne me tue pas).

    C’est comme assis sur le rebord du monde que Christophe Musset chante "l’immensité" et "le vertige face au grand parcours".

    Il y a ce je ne sais quoi de céleste, d’universel et de métaphysique dans Orion : sans aucun doute, Musset croit aux forces de l’esprit.

    Musset, Orion, Taktic Music, 2019
    https://www.facebook.com/MussetMusic

    Voir aussi : "Les grands espaces de June Milo"

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