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Des envies

  • Marius et Fanny, l’opéra

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    Marius et Fanny, l’opéra jazz de Vladimir Cosma est un des événements musicaux de cette fin d’année. Pour célébrer l’amour, Marseille Jazz des cinq continents va mettre à l’affiche les 20 et 21 décembre l'opéra jazz du compositeur français, d’après les œuvres de Marcel Pagnol, Marius (1928) et Fanny (1931).

    Plus de 30 musiciens et chanteurs sont sur scène, dont Hugh Coltman, Victoire du Jazz vocal en 2017, Irina Baïant, André Minvielle, les Voice Messengers, le Big Band NDR de Hambourg et Tom Novembre, tous sous la baguette de Vladimir Cosma. L’homme a commencé sa monumentale carrière auprès de Michel Legrand. Il a travaillé avec des figures du jazz comme Stan Getz ou le trompettiste Chet Baker. Il est intarissable sur les grands ensembles comme celui de Dizzy Gillespie ou de Count Basie. C’est dans cet amour du Jazz qu’est née l’amitié avec Roger Luccioni, fondateur du Marseille Jazz des 5 Continents et contrebassiste. Leur lien a accompagné la création de l’opéra Marius et Fanny à Marseille, tout comme son lien avec Marcel Pagnol, lui qui a composé la musique de La Gloire de mon Père et Le Château de ma Mère.

    Il n’est pas d’histoire d’amour plus marseillaise que celle de Marius et Fanny, l'idylle légendaire entre la jolie fille d’Honorine, la marchande de poisson du Vieux-Port et de Marius, le fils de César, le cafetier du Bar de la Marine. La vie va séparer ceux qui s’aiment à la folie. Marius ne songe qu’à la mer et aux îles lointaines. Fanny accepte de le laisser partir. Cette histoire dramatique a parcouru le monde, faisant connaître à travers le monde la plus ancienne ville de France. Aujourd’hui, cette tragédie prend vie sur scène et en musique. Les amateurs verront une analogie avec Porgy & Bess, l’opéra de George Gershwin composé en 1935 qui a inspiré de nombreux jazzmen dont Miles Davis.

    L’histoire de Marius et Fanny se donnera à voir au Silo de Marseille les 20 et 21 décembre prochain.

    Marius et Fanny, opéra jazz de Vladimir Cosma
    D’après l’œuvre de Marcel Pagnol, avec Thierry Lalo à la direction musicale

    Avec Tom Novembre, Hugh Coltman, Irina Baïant, André Minvielle
    Et The Voice Messengers, avec le Big Band NDR de Hambourg

    Le Silo, Marseille
    Les jeudi 20 décembre et vendredi 21 décembre 2018, 20 heures
    https://www.marseillejazz.com

    Voir aussi : "Marseille a fait son cinéma pour la 29ème fois"

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  • Le Graceland de Mariama

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    La pop ne mourra pas tant qu’elle saura se renouveler, comme le démontre Mariama, dans son dernier album Tears and Sweat. Il y a bien sûr la voix, chaude, souriante et sucrée, servant une pop à la fois rigoureuse et colorée. C’est une world music cool et sans cesse en métamorphose que propose la chanteuse originaire de Sierra Leone : s’y jouent des influences tour à tour mainstream (Raindrops), pop-rock (The Name Of The Game), folk (Never Mind), reggae (Lover’s Dub), funk (Coffee And Wine), voire avec des influences sixties (Stop).

    On se ballade dans Tears and Sweat à la manière d’un jeu de piste musical : un vrai kaléidoscope pour un album aux rythmiques africaines irrésistibles (Summer In My Heart Again). Mariama, que l’on pourrait trop facilement cataloguer comme artiste world, est avant tout une inventeuse de sons, ne se refusant rien, pas même le talk-over et l’électro (In The Wrong Places).

    Sur les pas de Paul Simon

    Un titre illustre le savoir-faire de cette authentique magicienne : Grains Of Widom est une vraie réussite pop, tout en relief et en mouvement. Il semblerait que Mariama marche sur les pas de Paul Simon et de son légendaire et inégalable Graceland (1988). La musicienne s’est entourée d’un très beau monde – Manuel Schlindwein (Selah Sue, Patrice, Akua Naru ou Cody Chesnutt) ou l’Allemande Denyse Kynd – mais aussi d’une armada d’instruments de toutes origines (claviers, basses, balafons du Burkina ou guitares guinéennes) pour pousser des portes et nous entraîner à courir pieds nus à travers le monde : Dancing Shoes ne serait-il pas fait du même cuir que le Gumboots de l’ex de Simon & Garfunkel ?

    À l’écoute de Love, Sweet and Tears, nous redevenons ces gosses innocents, rieurs et piailleurs à l’écoute d’un album qui crie à la joie, l’échange et la découverte de l’autre. La balade I Can’t Help Myself – Hard To Explain nous entraîne dans une Afrique à la vitalité revigorante. Mais l’Occident n’est pas en reste, comme le prouve la reprise du standard Nature Boy de Nat King Cole que l’on redécouvre dans une version folk et minimaliste.

    Des moments comme celui-ci, pour paraphraser un des quatorze titres de l’album, ne sont certainement pas oubliables. Tiens, et si on réécoutait le Graceland de Paul Simon ?

    Mariama, Love Sweet and Tears, Rising Bird Music, 2018
    https://heysite.io/mariama/raindrops
    https://www.facebook.com/mariamamusic

    Voir aussi : "Fiona Monbet a plus d’une corde à son archet"

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  • À la recherche du diable perdu

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    Roman ou autofiction ? On serait bien en peine de caractériser le dernier opus de Kim Chi Pho, Le Clos des Diablotins (auto édité chez Amazon). L’auteure elle-même se refuse à définir le vrai du faux, et, en vérité, ce n’est pas cela le plus important.

    Kim Chi Pho signe, avec Le Clos des Diablotins, la suite des aventures de Linh Chao, ou Mademoiselle Numéro 11, qui est aussi le titre éponyme de son précédent livre (Amazon, 2017). Numéro 11 : comme la onzième enfants d’une fratrie de 12 frères et sœurs d’origines chinoise et vietnamienne, expatriés en Belgique durant les années 70. Le Clos des Diablotins est ce quartier dans la banlieue de Bruxelles où Linh Chao passe ses jeunes années.

    Kim Chi Pho fait se dérouler l'essentiel de son dernier roman à Paris, de nos jours, dans le contexte d’une enquête judiciaire qui concerne  Kamel Abdoul, un ami d’enfance. Linh Chao, une mère élevant seule ses deux filles, le croise par hasard dans un métro, alors que celui-ci se prépare à perpétrer un acte terroriste. Cela fait-il du Clos des Diablotins un roman noir et un thriller ? Non, car Kim Chi Pho ne met pas au centre de son intrigue cette enquête, pas plus que les motivations de son diable d’ami.

    Ce qui intéresse l’auteure est le rapport aux racines et au déracinement, comme à la manière de se construire dans un pays qui n’est pas le nôtre : que l’on pense, par exemple, à la découverte du climat belge pour des petites vietnamiennes qui n’avaient connu que des temps tropicaux : "Ma sœur numéro Neuf et moi portions des tongs. Le froid sciait nos pieds ainsi que le ferait la scie d’un bûcheron. La douleur s’amplifiait quand ils devenaient gelés."

    Des dialogues piquants

    Kim Chi Pho ne noircit pas la pauvreté, pas plus qu’elle ne la magnifie : les souvenirs de Linh Chao sont ceux d’une enfance précaire mais où la débrouillardise, la solidarité et la soif de s’en sortir rythment des existences malmenées. Pour cette auteure belge aux origines vietnamiennes, l’humour est une réponse sèche au racisme. Kim Chi Pho n’est jamais aussi douée que lorsqu’elle se lance dans des dialogues piquants : "Putain, Linh ! Tu me fais chier avec tes « pourquoi ? » T’es vraiment con ou tes yeux sont trop bridés pour voir ? — Mes yeux bridés t’emmerdent connard !"

    Le lecteur se ballade dans un livre ne ressemble à rien d’autre : le thriller devient autofiction et récit d’apprentissage sur le thème de l’identité. Derrière le voile de la pudeur, les dialogues enlevés et aussi l’autodérision, se cache une profonde mélancolie, lorsqu’il est par exemple question de ces amis disparus, comme tombés dans des limbes : "La disparition mystérieuse de Rosa fit naître dans mon imagination d’innombrables scénarios macabres, entre autres celui dans lequel les parents de Joerg la découpaient en mille morceaux, puis les jetaient dans le lac Léman."

    Et voilà comment ce qui devait être une enquête sentimentale se transforme en quête mentale où la poésie n’est jamais absente : "Je suis liée à la lune comme les liens qu’elle tisse avec les marées. Souvent, au moment de mettre mes enfants au lit, je leur raconte les histoires que je connais sur la lune ; quelquefois, je les invente. Bulle préfère ma version, celle d’une petite fille abandonnée qui se transforme en loup-garou et dévore les méchants avant de rejoindre sa nouvelle famille à la Vallée-aux-Loups."

    Kim Chi Pho, Le Clos des Diablotins, Amazon, 2018, 273 p.
    www.facebook.com/mademoisellenumero11

    Voir aussi : "Alice Zeniter et les trois âges de la vie"

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  • Trahisons et cachotteries

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    Parmi les onze nouvelles de Son Carnet Rouge, publié par Tatiana de Rosnay en 2014, neuf avaient fait l’objet d’un précédent recueil, Mariés, Pères de Famille (1995). Son Carnet rouge, titre bref et énigmatique – et qui est aussi celui d’une des histoires –, s’avère plus fidèle que Mariés, Pères de Famille. "Fidèle", comme le thème de ce recueil qui entend, contrairement à la précédente version, mettre les femmes au centre du jeu – et non plus les maris.

    L’adultère est décliné à travers neuf histoires tour à tour cruelles, cyniques, drôles ou tragiques. Les protagonistes de ces récits ? Le plus souvent des femmes, des mères de famille soit trompées (La Clé USB) ou suspectes d’être trompées (La jeune Fille au Pair), soit elles-même infidèles (Son Carnet rouge).

    Tatiana de Rosnay s’empare de ce sujet sulfureux, mais pas de la manière que l’on penserait : chez elle, pas d’idylles amoureuses, de cinq à sept ou de scènes torrides (si l’on excepte un passage cocasse dans « Toki-Baby ») mais des constats. Les personnages du Carnet Rouge sont au bord du vide plus que dans le brasier d’une relation sexuelle. Ce qui est en jeu est l’après, le bilan, les conséquences et, finalement, la responsabilité dans ces histoires de cachotteries et de trahisons.

    Dans la nouvelle qui porte le titre du livre, la découverte d’un journal intime met au jour la déliquescence d’un couple. Dans Le Bois, l’auteure suit un homme dans plusieurs de ses nombreuses aventures avec des prostituées, jusqu’à l’entrée en scène de l'épouse trompée. La Brune de la Rue du Ranelagh est cette mystérieuse femme qu’un mari visite régulièrement et dont son épouse apprend l’existence.

    La vie du couple subit de sérieux coups de canif

    La vie du couple subit, tout au fil de ses onze nouvelles, de sérieux coups de canif : il est d’abord question de mensonges, de dissimulations, de secrets, voire de mépris pour le pas dire de détestations et de haines ("Guy est irréprochable. Il est d’un ennui mortel. Que faire, à part le tromper, ce qui est le cas depuis belle lurette ?", Son Carnet rouge).

    Le retour de bâton est souvent terrible dans ces histoires de personnages cocufiés : ici, c’est la réaction d’une future "ex-femme" lors de la découverte d’un cheveu suspect (Le Cheveu) ; là, c’est la vengeance toute romanesque d’Hunter, une étudiante humiliée par un professeur pour le moins goujat (Le Mot de Passe). L’infidélité est terrible mais Tatiana de Rosnay a l’art d’en parler avec une sorte de détachement, voire avec un humour tout flegmatique, à l’exemple de la conversation entre Marie et Marguerite dans La Jeune Fille au Pair.

    On trouvera dans Hotel Room la marque de la romancière dans cette histoire de rendez-vous secret se transformant en drame insurmontable. Du beau suspense, comme Tatiana de Rosnay sait en faire dans ce recueil vif et acide.

    Tatiana de Rosnay, Son Carnet rouge, éd. Héloïse d’Ormesson, 2014, 190 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Juste un moment d’égarement"

     

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  • Fiona Monbet a plus d’une corde à son archet

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    C’est en contrebandière que la violoniste Fiona Monbet entend faire sa place dans le domaine du jazz : par des voies détournées – la valse, le tango, le classique ou la musique celtique – et le moins que l’on puisse dire est que la musicienne a plus d’une corde à son arc pour y réussir.

    Prenez l’entrée de ce formidable album qu’est Contrebande : Valse, à l’introduction faussement surannée, prend rapidement l’auditeur à contre-pied. Fiona Monbet, accompagnée des autres solistes qu’il faut absolument citer – Pierre Cussac à l’accordéon, Antoine Boyer à la guitare et Damien Varaillon à la contrebasse –, insuffle, dans ce premier titre, ce qu’elle connaît sans doute le mieux : du jazz manouche irrésistible. C’est là qu’il fait préciser que la violoniste a fait ses gammes auprès de Didier Lockwood, une filiation évidente dans son deuxième album mais sans doute aussi très douloureuse quelques mois après le décès de ce dernier.

    La bande à Fiona Monbet s’empare de son deuxième opus comme on prendrait d’assaut des forteresses farouchement tenues. Celle du classique, à cet égard, est le plus éloquent. L’adaptation cool et langoureuse du Bess, You Is My Woman Now de George Gershwin marque une forme de renaissance de l’opéra Porgy and Bess. Le violon de Fiona Monbet se déploie avec virtuosité et passion, offrant à Gershwin, le plus jazzy des classiques, l’un des plus beaux hommages qui soit.

    Autre hommage : celui d’Astor Piazzolla. Cette fois, la violoniste s’attaque au tango. Vaste entreprise. Après Astoria 16, une timide entrée en matière dans l’univers de l’Argentin, Fiona Monbet s’attaque à Tango, un titre qui mériterait de figurer dans les meilleures anthologies. La première écoute ferait penser à une revisite du répertoire d’Astor Piazzolla. Seulement, là comme souvent, il faut s’intéresser aux crédits : Tango est en réalité une création originale, écrite par Antoine Boyer. Surtout, retenez autant son nom que celui de Fiona Monbet ! Violoniste diabolique, technicienne hors-pair et artiste écorchée vive, la jazzwoman, mais aussi compositrice de plusieurs extraits, colore de rouge et de noir un titre au rythme de tango d’abord timide puis s’imposant dans un dernier mouvement sensuel et fatal. Forcément fatal.

    Violoniste diabolique, technicienne hors-pair et artiste écorchée vive

    Contrebande sait alterner morceaux de bravoure et titres moins enlevés, voire très intimistes (Luiza, Mélissande ou le sobre et délicat L’Aveu). Fiona Monbet sillonne sans peur sur des mers peu communes au jazz manouche. Luiza, la reprise du standard d’Antonio Carlos Jobim, nous amène du côté du Brésil. Dans Irlandalou, "A" Song et Smoly Market, cette fois c’est vers la culture celte, matinée de country ("A" Song) qu’il faut se tourner, une culture que la musicienne franco-irlandaise connaît bien et qu’elle dépoussière avec un enthousiasme communicatif. C’est une vraie danse que cette "chanson A" lorsque Tango l’était finalement si peu ! Smoly Market, est dopé par des influences flirtant avec les traditions yiddish et balkaniques, le répertoire classique (des oreilles attentives reconnaîtront quelques mesures du 3e mouvement du 2e concerto pour piano de Rachmaninov), mais aussi le contemporain.

    À ce sujet, on félicitera Fiona Monbet et son équipée d’offrir l’expérience d’une grande modernité avec Mélissande, ballade à la fois gothique et lumineuse servie par un quatuor au diapason.

    Maintenant, un dernier conseil puisque nous approchons des fêtes : si vous souhaitez offrir à la personne que vous aimez un album cool, original et classe, vous avez sans doute trouvé ici l’idée de l’année. Mais je ne vous ai rien dit.

    Fiona Monbet, Contrebande, Crescendo / Caroline France, 2018
    En tournée à la Salle Des 4 Saisons, Le Touquet, le 27 décembre 
    Et au Sunside, Paris, les 28, 29 et 30 décembre 2018
    http://backstage-prod.com/fiona-monbet
    https://www.facebook.com/fiona.monbet

    Voir aussi : "Cinquante nuances de spleen"

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  • Elle s'appelait Anna

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    Il n'est pas exagéré de dire que La Mémoire des Murs (publié une première fois chez Plon en 2003, avant sa réédition chez Héloïse d’Ormesson cinq ans plus tard) peut être considéré comme le chaînon manquant entre Le Voisin (2000), un de ses thrillers psychologiques les plus percutants, et Elle s'appelait Sarah (2011), qui a fait passer Tatiana de Rosnay dans une toute autre dimension littéraire. La Mémoire des Murs, Le Voisin et Spirales (2004), font partie de cette trilogie noire hitchcockienne, définitivement close avec la sortie du succès international qu’est Elle s’appelait Sarah.

    Pourquoi "chaînon manquant" ? L'auteure rappelle dans sa préface datant de 2008 qu'elle a entrepris l'écriture de son best-seller sur la rafle du Vel D'Hiv sitôt la publication de La Mémoire des Murs – même si deux autres ouvrages se sont intercalés entre, Spirales et Moka. Dans La Mémoire des Murs un passage est singulièrement consacré à cet événement de l’Occupation lorsque Pascaline, le personnage principal, découvre le passé familial tragique de Rebecca, une des victimes du tueur en série évoqué : "Rue Nélaton. Il ne subsiste rien du Vél d'Hiv. C'est une annexe du ministère de l'Intérieur qui le remplace, une sombre bâtisse moderne qui mange tout un côté de la rue. En face, des immeubles anciens, datant de 1890, de 1910. Des immeubles qui ont tout vu de la rafle. Des immeubles qui devaient se souvenir. Il m'a semblé que les bâtisses dans mon dos exsudaient une tristesse indicible, et qu'il n'y avait que moi pour capter leurs stigmates. Il n'y avait que moi pour écouter et comprendre la mémoire des murs."

    Mais revenons à ce roman et son intrigue qui peut être définie comme une forme "d’archéologie du mal." Pascaline est une informaticienne brillante et bosseuse, fraîchement divorcée. Outre que cette séparation a laissé des traces indélébiles, elle la contraint à chercher un appartement. Elle en trouve un, a priori "parfait", mais qui, à l’instar de ce qui se passe dans Le Voisin, l’empêche de dormir. Elle apprend très vite que son angoisse est liée au logement qu’elle vient de louer : quelques années plus tôt, une jeune femme, Anna, a été violée et tuée par un tueur en série.

    Archéologie du mal

    Pascaline finit par quitter l’appartement, transformée et bouleversée. Elle se découvre, suite à une conversation avec sa mère, une hypersensibilité aux lieux : "J'ai toujours été attirée par les maisons, les appartements, leurs secrets,.leurs mystères. Comment, lorsqu'on entre dans un endroit, on peut s'y sentir merveilleusement bien ou, au contraire, horriblement mal. Je ne parle pas de fantômes, d'apparitions, simplement de la sensation puissante qu'une demeure peut exercer sur vous, malgré vous." Tourmentée par cette expérience, qui la renvoie à un lointain passé de son enfance, Pascaline entreprend une sorte de pèlerinage sur la trace des sept victimes du tueur en série : Anna, mais aussi Gisèle, Marie, Sabrina, Adeline, Olivia et Rebecca (un prénom qui renvoie bien entendu à la célèbre héroïne de Daphné du Maurier). L’informaticienne brillante et lucide - parce que "sans imagination," précise-t-elle - s’enfonce bientôt dans une quête sur le mal, au risque de sombrer elle-même dans la folie.

    Tatiana de Rosnay raconte dans la préface de La Mémoire des Murs sa propre expérience qu'elle a romancée pour ce thriller : "Un jour, j’ai su, par une voisine prolixe, qu’un tueur en série notoire, Guy Georges, avait assassiné sa première victime en 1991 dans un immeuble qui jouxtait pratiquement le mien… J’ai compris avec une sorte de stupéfaction horrifiée que quelqu’un vivait là, dormait là, dans ces murs marqués par le crime. Comment était-ce possible ?"

    Les lieux ne sont jamais neutres, ils transmettent le vécu de leur propriétaire, assène l’auteure au fur et à mesure de ses livres. Tatiana de Rosnay continue d’arpenter les rues de Paris sur les traces de femmes ordinaires confrontées à des tragédies indicibles, avec toujours en filigrane des lieux de vie. Pascaline est l’une de ces héroïnes malmenées par la vie mais aussi les hommes. Elle se transforme en investigatrice tourmentée et obsédée par les meurtres d’Anna et des autres, des meurtres aussi incompréhensibles que le crime contre l’humanité du Vel d’Hiv : "Comment se fabriquait le mal ? Dès la rencontre entre le spermatozoïdes et l'ovule? Dès l'embryogenèse ? dès la première heure, embusqué derrière le front plissé d'un nourrisson ? Ou venait-il plus tard, charrié par les pulsions de la puberté, du ressentiment, de la solitude ?"

    En se tournant vers Anna et les autres victimes, Pascaline interroge sa propre expérience tragique, son propre passé et ses propres deuils. Voilà qui rend La Mémoire des Murs cruel, bouleversant et d’une incroyable noirceur : "Les murs se souviennent, toujours."

    Tatiana de Rosnay, La Mémoire des Murs, éd. Héloïse d’Ormesson, 2008
    Le Livre de Poche, 2010, 153 p.

    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Ne dors pas ma belle"
    "Juste un moment d’égarement"
    "Je viendrai te chercher"

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  • Changez-vous, mademoiselle

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    Parlons de Bastien Vivès, dont le talent que Bla Bla Blog a salué à plusieurs reprises (Le Goût du ChloreUne Sœur ou Amitié étroite) a été terni par le scandale de Petit Paul, un ouvrage catalogué comme pornographique. Ce n’est pas de cette bande dessinée dont il sera question ici mais d’une autre, Le Chemisier (éd. Casterman), qui vient de remporter le prix Wolinski de la BD du Point.

    Séverine est étudiante en Lettres et vit avec Thomas, un geek sympathique mais un peu distant. Pour arrondir ses fins de mois, la jeune femme fait du baby-sitting pour les Marguet. Un soir, leur fille dont elle s’occupe, Éva, tombe malade et vomit sur Séverine. Revenu plus tôt de soirée, le père de la fillette propose à l’étudiante de se changer avec un chemisier de sa femme. Avant de rentrer chez elle, Séverine lui propose de rendre le vêtement très vite. Contre toute attente, non seulement l’étudiante ne trouve pas le moyen de rapporter le fameux chemisier, mais en plus elle finit par ne plus pouvoir s’en séparer. Sa vie s’en trouve bouleversée.

    Rhomérien

    Bâtir une histoire sur un simple chemisier et tirer le fil d’une intrigue naturaliste et minimaliste jusqu’au bout : on retrouve-là le génie de Bastien Vivès, un rhomérien s’aventurant, d’une certaine manière, sur un terrain fantastique – et érotique.

    Le chemisier emprunté par Séverine n’est pas qu’un banal vêtement de soie, certes impeccablement taillé ; il s’agit aussi d’une seconde peau qui métamorphose la sage et sérieuse étudiante en femme devenue soudainement visible, irrésistible et au centre de toutes les attentions.

    Bastien Vivès, comme souvent, ne s’embarrasse pas de longs dialogues. La bande dessinée se fait plus cinématographique que théâtrale, avec un travail sur les plans que toutes les écoles de bandes dessinées devraient montrer à leurs étudiants. Pour Le Chemisier, les visages sont un peu plus dessinés que dans les albums précédents. Le visage de Séverine parvient à être traversé de mille émotions, des émotions mais aussi des émois qui n’ont été rendus possibles que par la grâce d’un banal chemisier.

    Bastien Vivès, Le Chemisier, éd. Casterman, 2018, 204 p.
    http://bastienvives.blogspot.fr

    Voir aussi : "Les meilleurs amis du monde" 
    "De la piscine comme univers métaphysique"
    "Dans la chaleur du Morbihan"

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  • Klervia, une Bretonne à Paris

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    Une première question en introduction à cette chronique : qu’est-ce que cette "cage dorée" dont parle Klervia dans son dernier clip ? Pas la peine d’être un critique de Télérama pour lire dans ce nouvel opus l’histoire d’un amour rêvé, un cri du cœur et un appel : "Et moi j’attends devant ta porte fissurée / Je veux m’endormir avec toi / Même s’il n’y a pas d’or là bas / Sans promesses ni pourquoi / Sans contrats ni coups bas."

    Bla Bla Blog pourrait-il s’avancer sur une autre interprétation de ce nouveau single ? Se pourrait-il que Klervia n’ait pas imaginé ce titre pop-folk en pensant à cette cage dorée que pourrait être Paris ? Car voici une artiste tout droit venue de Bretagne – avec une marinière en guise de signature pour cette native de Plougastel-Daoulas – naviguant, dans le clip réalisé par Pydjhaman, à Paris : Seine, métro, station Cité ou au pied de la cathédrale Notre Dame. La Cage Doré est un titre dans lequel, plus que le récit d’un homme désiré, pointe la nostalgie d’une femme partagée entre deux régions.

    Voilà qui rend le personnage de Klervia d’autant plus attachant. Et si je vous que la musicienne est également astrophysicienne (la jeune femme tient un blog sur l’espace et les étoiles), voilà qui devrait vous convaincre de suivre sa carrière.

    Kervia, Cage dorée, septembre 2018
    http://klerviamusic.fr
    http://lafilledanslalune.fr

    Voir aussi : "L’étoile mystérieuse"
    "Sônge d’une nuit d’électro"

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  • Nantes est assez grand pour réunir trois continents

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    Le Festival des 3 Continents de Nantes ouvre ses portes le mardi 20 novembre pour une semaine. Mais quel est au juste ce festival pour celles et ceux qui ne le sauraient pas ?

    Créé il y a 40 ans, le Festival des 3 Continents est dédié aux cinémas d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine. Pour célébrer sa 40e édition, le festival propose un état des lieux du cinéma contemporain, associant un livre et un programme de 40 films balisant le paysage cinématographique des trois continents depuis le tournant des années 2000.

    Parmi ces quarante films, les organisateurs proposeront de revoir À l'Ouest des Rails de Wang Bing, Inland de Tariq Teguia, La femme qui est partie de Lav Diaz et de redécouvrir entre autres le très attendu La Flor de Mariano Llinas.

    Le programme Taipei Stories rassemble des films de différentes périodes de l'histoire du cinéma taïwanais. Il révèle, à travers les récits et les esthétiques de générations successives de cinéastes taïwanais, les transformations de la ville. Seront entre autres présentés Taipei Story de Edward Yang, La Fille du Nil ou le plus confidentiel Cheerful Wind (1981) de Hou Hsiao Hsien, mais aussi des inédits et raretés. Douze films comme autant de gestes traçant le portrait singulier de la métropole et du cinéma taïwanais lui-même. Le réalisateur taïwanais de Vive l'amour, Goodbye Dragon Inn et Your Face – son dernier film inédit en France – donnera une masterclass le dimanche 25 novembre au Lieu Unique.

    Depuis 2010, le Festival des 3 Continents propose chaque année un programme thématique ouvert à tous les publics mais pensé d'abord pour les collégiens et lycéens. Sous le titre Des frontières et des hommes, ce programme veut aussi réfléchir la capacité du cinéma à traiter d'une question éminemment contemporaine. Huit films seront ainsi proposés. Parmi eux, Le Havre de Aki Kaurismäki, Bashu, Le petit Etranger de BahramBeyzai, le méconnu Soleil Ô de Med Hondo dans sa version restaurée, Kelly de Stéphanie Régnier, ou encore L'héroïque Lande, la Frontière brûle de Elisabeth Perceval et Nicolas Klotz. Des séances seront également destinées aux enfants (dès quatre ans) et aux familles, avec la projection notamment des Contes Persans, du Garçon et le Monde de Alê Abreu et de Bonjour de Yasujiro Ozu.

    Après Israël, Durban, Agadir, Durban, Bangkok et Taipei au cours de l'année, le Festival des 3 Continents accueille son 19e atelier nantais de formation aux outils de la coproduction internationale. Six projets de longs métrages ont été retenus, venant du Népal, de Colombie, du Mozambique, d'Indonésie, du Bangladesh, et du Mali-Niger.
    Rendez-vous donc cette semaine à Nantes qui poussera ses murs pour réunir pas moins de trois continents.

    Le Festival Des 3 Continents
    20 au 27 novembre 2018 à Nantes
    Ouverture du festival le 20 novembre 2018 au Théâtre Graslin
    Avec Oiseaux de Passage de Ciro Guerra et Cristina Gallego
    Colombie-Danemark-Mexique / 2018 / Diaphana distribution
    Soirée de Palmarès le 27 novembre 2018 au Grand T
    Avec, en clôture, Tel Aviv On Fire de Sameh Zoabi
    Israël-Luxembourg-Belgique-France / 2018 / Haut et Court distribution
    http://www.3continents.com/fr

    Voir aussi: "Rock in Nantes"

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  • Vous n’aurez pas ma maison et mes souvenirs

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    Rose, de Tatiana de Rosnay, est à la fois un livre à part dans sa bibliographie en même temps qu’un roman très cohérent par rapport au reste de son œuvre. À part car il s’agit – et c’est inhabituel chez elle – d’un récit historique se déroulant dans le Paris du Second Empire ; cohérent car l’écrivain franco-britannique continue de creuser ses réflexions sur l’importance des lieux et de la mémoire.

    Rose Bazelet est la narratrice de ce roman épistolaire. Elle s’adresse à son mari Armand, disparu quelques années plus tôt, alors que sa propre vie est en train de prendre un tour tragique. Nous sommes en 1869 et la capitale française est en train de vivre une transformation spectaculaire. De 1852 à 1870, le préfet de Paris, le Baron Haussmann, impose la modernisation de Paris : des rues et des immeubles anciens sont rasées au profit de boulevards aérés et rectilignes, des faubourgs sont absorbés faisant passer la capitale de douze à vingt arrondissements, la cité se dote d’un système moderne d’alimentation en eaux et égouts et des monuments sont construits (la gare de Lyon et celle du Nord, l’opéra Garnier, l'église Saint-Augustin ou la mairie du 13e arrondissement).

    Cependant, ces transformations voulues par Napoléon III ont leur côté sombre : des quartiers populaires entiers doivent être détruits, poussant des populations entières à l’extérieur de la ceinture parisienne ou dans des arrondissements éloignés. C’est cet aspect des travaux haussmanniens qui intéresse Tatiana de Rosnay dans son roman publié en 2011.

    À l’instar de Patrick Modiano, Tatiana de Rosnay s’est transformée en historienne et archéologue mentale

    Rose est le portrait d’une femme déterminée à ne pas quitter la rue Childebert, vouée à disparaître pour être absorbée par le boulevard Saint-Germain. "Jamais elle n’abdiquera" annonce en couverture l’éditeur. Cette veuve est en effet déterminée à préserver une demeure qui est bien plus qu’un lieu de vie : "Cette maison est mon corps, ma peau, mon sang, mes os. Elle me porte en elle comme j’ai porté nos enfants. Elle a été endommagée, elle a souffert, elle a été violentée, elle a survécu , mais aujourd’hui, elle va s’écrouler.C’est un combat à la David et Golitah que mène Rose, aidée de Gilbert, un misérable chiffonnier, et de la fleuriste indépendante et romanesque Alexandrine : sauver sa rue et sa maison des travaux du préfet Haussmann et, ce faisant, préserver cette mémoire des murs, un thème cher à l’auteur de Boomerang.

    Il n’est pas seulement question dans ce récit de nostalgie ou du refus de la modernité. La maison de la rue Childebert est importante pour la narratrice car c’est un lieu portant en lui des drames, un double deuil, des rêves mais aussi un événement secret (car il en fallait bien un dans ce livre de Tatiana de Rosnay!) que le lecteur découvrira dans les derniers chapitres. La question de "refaire sa vie" ailleurs, auprès de sa fille qui lui ressemble pourtant si peu, et trouver un peu de légèreté auprès de l’étonnante baronne de Vresse, n’a finalement aucun sens pour une femme qui n’a connu que sa demeure et sa rue, pour le meilleur et pour le pire.

    Pour parler de lieux disparus il y a 150 ans, à l’instar de Patrick Modiano, Tatiana de Rosnay s’est transformée en historienne et archéologue mentale. Celle qui prend plaisir à déambuler dans Paris, sa ville, part à la recherche de quartiers disparus. Elle fait naître ou renaître des lieux comme des personnages fictifs et imaginaires. Rose, c’est aussi la chronique de ces gens simples écrasés par la grande histoire et les puissants. Les grands événements (les trois glorieuses de juin 1830, la rencontre de Napoléon III et du Baron Haussmann et la transformation urbaine de Paris) rencontrent ces micro-événements qui font toute une existence (la naissance d’un enfant, la mort d’un autre et la destruction programmée d’une maison).

    Rose pourrait être un authentique roman écrit au XIXe siècle, d’autant plus que les références à cette époque jalonnent le récit, jusqu’au portrait cinglant du Baron Haussmann ("Le grain de sa peau légèrement mouchetée, son teint rougeaud, sa barbe drue et bouclée, son regard bleu et glacé. Il était large, un peu gras, avec des mains énormes.") Tatiana de Rosnay a pris le risque d’écrire un livre que l’on pourrait qualifier "d’anti-moderne" mais qui nous parle à nous, personnes du XXIe siècle, des lieux où nous vivons, des êtres que nous aimons et des morts que nous chérissons.

    Tatiana de Rosnay, Rose, éd. Héloïse d’Ormesson, 2011, 249 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre" 
    "Complètement à l'ouest"
    "Modiano : l'anti-Le Clézio"

     

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  • Dickens ou Poe ?

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    La France est une grande nation de court-métrages, sans aucun doute : ce secteur reste en bonne santé et symbolise la bonne santé de la création française d’après un rapport du CNC en 2017. Illustration avec Le Signal, un court tourné il y a deux ans et que Bla Bla Blog vous invite à découvrir.

    David Samic, à l’écriture et à la réalisation, étonne par son parti-pris comme le soin qu’il a porté à la mise en scène de cette adaptation d’une nouvelle de Charles Dickens. Au fait : Charles Dickens ou Edgar Allan Poe ? Il est vrai que cette histoire d’un aiguilleur obsédé par un fantôme le visitant régulièrement n’est pas sans rappeler l’auteur de Double assassinat dans la rue Morgue. Empoisonné par ce délire, l'homme se confie à un inconnu rencontré par hasard, Charles Dickens lui-même.

    David Samic a réalisé un court-métrage plus ambitieux qu’il n’y paraît. Les images de synthèse, utilisés astucieusement dans Le Signal, permettent de donner une facture onirique à un film tourné en costume d’époque. Il fallait oser. David Samic l’a fait.

    Le signal, court-métrage fantastique de David Samic, avec Cédrick Spinassou, Christian Balthauss, Emmanuel Martin, Suad Vrazalica et Athénais Reignier, France, 15 mn, 2016
    http://ciepfilm.wix.com/davidsamic

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  • Brol d’elle

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    "Bordel" ou "Bazar" : c’est la signification flamand du terme "Brol", le titre du premier album d’Angèle. Le brol, explique l’artiste belge dans une récente interview pour Elle, est ce qu’il y a dans son sac : " des clés, un livre, un paquet de chewing-gums, vide, une clé USB… Des choses pas forcément utiles, mais dont je n’arrive pas à me séparer, parce qu’elles rassurent..."

    Grâce à ce premier album aussi personnel et dérangé qu’un sac à main, le moins que l’on puisse dire est qu’Angèle est entrée avec fracas sur la scène musicale française. Quelques mauvaises langues ont parlé d’une pop facile et assez peu révolutionnaire. Mais c’est justement cette simplicité et cet esprit cash qui a permis à Angèle de trouver son public, et même un très large public. N’en déplaise à certaines critiques, la jeune artiste s’impose avec audace grâce à sa voix sans fioriture, son sens de l’autodérision, son franglais bien de son époque mais surtout sa qualité d’écriture.

    Prenez le titre qui l’a fait connaître, La Loi de Murphy. Sur cette chronique talk-over d’une journée de merde, il est à parier que quelques millions de jeunes filles reconnaîtront des situations qu’elles ont elles-mêmes vécues. Angèle se confie d’une voix exaspérée comme si elle s’adressait à de bons potes : "Puis là, c'est trop parti en couilles. Il y a d'abord eu la pluie : la loi de Murphy a décidé d'enterrer mon brushing. Un mec me demande son chemin : gentiment je le dépanne. En fait, c'était qu'un plan drague : ce con m'a fait rater mon tram J'en profite, je passe à la banque, je laisse passer mémé. Si seulement j'avais su qu'elle relèverait tous ses extraits de l'année, je l'aurais poussée et coincée dans la porte automatique." Que du vécu, à l’instar de Flemme, une autre tranche de vie bien ordinaire sur ces journées grises et maussades ("Laissez-moi tranquille / Ce soir, la flemme d'éviter les mauvais regards / Team jogging dans l'appart sans perdre mon portable, ma dignité, mes clés / J'suis dans un mauvais mood, je répondrai plus tard").

    Joli bazar

    Au-delà de ces confessions, Angèle est de notre époque et croque notre société du haut de son insolente jeunesse : la misère des réseaux sociaux (La Thune), le star-system (Flou), l’homosexualité (le délicat Ta Reine) ou le machisme avec Balance ton Quoi.

    On s’arrêtera d’ailleurs plus longuement sur ce titre. Balance ton Quoi s’écoute comme la contribution d’une artiste au mouvement #metoo. Il est aussi une pierre lancée contre le climat étouffant de misogynie jusque dans le milieu de la musique : "Ils parlent tous comme des animaux / De toutes les chattes ça parle mal / 2018 je sais pas ce qu’il te faut / Mais je suis plus qu'un animal / J'ai vu que le rap est à la mode / Et qu'il marche mieux quand il est sale / Bah faudrait peut-être casser les codes / Une fille qui l'ouvre ce serait normal." Quelques amateurs de rap apprécieront.

    Dans ce joli bazar qu’est Brol, Angèle s’impose comme une artiste parvenant, mine de rien, à se démarquer de ses consœurs de la pop. De sa voix fragile et tout en retenue, la chanteuse belge touche l’auditeur au plus près. Usant du "je" et du "tu" dans un souci de proximité et de connivence, Angèle décliné quelques jolis titres sur l’amour : amour inconditionnel (Nombreux), amour virtuel (Tes yeux), amour mort (Les Matins), amour empoisonné par la jalousie (Jalousie) ou amour impossible (Ta Reine).

    Brol serait-il un album au "bazar" rassurant mais pas forcément utile ? Ce serait oublier le résultat soigné qu’offre Angèle. Et puis, peut-on réellement dénigrer une artiste qui ose chanter avec autant de justesse et sans mièvrerie, en duo avec Roméo Elvis, la recherche du bonheur, du vrai : "Le spleen n’est plus à la mode, c’est pas compliqué d’être heureux" ?

    Angèle, Brol, Angèle VL Records, 2018
    https://www.facebook.com/angeleouenpoudre

    Voir aussi : "Jade Bird, Huh la la !"

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  • Le salon le plus sexy du monde s’apprête à débarquer à Paris

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    Le samedi 24 novembre 2018, la fine fleur de la littérature érotique se donne rendez-vous à La Bellevilloise pour mettre à l’honneur un genre souvent gentiment moqué, lorsqu’il n’est pas considéré avec mépris. Et pourtant, la littérature érotique a sans doute beaucoup à nous dire, notamment sur la société, sur les rapports hommes-femmes et bien entendu sur la sexualité.

    Débats, ateliers d’écriture, animations, jeux (dont Le Confessionnal, à, ne pas rater), lectures publiques et bien entendu rencontres avec des auteurs ponctueront la journée de cet événement que Bla Bla Blog suit et soutient depuis sa création en 2016.

    Les femmes seront largement représentées, et pour cause : depuis quelques années, elles dominent largement la littérature érotique et ont permis de donner un nouveau souffle à un genre qui avait tendance à mouliner les mêmes poncifs.

    Outre la présence de Brigitte Lahaie, aujourd’hui animatrice radio et directrice de collection aux éditions La Musardine, cette troisième édition du salon de la littérature érotique recevra la féministe Peggy Sastre (Comment l'Amour empoisonne les Femmes et La Domination masculine n'existe pas aux éditions Anne Carrière), Octavie Delvaux (Sex in the Kitchen, éd. La Musardine), Eva Delambre (Abnégation, Marquée au fer et L’Éveil de L’Ange aux éditions Tabou), Gala Fur (Dictionnaire illustré du BDSM, Les Soirées de Gala et Gala Strip aux éditions de la Musardine), Adeline Fleury (Petit éloge de la Jouissance féminine, Je, Tu, Elle, Femme Absolument), Maryssa Rachel (le sulfureux Outrage, par une personnalité de la dark romance), Julia Palombe (Au Lit Citoyens !, éd. Hugo & Cie), Stella Tanagra (Les Dessous de l’Innocence et Sexe Primé aux éditions Tabou), Guenièvre Suryous, l’illustratrice des Guides de Survie Sexuelle, sans oublier Céline Tran, directrice de collection aux éditions Glénat BD, auteure de Ne dis à Personne que tu aimes Ça (éd. Fayard), coach en sexualité et ninja à ses heures perdues…

    Coach en sexualité et ninja à ses heures perdues

    Les hommes ne seront pas en reste, avec Robin d’Angelo (Judy, Lola, Sofia & moi, éd. Goutte d'Or), Stéphane Rose (Kimberley, sa Vie, son Œuvres, éd. La Musardine) et Étienne Liebig (Le Sexe de la Musique, éd. La Musardine).

    Un an après le déclenchement de l’affaire Weinstein et du mouvement #Metoo, le féminisme et l’engagement citoyen risquent de dominer nombre de rencontres au cours de ce salon de la littérature érotique. Un extrait de la pièce de théâtre événement Sexpowerment, tirée du livre de Camille Emmanuelle, sera lu par Lisa Wiznia et Claire Assali à 17 heures. Un peu plus tard, Adeline Fleury viendra parler des femmes et du discours érotique. Le salon se clôturera par un show musical de Julia Palombe, Au Lit Citoyens ! D’autres conférences et animations ponctueront cette journée bien remplie.

    Intelligent, chaud, ouvert, drôle et polisson : voilà qui va faire de ce salon le plus sexy du monde, ou pas loin.

    Salon de la littérature érotique,le samedi 24 novembre 2018
    La Bellevilloise, 21 rue Boyer, Paris 20e , métro Gambetta, ligne 3
    De 15H à 21H, Prévente 10 € / Sur place 15 €

    http://polissonneries.com/le-salon-de-la-litterature-erotique-2018

    Voir aussi : "Le salon de l’érotisme sous le regard des modèles d’Alex Varenne"
    "Le salon de la littérature érotique remet le couvert"

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  • Let’s talk about dance, baby

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    Si vous fermez les yeux, Nola French Connection ressemblerait à ces groupes de brass-band réunis dans un quartier populaire de São Paulo ou de Port au Prince.

    Ça sent la rythmique caribéenne, le sang chaud latino-américain mais aussi la bande de potes vous invitant à danser sur des airs de salsa.

    Chercheurs de sons révolutionnaires, passez votre chemin : pas de prise de tête chez les Nola French Connection mais juste du boum-boum enfiévré, du cuivre chaleureux, des corps qui se collent, s'affolent et s’échauffent (Love ride) et des voix qui ne trichent pas et invitent à la fête (Turn it up).

    Le jazz n'est pas absent dans ce mini album (We good) aux accents Latinos. Serions-nous face à un New style comme le dit le dernier titre des NOLA French Connection ? Pas d’emballement, baby : viens, on déballe et on danse…

    NOLA French Connection Brass Band, NOLA French Connection, Fo Feo Productions, 2018
    https://www.facebook.com/nolafrenchconnection

    Voir aussi : "Cocktail Ginkgoa"

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  • La fleur au fusil

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    En ce jour de centenaire de l’armistice du 11 novembre 2018, comment ne pas parler de Jacques Tardi, dont l’œuvre s’est nourrie de l’histoire de la première guerre mondiale ?

    Le créateur d’Adèle Blanc-Sec offre avec son double volume Putain de Guerre !, co-écrit avec Jean-Pierre Verney, l’une des plus saisissantes fresques de la Grande Guerre et de ses poilus, ces soldats anonymes qui ont servi de chair à canon dans un conflit ahurissant d’horreurs.

    Putain de Guerre c’est l’histoire à la première personne d’un de ces fantassins parisiens partis sur le front. Tardi suit les pérégrinations de ce jeune homme, de son départ Gare de l’Est, la fleur au fusil, jusqu’aux grands champs de Bataille du nord et de l’est de la France.

    Écrit à la première personne, Putain de Guerre frappe d’abord par son texte écrit à la première personne : impitoyable, cynique, cruel, le discours est tout autant anti-militariste et pacifiste.

    La collaboration de Jean-Pierre Verney a été essentiel pour écrire un ouvrage de bandes dessinées où le noir et le rouge sont omniprésents et qui est aussi et surtout bourré de détails historiques. Un vrai chef d’œuvre.

    Jacques Tardi, Putain de Guerre !, deux vol.
    postface de Jean-Pierre Verney, éd. Casterman, 2008, 70 et 69 p. 

    https://www.casterman.com/Bande-dessinee/Auteurs/tardi

    Voir aussi "La seconde bataille de Verdun"

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