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Des envies •••

  • Guillaume de Baskerville en chair et en os

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    C’ est le site InfoGenova qui nous informe de cette séduisante adaptation italienne : Le Nom de la Rose d’Umberto Eco se retrouve sur scène au Teatro della Corte à Gênes. Le dramaturge Stefano Massini a réussi le pari presque impossible de transposer en chair et en os l’enquête policière, philosophique et religieuse de Guillaume de Baskerville et de son assistant Adso. Dans ce qui est devenu un classique de la littérature, l’ex-inquisiteur et son novice sont chargés de faire la lumière sur une série de crimes commis dans un monastère bénédictin du XIVe siècle. Rapidement, il s’avère que le mystère de ces meurtres est à chercher du côté de la bibliothèque et d’un mystérieux manuscrit.

    En 1986, Sean Connery incarnait le Sherlock Holmes franciscain dans une adaptation de Jean-Jacques Annaud qui fit date. Dans la mise en scène de Leo Muscato, c’est Luca Lazzareschi qui prête ses traits à Guillaume de Baskerville. Les créateurs présentent cette adaptation comme une fresque ambitieuse et engagée, ponctuée de "tableaux brechtiens." Leo Muscato décrit ainsi l’intention de ce projet artistique : " S'il est vrai que le cœur de cette œuvre d’Eco est la lutte acharnée entre, d’une part, ceux qui croient posséder la vérité et agissent par tous les moyens pour la défendre, et, d’autre part, ceux qui conçoivent la vérité comme la libre conquête de l'intelligence humaine, il est tout aussi vrai que ce n'est pas la foi qui est à remettre en question mais deux façons différentes de la vivre. L'une est tournée vers l’extérieure, l'autre vers l'intérieur. L’une est sérieuse, l'autre très ironique."

    Cette histoire de crimes, de foi et de rire sera à découvrir, en italien, à Gênes, du 17 octobre au 29 octobre 2017. En espérant qu’une adaptation française pourra être proposée elle aussi dans le futur.

    Il nome della rosa, adaptation du roman d’Umberto Eco par Stefano Massini
    Avec Luca Lazzareschi, Luigi Diberti, Eugenio Allegri, Bob Marchese et Giovanni Anzaldo
    Teatro della Corte - Teatro Stabile di Genova, Gênes, du 17 octobre au 29 octobre 2017

    https://www.teatrostabilegenova.it
    "Umberto Eco, un mélange"

    Photo © Alfredo Tabocchini

  • Sônge d’une nuit d’électro

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    Ça se passera à Penmarc’h dans le Finistère ce vendredi 20 octobre. Dans cette région du pays bigouden, plus habituée aux binious, bombardes et autres bagads, le Cap Caval accueillera la chanteuse d’électro Sônge.

    On avait découvert l’an dernier la jeune artiste aux Vieilles Charrues. La Quimperoise avait auparavant bourlingué plusieurs années en Europe du Nord – Belgique, Pays-Bas et Allemagne – avant de sortir son premier EP éponyme, fruit de rencontres et de découvertes musicales comme de son passage par le Conservatoire de Paris.

    Sônge c’est une électro mêlant pop, rap et Rn'B, à l’architecture impeccable et complexe (What Happened). La musicienne sait allier mélodies séduisantes et constructions rythmiques sophistiquées (Now). Sônge c’est aussi une voix venue d’ailleurs, dont les influences seraient à chercher du côté de Mia (Colorblind) ou de Björk (I Come From Pain).

    L’artiste devrait signer pour un futur album en 2018. Avant que Sônge ne crève définitivement l’écran, il ne reste plus aux chanceux traînant du côté de Penmarc’h cette semaine qu’à venir l’écouter en première partie du concert d’Isaac Delusion. Dans quelques années, vous pourrez dire : j’y étais.

    Sônge, en première partie du concert d’Isaac Delusion,
    salle Cap Caval, Penmarc'h, vendredi 20 octobre 2017 à 20h30

    Sônge, Sônge, EP, Parlophone, 2017
    http://www.songemusic.com

  • Le retour de la femme mimosa

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    2017 est décidément l’année "Barbara" : les 20 ans de sa mort, un concert et album hommage de Gérard Depardieu en début d’année, un biopic avec Jeanne Balibar et, ce mois-ci, la sortie d’un enregistrement inédit de la longue dame brune, Lily Passion.

    Inédit ? Lily Passion n’est pourtant pas inconnue. En 1986, Barbara jouait sur scène avec Gérard Depardieu un spectacle musical d’un autre genre que la chanteuse avait composé avec la collaboration de Luc Plamandon et de son fidèle accompagnateur Roland Romanelli. En 1985, elle avait enregistré une version studio qui disparut de la circulation et qu’elle rechercha jusqu’à sa mort, en vain. En 2013, soit cinq ans après son décès, dans le cadre d’un travail de remasterisation de ses archives, la firme Universal tomba sur de précieuses bandes mal étiquetées : le Lily Passion studio de 1985. Les pistes nécessitaient un important et minutieux travail de montage mais l’essentiel était là : la version studio du spectacle musical de Barbara, capital dans sa vie et dans sa carrière, pouvait voir le jour.

    Lily Passion conte l’histoire d’une musicienne poursuivie par un assassin blond, tuant à chacun de ses concerts, avant de laisser un brin de mimosa en guise de signature. Lily Passion c’est aussi l’aventure d’un couple maudit et ténébreux, dans lequel amour et mort se cofondent dans une série de danses infernales : "Pourtant cet assassin m’obsède / J’ai peur / Cet assassin me suit / Qu’il me suive ou qu’il me précède / Il tue / Je chante, je chante / Il tue" (Cet Assassin).

    Aux récitatifs et envolées lyriques de Gérard Depardieu dans le Lily Passion de 1986 vient répondre un album soigné qui n’a certes pas la fièvre de la captation publique de 1986, mais qui propose une série de chansons abouties. Exceptionnellement abouties.

    Les connaisseurs et fans de la longue dame brune remarqueront l’absence de plusieurs titres par rapport à la version de 1986 : Berlin, David Song, Campadile, Mémoire, mémoire et, symptomatiquement, Ma plus belle Histoire d’Amour. Par ailleurs, le récitatif autobiographique Ô mes Théâtres a droit à une une version resserrée et à l’état d’ébauche – 0,51 contre 5:50 pour la captation publique.

    On saluera la cohérence d’un album studio aux joyaux inoubliables et aux orchestrations soignées, avec Jannick Top à la basse, Richard Daguerre au piano mais aussi Richard Galliano à l’accordéon. La voix de Barbara est là, intacte et inspirée, pour "cette chanson plus longue que les autres."

    L’auditeur pourra trouver dans plusieurs morceaux de cette version studio (Lily Passion, Emmène-moi) la touche musicale des années 80, lorsque la vague des synthétiseurs balayait tout sur son passage. Pour être juste, il convient de préciser que l’écriture de Lily Passion au début de cette décennie correspond à un virage dans la carrière de Barbara. La chanteuse se fond dans son époque et dans la modernité, en même temps qu’elle se consacre corps et âmes à son public au cours de concerts devenus de véritables messes autour d’une artiste vénérée par ses fans. La double de la chanteuse le dit ainsi dans le titre Lily Passion : "J'entends la foule qui crie mon nom / Lily Passion, Lily Passion / Et j'entre dans la fosse aux lions / Pour m'offrir en immolation."

    Dans Lily Passion, d’autres titres ont une facture plus classique et plus acoustique : cordes, piano, ou bandonéon (Je viens, Bizarre, Tango indigo). Cet album studio, sorti vingt ans après sa mort, nous montre une Barbara fidèle à elle-même : sensible, mélodiste hors-pair, parolière inimitable et transportée par une histoire d’amour et de mort. Gérard Depardieu n’est pas de cet album studio, bien qu’il apparaisse en creux tout au long de Lily Passion : "P’tit voleur / Grand seigneur / Ils tireront / Ils t’auront / Ils diront qu’t’avait tort / C’est toi qu’a tiré d’abord" (Tire pas).

    Barbara étonne et séduit particulièrement dans Bizarre. La chanteuse se fait jazzwoman dans un titre cinématographique et mélancolique : "Il fait bizarre / Sur la ville / Trottoirs-miroirs / Sur la ville. / Des ombres lézards / Se faufilent / Et se glissent, agiles / Dans le brouillard / Indélébile."

    On sera moins étonné par le morceau le plus connu de Lily Passion, L’Île aux Mimosas, onirique, passionné et apaisé : "Et si tu m'avais cherchée, / De soir en soir, de bar en bar, / Imagine que tu m'aies trouvée, / Et qu'il ne soit pas trop tard, / Pour le temps qu'il me reste à vivre, / J'amarrerais mon piano ivre, / Pour pouvoir vivre avec toi, / Sur ton île aux mimosas."

    L’auditeur est happé par un des trésors de cet album : Tango Indigo. Barbara prend à bras le corps un titre virevoltant où se mêlent la passion, le jeu, la danse, la mort et la fin du monde : "On est comme deux évadés / Qui ne croient pas ce qui est arrivé / Après, je ne sais plus les paroles / Mais je vais t'en dire de plus folles / C'est l'histoire d'un assassin blond / Qui rencontre Lily-Passion." Tango Indigo se révlèle comme le titre le plus envoûtant et irrésistible de la femme mimosa, se livrant à corps perdu dans un album déjà légendaire et sorti de l’oubli par miracle.

    Barbara, Lily Passion, Mercury, Universal, 2017
    "Barbara et Depardieu par Depardieu"
    "Barbara et lettres et dessins inédits", Télérama, 7-13 octobre 2017
    Hors-série Barbara, Marianne, octobre 2017
    http://www.barbara-lesite.com

  • Tous Ochapito

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    Le festival Ochapito va remuer Lisieux du 4 au 7 octobre prochain. Au menu : des spectacles, du théâtre de rue, des performances, des expositions, des ateliers, des animations pour les enfants et surtout de la musique. Beaucoup de musique. Énormément de musique.

    Bla Bla Blog vous fait un point sur les artistes qui viendront souffler un grand vent de sons, de swing, de cool, de swing, de rêve et de cool.

    Mercredi , le festival démarre avec Fake, un groupe jouant à domicile un mélange de rock progressif, alternatif et indie, aux influences à chercher du côté d’Archive, Radiohead et Pink Floyd.

    Jaja, une formation caennaise très swing, avec un esprit big bang très actuel, dans lequel la guinguette vient se fondre amoureusement dans le hip-hop, le rock ou le jazz.

    Shifumi Orchestar : musiciens et jongleurs composent cette formation à sept têtes puisant dans le répertoire traditionnel russe, tzisane et yiddish pour des airs dingues et endiablés.

    La Caravane Passe c’est le groupe qui monte, qui monte, qui monte. Ils seront à Lisieux, eux aussi, ce mercredi soir à 22H30. Avec eux aussi ce sera le mélange des couleurs et des sons : rap, jazz, manouche et fanfare. 

    Jeudi 5 octobre, Jahen Oarsman, que certains comparent à Sting ou Ben Harper va certainement faire chavirer la ville, à l’occasion de la sortie de son cinquième EP, Water Lily.


    Natalia Doco, la plus argentine des Parisiennes, sait comme personne ensorceler avec un style onirique qui lui fait dire : "Je pense et je rêve moitié moitié."

    The Show : avec un tel nom, ce groupe peut nous promettre de la soul et du funk, de quoi réveiller quelques morts.

    Flavia Coehlo, une surdouée brésilienne, combine dans des mélodies solaires, les musiques traditionnelles du Nordeste, le reggae et le raggamuffin.

    Vendredi, Monkey To The Moon proposera un rock psychédélique et de space pop, avec des inspirations à chercher du côté de David Bowie, d’Oasis ou des Smiths.


    Mado & Les Frères Pinard ont battu le pavé et, plus de 300 concerts plus tard, viennent s’amarrer quelques heures à Lisieux pour un spectacle tzigane plein de nostalgie.


    Stanko Marinkovic, accordéoniste serbe, est une figure musicale de cette partie de l’Europe. Il va être une des grandes découvertes de cette édition d’Ochapito.



    Babylon Circus viendra éclabousser Lisieux de son talent vendredi soir, avec un répertoire puisant ses influences dans la chanson, le rock, le ska et le reggae.



    Le festival se clôturera avec une tête d’affiche d’anthologie. Manu Dibango, saxophoniste légendaire et figure hors-norme de la world music et du jazz. 

    The Goaties suivront, avec un punk rock normand décomplexé. 

    Emir Kusturica & The No Smoking Orchestra viendra clôturer cette saison d’Ochapito. Ce sera l’occasion pour le public de découvrir un groupe rock mythique et internationalement connu, mené par un artiste d’exception. 

    http://www.festivalochapito.com
    "Festival Ochapito, des spectacles plein Lisieux"

    "Des pass à gagner pour le festival Ochapito"

  • Polygame, mini-miss et autres créatures de Jarcamne

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    Sur la pochette de son premier album, L'Abri bus, Jarcamne déplie sa longue silhouette dégingandée dans un abribus, une rose à la main. Qui attend-il ? Sans doute son public, qui pourrait tomber sous le charme de cette nouvelle voix de la chanson : "Je suis heureux si ma chanson / Te plaît / Je voudrais plaire à tout le monde" comme avoue l’artiste dans J’veux pas grandir.

    Jarcamne est un vrai artiste de notre époque, partageant avec Philippe Katerine le goût pour l’autodérision. Il pourrait aussi être notre voisin poli et discret, le bon pote, le collègue de bureau bienveillant ou ce lointain cousin mystérieux et sensible : "Imbibé par la chanson française, je m’efforce de parodier, la majesté, l’excès, la peur, la douleur, la fragilité de mes semblables", affirme-t-il.

    Sensible, Jarcamne l’est dans sa manière de parler de sujets actuels et rarement traités : la polygamie (Le Polygame), l’environnement (Deux Mille Cent), le speed-dating (Speed dating), les élections de mini-miss (Mini-Miss), une marionnette obsessionnelle et plus vraie que nature (Plaie immobile) ou un jardin ouvrier (Le Jardin).

    L’air de rien, Jarcamne impose sa voix et un discours faussement naïf. Dans Deux Mille Cent, le réchauffement climatique est poétisé avec un faux-angélisme ("Les écosystèmes s’harmonisent / L’hiver ici c’est la banquise / Les ours en méditerranée passent leurs hivers à Saint-Tropez"), jusqu’à une chute inattendue mais pourtant pleine de bon sens : "À moins qu’en l’an deux mille cent / On soit aussi con qu’à présent."

    Il est également question d’engagement dans Mini-Miss. Jarcamne se fait cette fois l’observateur sévère, sur un air de samba, de ces défilés de "lolitas carnaval." Le musicien égratigne le miroir aux alouettes que sont les défilés d’enfants grimés en miss : "Maman rêve des affiches / Des shows télévisés / Papa en carriériste / Lolita en narcissique." Jarcamne a cette conclusion : "Miss est un truc pour les grands / Pas un jouet d’enfant / Pas besoin de carnaval / Pour t’aimer Lolita."

    Jarcamne sait se léger dans l’excellent Speed Dating, joyeuse valse sur le thème de la séduction, de la drague et du mensonge : "Séduire et convaincre / la clochette retentit / Sept minutes pour vaincre."

    Dans Le Polygame, son titre le plus provocateur, Jarcamne se glisse joyeusement dans la chambre à coucher d’un polygame. Les féministes hurleront à l’écoute des confidences d’un homme amoureux de plusieurs femmes et obligé de s’expliquer devant les autorités : "Messieurs, messieurs / Confusion, amalgame / Est-ce donc là un drame / D’héberger quelques âmes ?" Jarcamne construit une malicieuse chanson amorale, dans laquelle ce sympathique et "infâme" polygame nous parle autant de plaisir que d’hypocrisie : "Quand ils ont envoyé les képis à ma porte / J’ai compris qu’en voisin / J’avais fait des envieux."

    Il est encore question d’hypocrisies – et même d’hypocrisie à double détente – dans L’Héritage. Jarcamne raconte sur un air de jazz l’histoire à la première personne d’un héritage controversé, avec pour héros un grand-père décédé qui "avait une favorite de cinquante piges sa benjamine." Le "vieux lubrique", autrefois connu pour "sa morale et ses bonnes manières", dévoile d'outre-tombe sa double vie, déshéritant du même coup ses enfants au profit de sa maîtresse. Et voilà une famille unie et "pique-assiette" s’empoignant pour un héritage qui leur file sous le nez  : "Maman s’écrit : Ah la salope / Adieu chalet de Courchevel / Papa retrousse le fond de ses poches / Fini le coup de pouce mensuel."

    Plus sombre est le titre Les Crayons, le plus engagé sans doute puisque Jarcamne traite dans une ballade acoustique et mélancolique de l’attentat contre Charlie Hebdo : "Marianne lève-toi, ils sont devenus fous / Marianne lève-toi on ne meure pas à genoux."

    L’abribus, qui donne le titre de l’album, nous parle d’un lieu souvent ignoré, sans doute parce qu’il est omniprésent dans nos vies. Chez Jarcamne, l’abribus devient romanesque et poétique en ce qu’il condense et cristallise nos petites vies, nos espoirs, nos attentes ou nos amours : "Sous l’abribus le cœur serré / en attendant le 23 / Christophe rêve de la belle Aline / Mais de sa femme c’est la copine / Et le Christophe ne le sait pas / Sous l’abri pendant qu’il a froid / Sa femme en maîtresse saphique / Cajole l’Aline sur le sofa."

    Jarcamne sait nous croquer comme peu d’artistes :"Depuis l’enfance mon oreille a toujours été captivée par ces histoires plus ou moins banales de la vie, celles de Mam’selle Clio de Charles Trénet, du Tord boyau de Pierre Perret, ou de Ta Katie ta quitté de Boby Lapointe." De belles références pour un musicien qui fait de notre monde son terrain de jeu.

    Jarcamne, L’Abri bus, La Face B, 2017
    http://www.jarcamne.com

  • Valérian et Laureline, agents très spatiaux

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    Un peu plus d’un mois après sa sortie à grands frais, pourquoi ne pas revenir sur Valérian et la Cité des Mille Planètes ? Le dernier opus de Luc Besson, rêve d’enfant du réalisateur du Cinquième Élément autant que défi artistique et pari commercial, propose une adaptation du couple de SF le plus connu et le plus glamour de la bande dessinée.

    En collaboration avec ses deux créateurs, le dessinateur Jean-Claude Mézières et le scénariste Pierre Christin, Luc Besson propose de rendre justice à Valérian et à Laureline, dont les aventures ont été largement pompées par les créateurs de Star Wars. Le résultat : la plus grande superproduction française (197 millions d’euros), si grande que l’avenir de la société de production EuropaCorp dépend de la réussite ou de l’échec du film.

    Valérian et la Cité des Mille Planètes adapte l’histoire de L'Ambassadeur des Ombres (1975) et non pas la BD de 1971, L'Empire des Mille Planètes, dont le film de Luc Besson reprend une partie du titre.

    Nous sommes en 2740. Les agents gouvernementaux Valérian et Laureline sont chargés de récupérer un réplicateur – en réalité une charmante bestiole dotée d’un pouvoir de reproduction d’objets physiques, dont une étrange perle. Après le succès par nos agents de cette mission, le précieux réplicateur est amené sur Alpha, une base spatiale héritée de l’ISS et peuplée de 17 millions d’êtres vivants humains et surtout d'extra-terrestres. Mais des créatures jusque-là inconnues, venues de la mystérieuse planète Mül, viennent dérober le réplicateur et enlever, par la même occasion le Commandeur Filitt. Les agents Valérian et Laureline se lancent dans une course à la recherche de ces êtres fascinants et comme venus de nulle part.

    De mauvaises langues ont fait la fine bouche devant ce grand et beau divertissement populaire. Luc Besson sait faire ce qu’il sait le mieux faire : raconter une histoire, faire vivre ses personnages sans temps mort et aussi montrer que le cinéma français peut rivaliser avec les blockbusters américains. À n’en pas douter, voilà qui a fait grincer pas mal de dents outre-atlantique.

    Dane DeHaan et Cara Delevingne, dans les rôles respectifs de Valérian et Laureline, jouent le rôle d’agents spécieux et spatiaux en pleine forme. Ils cavalcadent, se battent, croisent des créatures extra-terrestres et extraordinaires et ne manquent pas de se chercher dans un jeu digne de "je t’aime moi non plus", avec une fin entendue dès le début. Une mention spéciale est décernée à Cara Delevingne – certes pas suffisamment rousse pour le rôle – pour son interprétation d’une Laureline courageuse, bravache et qui ne s’en laisse pas conter.

    À l’heure de l’écriture de cette chronique, après le flop de Valérian aux États-Unis et le succès au box-office français (4 millions d’entrées), les producteurs ont les yeux rivés sur la fréquentation en Chine, pour l’heure rassurante mais sans garantie d’une suite, pourtant déjà écrite par Luc Besson. Ce qui serait d'ailleurs fort dommage.

    Valérian et la Cité des Mille Planètes, de Luc Besson, avec Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Rihanna et Ethan Hawke, EuropaCorp, France, 2017, 138 mn, toujours en salle
    "Star Wars pris la main dans le pot de confiture"
    "Laureline et Valérian, bons pour le service"

  • À la merci de Fishbach

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    Après un ou premier EP réussi, l’étape vers un premier album peut s’avérer un piège... mortel. Fishbach, qui avait été chroniquée sur Bla Bla Blog, a brillamment passé l’épreuve avec À Ta Merci. Il est vrai que la native de Charleville-Mézières avait frappé fort avec ses premiers titres, dont le plus connu, Mortel, qui nous revient dans une version légèrement liftée.

    Avec À Ta Merci, on est pris au piège d’un album qui assoit un peu plus l’électro-rock tendu et hyper sensible de Fishbach.

    Les comparatifs au sujet de cette révélation musicale 2016 sont plutôt flatteuses : Catherine Ringer et Christine And The Queens sont régulièrement cités, à tort ou à raison. Fishbach puise sans complexe dans les années 80 (Le Château) pour offrir des titres rugueux et à vifs. La musicienne propose dans Éternité des rythmiques et un son rarement entendus depuis 30 ans, revivifiant par là-même le pop-rock français. Dans Le Meilleur De La fête, Fishbach nous entraîne dans un titre très new wave, qui nous parle de liberté et de fuite : "J’ai vu le meilleur de la fête / Vous qui dansez en stéréo / N’êtes que de vagues silhouettes / Tout est foutu dans mon cerveau."

    La chanteuse sait se faire mélancolique, à l’exemple d’Un Beau Langage, jolie balade à l’heure du 3.0 et des rencontres sur Internet : "Votre doux visage / Apparaît sur mon écran / Qui êtes-vous ? / C’est une belle image / Voyez-vous ? / J’ai lu tous vos messages / Mais vos paroles et vos mots doux / Je m’en fous."

    Y Crois-Tu peut s’écouter comme le titre phare de l’album. Il est aussi, sans doute, avec Mortel, l’un des tout meilleurs de l’artiste : "J’attendrai mille ans mon garçon / Je fais la guerre, j’ai mes raisons / Comme le vent sculpte un caractère / Je suis la vague mais pas la mère." Fishbach propose des textes finement travaillés, à l’exemple de Ma Voie Lactée : "Tu ne fais que lire / Dans la dentelle / Un avenir / Si loin de l'éternel / Je sais bien qu'un jour / Tu reverras la mer / Encore et toujours / Les hommes à la tempête."

    Un Autre Que Moi s’impose comme un vrai titre électro et le chant de combat d’une fille "élancée comme une panthère dans la fumée" : "Qu'ils nous retrouvent / On ne se rendra pas / Et qu'ils approuvent / J'ai jamais dit ça / Je découvre une autre que moi / On se retrouve dans un attentat."

    À Ta Merci a l’audace des albums à la noirceur somptueuse. Dans Feu, la chanteuse nous entraîne dans une crypte musicale pour un chant funèbre et amoureux, auquel vient répondre On Me Dis Tu, un titre enlevé sur la mort, écrit à la première personne, et non sans humour noir, par la grande faucheuse. Tout aussi gothique, il y a Invisible désintégration de l’univers, une audacieuse composition soutenue par un chœur venu d’outre-tombe.

    L’album se termine sur le titre qui lui donne son nom, À Ta Merci. Fishbach propose un morceau lumineux, fruit d’une artiste au romantisme sombre et sans concession : "Si je demeure à ta merci / Il n’y a pas l’ombre d’un souci / Je tombe… / Tu joues à la marelle / Mais n’atteins pas le ciel / Moi je n’ai plus vingt ans." Les mots sont placés avec justesse sur une orchestration d’une sobriété bouleversante, hypnotique et envoûtante.

    Le samedi 2 septembre, Fishbach viendra clôturer en beauté la septième édition du festival À la folie... Pas du tout !, au Monastère Royal de Brou à Bourg-en-Bresse

    Fishbach, À Ta Merci, Entreprise, A+LSO, 2017
    Fishbach au festival À la folie... Pas du tout !, Monastère Royal de Brou à Bourg-en-Bresse, samedi 2 septembre 2017
    Concert tout public à 20h30, dans le 2e cloître
    "Fishbach, jamais rien vu d'aussi mortel"

    © Fishbach

  • Renversante philosophie

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    "Du grec anagramma,renversement de lettres’, l’anagramme est un mot formé à partir des lettres d’un autre mot, placées dans un sens différent." Voilà ce que rappellent les auteurs Raphaël Enthoven et Jacques Perry-Salkow dans l’étonnant et renversant ouvrage de philosophie Anagrammes pour lire dans les Pensées (éd. Actes Sud).

    L’art combinatoire est utilisé par le philosophe et le professeur pour cerner d’une autre manière concepts et auteurs philosophiques. Voilà un biais amusant, inventif et déculpabilisant pour entrer dans une matière parfois obscure. Jeux de mot, jeux de l’esprit : "L’anagramme, avec ses piquantes métamorphoses, se joue de nous, se joue d’un monde rempli d’apparences trompeuses et... prometteuses" dit Jacques Perry-Salkow en introduction – avec une première anagramme, par-dessus le marché.

    Quel autre domaine que la philosophie se prête le mieux aux anagrammes ? Comme le rappelle Raphaël Enthoven, "tout philosophe est un innocent de haute lutte, un résistant, un homme du soleil qui persiste à tenir pour énigmatique l’univers qui semble aller de soi." L’anagramme peut se voir comme une construction littéraire cryptée, où chaque mot peut être dévoilé par un autre qui lui donnerait une nouvelle clé de lecture.

    Concepts et auteurs philosophiques voient leurs mots anagrammés : "la matière" devient "ma réalité", "l’épreuve de philo du bac" peut se lire comme "l’approche bleue du vide", "le dépassement de soi" permet d’avoir "le monde à ses pieds", quant à ces comportements inconscients que sont "les actes manqués", ils "cassent le masque."

    Ouvrage d’éveil à la philosophie autant que recueil ludique, d’ouvrage de Raphaël Enthoven et Jacques Perry-Salkow ouvre des sas de réflexion : "Carpe diem" ? "Ça déprime" répond son anagramme. "Le baiser du soir" offrirait la "libido rassurée." "L’allégorie de la caverne de Platon" rend compte de ce qu’est "le réel vacant le long de la paroi."Quant à la sempiternelle question sur "l’avoir ou l’être", le renversement de lettres nous donne cette proposition lumineuse : "L’or ou la vérité."

    Les auteurs nous offrent aussi quelques anagrammes engagés. "Le sectarisme", "c’est la misère", "la solidarité" égale "droit d’asile", "le Front National" serait "l’entonnoir fatale", "le populisme" une "simple loupe", "le réchauffement climatique" "ce fuel qui tâche le firmament" et "Daesh" "Hadès."

    Les philosophes ont aussi droit à leur anagramme. "Monsieur Blaise Pascal" est "ce simple roseau si bancal", "Maître Lao-tseu" "l’âme artiste" et "Emil Cioran" est identifié à "l’acrimonie."

    Subtil, brillant, petit joyau philosophique et artistique, les auteurs osent des inventions audacieuses et miraculeuses. L’une des plus belles anagrammes de cet ouvrage s’empare d’une citation des Pensées de Blaise Pascal :"L’homme n’est qu’un roseau le plus faible de la nature mais un roseau pensant" devient "Où est l’homme traînant sa peur, auquel Pascal, frêle et usé, donna un sens sublime ?"

    Renversant.

    Raphaël Enthoven et Jacques Perry-Salkow, dessins de Chen Jiang-Hong,
    Anagrammes pour lire dans les Pensées, éd. Actes Sud, 2016, 155 p.

  • Eva-Léa, la coureuse de rêves

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    Eva-Léa sort son premier EP en septembre prochain, avant une série de concerts à Paris. Qui est cette Eva-Léa ? Une fille d’ici et d’aujourd’hui qui, du haut de ses 27 ans, est bien décidée à faire une place au soleil sur la scène de la chanson française.

    Dans une pop acidulée aux délicates touches électroniques mais aussi 80’s, Eva-Léa propose six titres portés par une voix fraîche et posée avec une belle assurance.

    Dans Élégie, le premier titre que l’on pourrait qualifier d’"électro onirique", Eva-Léa ose, dans une veine gainsbourienne, une ode moderne et baudelairienne : “Le temps qui tonne et qui traîne me tue / Sous les nuages dans l’étang j’attends nue / Qu’un coup d’éclair me transforme en statue.

    Il est encore question d’influence de Serge Gainsbourg dans Baiser bleu. Portée par une instrumentation cristalline, la chanteuse emploie le parlé-chanté, cher à "l’homme à tête de chou", pour traiter de fantasmes et d’intoxication amoureuse, dans un texte précis comme un scalpel : "J’ai le compas dans l’œil je croque ta carrure / Avec toi je ne veux ni brouillons ni ratures / Ton regard de fusain nuit et jour à mes trousses / Là sur mes pages blanches je trace tes lignes en douce."

    Mais "l’intoxicated lady" sait aussi et surtout devenir une femme d’ici et d’aujourd’hui, comme elle le chante dans Je ne suis pas de celles : exigeante, sensible, libre (”Les qu'en-dira-t-on je les envoie valser”), une Carmen moderne qui serait éprise de séductions, de bonnes manières, de passions et de sensualités : “Je ne suis pas de celles / Qui se maquillent les yeux / Pour paraître plus belles / Mais pour pleurer un peu / Sans que ça ne se voie / Je tourne sur moi-même / Je m’arrêterai sur toi / Seulement si tu m’aimes.” Eva-Léa offre un magnifique titre sur la féminité, qui n’est pas sans faire écho à Je suis de celles de Bénabar, ce portrait d’une femme simple et paumée, caricaturant en creux son auteur. Aucune amertume ni trait grossier, par contre, chez Eva-Léa, femme jusqu’au bout des ongles : ”Je joue de mon talons / de mes talents cachés / À mes yeux du crayon / et les hommes à mes pieds.

    Mademoiselle Papillon, titre plus léger, s’adresse à une enfant par une sorte de grande sœur attentionnée et protectrice : "Ma jolie demoiselle / Mademoiselle Papillon / Moi je te ferai la courte échelle / Pour que tu captures un morceau de ciel.

    Dans Correspondance assurée, Eva-Léa s’engage dans une bossanova électro invitant l’auditeur au voyage et à la romance : Un jour sans crier gare / Tu seras là sur le quai / Évidence dans le regard / Correspondance assurée.

    Il est encore question de fuites dans le dernier titre Les Coureurs de rêves. Eva-Léa ne serait-elle justement pas une "coureuse de rêve” comme elle le chante elle-même ? Bien loin d’Élégie, la chanteuse parle de routines, de remords et des "manteaux ‘infortunes" : “Devant les journaux / Même refrain / Encore un café qui fume / Une journée de plomb de plus”. Il y a du Michel Berger dans cette réponse qu’offre Eva-Léa : "Si les coureurs de rêve / Ont une largueur d’avance / Au circuit du bonheur / C’est qu’au fond ils conservent / Le regard de l’enfance / Tout au fond de leur cœur.

    Eva-Léa est sans doute cela : coureuse de rêve, mais aussi fille d’ici et d’aujourd’hui, intoxicated lady, femme assumée, et bien entendu artiste à découvrir de toute urgence.

    Eva-Léa, premier EP, sortie prévue le 1er septembre 2017
    En concert le 16 septembre au SUNSET/SUNSIDE,
    le 17 octobre au Connétable (Paris)
    et le 25 novembre à La tête de chou (Paris),
    en compagnie de ses compères Florian Rousseau et Emmanuel Ducloux.

    https://www.difymusic.com/eva-lea

  • L'odyssée de Nicci, vers l'infini et au-delà

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    Je vous ai trouvé une lecture idéale pour cet été. Je ne vous parle pas de polars, de romans historiques ou d’une guimauve sentimentale. Non, l’un des musts pour cet été est de mettre dans votre valise un livre de fantasy, et de la bonne si possible.

    Terry Goodkind a signé L’Épée de vérité, un cycle de 15 volumes (sans les préquelles), bien connu des amateurs de fantasy. La Maîtresse de la Mort est le premier volume de son nouveau cycle, Les Chroniques de Nicci.

    Cette Nicci, aux lointains airs de Daenerys Targaryen et au doux surnom de "Maîtresse de la Mort", est une magicienne apparue avec L’Épée de vérité. Elle devient le personnage principal de cette nouvelle série de Terry Goodkind.

    Accompagnée du sorcier Nathan Rahl, un autre revenant du précédent cycle, la magicienne a été chargée par le seigneur Richard Rahl de visiter les limites de l’empire connu – et au-delà. C’est en diplomate vers des terres inconnues que Nicci entend aussi tourner une page de sa propre existence et retrouver "sa vie et sa liberté".

    Les voyageurs entament la mission par la visite de Rouge, une voyante réputée. Le sorcier se voit délivrer son Livre de Vie, sensé contenir le passé et le l’avenir de son possesseur. Or, le futur des deux envoyés pourrait bien se situer dans un étrange lieu, Kol Adair, dans une zone de l’Ancien Monde.

    Ainsi commence cette première Chronique de Nicci. La magicienne et Nathan sont bientôt rejoints par un troisième compagnon, Bannon. Le voyage de ces ambassadeurs d’un nouveau genre devient une odyssée épique et picaresque dans des régions inconnues et reculées. L’aventure, les dangers, les rencontres impromptues et les morts brutales jalonnent ce premier volume passionnant où l’imagination de Terry Goodkind fait merveille : attaque de selka et de morts-vivants, découvertes de villes surnaturelles, raid d’esclavagistes Norukai, affrontement avec l’impitoyable Juge Suprême et, the last but not the least, la guerre contre les éléments naturels de vie et de mort à partir du Surplomb du Monde.

    Nicci, dangereuse et mystérieuse magicienne guerrière, porte à elle seule cette odyssée aux rebondissements incessants. Les derniers chapitres ouvrent même la porte non seulement à une suite mais aussi à un futur cycle : gageons que nous pourrons trouver en librairie d’ici quelques années de nouvelles chroniques autour des érudits et mémorialistes du Surplomb du Monde, Oliver et Peretta, chargés de faire le voyage inverse de celui de Nicci.

    En attendant, cette dernière production de Terry Goodkind ne trahit pas l’essence de la fantasy, la littérature de l’imaginaire par excellence. Tout y est : quête pour sauver le monde, luttes entre le bien le mal, héros attachants, messages édifiants ("Mes vœux, je fais en sorte qu'ils se réalisent, et ma chance je la fabrique", dit par exemple la magicienne), voyages initiatiques ("L'avenir et le destin dépendant à la fois du voyage et de la destination"), créatures fantastiques et civilisations créées de toute pièce. Ajoutez à cela quelques dragons, des femmes fatales, de l’humour et des dialogues vivants : Terry Goodkind offre à ses millions d’admirateurs le parfait compagnon de lecture et de voyages.

    Terry Goodkind, La Maîtresse de la Mort,
    Les Chroniques de Nicci
    , tome 1, éd. Bragelonne, 2017, 478 p.

    http://www.terrygoodkind.fr

  • Maîtres et servantes

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    C’est LA série du moment, celle qui cumule les superlatifs : la plus audacieuse, la plus engagée, la plus dérangeante, la plus percutante et sans doute aussi la plus bouleversante. The Handmaid's Tale est un Everest télévisuel, créé par le showrunner Bruce Miller et porté à bout de bras par une Elisabeth Moss (À la Maison blanche, Madmen) capable de métamorphoses saisissantes, de la citadine rayonnante et lumineuse à l’esclave soumise et martyrisée.

    En 1990, une première adaptation avait été faite de La Servante écarlate, le best-seller canadien de Margaret Atwood, sorti en 1985, avec Volker Schlöndorff à la réalisation. Preuve que les temps ont changé, 17 ans plus tard, c’est la plateforme de VOD Hulu qui propose une nouvelle vision de cette œuvre de science-fiction engagée, cette fois dans une série de 10 épisodes. Vue son succès, une deuxième saison est d’ores et déjà en préparation.

    The Handmaid's Tale nous plonge dans une Amérique effrayante et méconnaissable. Une série de crises politiques, environnementales et démographiques ont porté des fondamentalistes au pouvoir. La République de Gilead, dictature mêlant patriarcat, puritanisme religieux et discours écologiques, a bouleversé de fond en comble la société américaine. Les premières victimes de cette révolution sont les femmes, qui ont été rabaissées au rang d’esclaves. La maternité a été élevée au rang d’obligation morale. La seule issue pour ces Américaines est être des mères au foyer soumises aux hommes, des domestiques asservies ou bien des reproductrices destinées à servir de mères porteuses pour les nombreux couples infertiles.

    Offred/ June (Elisabeth Moss) est une de ces servantes, contrainte par la société à se reproduire après des viols institutionnalisés et transformés en cérémonies sacrées. Les nombreux flash-back nous apprennent que June a été des années plus tôt une jeune Américaine heureuse, émancipée et heureuse avec son mari Luke (O. T. Fagbenle) et leur fille Hannah. Elle est logée chez un couple de notables, les Waterford. Le Commandant Fred Waterford (Joseph Fiennes) fait partie du premier cercle au pouvoir. Lui et sa femme Serena Joy (Yvonne Strahovski) ont été parmi les instigateurs de la révolution de Gilead.

    The Handmaid's Tale suit les pas d’Offred dans cette société hyper sécurisée, aseptisée, religieuse, écologique et violente. Les servantes, vêtues de leur traditionnel uniforme écarlate semblant tout droit sorti de l’époque des Pères pèlerins, ploient l’échine, survivent et souffrent. Pour ces femmes abaissées au rang d’esclaves, la sortie ne peut venir que de la fuite vers des pays libres comme le Canada ou la mort. Offred / June voit pourtant une autre issue se dessiner : la résistance.

    The Handmaid's Tale est un uppercut télévisuel qui interroge sur la fragilité des démocraties, le danger des idéologies et la domination masculine. Cette série de science-fiction est un vibrant plaidoyer pour le féminisme, l’engagement humaniste et le courage de la résistance contre les oppressions et les états d’urgence de tout poil.

    Alors que les populismes n’en finissent pas de frapper à la porte de nos démocraties et que la femme continue d’être une "variable d’ajustement", la série The Handmaid's Tale nous propose une piqûre de rappel bénéfique. Le spectateur risque de ne pas oublier de sitôt les regards apeurés, désespérés et effarés de June / Offred.

    The Handmaid's Tale, de Bruce Miller, avec Elisabeth Moss, Samira Wiley, Joseph Fiennes, Yvonne Strahovski et Max Minghella, saison 1, 10 épisodes, Hulu, USA, 2017, sur OCS

  • Un amour de banane

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    Certains produits ont eu une importance historique et sociologique dépassant de beaucoup leur nature prosaïque. Cela a été le cas du sucre, du cacao mais aussi de la banane.

    Le fruit chéri des français, l’un des plus consommés et des plus appréciés, a fait l’objet de l'exposition "Extra ordinaire banane" au Musée portuaire de Dunkerque en 2016. Son succès inattendu – 17 000 visiteurs – a poussé les organisateurs à délocaliser cet événement dans plusieurs villes de France. Après une escale à Dieppe en avril dernier, "Extra ordinaire banane" posera ses bagages à Nantes à partir du 25 août. Le port nantais a accueilli le trafic de banane en provenance de Guinée et de Guadeloupe à partir des années 30, et ce pendant quatre décennies. À l’issue de ses escales sur la côte atlantique tout au long de l’année 2017, l’exposition achèvera sa tournée en 2018 en rejoignant les départements producteurs de la Martinique et de la Guadeloupe. 

    Deuxième fruit le plus consommé en France, véritable star de la culture populaire, du Banana Split de Lio à celle d’Andy Warhol pour le Velvet Underground, sans oublier le fameux Banana des Minions, la banane a pourtant grandi loin du climat européen.

    L’exposition gratuite sera présentée au Hangar à Bananes de Nantes du 25 août au 3 septembre 2017. Elle montrera comment ce fruit tropical fragile a pu être exporté vers les pays du Nord de l’Europe en questionnant les progrès du transport maritime et des conditions de manutention.

    "Extra ordinaire banane" propose de suivre le trajet de la banane à travers dix modules thématiques, intégrant même un parcours spécialement adapté aux plus jeunes. Une approche originale pour permettre au public de découvrir l’exposition de manière interactive.

    Outils de médiation conçus pour les plus jeunes, photographies, films, maquettes apporteront un éclairage étonnant sur un thème généreux. Comme chantait Lio avec gourmandise : "Si tu cherches un truc pour briser la glace / Banana banana banana..."

    "Extra ordinaire banane", Le Hangar à Bananes, Nantes,
    du 25 août au 3 septembre 2017

    Entrée gratuite
    Bananablog

  • Courts mais bons

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    Et si la nouvelle était le genre littéraire de demain ? La France pinaille encore à donner la place qu’elle mérite aux histoires courtes, dans une époque pourtant où la rapidité, la concision et la brièveté sont élevés au rang de vertus. Et pourquoi pas en littérature ?

    Le Brésil est à suivre en modèle : depuis les années 60, la micro-nouvelle est en vogue. La maison d’édition parisienne Anacona, qui s’est donnée pour but d’ouvrir les Français aux auteurs brésiliens, vient de publier un de ces recueils : 100 Mensonges pour de vrai de Helena Parente Cunha, illustré par des dessins zen de Lucia Hiratsuka.

    Le lecteur français est invité à se plonger dans cet ensemble de 100 micro-nouvelles qui ont pour point commun la concision extrême, la précision et l’efficacité. De cinq lignes à une page et demi maximum, les histoires de Helena Parente Cunha racontent des tranches de vie (Un bon père), des destins esquissés en quelques mots (Rejetée) des descriptions de personnages extraordinaires (Rudesse), attachants (Remords), baroques (Les histoires du Coronel Titino Cravo) ou des saynètes frappantes (La jeune fille au tramway).

    Pas de blablas et aller à l’essentiel : voilà le leitmotiv de ces nouvelles très courtes. Là où un auteur développerait un sujet sur des centaines de pages (Fille unique), Helena Parente Cunha s’en tient à une concision d’une grande rigueur, jusqu’à faire de certains textes de petits contes (La vieille fille), des morceaux de proses poétiques (Oui, Non) ou de brillants exercices de style (Cycle). Certains de ces textes sont constituées de phrases nominales, voire d’une unique phrase : "Immobile, elle se tenait là, près de l’arrêt du bus, grise et flétrie, tenant la laisse du petit chien d’une main, de l’autre main portant à la bouche, avec ferveur, l’esquimau rose glacé, la langue gourmande" (Gourmandise).

    Les thèmes abordés dans ces nouvelles suivent au plus près des personnages ordinaires que l’auteure sait rendre magnifiques, terribles ou au contraire pitoyables. Dans Le Gros, le portrait caricatural d’un glouton bascule subitement dans un moment plein de grâce. À la Page décrit une dame élégante que les années ont délabrée. Orgueil blessé suit les pas d’une adolescente pauvre dans un internat prestigieux. Le bloggeur a une tendresse particulière pour Point noir, une micro-nouvelle géniale dans son propos comme dans son écriture : il s’agit d’une histoire à la fois banale et rarement traitée d’une jeune fille tentant de faire éclater un fichu point noir sur le menton de son petit ami. Sourire attendri garanti...

    Helena Parente Cunha parle dans ce recueil raffiné de solitude (L’Habitude), de cruautés (Les gamins de la rue de la Travessa), de la vie à deux (Fidélité), de pauvreté (Omission), de l’enfance (Quatre ans et demi), du temps qui passe (Féminité), de destins brisés (Timidement), de départs cruels (L’Adieu), de sexe (La Réponse) ou d’amour (Une vieille histoire de cœur).

    Courtes mais bonnes, ces micro-nouvelles à découvrir et à déguster. Une excellente manière d’entrer en douceur dans la littérature brésilienne contemporaine.

    Helena Parente Cunha, 100 Mensonges pour de vrai, ill. Lucia Hiratsuka, éd. Anacaona, coll. Epoca, 209 p., 2016

    http://www.anacaona.fr
    http://www.helenaparentecunha.com.br
    http://www.luciahiratsuka.com.br

  • Folles époques

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    Vite, il est temps de découvrir Ed van der Elsken, figure majeure de la photographie underground et qui est passé sous les radars de pas mal de monde.

    Le musée du Jeu de Paume propose, en collaboration avec le Stedelijk Museum Amsterdam et la Fundación MAPFRE, la première rétrospective en France de l’artiste, jusqu’au 24 septembre prochain.

    Ed van der Elsken (1925-1990) était l’ami des marginaux, des rebelles de tout poil mais aussi des gens ordinaires qu’il n’a cessé de suivre (de "chasser" diront certains) pour en faire les héros de reportages documentaires vivants : une réfugiée à Hong Kong (entre 1959 et 1960), des serveuses à Cebu dans les Philippines (1960) ou ce guérisseur africain exécutant une danse rituelle pour une bonne chasse (Oubangui-Chari, Central Africa, 1957). Plus de 150 tirages originaux sont exposés au Jeu de Paume, ainsi que des extraits de films, des diaporamas ou des maquettes de livres du plus européen, sans doute, des photographes modernes.

    Pendant quarante ans, Ed van der Elsken est parti à la recherche des "siens", ces inconnu(e)s d’Amsterdam, de Paris ou de Tokyo, captés avec humanité, humour et précision, jusque dans leur intimité. "Je fais des choses mortellement sérieuses et aussi des choses drôles. Je fais des reportages sur de jeunes voyous rebelles avec plaisir… Je me réjouis de la vie, je ne suis pas compliqué, je me réjouis de tout. L’amour, le courage, la beauté. Mais aussi le sang, la sueur et les larmes. Garde les yeux ouverts," affirme-t-il en 1971.

    Ed van der Elsken capte ses modèles avec un sens aigu du détail et de la pose, à l’exemple des Jumelles sur la place Nieuwmarkt à Amsterdam (1956). Les regards, la lumière auréolant les chevelures, les maquillages, les bijoux, la position des mains et des doigts, le rendu du tissu des jupes, le drapé des chemisiers : rien n’est anodin et rien n’est de trop dans ce cliché à la mise en scène soignée.

    Lorsqu’il pose ses bagages à Paris, Ed van der Elsken est le témoin et l’acteur de la vie culturelle foisonnante, quelques années après la fin de la seconde guerre mondiale, avec le livre "auto-fictionnel" Une histoire d’amour à Saint-Germain-des-Prés (1956). Il en tire ce cliché sombre, nerveux et spectaculaire (Vali Myers (Ann) danse à La Scala, Paris, 1950).

    À Amsterdam, Ed van der Elsken immortalise ces deux couples aux visages expressifs que l’on croirait sortis d’un film de Martin Scorcese (Quartier de Nieuwmarkt, Amsterdam, 1961). Toujours à Nieuwmarkt, "son" quartier, le photographe témoigne de la vie culturelle foisonnante à Amsterdam. Le jazz y prend une importance considérable. Il suit et photographie Chet Baker, qui se produit au Concertgebouw d’Amsterdam, à l’instar de Miles Davis, Lionel Hampton ou Ella Fitzgerald. Mais Ed van der Elsken s’intéresse aussi aux gens ordinaires au cœur de cette "dolce vita" néerlandaise : tenancières de bar, filles à la coiffure choucroutée ou jeunes loulous aux gueules d’acteurs.

    Aux États-Unis, loin du folklore et du dépaysement, Ed van der Elsken saisit ces deux amoureux californiens, semblant tout droit sortis d’une chanson des Beach Boys.

    EdVanDerElsken_17.jpgAu Japon ancestral, ce sont des marginaux qu’il croise quelques années plus tard (Rockers, Harajuku, Tokyo, 1984). Ed van der Elsken arpente pendant plusieurs années un pays multiple, passionnant et aux rencontres inattendues : rockers à la banane, lutteuses, yakusas (Territoires des yakusas, Kamagasaki, Osaka, 1960), amoureux étreints (Couple s’embrassant, vers 1974) ou citoyens ordinaires et photogéniques surpris dans des scènes de la vie ordinaire (Fille dans le métro, Tokyo, 1981).

    Ed van der Elsken s’intéresse aussi très tôt à la photographie couleur, médium utilisé jusqu’alors pour les magazines et pour la mode, alors que le noir et blanc est encore considéré comme la technique artistique par excellence. La couleur prend grâce à Ed van der Eksen le chemin des galeries et des catalogues d’exposition : il y a ces trois gracieuses néerlandaises comme saisies au vol dans une artère d’Amsterdam, dans une mise en scène que l’on imagine travaillée (Beethovenstraat, Amsterdam, 1967), cette devanture de bar à Amsterdam dont il est difficile de savoir quand elle a été immortalisée (Des adolescents au look des années 50 devant leur café favori, Amsterdam, 1983) ou ce couple japonais saisi en plein ébat (1974).

    Ed van der Elsken, photographe documentaire et humaniste se révèle aussi, au Jeu de Paume, comme un artiste révolutionnaire : "Même si j’éprouve toujours une certaine hésitation à utiliser ce mot, je pense avoir été un artiste toute ma vie, par mes réactions et par l’expression de mes émotions et par la mise en lumière du monde extérieur. Je suis, disons, un artiste caméra pur-sang, ce qui signifie que j’ai toujours développé autant que possible mon équipement, qui me permet de m’attaquer de toujours plus près à la vie."

    La Vie folle, Ed van der Elsken, Jeu de Paume, 13 juin – 24 septembre 2017

    Ed van der Elsken, Beethovenstraat, Amsterdam, 1967. Nederlands Fotomuseum Rotterdam
    © Ed van der Elsken / Ed van der Elsken Estate, courtesy Annet
    Gelink Gallery

    Ed van der Elsken, Rockers, Harajuku, Tokyo, 1984. Nederlands
    Fotomuseum Rotterdam © Ed van der Elsken / Ed van der Elsken Estate

  • Pleure, ô pays bien-aimé

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    On avait quitté Carrie Mathison à Berlin, dans une cinquième saison 5 décevante de Homeland. Décevante mais ambitieuse et à risques, car les showrunners, Howard Gordon, Alex Gansa et Gideon Raff devaient faire faire à cette création de Showtime un virage fondamental, après la mort brutale d’un de ses personnages principaux.

    Contre toute attente, Homeland a rebondi en Europe dans ce qui peut être vu, rétrospectivement, comme une saison intermédiaire. Pour les douze derniers épisodes, c’est cette fois aux États-Unis que Carrie Mathison (Claire Danes), Saul Berenson (Mandy Patinkin) et Peter Quinn (Rupert Friend) ont posé leurs valises.

    Le pays vient d’élire leur prochaine Présidente. Elizabeth Keane (Elizabeth Marvel) est une femme politique détestée par la moitié de la population, en dépit de la mort héroïque de son fils au champ de bataille en Irak. En retrait de la CIA, Carrie Mathison travaille dans un cabinet d’avocats. Elle a en charge un dossier hautement sensible : l’arrestation d’un jeune homme accusé de propagande djihadiste. Dans le même temps, elle tente de prendre sous son aile son ami Peter Quinn, gravement blessé et traumatisé après sa mission en Allemagne. Même si elle est dans le privé, Carrie entretien toujours d’étroits liens avec la CIA. Saul Berenson et Dar Adal (F. Murray Abraham : brillant, comme à son habitude) s’agitent, complotent et agissent en sous-main dans cette période troublée et à haut risque qui précède l’investiture de la présidente élue.

    Les créateurs de la série osent un virage sans doute bien plus fondamental dans cette nouvelle saison. Ils nous proposent une intrigue à tiroirs et aux enjeux complexes : guerres contre l’État islamique, conflits stratégiques autour du nucléaire iranien et de la Corée du Nord, travail en sous-main du Mossad et crises à l’intérieur du pays avec les adversaires du Patriot Act, les faucons républicains et des groupuscules extrémistes.

    Depuis six ans, Homeland est, en dépit de son caractère fictionnel, l’un des baromètres les plus pertinents pour interpréter l’état des relations internationales et des États-Unis. En collant au plus près de l’actualité (même si les créateurs n’ont pas anticipé l’élection du président populiste Donald Trump), la série d’espionnage et de contre-espionnage interroge une Amérique nerveuse, souffrante et en mal de repères.

    Carrie Mathison joue bien évidemment le rôle central. Au-dessus d’elle, s’agitent, telles des fourmis dans leur tanière, des hommes et des femmes aux mobiles mystérieux. Les protagonistes aiguisent leurs armes et usent de tous les stratagèmes pour parvenir à leur fin. Le pays pourrait bien en être la première victime.

    La précédente mission de Carrie Mathison et consorts en Europe entraînait le spectateur dans une intrigue intéressante mais classique. Pour cette saison, après les quatre premiers épisodes plutôt poussifs, la série prend subitement son envol. Les victimes s’additionnent, les coups de théâtre se multiplient et les masques tombent, jusqu’à un dernier épisode (America First) qui fera date. Un cliffhanger d’anthologie annonce une saison 7 que les fans de Homeland attendent déjà en trépignant d’impatience.

    Homeland, saison 6, avec Claire Danes, Mandy Patinkin, Rupert Friend, F. Murray Abraham et Elizabeth Marvel, 2017, sur Canal+, jusqu’au 1er septembre 2017
    http://www.sho.com/homeland