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Des envies

  • Silence, on vit

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    "Qui va lire un bouquin qui parle de nous ?" Ainsi commence l’essai de Benoît Coquard, Ceux qui restent (éd. La Découverte). Cette phrase, que l’auteur reprend à plusieurs reprises tout au long de son étude, tel un leitmotiv, est l’indice que son travail sociologique est remarquable par sa nouveauté et par ses analyses pointues.

    Benoît Coquard, jeune sociologue à l’INRAE, est revenu dans le pays de son enfance et de son adolescence pour y interroger celles et ceux, de son âge, qui sont restés au pays. Comment font-ils leur vie dans des campagnes en déclin depuis les dernières grandes crises économiques ? Pourquoi ont-ils choisi d’y rester et, au contraire, comment s’est fait le départ de celles et ceux qui ont pris le parti de quitter leur région natale ? Comment vit-on dans ces régions souvent abandonnées ? Comment y trouve-on du travail, lorsque c’est possible ? Comment décrire les relations sociales dans des régions minées par le chômage et la pauvreté ? Benoît Coquard entend, dans Ceux qui restent, sortir des archétypes de ces néoruraux vite identifiés comme des "cassos" alcooliques, drogués et beaufs.

    Le sociologue a pour lui la connaissance du terrain, même s’il s’en est éloigné pour des raisons scolaires puis professionnelles. Pour autant, son passé et son expérience personnelle lui permettent d’éclairer son travail de terrain : "J’ai essayé de me mettre dans une posture de « traducteur » entre deux mondes que je côtoie par allers-retours, celui des enquêtés et celui des lecteurs de sciences sociales."

    Un vrai travail scientifique autant que de médiation. En prenant de la hauteur, Benoît Coquard décrypte les liens sociologiques (le "déjà, nous", "les bandes de potes"), les relations d’interdépendance, les vécus, les loisirs, "la proximité entre petits patrons et salariés", la précarité, les pistons, "la mauvaise réputation", les petites élites plus ou moins artificielles ("l’honorabilité locale"), ou les relations avec les plus âgés.

    Ces aînés et la manière dont les plus jeunes les voient, font l’objet d’un chapitre à part, qui n’est sans doute pas le plus frappant dans l’essai, mais qui pose les problématiques d’une génération se sentant mal dans son époque autant que dans son pays. Dans les revisites d’un passé d’autant plus fantasmé qu’il n’a pas été vécu, nous dit l'auteur, les jeunes qui restent ressentent la nostalgie d’une sorte "d’âge d’or." Une nostalgie du reste essentiellement masculine. Le "c’était mieux avant" concerne tout autant le travail que la sociabilisation, l’autonomie, le respect pour les hiérarchies ou… "la libération sexuelle." Benoît Coquard choisit aussi de faire un focus sur la disparition des bals dans les campagnes en déclin, comme la fermeture de bistrots qui fait l'objet d'une place à part dans l'essai.

    "Le rôle social du pastis"

    Le chômage est au cœur de l’étude du sociologue, comme l’épicentre de toutes les crises qui ont malmené ces régions : petits boulots, concurrences entre habitants pour l’obtention d’un emploi sur place, longues distances à parcourir pour aller travailler, manque d’épanouissement et de reconnaissance sociale. Le non-emploi et le sous-emploi sont illustrés par de nombreux exemples et d’extraits d’entretiens, chez des femmes et des hommes souvent habitués à l’intérim ou au CDD.

    Les crises économiques et la désindustrialisation alliés à une reproduction de modèles patriarcaux, font des femmes les premières victimes – lorsqu’elles ne choisissent pas de partir. Le "qui part" et le "pourquoi" est d'ailleurs questionné dans un chapitre passionnant sur la place de l’école, et sur la méconnaissance ou les fantasmes autour de l’étudiant "qui coûte cher." Mais ce qui intéresse aussi le sociologue ce sont les allers-retours plus ou moins réguliers et plus ou moins fréquent entre les campagnes en déclin et les (grandes) villes – Paris ou une capitale régionale – qui peuvent, elles, proposer d’importantes opportunités (d’études, de travail ou de rencontres), avec aussi leur lot de contraintes ou des dangers, réels ou non.

    Le chapitre sans doute le plus passionnant est celui consacré à la fin des bistrots et ses conséquences. L’auteur cite un canton passant d’une trentaine de cafés à trois, en trente ans. La quasi disparition de ces  lieux de sociabilisation a transformé la manière dont les habitants se rencontrent et se côtoient. C’est désormais à l’intérieur du foyer que l’on se retrouve et que l’on se replie, explique Benoît Coquard, qui fait de ses enquêtes sur le terrain de fertiles analyses scientifiques : les invitations aux apéritifs à rallonge, les relations amicales, la place des femmes, les guerres de sexe, les inégalités jusque dans le fonctionnement de ces moments festifs ou… "le rôle social du pastis"…

    Bien que l’étude de Benoît Coquard se soit terminée avant la crise des Gilets Jaunes, l’auteur consacre plusieurs pages à cette mobilisation sans précédente de la France dite "périphérique." Ce mouvement est d’autant plus remarquable, précise-t-il, que les habitants de ces campagnes en déclin sont, dit-il, "très peu revendicatifs en temps normal." La limitation des routes à 80 kilomètres à l’heure a "fait péter les plombs" de ces territoires en déprise : "On vit moins bien" est-il dit par les manifestants sur les ronds-points ou autour des péages d’autoroute. C’est une France populaire et silencieuse qui fait son arrivée fracassante sur la scène française. L’ouverture et la conclusion de Ceux qui restent font de cet essai de sociologie un ouvrage d’actualité, proposant également une lecture politique passionnante, qui vient répondre à sa façon à la remarque de Vanessa, cette trentenaire questionnée :"Qui va lire un bouquin qui parle de nous ?"

    Benoît Coquard, Ceux qui restent, Faire sa vie dans les campagnes en déclin
    éd. La Découverte, 2019, 211 p.

    https://editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Ceux_qui_restent
    https://www2.dijon.inrae.fr/cesaer/membres/benoit-coquard

    Voir aussi : "La France de Boucq"

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  • Ma sorcière bien aimée

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    Plus maligne qu’elle n’y paraît, The Witcher coche toutes les cases de la série de fantasy : un royaume imaginaire durant un Moyen Âge fantasmé, des héros sans peur mais pas sans reproche, de la magie à tous les étages et des êtres fantastiques – elfes, loups-garous et bien entendu dragons. Adaptation télé de la saga à succès d’Andrzej Sapkowski, The Witcher vaut largement le détour dans sa manière de raconter les quêtes de ses trois personnages principaux : il y a le sorceleur Geralt de Riv, la sorcière Yennefer de Vengerberg et la princesse Ciri, sur la trace du premier.

    L’arrière-fond de cette histoire est une guerre secouant tout sur son passage, à grands renforts de combats à l’arme blanche, de sièges implacables… et de tours de magie pouvant s’avérer d’une incroyable efficacité (épisode 8, Bien plus). Le fantastique est omniprésent dans The Witcher. Le Sorceleur est un chasseur de monstres à la fois redouté et méprisé. Il trace sa route dans des contrées malveillantes, sans cacher sa morgue à qui croiserait son chemin (ah, les fameux "Merde !" de Geralt de Riv, interprété par Henry Cavill – le "Superman" made in DC Comics –, complètement transformé pour ce rôle !). Yennifer, la sorcière au destin improbable, va finir par fendre l’armure du ténébreux chasseur de mutants, même si l’histoire amoureuse s’avérera – sans rien spoiler – assez "compliquée".

    "Petit porcelet"

    Qui dit quête, dit transformation identitaire des personnages, à commencer par Ciri, enfant royale choyée avant d’être plongée du jour au lendemain dans un monde de sang, de fer et de feu. La fin de la première saison promet d’ailleurs de futurs développements intéressants sur cette "enfant-lumière" – pour reprendre le terme du Shining de Stephen King.

    Contre toute attente, The Witcher brouille les cartes : Yennifer, paysanne laide et rejetée au début du récit (le "petit porcelet", souffre-douleur) devient grâce à la magie une magnifique et magnétique sorcière (épisode 3, Lune de trahison), au grand dam de sa perceptrice Tissaia, que le dernier épisode va montrer sous un nouveau jour.

    Mais si The Witcher fascine, c’est aussi et surtout parce que la showrunneuse Lauren Schmidt Hissrich a pris le parti d’un scénario non-chronologique, faisant alterner les époques, les quêtes, les voyages, les rencontres et les chasses aux monstres – qui ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

    La série ne fait pas l’impasse sur les combats rudes à la Game of Thrones, sur les guerres politiques ou sur les intrigues fantastiques (épisode 5, Espèces rares), mais avec une économie singulière de scènes érotiques – #Metoo est sans doute passé par là.

    The Witcher, vrai trip de fantasy, offre en plus un étonnant couple constitué de l'impressionnant Geralt de Riv et de la magnifique Yennefer de Vengerberg.

    The Witcher, série de fantasy de Lauren Schmidt Hissrich avec Henry Cavill, Freya Allan
    Anya Chalotra, Jodhi May et Björn Hlynur, USA, saison 1, 8 épisodes, Netflix, 2019
    https://www.netflix.com
    https://sapkowskipl.wordpress.com

    Voir aussi : "Ton univers impitoyable"

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  • Qui sème le son

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    Poussière, le nouvel EP du groupe Grèn Sémé, est aussi le titre de leur morceau phare, auquel a collaboré Gael Faye, morceau présent dans deux versions, dont l’une remixée par David Walter. Le groupe français choisit le mélange des genres et des sons dans un EP qui allie chanson française à la Yves Simon, pop-rock et rythmes africains (la griotte malienne Fatim vient apporter son concours). Dans Poussière, une place prédominante est laissé au texte, à la fois âpre, poétique et engagé, porté par le chanteur Carlo de Sacco : "Dans les cheveux des grandes villes / Aux tables d’étranges endroits / Dans les vents chauds qui coiffent les incendies / Dans les livres qui contiennent les forêts d’autrefois / Partout cette même poussière dans l’air."

    Grèn Séné est un groupe d’ici, d’hier, d’aujourd’hui mais aussi de demain comme le prouve la pochette mettant en scène un astronaute aux couleurs bigarrées… et à la main droite tranchée.

    Plus actuel que jamais, Je serai là est un titre sur une "clandestine réfugiée" : la solidarité, les promesses mais aussi l’altruisme ("J’imagine ton exil") sont portés par une chanson aux textes sensibles et au son résolument pop-rock.

    Avec Zénès nous sommes dans un sega, qui est plus qu’une simple parenthèse créole : c’est la marque d’un groupe qui a choisi d’insuffler un vent de grand large dans la chanson : une graine semée sur la scène française, et qui ne demande assurément qu’à germer.

    Grèn Sémé, Poussière, EP, The Garden / Lusafrica, 2019
    http://www.gren-seme.re
    https://www.facebook.com/gren.seme

    Voir aussi : "Maya Kamaty, la diva du maloya" maloya"

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  • Carotté "se lâche louss" à l'Olympia

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    Dans la grande famille du rock indépendant, il y a Carotté, un groupe de la Belle Province né en 2013 sous l’égide de Médé Langlois, qui mène la double vie de rockeur... et d’agriculteur : sa famille cultive la même terre à Neuville, au Québec, depuis 1667, soit 12 générations, comme il aime à le rappeler. Le jour, Médé cultive plus de cent variétés de légumes qu’il vend à son "kiosque". Il gère son écomusée et il s’occupe de son troupeau de soixante vaches. Le soir, avec Carotté, "il se lâche louss" et profite de sa passion pour le rock qui le garde bien vivant.

    Carotté a créé son propre style musical qu’il a baptisé le "’punktrad’". Un savant et unique mélange de rythmes punk à l’histoire et aux chansons à répondre typiquement québécoise.

    En février 2015, la formation livre une première moisson sur Punklore et Trashdition. Cet album reçoit un très bon accueil de la critique et se voit nommer au Gala GAMIQ dans la catégorie "Album heavy (Punk & Métal) de l’année." Cinq vidéoclips (Invisible, Tape la bizoune, Veillée chez Médé, Un gars du Far West, Souffrance) en sont extraits. Carotté enchaîne également les prestations, comptabilisant plus de 150 spectacles, y compris dans de grands festivals (Francos de Montréal, Festival d’été de Québec ou le Festival de la Chanson de Tadoussac).

    Ce succès grandissant ouvre aux six protagonistes les tribunes médiatiques. Médé reçoit même sur ses terres l’équipe de Cash Investigation afin d’expliquer la lutte qu’il mène avec la population locale contre l’oléoduc du projet Énergie Est.

    Après une première tournée en France à l’automne 2019, Carotté se lance à l’assaut de L’Olympia le samedi 22 février prochain.

    Carotté à L’Olympia, le samedi 22 février 2020
    Les albums de Carotté sont disponibles en bac en France à partir du 1er novembre 2019
    www.carotte.biz
    www.facebook.com/carottepunktrad

    Voir aussi : "Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent"

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  • Le Capitole de Suresnes revient faire son cinéma en musique

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    Le Festival du Film Musical revient faire son cinéma au Capitole de Suresnes, du 28 janvier au 2 février 2020. L’objectif ? Faire redécouvrir grands classiques et films cultes, et partager toute la diversité d’un genre à travers une programmation éclectique : animations, conférences, karaoké et même avant-première ponctueront une programmation qui a choisi de mettre en avant le film musical dans tous ses états.

    Après le succès de la première édition qui avait rassemblé plus de 1000 spectateurs, le Festival du Film Musical de Suresnes propose de découvrir ou redécouvrir toute la diversité d’un genre qui va de la comédie musicale américaine (Un Américain à Paris, projeté le 30 janvier) au Bollywood (Bajirao Mastani, le 31 janvier), en passant par le dessin animé (Les Aristochats, le 29 janvier) ou le biopic.

    La soirée d’ouverture du festival sera dédiée justement à la projection en avant-première d’un biopic : celui consacré à Judy Garland. Judy de Rupert Goold est porté par Renée Zellweger, récompensée d’un Golden Globe pour son interprétation d’une femme fatiguée par une vie consacrée aux projecteurs et au tourbillon hollywoodien. Elle est reconnue notamment pour son interprétation de Dorothy dans l’un des grands classiques américains : Le Magicien d’Oz. Le festival dde Suresnes rendra hommage à cette grande actrice en diffusant ce chef d’œuvre du cinéma musical le dimanche 2 février, en clôture du festival.

    Des contrées merveilleuses

    Si le film musical nous mène vers des contrées merveilleuses, il peut puiser son inspiration dans la réalité : en se réappropriant des morceaux populaires comme ceux de Mamma Mia !, ou en mettant en scène l’histoire de musiciens, à l’image de A Hard Day’s Night, interprété par les Beatles eux-mêmes. Dans cette comédie déjantée, les membres du groupe jouent leur propre rôle. Une course folle est engagée, sous le regard de la caméra de Richard Lester, pour retrouver Paul McCartney et son grand-père avant une représentation télévisée. Diffusé samedi 1er février, le film sera introduit par Pierre Espourteille, spécialiste des Fab Four. Pour l’occasion, le conférencier révélera une multitude d’anecdotes et  de secrets sur l’un des quatuors les plus célèbres de l’histoire de le musique.

    De nombreux rendez-vous sont prévus pour les spectateurs afin de célébrer le cinéma musical : soirée karaoké lors de la projection de Mamma Mia ! de Phyllida Lloyd, atelier d’éveil musical pour les enfants de deux à quatre ans, suivi du film Le Criquet de Zdenek Miler ou buffet indien durant l’entracte de Bajirao Mastani de Sanjay Leela Bhansali...

    Des pavés parisiens des années 1910 dans Les Aristochats, au parquet de danse de Dirty Dancing, en passant par la petite église de Los Angeles où fut tourné Amazing Grace, documentaire sur l’enregistrement de l’album du même nom d’Aretha Franklin, c’est un voyage unique à travers l’espace-temps du cinéma musical qui est proposé.
    Rendez-vous à Suresnes à partir du 28 janvier pour aller se faire quelques bonnes toiles, en musique bien sûr.

    Festival du Film Musical de Suresnes
    Le Capitole, 3 rue Ledru-Rollin, Suresnes
    Du mardi 28 janvier au dimanche 2 février 2020
    http://cinema-lecapitole.com

    Voir aussi : "Du vin, des arts et de la fête"

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  • Je veux du glam

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    Kino Music, le troisième album de Pierre Daven-Keller, est une vraie boîte à musique : l’ouvrir c’est plonger dans une univers cinématographiques d’une autre époque : celle du cinémascope des Trente Glorieuses, des classiques de d’après-guerre, des comédies françaises acidulées, des romances sixties ou des western spaghettis.

    Du beau monde accompagne Pierre Daven Keller pour sa nouvelle aventure musicale, après une belle carrière d’accompagnateur et d’arrangeur auprès de Philippe Katerine, Miossec, Dominic A ou Françoiz Breut. Helena Noguerra, Arielle Dombasle, et Mareva Galenter ont prêté main-forte à Kino Music, un album so frenchy, so glam, so easy-listening (Jerk), que le Philipe Katerine des premières années n’aurait pas renié.

    Pierre Daven Keller débarque comme un extraterrestre avec Champ magnétique, mélange de son SF et de piano austère : un son sixties pour une vraie BO – mais sans images. Corniche Kennedy, avec son clavecin brillant et ses cuivres, pourrait avoir sa place dans un film de Claude Sautet. Quant à Intermezzo retro, que les créateurs d’OSS 117 n’auraient pas renié, il a le goût de ces sucreries acidulées et régressives, à l’instar de Daiquiri, Easy tempo ou Tatoo Totem.

    Le sens de la mélodie et du son, Pierre Daven-Keller l’a, sans nul doute, comme l’atteste Farfisa, au gimmick immédiatement familier, avec un orgue farfisa qui donne son titre au morceau.

    Voyage spatio-temporel garanti

    Après la bossanova aux cordes nerveuses qu’est Melancholia, le titre La fiancée de l’atome, portée par une Helena Noguerra, aux envolées sensuelles, s’impose comme la pierre angulaire de Kino Music. un opus essentiellement instrumental. Pour Tatoo Totem, la voix de Helena Noguera revient pour une déambulation musicale naïve à la Claude Lelouch.

    Il y a du Gainsbourg et du Jean-Jacques Vannier dans Dakota Jim : voyage spatio-temporel garanti avec ce vrai morceau cinématographique, et preuve des premières armes de Pierre Daven-Keller dans la bande originale de films (Je suis un no man’s land, en 2011). Avec Sirocco, nous voilà d’ailleurs dans un western à la Sergio Leone, l’une des nombreuses influences du musicien français.

    Même si Arielle Dombasle peut agacer, on ne peut que se réjouir de l’entendre dans Salvaje Corazon, jouant à fond la carte latino, sur un rythme joyeux digne de figurer dans une bande son de Manix.

    L’album se termine avec Cuore Selvaggio, une reprise en italien de Salvaje Corazon, interprétée par Mareva Galanter : un dernier titre qui sent bon la dolce vita, avec une chanteuse inattendue, invitée pour l’aventure musicale de Kino Music : ardente, délicieuse, juvénile et amoureuse.

    Pierre Daven-Keller, Kino Music, Kwaidan Records, 2019
    https://www.facebook.com/davenkeller

    Voir aussi : "Étincelant Thomas Grimmonprez"

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  • Ton univers impitoyable

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    Cette semaine, les Golden Globes ont mis à juste titre à l’honneur des films comme 1917, Joker ou Once Upon a Time… in Hollywood. Mais une autre création s’est imposée lors de cette cérémonie : la série Succession, avec une récompense de meilleur acteur dans une série dramatique pour l’impressionnant Brian Cox et un un Golden Globe de meilleur acteur dans un second rôle dans une série, une mini-série ou un téléfilm pour l’étonnant Kieran Culkin, pour son rôle incroyable de Roman Roy.

    Succession, dont une troisième saison est prévue pour l’été 2020, est une plongée dans les arcanes d’une multinationale mêlant médias, divertissements et communication. Un univers impitoyable, pour reprendre le générique de Dallas, une autre série, certes datée, mais qui faisait elle aussi d’une famille richissime américaine un lieu d’affrontement autour de l’argent, du pouvoir, des ambitions et des rancœurs.

    Plus intense, plus âpre, plus cruelle et et plus passionnante que la série culte des années 80, Succession est une tragédie familiale autant qu’un tableau d’une Amérique pervertie, amorale et empoisonnée par l’argent.

    La saison 1 démarre comme la promesse d’un passage de relais réussi entre Logan Roy, le fondateur de la multinationale Waystar Royco, et son fils, le brillant Kendall Roy (Jeremy Strong). Pour le patriarche de soixante-dix ans, c’est l’assurance d’une retraite dorée avec sa troisième épouse, Marcia Roy (Hiam Abbass). Sauf que, contre toute attente, Logan, milliardaire tout-puissant et dictatorial, décide de rester finalement aux commandes de sa société pour quelques années encore. C’en est fini de la succession pacifique : en refusant de se retirer des affaires, Logan Roy déclenche du même coup une guerre au sein de sa propre famille, avec pour protagonistes essentiels ses propres enfants, Kendall, Roman et Shiv (Sarah Snook), qui se voyaient bien prendre leur part du gâteau. Mais le "vieux" a la peau dure, et n’est pas décidée à abandonner ses propres ambitions.

    Coups tordus, secrets de famille, conflits boursiers et histoires sordides

    Les deux saisons font s’entrecroiser plusieurs intrigues faites de coups tordus, de secrets de famille, de conflits boursiers et d’histoires sordides : la chute de Kendall bien décidé à prendre sa revanche, une OPA hostile menaçant l’empire des Roy, les projets privés et publics de l’aîné Connor Roy (Alan Ruck), une affaire de croisières que vont tenter d’étouffer le beau-frère Tom Wamsgans (Matthew Macfadyen) et le cousin Greg Hirsch (Nicholas Braun) ou le mariage de Shiv qui clôture une première saison avec un rebondissement inattendu (épisode Personne ne disparaît, primé aux Emmy Awards 2019 pour son scénario).

    Cette impressionnante fresque familiale, tournée avec des moyens que l’on imagine conséquents, est une des meilleures production de HBO. Écriture du scénario et des dialogues, interprétations (primées, comme il a été dit), décors, musique (Nicholas Britell) ou générique magnifique : tout concourt à faire de cette série proposée par OCS un moment de télé exceptionnel, inratable et inoubliable.

    Succession, série dramatique de Jesse Armstrong
    avec Hiam Abbass, Nicholas Braun, Brian Cox, Kieran Culkin
    Peter Friedman, Sarah Snook et Jeremy Strong, USA, OCS, deux saisons, 2019

    https://www.hbo.com/succession

    Voir aussi : "Mes parents étaient des espions communistes"

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  • Étincelant Thomas Grimmonprez

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    Étincelant : voilà le terme qui caractérise sans doute le mieux la dernière production de Thomas Grimmonprez. Pour son dernier album Big Wheel, Le musicien a réuni autour de lui un quartet composé de Manu Codjia à la guitare, Jérôme Regnard à la contrebasse, Benjamin Moussay aux claviers et bien sûr lui-même à la batterie. "Une longue amitié nous lie, cʼest celle-ci qui mʼa poussé à écrire Big Wheel : La grande roue. La roue qui nous rappelle notre rapport au mouvement et au temps. La roue libre du lâché prise , du moment suspendu" dit le jazzman au sujet de son dernier opus.

    Trois ans après Kaléidoscope, nous voilà embarqués dans un jazz à la fois classique dans sa structure cristalline (le titre Big Wheel, qui donne son nom à l’album) et très personnel.

    Thomas Grimmonprez parle de son dernier opus, un vrai hymne à "l’idée de cycle," à la "création perpétuelle" : en un mot à "l’éternel retour." Voilà ce qu’en dit le musicien : "La symbolique de cette grande roue inspire mythes et thèmes sacrés, elle se rapporte à lʼidée de perfection comme le cercle, elle renvoie surtout au mouvement, au devenir et à lʼévolution. Cʼest aussi le recommencement, la création perpétuelle. Cʼest cette idée de cycle et de recommencement qui mʼa donné lʼenvie de composer cet album, un nouveau répertoire avec des compagnons de toujours."

    Comme quoi une guitare électrique aussi peut atteindre des sphères métaphysiques

    Loin de tout dogmatisme esthétique, le quartet fait le lien entre jazz, pop-rock psychédélique (Heavy Soul) ou musiques traditionnelles, à grands coups d’envolées de piano et de guitares électriques (Sweet Cake). Thomas Grimmonprez ne s’éloigne pourtant jamais d’une idée d’un jazz cool – cool, du reste, tels ces space cakes musicaux qu’il nos offre, mais toujours avec délicatesse (Suspended Time).

    Avec Cats And Dogs, le jazz se pare de couleurs mi-américaines mi-orientales dès les premières notes, avant de s’envoler derrière la guitare étincelante de Manu Codjia Manu Codjia.

    Quiet choisit l’apaisement avant une débauche de sons et de rythmes qui se croisent, se touchent, hésitent et se rapprochent dans des valses hésitations sensuelles, mêlant singulièrement chants tibétains et jazz cool. Un choix artistique aussi étonnant que le morceau suivant, Hypnosis, qui dénote par sa facture brute et très expérimentale : percussions, claviers et guitares virevoltent dans des arabesques déconcertantes. Comme quoi une guitare électrique aussi peut atteindre des sphères métaphysiques.

    Avec Spain Time, nous sommes paradoxalement plus du côté de New York que de la Méditerranée. Le jazz du Thomas Grimmonprez Quartet se prélasse, prend son temps et déambule amoureusement, au diapason d’un piano lumineux, joueur, mais aussi volontiers swing.

    L’album Big Wheel se clôture avec Highway, une déambulation apaisante mariant à merveille piano, guitare contrebasses et rythmique. Un étincelant voyage.

    Thomas Grimmonprez Quartet, Big Wheel, Outnote Records, 2019
    https://www.facebook.com/thomasgrimmonprez

    Voir aussi : "Voyages en jazz avec Anne Paceo"

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  • Condore passa

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    Condore est le projet de Léticia Collet, claviériste de Dan San. À la croisée des chemins entre Agnes Obel, Patrick Watson et Charlotte Gainsbourg, Condore propose un son aérien et mélodique à la mélancolie saisissante à découvrir sur son premier EP, Jaws.

    L'univers de Léticia Collet est intime et harmonieux, basé sur une relation forte et singulière entre elle et son piano.

    Après avoir dévoilé les titres Lootus et Love Zombies, Condore poursuit son échappée belle avec Boring, dont le clip propose un refuge sensible, intime et délicat où la part sombre s’apaise grâce à cet environnement chaleureux.

    Tout au long de Jaws, produit par Yann Arnaud, ela musique de Condore se construit par l’entrelacement du piano et de la voix, dans une succession d’arpèges, de mélodies et d’harmonies vocales. Une beauté rare.

    Et Condore passa, sans doute pour un bout de temps. 

    Condore, Jaws, EP, JauneOrange/Pias, 2019
    https://condore.be
    https://www.facebook.com/CondoreMusic

    Voir aussi : "Clio, la fille en fusion"

    Merci à Xavier Chezleprêtre / Attitude

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  • À la recherche de Gérard de Villiers

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    julien moraux,roman,gérard de villiers,sas,malko lingeComment définir Mais rien ne vient (éd. Du Rocher), le premier roman de Julien Moraux ? Hommage aux "romans de gare" de Gérard de Villiers ? Polar psychédélique dopé aux amphétamines ? Réflexion et autofiction sur la difficulté d’être écrivain ? Ou bien encore, comme je l’ai lu sur la page Facebook de l’auteur, "la plus atroce et la plus merveilleuse des fictions sur l’alcoolisme" ? À vrai dire, cette dernière critique peut laisser dubitative, dans la mesure où celui qui la prononce ne serait autre que Kingsley Amis, auteur d’un James Bond (Colonel Sun), mais décédé… en 1995, soit il y a vingt-quatre ans. Voilà qui prouve en tout cas deux choses : le romancier d’origine normande est bourré d’humour autant que de références littéraires.

    Nous parlions de James Bond. Bien entendu, l’agent 007 britannique reste dans le coin de la tête de Julien Moraux. Cela dit, ce n’est ni Ian Flemming ni Kingsley Amis qui l’intéressent mais un autre auteur de roman d’espionnage : Gérard de Villiers et sa créature, Malko Linge. Au moment où démarre Mais rien ne vient, le narrateur se lance dans un projet de roman sur l’auteur prolifique de quelque 200 SAS, entre 1965 et 2013.

    Voilà donc notre écrivain lancé dans une enquête sur Gérard de Villiers, enquête qui démarre en Bretagne et qui va rapidement mettre notre écrivain, déjà mal engagé pour ce projet biogtraphique, dans de sales draps. Il croisera tour à tour Frédéric Beigbeder, Michel Houellebecq, Thomas Pynchon, mais aussi Gérard de Villiers en personne, les personnages de Malko Linge, d'Aimé Brichot et de Boris Corentin, de la série Brigade Mondaine. Il y aura aussi un génie du mal bien destiné à détruire la littérature des hommes-singes nazis et quelques vamps pour corser le tout – même si les amateurs des SAS regretteront que l’impitoyable agent de la CIA ait perdu son côté bad boy, sexiste et un tantinet misogyne.

    Un roman qui semble foncer à toute vitesse comme une machine infernale

    L’aventure narrée par un écrivain devenu acteur de sa propre histoire se déroule aux quatre coins du monde, dans les endroits les plus reculés et les plus improbables qui soient. Pour autant, avec Mais rien ne vient, Julien Moraux ne propose pas de énième intrigue autour de SAS mais un hommage aussi démesuré que ne l’était son auteur Gérard de Villiers. Véritable monstre de la littérature mondiale, souvent moqué pour sa production de "romans de gare", le créateur de Son Altesse Sérénissime a droit à un hommage d’autant plus vibrant que le livre peut se lire comme l’aventure d’un projet artistique qui peine à prendre forme : les personnages surgissent, aimantent et se dérobent à l’écrivain, lui même entraîné dans une histoire où de les enjeux lui échappent. L’humour et le non-sens sont omniprésents dans un roman qui semble foncer à toute vitesse comme une machine infernale. Jusqu’à un final étonnant qui vient donner la clé du roman et se termine singulièrement par un "chapitre 1" sur la jeunesse de Gérard de Villiers.

    Julien Moraux a reçu, pour son roman Mais rien ne vient, le Prix Café Joseph.

    Julien Moraux, Mais rien ne vient, éd. Du Rocher, 2019, 318 p.
    https://www.editionsdurocher.fr/auteur/fiche/53352-julien-moraux
    https://www.facebook.com/shakaljaga
    http://www.editionssas.com

    Voir aussi : "Les actrices rêvent et se couchent tard la nuit"

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  • De Bō débuts

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    Dès les premières notes d’Everything Begins, le premier EP de Bō, on entre dans une électro singulièrement humaine amorcée par la voix vibrante et presque religieuse de la chanteuse Tiphene sur le titre Ritual.

    Pour ses débuts, Bō a imagine une pochette où se combinent fougères au bleu acier et minéraux légers comme une rosée printanière. Voilà qui est plutôt malin et surtout déconcertant pour un album d’électro. Mais il est vrai qu’Augustin Goupy, dans l’état-civil, est créateur graphique autant que musicien. Un musicien qui ne cache pas ses origines bretonnes et veut allier ses racines fortes à la recherche artistique et musicale.

    L’électro de Bō ne choisit pas le son pour le son, mais le voyage musical et l’introspection, ce qui n’empêche pas un sérieux et très imaginatif travail sur les sonorités mêlant machines, mélodies et voix de soprano éthérées (I’ve Got The Power ou Broken Head, avec la voix de la chanteuse Azzurazi). Avec For you, on est plus du côté de la pop, une pop qui se cherche, à travers les brumes – bretonnes, bien sûr – de l’électro. Bō en profite pour adresser de solides clins d’œil à Petit Biscuit, dont il vient de remixer le titre We Were Young avec JP Cooper.

    On sera sans doute particulièrement sensible au titre What Means The World To You, dans lequel le son électronique se teinte de voix mystérieuse et de rythmes urbains francs et expérimentaux.

    Everything Begins, le dernier morceau, qui donne son titre à l’EP semble rappeler que les débuts de Bō appellent une suite que l’on attendra avec impatience.

    Bō, Everything Begins, 2019
    https://www.facebook.com/boaugustin
    "Bō nous embarque dans son trip avec Ritual ft. Tiphene", in 20 Minutes, 5 juin 2019

    Voir aussi : "Emma Lacour, bourge au bord de la crise de nerf"

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  • Un Joker au Frigo

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    En cette semaine festive, L’‎Œil du frigo s'intéresse à l'un des films majeurs de l'année 2019. Joker a su transcender le film de super-héros pour devenir un thriller psychologique impressionnant. Focus sur un frigo qui nous parle, à sa façon, d'un film sur lequel on n'a pas fini de gloser

    On est en pleine folie de frigo. Je sais, il faut que je me calme, mais lorsque j'ai vu ce fêlé de Joaquim Phoenix rentrer dans le frigo, mon sang n'a fait qu'un tour!

    Un joker dans un frigo c'est comme un signe divin, non? (c'est presque aussi bien qu'un "Ça" dans un frigo). Allez, je prends ça (je ne parle pas du film) comme un bon signe, vu que le film a eu un Lion d'or à Venise.

    Nous avons ici un Joker qui va détruire un frigo. Bon, OK , il n'y avait pas grand chose dedans. Il n'hésite pas à sortir les bacs à légumes vides et à les foutre par terre. Ici, on ne parle plus de bien achalander le frigo. Ce n'est pas la peine, car c'est la bouffe qui vide le frigo pour s'y mettre. C'est un nouveau concept, bien plus fort que le frigo connecté ! Les victuailles arrivent, dégagent l'architecture intérieure du frigo et s'installent dans le frigo. Je me demande si cela à avoir avec le courant culinaire du "manger vivant"? C'est peut être un message subliminal...

    Non, soyons sérieux un film époustouflant nous tombe dessus et, comme d'habitude , comme dans tous les grands films, tout se passe dans le frigo. La scène est claire : il faut bien plus d'une heure pour y arriver. Mais quand on y est, on sait que rien ne sera plus pareil après la fermeture difficile de cette porte (bien mal achalandée en condiments). Un homme s'enferme dans un frigo prêt à mourir et, tel le Phœnix, il va renaître. Je suppute quand même Joaquim d'y avoir un brin pensé, à moins qu'il ne lise l'excellent blog www.loeildufrigo.fr. Bref, pour s’annihiler, rien de tel que de s'enfermer dans un frigo. What else?

    ODF

    Joker, thriller de Todd Phillips
    avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz et Frances Conroy
    Etats-Unis, 2019, 122 mn

    Voir aussi : "L’‎Œil du Frigo débarque sur Bla Bla Blog"
    "Joker frigo"

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  • Sur un air de Rameau

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    Dire que les séries françaises ont le plus grand mal à parler de politique et de notre société est un doux euphémisme. Il y a bien entendu ces exceptions (Baron Noir, Vernon Subutex ou Hippocrate), mis avouons tout de même que les grandes chaînes de télé françaises se la jouent très souvent plan-plan : scénarios convenus, personnages caricaturaux, dialogues indigents. Une série a cependant attiré l’attention de Bla Bla Blog par son choix de faire de la politique-fiction autant qu’un vrai drame social qui nous renvoie le visage d’une France au bord de la crise de nerf.

    Les Sauvages commence par l’ascension irrésistible d’Idder Chaouch aux plus hautes fonctions de l’État. Figure marquante d’une immigration qui a réussi, le soir du deuxième tour de l’élection présidentielle un coup de feu éclate. Le futur Président s’écroule. En quelques heures, la France plonge dans l’incertitude et le chaos. Et avec elle, la propre famille de Chaouch, à commencer par Jasmine, la fille d’Idder. Fouad, son petit ami, voit son destin et ses rêves se briser. Il rejoint sa famille et ses proches à Saint-Étienne, afin de comprendre ce qui s’est passé. Il est soutenu par Marion Rihbeiro (Marina Foïs), responsable de la sécurité du Président.

    Sur un air de Rameau (plus précisément des Indes Galantes), la série Les Sauvages conte une double histoire familiale : celle des Chaouch, bien sûr, derrière la figure d’airain d’Idder (avec un impressionnant Roschdy Zem), qui est l’histoire d’une réussite sur fond d’intégration réussie, mais qui n'est pas sans susciter haines, jalousies et manœuvres politiciennes. Plus crépusculaire, le chemin des Nerrouche, dont Fouad semble être le surdoué et le fils prodige, n’est pas le moins intéressant. Les Sauvages est le tableau d’une France qui se déchire, ou du moins ne se comprend plus. Sur fond d’attentat, la série de Rebecca Zlotowski raconte ces angles morts de la République qui ont pour nom : "incompréhensions", "communautarismes", "frustrations" ou "erreurs."

    La série réussit parfaitement à faire monter la pression tout au long des six épisodes, ponctuant la série de scènes fortes, à l’instar d’un match de football au stade Geoffroy-Guichard ou du dernier discours d’Idder Chaouch.

    Il semblerait qu’aucune saison 2 des Sauvages ne soit en préparation : les créateurs ont signé avec Les Sauvages un énorme coup de poing, d’une très grande pertinence pour parler d’une France méconnue, et sans caricature. Une suite pourrait-elle apporter plus ? Sans doute non.

    Les sauvages, série dramatique de Rebecca Zlotowski et Sabri Louatah, avec Roschdy Zem, Amira Casar, Marina Foïs, Sofiane Zermani et Souheila Yacoub, France, saison 1, 6 épisodes, Canal+, 2019
    https://www.canalplus.com/series/les-sauvages

    Voir aussi : "Vernon et ses amis"

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  • Clatpton, toujours debout

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    Il y a très certainement un mystère Eric Clapton, mystère que le documentaire exemplaire de Lili Fini Zanuck, Eric Clapton : Life in 12 Bars, entend dévoiler. Grâce à des archives riches, inédites et étonnantes (que l’on pense à ces images volées de défonces et de plongées dans l’enfer de la dépression pendant les seventies), ce film propose la découverte passionnante d’un des plus grands musiciens de ces 60 dernières années. Eric Clapton, bluesman et rockeur de légende, et sans doute le plus grand guitariste que la terre ait porté, apporte largement la pierre à cet édifice en revenant sur sa carrière mais aussi sur une enfance et une vie privée qui ont contribué à la légende de l’artiste anglais.

    Les jeunes années de Clapton commencent par un secret de famille qu’il n’a cessé de porter comme un fardeau, et qui peut expliquer sa relation compliquée avec les femmes : fils d’une adolescente trop jeune pour s’occuper de lui, ce sont ses grands-parents qui l’élèvent. Il n’apprendra qu’à l’âge de neuf ans que celle qu’il pensait être sa mère était en réalité sa grand-mère et que celle qu’il prenait pour sa sœur n'était rien d'autre que sa génitrice…

    Sans appuyer sur cette période importante, Lili Fini Zanuck en fait le point de départ d’une carrière à la fois incroyable et chaotique, qui passera par le groupe Cream – le premier et sans doute le plus grand supergroupe de l’histoire du rock. Remarqué par ses dons de guitariste, Clapton est adulé par des artistes majeurs comme BB King, Jimi Hendrix (dont le décès l’affectera durement) et George Harrison.

    "Je ne me suis pas suicidé pour la seule raison qu’un mort ne boit pas"

    L’ex-Beatles va suivre Clapton, l’encourager à travailler sur l’Album Blanc et connaître une vraie amitié, amitié qui va être cependant entachée par une autre relation : celle que Clapton va entretenir avec la propre femme de Harrison, Pattie Boyd. Cette histoire d’un amour interdit va se finir, comme souvent, en chanson : ce sera Layla, une des plus beaux titres sans doute de l’histoire de la pop ("What will you do when you get lonely? / No one waiting by your side / You've been running, hiding much too long / You know it's just your foolish pride"). Lili Fini Zanuck en fait le point de bascule d’une période cruciale et tourmentée, à grands coups de rushs, de vidéos en Super 8 inédites et de sessions d’enregistrements. Eric Clapton traverse des années noires : dépression, liaison difficile avec Pattie Boyd, drogues et alcool. "Je ne me suis pas suicidé pour la seule raison qu’un mort ne boit pas" avoue le musicien.

    Au début des années 90 l'artiste connaît une tragédie personnelle qui va impacter durablement son existence et sa carrière : la mort de Connor, son jeune fils de quatre ans, qu’il a eu avec l’Italienne Lory Del Santo. Son enfant se défenestre accidentellement en mars 1991 du 53e étage d’un immeuble à New York. Eric Clapton, plus robuste qu’on ne le croyait, se raccroche à la musique (le spectateur ne peut être que bouleverser par l’ultime lettre que lui a laissé son fils). La suite ? Le mythique album Unplegged et ce bijou pop-folk qu’est Tears in Heaven, dédié à la mémoire de son fils.

    Eric Clapton, survivant parmi les survivants de cette période passionnante que sont les années 70, poursuit un chemin artistique d’une richesse prodigieuse, alliant à cela un sens aigu de l’altruisme, comme le remarque fustement BB King. Un grand bonhomme que fait revivre le documentaire de Lili Fini Zanuck, Eric Clapton : Life in 12 Bars. À découvrir en ce moment sur Canal+.

    Eric Clapton : Life in 12 Bars, documentaire de Lili Fini Zanuck
    Royaume-Uni, 2017, 135 mn

    En ce moment sur Canal+

    Voir aussi : "Bowie is Outside"

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  • Ce que souhaite Tarsius

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    Rock, pop, chanson ou world : quelle étiquette mettre sur le premier album des 6 garçons de Tarsius ? Avancer, leur opus, s’avère à la fois à la fois rigoureux, rythmé, engagé et volontiers mutin, mêlant chansons à la Bashung et pop-rock nerveux assumé jusqu’au bout des baguettes (Take the first train), avec je ne sais quoi d’influences latinos ou africaines (Avancer contre le vent, Use It Move It Do It).

    Nous voilà sur la route, comme le suggère la pochette de l’album, justement intitulé Avancer. Et il est vrai que l’on visite des terres bien plus hétéroclites que ne le laisseraient penser un album a priori très rock (Dancing In The Graveyard), mâtiné par moment de rockabilly tribal (Le Vaudou Love) ou de pop-folk à la Midnight oil (Fuel The Rocket).

    Tarsius ne renie pas avoir biberonné aux sons yankees (Take The First Train), sans pour autant renier la chanson française – celle de Brel ou de Bashung (Je ne veux rien d’autre que toi). Dans leur titre Le Rouge au front, nous voilà dans une pop résolument française, aux influences 80’s. Le titre qui nous conte avec un romantisme confondant une histoire d’amour secrète et romanesque : "J’ai voulu voir la vie en rose/ Et tu m’as mis le rouge au front." On reste dans les eighties de Chagrin D’Amour avec Achète du sexe, qui nous plonge dans le Pigalle des années érotiques ("Achète ce que tu souhaites").

    Tarsius a pris le temps de laisser infuser des influences venues du rock anglais, du blues mais aussi de la world music (Fais comme les bonobos, Afrobayous), pour imaginer des chansons reflétant l’air du temps : "Arrête de penser que le temps est assassin… Arrête de courir après le vent." Afrobayous, le titre finalement le plus américain de l’album, est un chant à la gloire des esclaves noirs – sur un air de blues, bien entendu.

    Plus électro pop que disco à vrai dire, Disco 2059 est un vrai cri hargneux et amer, comme si nos enfants et petits-enfants allaient faire claquer leurs talons sur des pistes de danse, dans un monde post-apocalyptique (réseaux sociaux suceurs de cerveaux, armées dans des états de non-droit, montagnes de piles, "à la lanterne les nantis, riches, pauvres, à la bougie"). Voilà, pour le dire autrement, un titre enragé et engagé : "En l’an 2059, / Plus de musiques", pandémies, abstinence, colères, masques à gaz." Mickey 3D l’aurait dit autrement : "On ne va pas mourir de rire."

    Tarsius, Avancer, Fo Feo Productions / Caroline International, 2019
    http://www.tarsiusmusic.com
    https://www.facebook.com/tarsiusmusic

    Voir aussi : "La vie sauvage"

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