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••• de musiques ?

  • Sônge d’une nuit d’électro

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    Ça se passera à Penmarc’h dans le Finistère ce vendredi 20 octobre. Dans cette région du pays bigouden, plus habituée aux binious, bombardes et autres bagads, le Cap Caval accueillera la chanteuse d’électro Sônge.

    On avait découvert l’an dernier la jeune artiste aux Vieilles Charrues. La Quimperoise avait auparavant bourlingué plusieurs années en Europe du Nord – Belgique, Pays-Bas et Allemagne – avant de sortir son premier EP éponyme, fruit de rencontres et de découvertes musicales comme de son passage par le Conservatoire de Paris.

    Sônge c’est une électro mêlant pop, rap et Rn'B, à l’architecture impeccable et complexe (What Happened). La musicienne sait allier mélodies séduisantes et constructions rythmiques sophistiquées (Now). Sônge c’est aussi une voix venue d’ailleurs, dont les influences seraient à chercher du côté de Mia (Colorblind) ou de Björk (I Come From Pain).

    L’artiste devrait signer pour un futur album en 2018. Avant que Sônge ne crève définitivement l’écran, il ne reste plus aux chanceux traînant du côté de Penmarc’h cette semaine qu’à venir l’écouter en première partie du concert d’Isaac Delusion. Dans quelques années, vous pourrez dire : j’y étais.

    Sônge, en première partie du concert d’Isaac Delusion,
    salle Cap Caval, Penmarc'h, vendredi 20 octobre 2017 à 20h30

    Sônge, Sônge, EP, Parlophone, 2017
    http://www.songemusic.com

  • Le retour de la femme mimosa

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    2017 est décidément l’année "Barbara" : les 20 ans de sa mort, un concert et album hommage de Gérard Depardieu en début d’année, un biopic avec Jeanne Balibar et, ce mois-ci, la sortie d’un enregistrement inédit de la longue dame brune, Lily Passion.

    Inédit ? Lily Passion n’est pourtant pas inconnue. En 1986, Barbara jouait sur scène avec Gérard Depardieu un spectacle musical d’un autre genre que la chanteuse avait composé avec la collaboration de Luc Plamandon et de son fidèle accompagnateur Roland Romanelli. En 1985, elle avait enregistré une version studio qui disparut de la circulation et qu’elle rechercha jusqu’à sa mort, en vain. En 2013, soit cinq ans après son décès, dans le cadre d’un travail de remasterisation de ses archives, la firme Universal tomba sur de précieuses bandes mal étiquetées : le Lily Passion studio de 1985. Les pistes nécessitaient un important et minutieux travail de montage mais l’essentiel était là : la version studio du spectacle musical de Barbara, capital dans sa vie et dans sa carrière, pouvait voir le jour.

    Lily Passion conte l’histoire d’une musicienne poursuivie par un assassin blond, tuant à chacun de ses concerts, avant de laisser un brin de mimosa en guise de signature. Lily Passion c’est aussi l’aventure d’un couple maudit et ténébreux, dans lequel amour et mort se cofondent dans une série de danses infernales : "Pourtant cet assassin m’obsède / J’ai peur / Cet assassin me suit / Qu’il me suive ou qu’il me précède / Il tue / Je chante, je chante / Il tue" (Cet Assassin).

    Aux récitatifs et envolées lyriques de Gérard Depardieu dans le Lily Passion de 1986 vient répondre un album soigné qui n’a certes pas la fièvre de la captation publique de 1986, mais qui propose une série de chansons abouties. Exceptionnellement abouties.

    Les connaisseurs et fans de la longue dame brune remarqueront l’absence de plusieurs titres par rapport à la version de 1986 : Berlin, David Song, Campadile, Mémoire, mémoire et, symptomatiquement, Ma plus belle Histoire d’Amour. Par ailleurs, le récitatif autobiographique Ô mes Théâtres a droit à une une version resserrée et à l’état d’ébauche – 0,51 contre 5:50 pour la captation publique.

    On saluera la cohérence d’un album studio aux joyaux inoubliables et aux orchestrations soignées, avec Jannick Top à la basse, Richard Daguerre au piano mais aussi Richard Galliano à l’accordéon. La voix de Barbara est là, intacte et inspirée, pour "cette chanson plus longue que les autres."

    L’auditeur pourra trouver dans plusieurs morceaux de cette version studio (Lily Passion, Emmène-moi) la touche musicale des années 80, lorsque la vague des synthétiseurs balayait tout sur son passage. Pour être juste, il convient de préciser que l’écriture de Lily Passion au début de cette décennie correspond à un virage dans la carrière de Barbara. La chanteuse se fond dans son époque et dans la modernité, en même temps qu’elle se consacre corps et âmes à son public au cours de concerts devenus de véritables messes autour d’une artiste vénérée par ses fans. La double de la chanteuse le dit ainsi dans le titre Lily Passion : "J'entends la foule qui crie mon nom / Lily Passion, Lily Passion / Et j'entre dans la fosse aux lions / Pour m'offrir en immolation."

    Dans Lily Passion, d’autres titres ont une facture plus classique et plus acoustique : cordes, piano, ou bandonéon (Je viens, Bizarre, Tango indigo). Cet album studio, sorti vingt ans après sa mort, nous montre une Barbara fidèle à elle-même : sensible, mélodiste hors-pair, parolière inimitable et transportée par une histoire d’amour et de mort. Gérard Depardieu n’est pas de cet album studio, bien qu’il apparaisse en creux tout au long de Lily Passion : "P’tit voleur / Grand seigneur / Ils tireront / Ils t’auront / Ils diront qu’t’avait tort / C’est toi qu’a tiré d’abord" (Tire pas).

    Barbara étonne et séduit particulièrement dans Bizarre. La chanteuse se fait jazzwoman dans un titre cinématographique et mélancolique : "Il fait bizarre / Sur la ville / Trottoirs-miroirs / Sur la ville. / Des ombres lézards / Se faufilent / Et se glissent, agiles / Dans le brouillard / Indélébile."

    On sera moins étonné par le morceau le plus connu de Lily Passion, L’Île aux Mimosas, onirique, passionné et apaisé : "Et si tu m'avais cherchée, / De soir en soir, de bar en bar, / Imagine que tu m'aies trouvée, / Et qu'il ne soit pas trop tard, / Pour le temps qu'il me reste à vivre, / J'amarrerais mon piano ivre, / Pour pouvoir vivre avec toi, / Sur ton île aux mimosas."

    L’auditeur est happé par un des trésors de cet album : Tango Indigo. Barbara prend à bras le corps un titre virevoltant où se mêlent la passion, le jeu, la danse, la mort et la fin du monde : "On est comme deux évadés / Qui ne croient pas ce qui est arrivé / Après, je ne sais plus les paroles / Mais je vais t'en dire de plus folles / C'est l'histoire d'un assassin blond / Qui rencontre Lily-Passion." Tango Indigo se révlèle comme le titre le plus envoûtant et irrésistible de la femme mimosa, se livrant à corps perdu dans un album déjà légendaire et sorti de l’oubli par miracle.

    Barbara, Lily Passion, Mercury, Universal, 2017
    "Barbara et Depardieu par Depardieu"
    "Barbara et lettres et dessins inédits", Télérama, 7-13 octobre 2017
    Hors-série Barbara, Marianne, octobre 2017
    http://www.barbara-lesite.com

  • Polygame, mini-miss et autres créatures de Jarcamne

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    Sur la pochette de son premier album, L'Abri bus, Jarcamne déplie sa longue silhouette dégingandée dans un abribus, une rose à la main. Qui attend-il ? Sans doute son public, qui pourrait tomber sous le charme de cette nouvelle voix de la chanson : "Je suis heureux si ma chanson / Te plaît / Je voudrais plaire à tout le monde" comme avoue l’artiste dans J’veux pas grandir.

    Jarcamne est un vrai artiste de notre époque, partageant avec Philippe Katerine le goût pour l’autodérision. Il pourrait aussi être notre voisin poli et discret, le bon pote, le collègue de bureau bienveillant ou ce lointain cousin mystérieux et sensible : "Imbibé par la chanson française, je m’efforce de parodier, la majesté, l’excès, la peur, la douleur, la fragilité de mes semblables", affirme-t-il.

    Sensible, Jarcamne l’est dans sa manière de parler de sujets actuels et rarement traités : la polygamie (Le Polygame), l’environnement (Deux Mille Cent), le speed-dating (Speed dating), les élections de mini-miss (Mini-Miss), une marionnette obsessionnelle et plus vraie que nature (Plaie immobile) ou un jardin ouvrier (Le Jardin).

    L’air de rien, Jarcamne impose sa voix et un discours faussement naïf. Dans Deux Mille Cent, le réchauffement climatique est poétisé avec un faux-angélisme ("Les écosystèmes s’harmonisent / L’hiver ici c’est la banquise / Les ours en méditerranée passent leurs hivers à Saint-Tropez"), jusqu’à une chute inattendue mais pourtant pleine de bon sens : "À moins qu’en l’an deux mille cent / On soit aussi con qu’à présent."

    Il est également question d’engagement dans Mini-Miss. Jarcamne se fait cette fois l’observateur sévère, sur un air de samba, de ces défilés de "lolitas carnaval." Le musicien égratigne le miroir aux alouettes que sont les défilés d’enfants grimés en miss : "Maman rêve des affiches / Des shows télévisés / Papa en carriériste / Lolita en narcissique." Jarcamne a cette conclusion : "Miss est un truc pour les grands / Pas un jouet d’enfant / Pas besoin de carnaval / Pour t’aimer Lolita."

    Jarcamne sait se léger dans l’excellent Speed Dating, joyeuse valse sur le thème de la séduction, de la drague et du mensonge : "Séduire et convaincre / la clochette retentit / Sept minutes pour vaincre."

    Dans Le Polygame, son titre le plus provocateur, Jarcamne se glisse joyeusement dans la chambre à coucher d’un polygame. Les féministes hurleront à l’écoute des confidences d’un homme amoureux de plusieurs femmes et obligé de s’expliquer devant les autorités : "Messieurs, messieurs / Confusion, amalgame / Est-ce donc là un drame / D’héberger quelques âmes ?" Jarcamne construit une malicieuse chanson amorale, dans laquelle ce sympathique et "infâme" polygame nous parle autant de plaisir que d’hypocrisie : "Quand ils ont envoyé les képis à ma porte / J’ai compris qu’en voisin / J’avais fait des envieux."

    Il est encore question d’hypocrisies – et même d’hypocrisie à double détente – dans L’Héritage. Jarcamne raconte sur un air de jazz l’histoire à la première personne d’un héritage controversé, avec pour héros un grand-père décédé qui "avait une favorite de cinquante piges sa benjamine." Le "vieux lubrique", autrefois connu pour "sa morale et ses bonnes manières", dévoile d'outre-tombe sa double vie, déshéritant du même coup ses enfants au profit de sa maîtresse. Et voilà une famille unie et "pique-assiette" s’empoignant pour un héritage qui leur file sous le nez  : "Maman s’écrit : Ah la salope / Adieu chalet de Courchevel / Papa retrousse le fond de ses poches / Fini le coup de pouce mensuel."

    Plus sombre est le titre Les Crayons, le plus engagé sans doute puisque Jarcamne traite dans une ballade acoustique et mélancolique de l’attentat contre Charlie Hebdo : "Marianne lève-toi, ils sont devenus fous / Marianne lève-toi on ne meure pas à genoux."

    L’abribus, qui donne le titre de l’album, nous parle d’un lieu souvent ignoré, sans doute parce qu’il est omniprésent dans nos vies. Chez Jarcamne, l’abribus devient romanesque et poétique en ce qu’il condense et cristallise nos petites vies, nos espoirs, nos attentes ou nos amours : "Sous l’abribus le cœur serré / en attendant le 23 / Christophe rêve de la belle Aline / Mais de sa femme c’est la copine / Et le Christophe ne le sait pas / Sous l’abri pendant qu’il a froid / Sa femme en maîtresse saphique / Cajole l’Aline sur le sofa."

    Jarcamne sait nous croquer comme peu d’artistes :"Depuis l’enfance mon oreille a toujours été captivée par ces histoires plus ou moins banales de la vie, celles de Mam’selle Clio de Charles Trénet, du Tord boyau de Pierre Perret, ou de Ta Katie ta quitté de Boby Lapointe." De belles références pour un musicien qui fait de notre monde son terrain de jeu.

    Jarcamne, L’Abri bus, La Face B, 2017
    http://www.jarcamne.com

  • À la merci de Fishbach

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    Après un ou premier EP réussi, l’étape vers un premier album peut s’avérer un piège... mortel. Fishbach, qui avait été chroniquée sur Bla Bla Blog, a brillamment passé l’épreuve avec À Ta Merci. Il est vrai que la native de Charleville-Mézières avait frappé fort avec ses premiers titres, dont le plus connu, Mortel, qui nous revient dans une version légèrement liftée.

    Avec À Ta Merci, on est pris au piège d’un album qui assoit un peu plus l’électro-rock tendu et hyper sensible de Fishbach.

    Les comparatifs au sujet de cette révélation musicale 2016 sont plutôt flatteuses : Catherine Ringer et Christine And The Queens sont régulièrement cités, à tort ou à raison. Fishbach puise sans complexe dans les années 80 (Le Château) pour offrir des titres rugueux et à vifs. La musicienne propose dans Éternité des rythmiques et un son rarement entendus depuis 30 ans, revivifiant par là-même le pop-rock français. Dans Le Meilleur De La fête, Fishbach nous entraîne dans un titre très new wave, qui nous parle de liberté et de fuite : "J’ai vu le meilleur de la fête / Vous qui dansez en stéréo / N’êtes que de vagues silhouettes / Tout est foutu dans mon cerveau."

    La chanteuse sait se faire mélancolique, à l’exemple d’Un Beau Langage, jolie balade à l’heure du 3.0 et des rencontres sur Internet : "Votre doux visage / Apparaît sur mon écran / Qui êtes-vous ? / C’est une belle image / Voyez-vous ? / J’ai lu tous vos messages / Mais vos paroles et vos mots doux / Je m’en fous."

    Y Crois-Tu peut s’écouter comme le titre phare de l’album. Il est aussi, sans doute, avec Mortel, l’un des tout meilleurs de l’artiste : "J’attendrai mille ans mon garçon / Je fais la guerre, j’ai mes raisons / Comme le vent sculpte un caractère / Je suis la vague mais pas la mère." Fishbach propose des textes finement travaillés, à l’exemple de Ma Voie Lactée : "Tu ne fais que lire / Dans la dentelle / Un avenir / Si loin de l'éternel / Je sais bien qu'un jour / Tu reverras la mer / Encore et toujours / Les hommes à la tempête."

    Un Autre Que Moi s’impose comme un vrai titre électro et le chant de combat d’une fille "élancée comme une panthère dans la fumée" : "Qu'ils nous retrouvent / On ne se rendra pas / Et qu'ils approuvent / J'ai jamais dit ça / Je découvre une autre que moi / On se retrouve dans un attentat."

    À Ta Merci a l’audace des albums à la noirceur somptueuse. Dans Feu, la chanteuse nous entraîne dans une crypte musicale pour un chant funèbre et amoureux, auquel vient répondre On Me Dis Tu, un titre enlevé sur la mort, écrit à la première personne, et non sans humour noir, par la grande faucheuse. Tout aussi gothique, il y a Invisible désintégration de l’univers, une audacieuse composition soutenue par un chœur venu d’outre-tombe.

    L’album se termine sur le titre qui lui donne son nom, À Ta Merci. Fishbach propose un morceau lumineux, fruit d’une artiste au romantisme sombre et sans concession : "Si je demeure à ta merci / Il n’y a pas l’ombre d’un souci / Je tombe… / Tu joues à la marelle / Mais n’atteins pas le ciel / Moi je n’ai plus vingt ans." Les mots sont placés avec justesse sur une orchestration d’une sobriété bouleversante, hypnotique et envoûtante.

    Le samedi 2 septembre, Fishbach viendra clôturer en beauté la septième édition du festival À la folie... Pas du tout !, au Monastère Royal de Brou à Bourg-en-Bresse

    Fishbach, À Ta Merci, Entreprise, A+LSO, 2017
    Fishbach au festival À la folie... Pas du tout !, Monastère Royal de Brou à Bourg-en-Bresse, samedi 2 septembre 2017
    Concert tout public à 20h30, dans le 2e cloître
    "Fishbach, jamais rien vu d'aussi mortel"

    © Fishbach

  • Eva-Léa, la coureuse de rêves

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    Eva-Léa sort son premier EP en septembre prochain, avant une série de concerts à Paris. Qui est cette Eva-Léa ? Une fille d’ici et d’aujourd’hui qui, du haut de ses 27 ans, est bien décidée à faire une place au soleil sur la scène de la chanson française.

    Dans une pop acidulée aux délicates touches électroniques mais aussi 80’s, Eva-Léa propose six titres portés par une voix fraîche et posée avec une belle assurance.

    Dans Élégie, le premier titre que l’on pourrait qualifier d’"électro onirique", Eva-Léa ose, dans une veine gainsbourienne, une ode moderne et baudelairienne : “Le temps qui tonne et qui traîne me tue / Sous les nuages dans l’étang j’attends nue / Qu’un coup d’éclair me transforme en statue.

    Il est encore question d’influence de Serge Gainsbourg dans Baiser bleu. Portée par une instrumentation cristalline, la chanteuse emploie le parlé-chanté, cher à "l’homme à tête de chou", pour traiter de fantasmes et d’intoxication amoureuse, dans un texte précis comme un scalpel : "J’ai le compas dans l’œil je croque ta carrure / Avec toi je ne veux ni brouillons ni ratures / Ton regard de fusain nuit et jour à mes trousses / Là sur mes pages blanches je trace tes lignes en douce."

    Mais "l’intoxicated lady" sait aussi et surtout devenir une femme d’ici et d’aujourd’hui, comme elle le chante dans Je ne suis pas de celles : exigeante, sensible, libre (”Les qu'en-dira-t-on je les envoie valser”), une Carmen moderne qui serait éprise de séductions, de bonnes manières, de passions et de sensualités : “Je ne suis pas de celles / Qui se maquillent les yeux / Pour paraître plus belles / Mais pour pleurer un peu / Sans que ça ne se voie / Je tourne sur moi-même / Je m’arrêterai sur toi / Seulement si tu m’aimes.” Eva-Léa offre un magnifique titre sur la féminité, qui n’est pas sans faire écho à Je suis de celles de Bénabar, ce portrait d’une femme simple et paumée, caricaturant en creux son auteur. Aucune amertume ni trait grossier, par contre, chez Eva-Léa, femme jusqu’au bout des ongles : ”Je joue de mon talons / de mes talents cachés / À mes yeux du crayon / et les hommes à mes pieds.

    Mademoiselle Papillon, titre plus léger, s’adresse à une enfant par une sorte de grande sœur attentionnée et protectrice : "Ma jolie demoiselle / Mademoiselle Papillon / Moi je te ferai la courte échelle / Pour que tu captures un morceau de ciel.

    Dans Correspondance assurée, Eva-Léa s’engage dans une bossanova électro invitant l’auditeur au voyage et à la romance : Un jour sans crier gare / Tu seras là sur le quai / Évidence dans le regard / Correspondance assurée.

    Il est encore question de fuites dans le dernier titre Les Coureurs de rêves. Eva-Léa ne serait-elle justement pas une "coureuse de rêve” comme elle le chante elle-même ? Bien loin d’Élégie, la chanteuse parle de routines, de remords et des "manteaux ‘infortunes" : “Devant les journaux / Même refrain / Encore un café qui fume / Une journée de plomb de plus”. Il y a du Michel Berger dans cette réponse qu’offre Eva-Léa : "Si les coureurs de rêve / Ont une largueur d’avance / Au circuit du bonheur / C’est qu’au fond ils conservent / Le regard de l’enfance / Tout au fond de leur cœur.

    Eva-Léa est sans doute cela : coureuse de rêve, mais aussi fille d’ici et d’aujourd’hui, intoxicated lady, femme assumée, et bien entendu artiste à découvrir de toute urgence.

    Eva-Léa, premier EP, sortie prévue le 1er septembre 2017
    En concert le 16 septembre au SUNSET/SUNSIDE,
    le 17 octobre au Connétable (Paris)
    et le 25 novembre à La tête de chou (Paris),
    en compagnie de ses compères Florian Rousseau et Emmanuel Ducloux.

    https://www.difymusic.com/eva-lea

  • Si la musique est bonne

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    C’est bien connu : en France, la musique de films est un genre injustement considéré. Pour beaucoup, la bande originale de films se limiterait à de jolis habillages sonores plus ou moins troussés, des illustrations musicales vite oubliées ou de simples rythmiques ad hoc accompagnant telle ou telle scène.

    Le public et les professionnels américains sont moins ânes que nous, qui ont fait des ponts d’or à des compositeurs français comme Michel Legrand, Alexandre Desplat ou encore Maurice Jarre. En vérité, des médailles devraient être spécialement décernées à ces artistes d’exception. Et, à coup sûr, Philippe Sarde aurait certainement la sienne.

    Ce grand nom de la musique, passionné de cinéma dès son plus jeune âge, est entré dans la bande original de film à la faveur d’une rencontre avec Claude Sautet. Le réalisateur français lui demande de signer sa première BO. Ce sera pour Les Choses de la Vie, avec Michel Piccoli et Romy Schneider. Suivront plus de 250 autres compositions, avec des cinéastes aussi différents que Roman Polanski, Jacques Doillon, Alain Corneau, Bertrand Tavernier, Georges Lautner, Marco Ferreri ou Jean-Jacques Annaud pour La Guerre du Feu.

    Huit bandes originales remastérisées de Philippe Sarde pour des films noirs et d’aventures sortent en ce moment et permettent de découvrir ou redécouvrir un musicien d’exception, toujours actif puisqu’il vient de signer la BO du film Rodin de Jacques DoillonCette nouvelle livraison consacrée à la musique de Philippe Sarde rassemble ces huit BOF : Le Choix des Armes d’Alain Corneau (1981), L’Étoile du Nord de Pierre Granier-Deferre (1982), Fort Saganne d’Alain Corneau (1984), Ennemis intimes de Denis Amar (1987), La Maison assassinée de Georges Lautner (1988), Max et Jérémie de Claire Devers (1992), La Fille de d'Artagnan de Bertrand Tavernier (1994) et Les Voleurs d’André Téchiné (1996).

    La philosophie de Michel Sarde est de ne faire de ses créations musicales des œuvres capables d’enrichir le film lui même : "La musique de film n’a de valeur que lorsqu’elle est écrite comme un complément scénaristique, capable de raconter une histoire supplémentaire, d’ajouter ou de rendre compréhensibles des choses que le metteur en scène a sans doute cherché à dire mais qu’il n’a pas pu raconter en images", dit-il dans une interview pour Écran Total (24 mars 2017).

    Les bonnes musiques de films marchent seules. Celles de Philippe Sarde n’ont pas besoin de la l’image des films qu’elles ont illustrées pour fonctionner et transporter.

    En prenant à bras le corps des univers aussi différents que la grande saga d’aventure (Fort Saganne), le polar (Le Choix des Armes) ou le film de capes et d’épées (La Fille de D’Artagnan), Philippe Sarde utilise une palette impressionnante de talents pour se fondre dans des films de genre très variés.

    Ces huit BO proposent une gamme hétéroclite de styles et d’univers : la richesse instrumentale prokofievienne du titre phare de La Maison assassinée, le poème symphonique à la fois rythmé et d’une belle expressivité d’Ennemis intimes ou le le concerto pour violoncelle au lyrisme bouleversant de Fort Saganne. Philippe Sarde se transforme en musicien jazz pour Max et Jérémie (Jérémie chez Max), gershwinien pour Le Choix des Armes (Noir) ou créateur contemporain dans ce mouvement tourmenté des Voleurs.

    Mélodiste et arrangeur hors pair (La Maison abandonnée pour Le Choix des Armes), Philippe Sarde est aussi impeccable lorsqu’il choisit une musique imitative, par exemple dans la rythmique audacieuse pour le titre bien-nommé La Boxe (Max et Jérémie). Philippe Sarde se fait également pasticheur de talent lorsqu’il créé pour La Fille de d’Artagnan un "vrai-faux" rigaudon du XVIIe siècle (Rigaudon), une pièce de chambre concertante (Les Oubliettes) ou encore cette valse enlevée dans L’Étoile du Nord (Pour Philippe).

    Artiste autant qu’artisan, Philippe Sarde est un défenseur infatigable de sa profession. Le compositeur a un rôle capital dans la création d’un film, assène-t-il, "sinon il suffit d’acheter une banque de sons dans un magasin et l’on dispose alors d’une bande originale sur mesure." Pour autant, il ne se montre pas amer lorsqu’il parle de l’absence de prix musical au Festival de Cannes : "Si le film est bien, s’il plaît, alors la musique y est forcément pour quelque chose."

    Philippe Sarde, Original Soundtracks, “Fort Saganne”, “Le Choix des Armes”,
    La Fille de d'Artagnan”, “L'Étoile du Nord”, “La Maison assassinée”, BMG, 2017
    Max et Jérémie”, “Ennemis intimes”, “Les Voleurs
    "Philippe Sarde Original Soundtracks" (Page Facebook)

  • Pomme happy

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    Bla Bla Blog avait découvert Pomme à l’occasion de son EP prometteur En Cavale.

    La chanteuse séduit par sa voix fraîche et ses chansons pop d’une simplicité et d’une honnêteté qui en font toute la saveur.

    Pomme sortira son premier album À peu près le 6 octobre prochain. Pour patienter, la chanteuse est à découvrir dans une websérie promotionnelle, Pomme en chiffres. Les deux premiers épisodes sont en ligne.

    L'avenir s'annonce radieux pour Pomme qui sera également en première partie de l'unique concert de Camille, le 25 juillet à Nice, au Nice Music Live Festival.

    "Ma Pomme"
    Pomme en chiffres, websérie, 2017
    http://www.pommemusic.fr

  • Comme des taureaux sauvages

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    Gorillaz, le groupe créé par Damon Albarn et Jamie Hewlett, a créé le 10 juin dernier un festival sur mesure, le Demonz Day Festival.

    Situé en plein cœur de Dreamland, le parc d'attraction de Margate en Angleterre, ce festival d’un soir, unique et ambitieux, rassemblera, outre Gorillaz, des guests stars qui en feraient pâlir d’envie plus d’un : Vince Staples, De La Soul, Denny Brown, Little Simz, Fufanu, Kalis Uchis, Popcaan, Kilo Kish ou Claptone.

    Le Demonz Day Festival a marqué le retour mené tambour battant de Gorillaz, après la sortie mondiale de leur dernier album, Humanz.

    Red Bull TV a mis en place un dispositif pour retransmettre le festival en livestream, incluant la très attendue prestation de Gorillaz aux alentours de 20 heures. Ces retransmissions sont disponibles en replay pour voir ou revoir ce festival d’un soir.

    Gorillaz sera de retour en livestream lors du Montreux Jazz Festival, du 30 Juin au 15 Juillet 2017.

    https://demondayzfestival.com
    https://www.redbull.tv/demondayz

  • Jon and Roy, musicalement durable

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    C’est à Vancouver que le trio (sic) canadien Jon and Roy a enregistré son septième album The Road Ahead Is Golden, sorti en France le 9 juin en digital et le 23 juin en disque.

    Jon Middleton et Roy Vizer, accompagnés de leur troisième comparse Louis Sadava, proposent une folk musicalement durable, dans les onze titres authentiques de The Road Ahead Is Golden. Jon and Roy nous baladent dans un paysage artistique qui sent bon les voyages, la recherche de la paix intérieure et les grands espaces : "I’m heading for the other side / Where the light is always right / Where we don’t have all these heavy plights / And the loving overrides" (The Better Life).

    Jon and Roy parlent de liberté, d’honnêteté et de cette difficulté à être soi-même, nous obligeant à être dans une course vaine et sans fin : "You're dragging on like wintertime / Rolling through the rubble on your mind / Back in your knowing place / With a weapon you don't want to waste but hey / Now you're on the ground and running" (Runner).

    Pas de chichis pour un groupe qui ne s’embarrasse pas d’artifices ou de technologies : instruments acoustiques, voix posée, mélodies travaillées avec soin. Il est connu qu’il n’y a rien de plus difficile que la simplicité. Mission remplie donc pour le groupe canadien. Jon Middleton affirme ceci : "Nous avons travaillé vraiment dur pour cet album, bien que tout soit arrivé très vite."

    Les successeurs de Nick Drake imposent un pop-folk durable et qui a vocation à durer. Du moins, Jon and Roy s’y emploieront dès cet été, grâce à une tournée en Europe. Ils seront d’ailleurs en concert au Festival Rock Les Bains le 13 août prochain. Pour reprendre le titre de leur dernier album, la route est dorée pour les Canadiens de Jon and Roy.

    Jon and Roy au Festival Rock Les Bains, Plombières-les-Bains (88), le 13 août 2017
    http://jonandroy.ca

  • Lavie, mode d'emploi

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    Oren Lavie, le grand public l’a découvert cette année grâce au duo qu’il forme avec Vanessa Paradis pour la chanson Did you really say no?, le premier titre de Bedroom Crimes. Cette perle musicale initie un album folk d’une belle cohérence, à la fois mélancolique et léger, porté par une vraie voix de crooner.

    Oren Lavie a déjà plusieurs vies derrière lui : homme de lettres et philosophe israélien, écrivain jeunesse (The Bear Who Wasn’t There), dramaturge (Sticks and Wheels en 1997), animateur pour la télévision (chez Jimmy Kimmel), youtubeur (Her Morning Elegance a été vu par plusieurs dizaines de millions d’internautes et est présent dans Bedrrom Crimes avec une nouvelle version), compositeur de musiques de films (pour Le Monde de Narnia) et, bien entendu, auteur et chanteur. Bedroom Crimes est une nouvelle facette d’un artiste aux multiples facettes, fascinant et attachant. Tel un opéra pop, ce concept album se divise en deux actes, aux titres se répondant mutuellement et se faisant écho. Ces titres sont autant de scènes, ponctuées par des d’intermèdes, les trois "sonates sentimentales" (Sonata Sentimental #1, #2 et #3).

    Dans le titre phare Did you really say no?, Oren Lavie permet à Vanessa Paradis de s’illustrer comme rarement, avec une grâce solaire : "Were you happy as a child? / Saw you dancing in the breeze? / Baby baby on the floor / What did you come here for? / Did you really say no?"

    À ce duo, vient répondre directement, plus loin dans l’album, le très réussi The Passion Song, à l’instrumentation soignée à la Tindersticks et à la voix caressante : "Did you really say No? / Well, I thought you meant yes / There were shadows in your hair / There were flowers on your dress / And the flowers grew wild / And the shadows grew thin / You were happy as a child / Dancing in the wind."

    L’artiste israélien mise sur des mélodies soignées, le timbre chaleureux de sa voix tout en nuances et quelques instruments – piano (Sonata Sentimental #1 - You’ve changed), guitares (Note to Self), cordes (Did you really say no?), ou cet ensemble jazzy réduit pour la reprise de Her Morning Elegance.

    Dans Look At Her Go, Oren Lavie ose toutefois, avec réussite, l’électro pour un titre enivrant, sombre et mystérieux : "Look at her go she was oh so sweet / Bringing apples and flowers and things / to eat / Oh such beautiful flowers / Sweets to devour / She’s pretty and soft / He’s perfumed and showered.

    Autopsy Report est un autre titre phare du disque, à l’engagement plus sombre, plus gothique, plus sophistiqué aussi. Oren Lavie prouve dans cette chanson tout le soin qu’il met à ses textes : "Second victim on her back / Yellow hair dyed Auburn Black / Cause of death: a slow decay / Time of death: was every day / Spray a drop of your perfume / Watch the flowers, now in bloom / There’s a stranger in your room? / Baby baby made no sound / Saw your body hit the ground / Oh no… Oh No..."

    Bedroom Crimes, qui est aussi le sous-titre de la deuxième Sonata Sentimental, s’avère l’album d’un écorché vif pour qui l’amour n’est pas la bluette innocente mais une arme mortelle (Autopsy Report) qui fait de nous des assassins ("Tell now, my sweet / Am I bleeding on the sheets? / Guilty of a crime / Committed in my sleep? / Crimes we commit / Moving underneath the sheets," Sonata Sentimental #2: Bedroom Crimes). La séparation, l’incompréhension et la douleur : en crooner mélancolique, Oren Lavie fait l’autopsie du sentiment amoureux, dans ce qu’il a de plus lumineux ou de plus sombre :"The dark uncovers us / And under the covers / Lying Second hand lovers / Tonight" (Second hand lovers). Voilà ce qui constitue le mode d’emploi et d’écoute d’un album passionnant.

    Oren Lavie, Bedroom Crimes, Sony Music A+LSO, 2017
    https://www.orenlavie.com

  • Mon mec à moi

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    Bla Bla Blog s’était intéressé à Alka lors de la sortie de son premier album La Première Fois.

    La chanteuse et actrice vient de sortir un nouveau single, Mon Mec, en duo avec Philippe Katerine, en attendant sans doute un deuxième album. Alka Balbir et Philippe Katherine avaient déjà collaboré ensemble dans le film Gaz de France de Benoît Forgeard.

    Mon Mec marque une collaboration à suivre. Après Benjamin Biolay, pour La Première Fois, c’est auprès d’une autre grande figure de la chanson française, Philippe Katerine, qu’Alka poursuit son petit bonhomme de chemin.

    "Suprême Alka"
    "Alka à l’Élysée"

  • Où es-tu, Berry ?

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    On avait quitté Berry en 2012, avec l’album Les Passagers. La chanteuse avait choisi le fil conducteur du voyage pour des chansons délicates et pudiques, portées par une voix caressante, l’une des plus belle sans doute de la scène française. Est-elle revenue de ses voyages ? Où est-elle aujourd’hui et quelle est son actualité ?

    Il convient au préalable de faire quelques rappels sur la carrière de Berry, commencée en 2008 avec un premier album, Mademoiselle, remarqué par la critique et le grand public. Disque d'or, il a été suivi de plusieurs centaines de concerts en France comme à l'étranger (Brésil, Corée du Sud ou Serbie). Mademoiselle ce sont 10 joyaux musicaux que la chanteuse a sculpté avec ses acolytes Manou et Lionel Dudognon.

    L’univers de celle qui a commencé sur les planches de théâtre est déjà là, dans des chansons intimistes, mélancoliques et non sans noirceur, portées par une orchestration soignée et une voix claire et chaleureuse.

    Le disque s’ouvre sur le morceau qui donne son titre à l’album : Mademoiselle c’est le portrait d’une jeune femme d’aujourd’hui, plus tout à fait adolescente, pas encore adulte ("Mademoiselle / J’ai des secrets / Des choses que je sais / Que je tais / Un vieux bubble gum / Qui colle à la peau / Comme un homme"). Ce premier album allie la grâce à une sombre mélancolie. La musicienne sait transformer une balade amoureuse en déchirant chant d’adieu (Plus Loin), nous faire voyager avec Las Vegas dans un road-movie dans l’Amérique fantasmée du cinéma de Martin Scorcese, Terry Gillian (Las Vegas Parano) ou des frères Cohen. Berry sait jouer avec l’impudeur et impudeur (Belle comme Tout), toiser et mépriser avec élégance (Enfant de Salaud) et parler du bonheur éphémère (Le Bonheur) comme des combats quotidiens (Demain ou Chéri).

    Qautre ans plus tard, le deuxième disque de Berry, Les Passagers, a pris contre-pied son public. Avec le même raffinement et la même fragilité, l’artiste a construit un album sur le thème du départ et du voyage. Cette cohérence, assure l’artiste, n’est qu’une succession d’heureux hasards et d’intuitions. Pour Les Passagers, Berry a embarqué ses deux musiciens complices de Mademoiselle jusqu'à New York puis Paris, après une série d'enregistrements dans le Centre de la France (le Berry ?).

    International, ce deuxième disque l’est jusque dans les influences et les collaborations artistiques : l’arrangeur brésilien Eumir Deodato, Johan Dalgaard pour les claviers, l’ex Taxi Girl Daniel Darc ou l'auteur et compositeur hawaïen Troy Von Balthazar (Chokebore). Ces collaborations tous azimuts apportent des couleurs incomparables à un album qui n’a pourtant pas eu le même succès que Mademoiselle.

    Les Passagers mérite d’être redécouvert et réévalué pour sa richesse et son souffle : l’ouverture pop de Si Souvent, les guitares acoustiques des Mouchoirs blancs, le piano sobre de Ce Matin ou la touche country de Like A River, l’orchestration dense et bouleversante de Partir Léger ou la facture brésilienne de Voir du Pays. La chanteuse française assume tout autant l’influence de Serge Gainsbourg, notamment avec le parler-chanter du titre Brune, aux accents de You’re Under Arrest. Birkinienne, Berry l’est dans l’envoûtant For Ever, l’un des meilleurs tires de l’album, porté par une guitare easy-listening, des paroles mâtinées de franglais et toujours cette voix irrésistible.

    L'artiste a construit un deuxième album dépaysant, à la fois sombre et lumineux. La voix cristalline et délicate de Berry nous parle de départs, de voyages éphémères ou définitifs, de ruptures amoureuses (Les Mouchoirs blancs), de besoin de fuites (Non Ne Le Dis Plus) et de cette mort qui nous attend au tournant (Partir Léger). L’auditeur devient voyageur, sur les traces d’une Berry, plus américaine que jamais.

    Aujourd’hui, où est-elle, alors qu’aucun nouvel album ne se profile à l’horizon ? La réponse à cette question est dans le calendrier de ses tournées, en France comme à l’étranger. Berry se produira en effet les 12 et 13 juin 2017 à l'Européen, avant de s’envoler aux États-Unis au Nouveau Mexique (Taos) et à Chicago. Nous voilà rassurés.

    Berry, en concert à l'Européen, les 12 et 13 juin 2017
    Berry, Mademoiselle, Casablanca Records, 2008
    Berry, Les Passagers, Casablanca Records, 2012

    http://www.casadeberry.com

  • Foutu caractère indomptable

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    Sombre et attachant est l’univers de Camicela qui a fait du violoncelle, son instrument fétiche, le compagnon de chansons intimistes, dures et fragiles à la fois. Elle nous slame, dans le premier titre de son EP Parfois Si Sombre, être "en perte de repères / Pour ne pas perdre pied." Et d’ajouter : “J’ai mes sens qui partent en vrille / Mon corps qui me renie / La folie est l’essence même de mon être / Ma lâché elle aussi / Je sais plus qui je suis" (Parfois Si Sombre).

    "Foutu caractère indomptable" que cette musicienne qui sait utiliser le plus classique des instruments – le violoncelle – dans des chansons hyper actuelles, personnelles et gothiques.

    Une artiste d’aujourd’hui, Camicela l’est assurément. L’influence de Camille est présente dans le titre Tu sais. La voix juvénile accompagne le violoncelle, tel un fil conducteur faisant vibrer cette chanson faussement enlevée. La musicienne nous parle de rupture, de l’abandon et de la recherche de soi : "Depuis que la vie m’a fait faux-bond / J’ai perdu la raison / Après ces longues discussions / Avec mon esprit défiant / Mon cœur mon âme mes démons / C’est la vie qui m’a fait faux-bond."

    Dans Tempete, titre électro-pop, l’artiste laisse son instrument fétiche au second plan, au profit de claviers cristallins très 80’s, donnant à cette histoire d’amour déçue l’allure d’un chant funèbre. : "Je resterais figé / Chaque jour que la vie fait / Le long de ce rivage / Où tu es parti faire ce voyage / Je te suivrais à l’horizon / Je crierais ton nom."

    Les premières notes de Venins sonnent comme un slam interprété lors d’un concert de musique de chambre, avant que Camicela ne s’aventure sur un air de habanera : "Tu as soif de ce venin malsain / Tu en as besoin / Il te comble sans fin / Je te le dis / Et sans moindre dédain / Prends garde à toi." Camicela, nouvelle Carmen nourrie au classique comme à la musique urbaine, serait-elle cette femme fatale à l’instar de l’héroïne de Bizet ?

    Sans doute. L’artiste serait donc définitivement cette grande et sombre romantique. C’est du moins ce qu’elle montre dans le dernier titre de son EP, Poivre Et Sel, un morceau sombre et bouleversant à la mélodie entêtante : "Poivre et seul / Sans ami sans amant / Sans désir d’avenir / Pas sans toi / Poivre et sel / sans envie dans le temps / Avec seulement / L’espoir que tu reviennes vers moi." Impossible de ne pas flancher à l’écoute de cette "histoire sans lendemain" qui parle d’un idéal qui ne reviendra plus : "Des heures à voir ce reflet / Reflet de mon visage incertain / Des jours des mois des années / Reflet de notre histoire sans lendemain." Camicela chante ces chagrins éternels et nous parle du choix de "passer à côté d’histoires poivrées et d’histoires salées", "quitte à venir vieille et folle / Échevelée et sans dent."

    Rien que pour ce titre, le dernier EP mérite la découverte de cette foutue fille au violoncelle, indomptable et déchirante.

    Camicela, Parfois Si Sombre, Label #14 Records, 2017
    Page Facebook de Calmicela
    http://diese14.com

    © Camicela
    Photo © Marie Furlan 

  • Persona grata

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    Edgär c’est Simon & Garfunkel dopés à l’électro. Le duo français s’invite en persona grata dans un univers pop-folk revisité. Venus d’Amiens, Antoine Brun et Ronan Mézière, à la composition, se livrent dans une osmose de voix quasi parfaite et nous offrent un premier EP Persona, qui est à découvrir en ce moment.

    Dans le premier titre Two Trees, les musiciens nous offrent une ballade planante, au point que rarement l’expression "techno psychédélique" n’a aussi bien porté son nom. L’auditeur saluera la précision de ce premier morceau minéral, tout comme sa légèreté musicale. Les voix ne font qu’une, s’entremêlent et s’envolent dans des arabesques zen.

    On retrouve la même facture cristalline dans The Painter. La rythmique y est cependant plus soutenue. Les deux nordistes imposent un titre éthérée et aérien, avec chœurs, cordes et bien entendu ces deux voix venues d’ailleurs.

    Teacup est le retour à de la pop-folk plus traditionnel. Les ordinateurs sont partiellement remisés au profit d’une guitare sèche et des voix plaquées plus sobrement.

    Edgär c’est l’électro à visage humain : un duo venu d’ailleurs et une sorte de chaînon manquant entre Simon & Garfunkel et la scène électro française.

    Edgär, Persona, Elegant Fall Support, 2017
    En concert le 1er juin au Petit Bain, Paris, avec Vanished Souls et Pamela Hute

  • Exclusivité Bla Bla Blog : rencontre avec le groupe Wild Times

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    Bla Bla Blog avait parlé sur ce site de Wild Times et de leur EP, The Wanderers. Nous vous proposons de découvrir les quatre garçons de ce groupe de rock au son irrésistible, rugueux et sans concession.

    Bla Bla Blog : Pouvez-vous vous présenter ?

    Antoine : 32 ans, je suis le chanteur de Wild Times. Augustin est mon petit frère donc ce groupe c’est aussi un peu une histoire de "bromance". Je suis réalisateur et c’est notamment moi qui ai réalisé le clip de notre premier single, The Wanderers.

    Pascal : j'ai 37 ans (le doyen du groupe !) je suis né à Marseille et fait mes études à Aix-en-Provence à l'ECV (Ecole de Communication Visuelle). J'ai un master 2 en communication visuelle et je m'occupe donc de l'image du groupe. Mon métier est créateur d'identité visuelle et travaille en free-lance. Je suis le bassiste du groupe Wild Times et je joue de la musique depuis mes 13 ans.

    Augustin : Moi j’ai 29 ans, je suis le plus jeune du groupe, au coude à coude avec Théo le batteur, mon but c’est de le dépasser mais ça ne va pas être simple... Pour ma part, je suis ingénieur du son, compositeur de musique, à l’image et guitariste dans Wild Times. Passionné par le son depuis toujours je travail à mon compte et a monté mon propre studio de musique. Je suis également diplômé d'un master en communication.

    Théo : Je suis Théo, le batteur du groupe, 29 ans et originaire de Paris, ville dans laquelle j’ai eu la chance de grandir et de rencontrer les membres du groupe. J’ai commencé la batterie après m’être essayé au piano et mettant rendu compte que cet instrument n’était pas ma vocation. En 2004, en internat dans un lycée, j’ai eu l’opportunité de pouvoir découvrir et pratiquer la batterie très régulièrement. Après quelques années et beaucoup d’indulgence de la part des mes premiers auditeurs, j’ai commencé à prendre du plaisir en jouant de cet instrument, pour finalement m’en passionner. En 2006, je rencontrais Augustin et Antoine, avec qui nous fondions Wild Times. J’ai fais des études d’ingénieur du son, pour finalement me diriger vers les métiers de la communication digitale, que je combine avec Wild Times.

    BBB : De quand date le groupe ? 

    Augustin : Wooo, depuis sûrement trop longtemps…

    Antoine: le groupe a eu différentes formation, même si le noyau est le même depuis le début. Mais en considérant qu’Augustin et moi jouons de la musique ensemble depuis notre enfance, le groupe ne date pas d’hier ! Non sérieusement, le groupe tel qu’il est aujourd’hui, dans sa composition et dans le message, la couleur que nous voulons partager, le groupe a trois ans environ. C’est à ce moment -là que nous nous sommes retrouvés pour poser les bases des premier morceaux estampillés Wild Times.

    BBB : A quelle occasion s’est-il formé ? 

    Antoine: Je crois que la première occasion que nous avons eu d’enregistrer quelque chose était un de mes courts-métrages pour lequel Augustin et Theo ont créé la bande originale. Puis, on a eu besoin d’y ajouter une voix et c’est moi qui m’y suis collé. Et, petit à petit, on ne s’est plus quitté.

    Théo : En 2006, Augustin et moi on s’est rencontrés au lycée, et on a décidé de jouer ensemble. Très vite est née une vraie envie de composer des morceaux et d’aller plus loin qu’un simple loisir. À la suite du court métrage, Augustin décide de proposer à Antoine de s’essayer au chant dans cet embryon de groupe. Quelque-chose se passe, on est bien ensemble, le travail nous passionne. Des morceaux maladroits naissent, l’envie de progresser est là. Un an plus tard, Pascal vient nous voir en concert, dans un petit bar à Oberkampf. Coup de cœur réciproque pour ce bassiste, qui décide de nous rejoindre. Wild Times est né.

    BBB : Quels ont été les premiers temps forts de ce groupe ?

    Augustin : J’ai rencontré Antoine le second jour de ma vie je pense, donc oui moment très fort !

    Antoine : non, moment très décevant et troublant pour moi, le jour de notre rencontre : j’ai du apprendre à "partager" et ça m’a pas trop fait kiffer.

    Théo : Plus sérieusement, en 2007, le groupe à migré à Bruxelles car Antoine partait suivre des études de cinéma. Pendant un an, nous avons bossé la musique nuit et jour, c’était fou !

    Antoine : Oui c’était un vraie chance pour nous. Nous avons vécu, l’année qui suivait, de beaux concerts aussi, notre meilleur souvenir pour le moment c’est peut être le Divan du Monde.

    Pascal : Oui le Divan du Monde c’était top, et notre dernière Flèche d’or aussi. C’était rempli, le public était vraiment super !

    BBB : Qu’avez-vous fait avant Wild Times ? 

    Antoine : Avant Wild Times, nous avions sorti un EP sous un autre nom, PHOTO, sur le label Sober & Gentle, notamment connu pour son travail sur Cocoon, Mother Of Two, Hey Hey My My ou encore les Kids Bombardos. C’était une super expérience et nous avions signé pour un album avec Sober. Mais malheureusement le label a subi la crise du disque et a dû mettre la clé sous la porte juste avant notre entrée en studio. On s’est donc retrouvés sur le carreau et on a dû prendre les choses en main pour que cet album puisse voir le jour. On a donc monté notre propre label, sobrement appelé Wild Times Record, et avons eu la chance de collaborer avec Antoine Gaillet, Freddy Lamotte et l’exceptionnel Florian Monchâtre. Sans eux on aurait rien pu faire. On leur doit tout.

    BBB : De quels artistes vous sentez-vous proches ?

    Pascal : Contre toute attente je ne vais citer aucun bassiste ni musicien, mais un courant artistique qui pour moi est le plus rock de tous : ce sont les dadaïstes. Leur anti-conformisme et leur vision de toutes les formes d'arts m'ont appris à aimer des choses diverses et variées, à critiquer et à me poser de vraies questions. Ce sont les papes de la liberté de la pensée, de la liberté de créer.

    Augustin : Tous les membres du groupe écoutent des choses éclectiques. Ça peut aller du jazz au métal en passant par le rock et le reggae. Notre musique s'inspire d'une somme d'artistes ou de groupes qui sont parfois aux antipodes les uns des autres. Ça ne nous fait pas peur, tant que c’est beau et que ça nous touche. Je pense que c’est ce qui fait de Wild Times un groupe en quelque sorte "transgenre" avec, avant tout, des choix sentimentaux assumés qui créaient une cohérence entre paroles et musique.

    Antoine: Je vais quand même citer celle dont je suis amoureux depuis toujours : PJ Harvey, qui pour moi est la quintessence de la pureté rock, de l’engagement, de la poésie.

    WILD_TIMES_BD_16.jpgBBB : Quelles sont vos influences musicales ? 

    Antoine: C’est toujours une question difficile… Well well well… Évidemment, il y a Radiohead qui met tout le monde d’accord et qui nous a bercé depuis notre adolescence. Évidemment, tout le rock des années 70 même si je dois avouer que c’est très rare pour moi d’en écouter en ce moment. Je suis d’avantage à la recherche de nouveaux sons. Parmi eux, entre autres, la prêtresse PJ Harvey dont les deux derniers albums sonnent comme rien d’autre. Ce sont des ovnis, un mélange de musique folklorique anglo-saxonne, de rock, de troubadours : indéfinissable. Sinon gros coup de cœur pour Royal Blood avec leur premier album, l’ensemble de la discographie d’Arcade Fire, Foals mais aussi les deux premier album de PVT, Portishead…

    Théo : Mes influences musicales sont très diverses. J’aime beaucoup l’électro minimale berlinoise, le dub, le rock, la pop, le classique. Si je devais emporter trois disques sur une île, je prendrai sans hésiter : Opus Incertum de High Tone, Hail to the thief de Radiohead, et An Awesome Wave d’ Alt-J.

    BBB : Quelle musique écoutez-vous en ce moment ? 

    Augustin : Pour ma part le dernier gros coup de cœur que j’ai eu c’est Balthazar, quand je dis coup de cœur, c’est assez fort. Ça n’arrive qu’une fois tous les deux ou trois ans. Sinon, actuellement j’ai écouté The Smiths ce matin ou découvert le dernier Phoenix.

    Théo : J’écoute beaucoup Angus & Julia Stone en ce moment, Balthazar et Foals.

    BBB : Avez-vous des auteurs ou des livres fétiches ? 

    Pascal : Mikhaïl Boulgakov, auteur Russe. J'ai lu toute son œuvre : c'est juste gigantesque, dont Le Maître et Marguerite que j'ai lu au moins six fois, et que découvre à chaque lecture. Un grand manifeste pour la liberté des artistes et un gros coup de gueule contre le conformisme.

    Antoine: le roman le plus dingue que j’ai lu c’est Roman avec Cocaïne d’Agueev, un auteur russe dont c’est le seul roman, et qu’il a écrit anonymement. C’est incroyable : l’histoire de la montée du soviétisme, en parallèle avec l’addiction croissante d’Agueev pour la cocaïne. Rien avoir avec Trainspotting ou des livres sur la drogue : c’est l’histoire de la Russie. J’aime beaucoup aussi André Gide, Les Faux-monnayeurs étant son chef d’œuvre. Agueev me fait beaucoup penser à lui. Ils ont la même façon de se livrer sans filtre, en total transparence, le meilleur comme le pire.

    BBB : Pouvez-vous nous parler de films, d'expositions ou de livres qui vous ont marqués ou qui influencent votre travail ?

    Antoine: Deux films m’ont particulièrement marqués et ont été réalisé par le maître des maîtres, Mikhaïl Kalatozov, un réalisateur russe beaucoup trop méconnu. Les deux films dont je parle et que tout le monde doit voir sont Quand Passent Les Cigognes et Soy Cuba. Vous l’aurez compris, j’ai un petit faible pour la culture russe. Pour vous encourager à voir les films de Kalatozof, dites vous que Scorsese et Kubrick lui doivent énormément.

    BBB : Merci les Wild Times pour vos réponses.

    "La vie sauvage"