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Des envies

  • Ne dors pas ma belle

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    Le Voisin ne fait certainement pas partie des ouvrages les plus connus de Tatiana de Rosnay. Il mérite pourtant à plus d’un titre qu’on le découvre ou redécouvre. Sorti en 2000 chez Plon avant d’être réédité chez Héloïse d’Ormesson, il fait partie de ces romans qui vous prennent à la gorge et vous laissent complètement KO debout.

    Qui aurait pu dire que Tatiana de Rosnay maîtrise à ce point le thriller psychologique et se montre sous les traits d’une auteure capable de manipuler son lecteur ? Son lecteur et son héroïne : car c’est une femme autour de laquelle se tisse une intrigue d’une perversité digne d’Alfred Hitchock.

    Elle se nomme Colombe et fait partie de ces jeunes femmes transparentes : un couple sans relief, un mari souvent en déplacement professionnel, deux garçons en bas âge qu’il faut élever, une carrière terne dans l’édition où elle sert de nègre et, depuis peu, un tout nouvel appartement dont elle doit s’occuper.

    C’est du reste cet appartement qui va être au centre des problèmes de Colombe. Peu de temps après son aménagement, Colombe est réveillée par de la musique venue de l’appartement du dessus, un tapage nocturne sous fond de Rolling Stones. Les nuits suivantes, le boucan se répète, encore et encore, toujours aux mêmes heures de la nuit. Les désagréments et les nuits blanches sont d’autant plus cauchemardesques qu’il semble que Colombe soit la seule que le bruit dérange : son mari ne la croit pas et ses voisins lui font un portrait très respectable de ce voisin bruyant, un certain docteur Faucleroy.

    Si Hitchcock avait été féministe, c’est sans aucun doute ce roman qu’il aurait écrit

    Une guerre psychologique semble être déclarée entre Colombe et cet homme discret qui vit à quelques mètres au-dessus d’elle. La jeune femme introverti et transparente, qui voit toute sa vie – et y compris son couple – se lézarder, se transforme bientôt en tigresse prête à tout pour retrouver la paix et faire taire son voisin – à moins que le silence ne soit finalement pire que tout.

    Dans Le Voisin, Tatiana de Rosnay revendique les influences de son roman noir : Alfred Hitchcock et Daphné du Maurier en premier lieu : le huis-clos pesant, une histoire de voisinage délétère renvoyant à Fenêtre sur Cour, le personnage ambivalent qu’est Colombe, une femme effacée et frustrée cachant des pulsions inconnues, sans oublier cette Rebecca (la référence à Alfred Hitchcock et Daphné du Maurier est assumée), une "anti Colombe", que Tatiana de Rosnay transforme assez astucieusement en révélatrice des aspirations profondes de la petite nègre des éditions de l’Étain.

    L’auteure de Manderley for ever déploie sur 250 pages un roman à suspense maîtrisé de A à Z. elle tient son intrigue jusqu’au bout, dans cette histoire d’obsessions, de prison dorée et de folie domestique : un authentique thriller dans lequel il est aussi question de l’aliénation d’une femme prise au piège d’une vie sans aspérité. Gageons que si Hitchcock avait été féministe, c’est sans aucun doute ce roman qu’il aurait écrit. Que Le Voisin devienne une adaptation cinéma n’aurait rien d’étonnant, et pourrait bien remettre au goût du jour ce polar intelligent et d’une belle acidité.

    Tatiana de Rosnay, Le Voisin, éd. Plon, 2000, éd. Héloïse d’Ormesson, 2010, 240 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Sur les pas de Daphne du Maurier"
    "Tatiana de Rosnay, son œuvre"

    "Sous l’eau"

  • Cocktail Ginkgoa

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    Le duo franco – américain Ginkgoa est le cocktail idéal pour ces derniers jours d’été. Nicole Rochelle, qui est new-yorkaise malgré ce que laisserait supposer son nom, propose avec le Français Antoine Chatenet leur nouvel EP One Time, une pop fusion aux pulsations endiablées.

    Le groupe ne s’embarrasse pas de suivre des sentiers battus, et le moins que l’on puisse dire c’est que leur choix artistique a fait mouche tant auprès des festivaliers de techno (le Fusion Fest de Lärz), de chanson (Francofolies de La Rochelle) qu’auprès des amateurs de jazz (Festival International de Jazz de Montréal ou le Montreux Jazz Festival).

    Ginkgoa a choisi son credo : faire danser, et surtout faire danser sur des rythmes inattendues et remixés comme si Nicole Rochelle s’invitait aux soirées de Gatsby Le Magnifique. La chanteuse américaine déploie une énergie monstrueuse au service d’un EP à l’enthousiasme communicatif. Grâce à Antoine Chatenet, le charleston et le swing semblent être passés dans la moulinette d’un sorcier fantasque.

    Coloré, rythmé, saturé de percussions et d’une joie de vivre incroyable, One Time pourrait bien faire la joie de quelques nightclubbers, en attendant de les découvrir prochainement en concert.

    Ginkgoa, One Time, EP, 2018
    https://www.ginkgoa.com

    Voir aussi : "Quelques pas d’électro-swing avec Scratchophone Orchestra"

  • Cyrielle Gulacsy, un point c’est tout

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    Si les pas vous conduisent à Los Angeles ces prochaines semaines, faites un saut à la Show Gallery. La Française Cyrielle vient y exposer pendant un mois sa série Visible Light.

    Des productions de Cyrielle Gulacsy, que ce soit ses travaux sur les galaxies (ARP 244 et Pareidolia en 2017), sur l’intelligence artificielle (The Big Crush, 2017) ou ses nus (00100001, 2017), il y a un point commun : le point, justement.

    L’artiste suit les pas de ses brillants aînés pointillistes pour créer des œuvres à la très grande technicité. Devenue maîtresse dans l’art du dessin, Cyrielle Gulacsy utilise le point comme on manipule les pixels. Des centaines d’heures et des millions de points sont nécessaires pour faire surgir ici une série de galaxies, là un parachute plus vrai que nature, là encore des corps humains. "Je pense que le pointillisme est bien plus qu’une technique. C'est à la fois la forme et la substance de ma recherche artistique. C'est une manière d'appréhender et de transposer la réalité du monde physique, constituée d'une infinité de particules séparées par l'espace," dit-elle dans une interview pour la galerie anglaise Moosey Art.

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    Très sensible à l’astrophysique, Cyrielle Gulacsy parle facilement d’espace-temps, de relativité générale, de mécanique quantique, de gravité ou de... galaxies. Cette source d’inspiration, ajoute-t-elle, a été déclenchée par la lecture de l’ouvrage de Stephen Hawking, Une brève Histoire du Temps. Elle s’immerge dans l’univers, un univers qui peut être tour à tour interprété (Pareidolia), fantasmé (The Big Crush) ou alors prosaïque et d’un hyperréalisme bluffant (Parachute, Satellite Elektron 1 – 1964) : "Il y a un lien évident entre le cosmos et l'esprit et c'est un parallèle que je veux explorer," précise-elle. L’artiste prépare prochainement une série sur les moteurs d'avion et les pièces de fusées.

    De véritables "Variations Goldberg de l’amour"

    Cyrielle Gulacsy serait-elle une artiste perchée et obnubilée uniquement par l’infiniment grand, les phénomènes corpusculaires ou la dualité onde-particule ? Non. Celle qui a fait du point une technique lui permettant, comme le dit elle-même, de "[s’]isoler et de prendre [son] temps en retour," est bien une véritable héritière de la pop culture, mais une pop culture qui serait mixée avec le street art (l’artiste cite volontiers l’Argentin Felipe Pantone), l’art moderne européen (le pointillisme de Georges Seurat, Paul Signac, Camille et Lucien Pissarro mais aussi les monochromes à la Yves Klein dans sa série Visible Light) ou encore le geek art nourri de surréalisme (The Big Crush).

    cyrielle gulacsy,pointillisme,érotisme,geroges seurat,paul signac,camille pissaro,lucien pissaro,felipe pantone,geek art,surréalisme,street art,galaxies,espace,mécanique quantique,los angeles,californie,fernando bottero,tamara de lempickaDans une série consacrée aux nus (00100001), Cyrielle Gulacsy choisit le petit format et toujours la technique du point pour capter des sujets surpris dans leur intimité. Elle s’attache à représenter des gros plans sur des seins, des fesses, des bouches ou des dos masculins. Ces dessins érotiques – de véritables Variations Goldberg de l’amour – déclinent la nudité, les étreintes et les corps avec naïveté, humour et parfois effronterie. La composition et le graphisme ne sont pas sans rappeler les peintures tout en courbes d’une Tamara de Lempicka, voire d'un Fernando Bottero. Les corps se montrent en toute innocence dans des scènes de bronzages ou de bains de mer, en Californie, sur la Côte d’Azur, ou ailleurs. Il y a quelque chose d’attendrissant à découvrir les sujets de ces dessins en noir et blanc : des traces de bronzage de mains sur une poitrine, deux pieds reposant sous une paire de fesses, des gestes aux forts pouvoirs érotiques (étreintes, caresses, baisers, bouches extatiques) mais captés avec une retenue élégante, comme pour ne pas déranger.

    Dans sa dernière grande série, Visible Light, celle-là même qui est exposée à la Show Gallery de Los Angeles, la couleur fait une entrée fracassante dans l’œuvre de Cyrielle Gulacsy. L’artiste choisit cette fois de s’attaquer, vie des quasi monochromes, aux ciels et aux transformations de la lumière à certaines heures du jour : "J'ai commencé à étudier le spectre solaire, comment la lumière change au cours de la journée en fonction de son interaction avec l'atmosphère." Derrière des titres secs (20:19, 18:24 ou 07:49), les derniers travaux de Cyrielle Gulacsy parviennent à captiver, comme si le spectateur contemplait le ciel californien un matin d’été. Les points se parent de mille feux pour offrir de véritables galaxies de couleurs.

    C’est à voir en ce moment à la Show Gallery de Los Angeles jusqu’au 18 octobre.

    Cyrielle Gulacy à la Show Gallery de Los Angeles, 1515 N Gardner,
    du 13 septembre au 18 octobre 2018

    http://www.cyriellegulacsy.com
    https://www.instagram.com/cyrielle_gulacsy
    https://www.facebook.com/cyriellegulacsy
    https://www.show.gallery
    "Cyrielle Gulcsy Interviewed by Mooseyart 

    Robin Seemangal, "This French Artist Gets Her Inspiration From Space Travel" 

    Voir aussi : "Aurélie Dubois unmakes sex"
    "Si vous avez tout compris à cet article c’est que je me suis mal exprimé"

    © Cyrielle Gulacsy

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  • Imagine all the people

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    Près de cinquante après sa sortie, l’album Imagine n’a cessé d’être enregistré, masterisé et redécouvert au point que l’on ne compte plus les versions, les démos ou les prises de son ressorties du grenier. Mises bout à bout, l'intégrale d’Imagine par John Lennon (on vous fera grâce des reprises) compte 140 titres.

    Pour ceux qui ne seraient pas encore gavés de cet opus historique et culte, Universal propose un coffret luxueux d’Imagine avec ces titres mythiques que sont Imagine, Jealous Guy, Give Me Some Truth et How Do You Sleep?

    John Lennon, Imagine: The Ultimate Collection, Capitol Records, sortie le 5 octobre 2018
    http://www.johnlennon.com

  • Tatiana de Rosnay sur les pas de Daphné du Maurier

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    Qui mieux que Tatiana de Rosnay pouvait parler de Daphné du Maurier ? Manderley for ever (éd. Albin Michel / Héloïse d’Ormesson) est la biographie vivante de l’une des plus grandes auteures de la littérature anglaise, une femme passionnante qui a arpenté le XXe siècle, de 1907 à sa mort en 1989, qui a côtoyé l’aristocratie guindée anglaise avant de s’émanciper et de connaître la gloire grâce à son plus célèbre ouvrage, Rebecca (1938).

    Ce personnage de Rebecca va, du reste, accompagner Daphné du Maurier tout au long de sa vie, jusqu’à faire de l’ombre aux autres grands livres qu’elle publie et que pourtant le public de l’époque dévore (L'Auberge de la Jamaïque ou Ma cousine Rachel). L’adaptation cinéma de Rebecca par Alfred Hitchcock en 1940 (avec Joan Fontaine et Laurence Olivier dans les rôles titres) assoit la notoriété d’une auteure bien plus complexe que ce que les critiques veulent bien dire d’elle. L’écrivain populaire, considéré par les mauvaises langues comme "facile" et "sentimentale", influencé par le roman gothique et marqué par l’œuvre des sœurs Brontë, est aussi une maîtresse du thriller psychologique, comme elle le démontrera dans la nouvelle des Oiseaux, elle aussi adaptée par Hitchcock.

    Tatiana de Rosnay propose dans cette biographie de suivre les pas de Daphné du Maurier, si consciente du poids de Rebecca dans son œuvre qu’elle intitule son livre du nom de la propriété imaginaire de Mme de Winter. "J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderlay." C’est ainsi que commence Rebecca, et c’est aussi de cette manière que Tatiana de Rosnay appréhende son travail sur Daphné du Maurier.

    Les cinq chapitres de Manderley for ever s’ouvrent sur des pérégrinations géographiques de l’auteure franco-anglaise, de Londres (période 1907-1925) à Kilmarth en Cornouailles (1969) en passant par Menabilly.

    Menabilly est le Manderley de Daphné du Maurier : une propriété magnétisante qu’elle va louer pendant vingt ans. Tatiana de Rosnay fait de ce manoir un endroit unique pour lequel l’auteure de Rebecca va avoir un coup de foudre dès sa découverte en 1928 : "Daphné ne parvient pas à chasser de son esprit les images de la maison. Pourquoi est-elle posséder à ce point par un passé qui n’est pas le sien, hantée par la mémoire des murs d’un manoir abandonné ?"

    Pérégrinations géographiques

    L’identification de Manderley à Menabilly conduit inévitablement à voir dans Rebecca un double de Daphné du Maurier, de la même manière que sa célèbre héroïne l’est de la seconde épouse de monsieur de Winter. La question de l’identité et du double est d’ailleurs ce qui rythme toute la vie de Daphné du Maurier. Identité familiale, avec la place considérable de son père Gerald, un comédien adulé en ville et un envahissant modèle à la maison, à la fois adoré et craint. Identité familiale toujours, avec une généalogie dont Daphné du Maurier est parvenue à dénouer le vrai du faux en retrouvant ses origines jusque dans la Sarthe et faire taire les légendes sur ses aïeux. Identité sexuelle aussi : dans une Grande-Bretagne rigoriste héritée de l’époque victorienne, la future Madame Browning, du nom son époux, ce commandant de terre britannique – et héros malgré lui d’Un Pont trop loin –, est une femme guidée d’abord par ses passions et par quelques grands amours secrets, la plupart des femmes : Fernande Yvon, la directrice du pensionnat de Meudon où la jeune londonienne part étudier, Ellen Doubleday, l’épouse de son éditeur new-yorkais ou bien l’actrice Gertrude Lawrence dont le décès soudain la marquera cruellement.

    Daphné du Maurier est une femme sans cesse tiraillée entre une vie paisible à Menabilly pendant laquelle l’écriture est son activité essentielle, et ses questionnements personnels qui l'obsèdent, de la même manière que Rebecca de Winter hantait la jeune épouse de son mari. "Quel ennui d’être une fille," lui fait dire Tatiana de Rosnay au début de sa vie. Un garçon croisé à Londres pendant sa jeunesse, Éric Avon, devient ainsi un modèle et son double masculin qui lui permettra de se battre contre les préjugés de son époque. Daphné du Maurier, bien en avance sur son temps, était une femme en guerre pour sa liberté, qui en a connu le goût grâce à la littérature mais qui a aussi dû se plier aux injonctions de son époque. De ce point de vue, les relations qu’elle a tissées avec ses grands amours que furent Fernande Yvon, Ellen Doubleday ou Gertrude Lawrence sont à la fois d’un romanesque et d’une cruauté implacable.

    Derrière une des œuvres les plus lues de la littérature anglaise se cachait un des plus beaux exemples de l’émancipation féminine. Comme le disait le Los Angeles Times après son décès : "Toute sa vie, Mlle Du Maurier batailla, en vain, pour ne pas être étiquetée comme écrivain ‘romantique.’" Sans nul doute, l’expression "en vain" n’a plus lieu d’être depuis la parution, il y a trois ans, de cette biographique exemplaire de Daphné du Maurier.

    Tatina de Rosnay, Manderley for ever, éd. Albin Michel / Héloïse d’Ormesson, 2015, 459 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Tatiana de Rosnay, son œuvre"
    "Sous l’eau"

  • Kidding, à en rire ou à en pleurer

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    Jim Carrey fait son grand retour cette rentrée, et cela se passe à la télévision. L’un des plus grands acteurs comiques vivants (The Mask, Dumb et Dumber, Ace Ventura) interprète pour la série Kidding le rôle d’un... comique.

    Mister Pickels est une star du divertissement pour enfant. Il régale son jeune public tous les jours grâce à un show devenu une grosse machine commerciale dirigée par son père. Mais derrière ce masque, il y a un homme dont la vie ressemble à un champ de bataille : un père endeuillé par la mort d’un fils, un futur divorce et la dépression qui s’installe en coulisse. Mister Pickels semble être la seule chose qui puisse le maintenir hors de l’eau.

    Depuis The Truman Show, on connaissait les talents dramatiques de Jim Carrey. Son retour au coeur de l’actualité se fait cette fois grâce à Michel Gondry, qui l’avait dirigé dans il y a près de quinze ans dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Jim Carrey endosse pour Kidding un rôle que lui seul pouvait interpréter : celui d’un comique talentueux au cœur doux mais détruit intérieurement par un deuil insurmontable.

    Le premier épisode annonce déjà la couleur d’une série oscillant entre l’humour et le tragique, avec un personnage dont on devine qu’il va dévisser inexorablement. Mais jusqu’où ?

    Kidding fait sans nul doute partie des bonnes surprises de cette rentrée télé.

    Kidding de Dave Holstein, réalisé par Michel Gondry, avec Jim Carrey,
    Catherine Keener, Frank Langella et Judy Greer, Showtime,
    première saison, Show Time, en ce moment sur Canal+

    http://www.sho.com/kidding

  • Lucy, Racquel et moi

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    Dans l’avalanche de musiques électro et de rap, voilà un album qui tranche par son parti pris qui sent bon la fin de cette belle saison et l’été indien. Le trio Lucy, Racquel And Me propose ni plus ni moins qu’un retour aux seventies avec leur premier album, Where The Moon Never Sets.

    Le moins que l’on puisse dire c’est que ces trois-là ne renient absolument pas cette Amérique que l’on adore : celle du power flower, des road-movies en combi orange, du surf, des The Mamas and the Papas, des Eagles ou des Beach Boys. Les Lucy, Racquel And Me ne cachent pas leurs influences : The Wings, Fleetwood Mac, Elton John, Supertramp, America, Electric Light Orchestra ou Cat Stevens.

    Les guitares résonnent et s’appuient sur des chœurs légers comme des brises californiennes. Les cordes s’élèvent comme aux plus belles heures du pop rock des années 60 et 70 (Unravel). Les mélodies ont le mérite de l’efficacité et sont portées par la voix caressante de Racquel (Millions out There). Les riffs de guitare à la Santana (Inside My Vault) et le rock psychédélique ne sont pas en reste non plus (Pool down the moon).

    Un piège à filles

    Parmi les titres proposés par le groupe, certains mériteraient de figurer parmi les standards que l’on prendrait plaisir à jouer sur une plage à la tombée du soir : de vrais pièges à filles, à l’exemple du délicieux Grey, acoustique, mélodique et délicat à souhait.

    Mais qui est au juste ce trio que l’on a vu débarquer cette année ? Là réside sans aucun doute la particularité d’un groupe séparé par quelques milliers de kilomètres. Les membres de Lucy, Racquel And Me travaillent à distance, depuis l’Australie pour Lucy, la Californie pour Racquel et la région parisienne pour Philippe, le compositeur. Une démarche artistique inédite et qui fonctionne, dans un album que certaines mauvaises langues qualifieraient de régressif.

    Autre prise de risque de ce trio : proposer ce premier album gratuitement sur Internet (sur Spotify, Soundcloud, Youtube , Deezer, Bandcamp et sur leur site). Le public sera ravi. Il le sera moins en apprenant que ce groupe, que l’on peut qualifier de virtuel, ne prévoit ni formation physique, ni concerts. Dommage.

    Lucy, Racquel And Me, Where The Moon Never Sets, Records DK, 2018
    https://lucy-racquel-and-me.com

  • Sous l’eau

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    C’est avec À l’Encre russe que Bla Bla Blog commence son hors-série sur Tatiana de Rosnay. Après ces deux romans historiques (Elle s’appelait Sarah et Rose), l’auteure surprenait, pour ne pas dire qu’elle prenait à contre-pied, ses lecteurs avec cette histoire d’anti-héros et d’écrivain à succès contraint de respecter ses engagements littéraires dans un palace italien.

    Nicolas Duhamel, ou Nicolas Kolt pour le grand public, a signé l’Enveloppe, un best-seller français international devenu une adaptation cinéma réussie avec Robin Wright. Du jour au lendemain, ce jeune homme qui peinait à joindre les deux bouts et était obligé de vivre chez sa mère, devient une star de l’édition. Tout lui réussit, malgré une séparation difficile avec Delphine, la femme qui a connu son virage vers le succès. Un succès qui a son revers, car Nicolas s’est transformé en un sale gosse capricieux qui décide de traîner sa nouvelle petite amie Malvina au Gallo Negro, un hôtel réservé à la jet-set. Quatre ans après la parution de son roman à succès, le lieu retiré du monde et loin des sollicitations semble être l’endroit idéal pour se remettre à écrire. En vain. Loin de se projeter vers son futur livre, ardemment réclamé par son éditrice, Nicolas est sous l’eau. Il ressasse son premier livre, L’Enveloppe. Ce roman lui revient comme un boomerang dans ce palace italien où se jouera l’une des plus grandes étapes de son existence.

    Un sale gosse capricieux

    Contrairement à ce que pourrait laisser entendre le pitch d’À l’Encre russe, Tatiana de Rosnay met au second plan le sujet assez classique des affres de la création littéraire. Ce qui l’intéresse, comme souvent, est la construction de soi à travers les liens de sang et les secrets de famille. Ici, ces secrets sont dévoilés par petites touches, au fur et à mesure que Nicolas revient sur l’héroïne de son livre, Margaux Dansor, en réalité son double féminin.

    Un double comme Nicolas pourrait d’ailleurs l’être pour Tatiana de Rosnay. À l’Encre russe est de ce point de vue l’un des livres les plus personnels de l’auteure de Manderley for Ever : les racines russes, la mort en mer du père de Nicolas en 1993 qui renvoie à la disparition en mer du véliplanchiste surfeur Arnaud de Rosnay, la rencontre épéhmère avec une vieille dame russe naufragée et bien entendu le succès littéraire qui n’est pas le plus mince des traits communs entre Tatiana de Rosnay et Nicolas Duhamel. Sans oublier le prénom même de son personnage principal, qui n’est pas sans renvoyer à Nicolas Jolly, le mari de l’auteure.

    Un terme n’est pas utilisé tout le long des 350 pages de ce quasi huis-clos au bord de la Méditerranée : celui de "dépression". Sans doute est là l’une des clés de ce roman sombre et grinçant de Tatiana de Rosnay qui, après ses héroïnes (Sarah, Rose, Colombe ou Margaux), choisit de suivre un homme devenu suffisant, insupportable et pathétique après le succès de son premier livre. Nicolas Duhamel, dont l’explication du pseudonyme – Kolt – sera le fil conducteur d’À l’Encre russe, se débat, tel un poisson rouge dans un bocal, au milieu d’une galerie de personnages secondaires croqués avec soin par Tatiana de Rosnay. Elle ne se prive pas, au passage, d’égratigner le milieu de l’édition, avec notamment la charismatique et ténébreuse Dagmar Hunoldt.

    De vraies interrogations en fausses pistes, en passant par des coups de colère homériques, Nicolas Duhamel/Kolt, cet inoubliable salaud, se verra transfiguré dans les dernières pages en un de ces héros ordinaires, à la faveur d’un coup de théâtre incroyable.

    Tatiana de Rosnay, À l’Encre russe, éd. Héloïse d’Ormesson, 2013, 352 p.
    http://www.tatianaderosnay.com

    Voir aussi : "Et si l’on parlait de Tatiana de Rosnay ?"

  • La Brodeuse Masquée à la Biennale d’art contemporain d’Épinal

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    La Brodeuse Masquée est cette artiste qui a choisi de s’attaquer aux grandes affaires criminelles à coup de points de croix. Francis Heaulmes, Grégory Villemin ou Omar Raddad sont réinterprétés de la manière la plus grinçante qui soit. La Brodeuse Masquée, qui signe d’un Corbeau à la pointe de son aiguille, est unique et passionnante. Et c’est bien pour cela que nous avions parlé sur Bla Bla Blog

    Elle expose à partir de ce week-end et jusqu’au 16 septembre à la Biennale d’art contemporain d’Épinal. Une bonne occasion de découvrir cette artiste qui a décidé de rendre la broderie à la fois drôle et hype.

    Et si vous voulez posséder un napperon encadré et décalé dans votre bel intérieur, vous savez où aller.

    6e Biennale d’art contemporain d’Épinal
    Du 8 au 16 septembre 2018, de 11h00 à 19h00 à La Plomberie
    https://www.facebook.com/leQuarante6
    https://www.instagram.com/labrodeusemasquee

    Voir aussi : "La Brodeuse masquée a encore frappé"

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  • Tatiana de Rosnay, ses œuvres

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    Avant de commencer ce hors-série sur Tatiana de Rosnay et la publication de chroniques sur ses livres, il paraissait logique de lister ses publications : 

    L'Appartement témoin, éd. Fayard, 1992, 312 p.
    Le Dîner des Ex / Partition amoureuse, éd. Plon, 1996
    Le Cœur d'une Autre, éd. Plon, 1998
    Le Voisin, éd. Héloïse d’Ormesson, 2000, 240 p.
    La Mémoire des Murs, éd. Plon, 2003, 138 p.
    Spirales, éd. Plon, 2004, 200 p.
    Moka, éd. Plon, 2006, 249 p., éd. Héloïse d’Ormesson, 2016
    Elle s'appelait Sarah, éd. Héloïse d'Ormesson, 2007, 368 p.
    Boomerang, éd. Héloïse d'Ormesson, 2009
    Rose, éd. Héloïse d'Ormesson, 2010, 247 p.
    À l'Encre russe, éd. Héloïse d'Ormesson, 2013, 352 p.
    Manderley for Ever, essai, éd. Albin Michel / Héloïse d'Ormesson, 2015, 457 p.
    Sentinelle de la Pluie, éd. Héloïse d'Ormesson, 2018, 352 p.

    Outre ces romans et l’essai sur Daphné du Maurier (Manderley for ever), s’ajoutent des recueils de nouvelles et autres textes :

    Mariés, Pères de Famille, éd. Plon, 1995, 196 p.
    Amsterdamnation et autres nouvelles, éd. Le Livre de poche, 2013, 126 p. (livre inédit hors commerce, offert à l'occasion des 60 ans du Livre de poche)
    Café Lowendal et autres nouvelles, éd. Le Livre de poche, 2014, 274 p.
    Son Carnet rouge, éd. Héloïse d'Ormesson, avril 2014, 190 p.
    Rebecca m’a tuée, in Crimes et Châtiments : Pièces courtes, éd. L'Avant-scène théâtre, coll. "Collection des quatre-vents", décembre 2015, Publié à l’occasion de l’édition 2016 du festival Le Paris des femmes

    http://www.tatianaderosnay.com
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Tatiana_de_Rosnay

    Voir aussi : "Et si l'on parlait de Tatiana de Rosnay ?"

  • Les filles du port

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    Cela se passe en ce moment et jusqu’au 15 novembre à Concarneau : une Escale 7 rue du Port. Bla Bla Blog ne pouvait pas passer à côté de cet événement. Pourquoi ? Parce que nous avions parlé il y a deux ans d’une des deux artistes venues exposées.

    Patricia LM fait se rencontrer la photographie et la peinture, le folklore breton et le pop-art, mais aussi l’intimité et la sensualité. Elle partage l’Escale avec Anh Gloux, graphiste à la ligne claire et résolument tournée vers la mer, qu’elle soit avec liée à la mythologie grecque ou au folklore breton.

    Les deux filles du port n’ont eu aucun mal à se trouver et n’auront aucun mal à cohabiter dans ce lieu éphémère. Amies d’enfances, leur histoire commune est autant une affaire de famille que d'artistes : l’omniprésence de Jean Le Merdy, peintre et père de Patricia LM, celle d’Hervé Gloux, conservateur du musée de la Pêche et des souvenirs liés à Xavier Grall, Per Jakez Hélias ou Charles le Quintrec.

    Entrer à l’Escale c’est respirer un peu de cette histoire partagée, dans un lieu éphémère pour une exposition éphémère. Euphémisme.

    "Escale 7 rue du Port" du 1er septembre au 15 novembre
    En semaine de 11 h à 19 h et le week-end de 14H à 19H
    Page Facebook de Patricia LM
    http://anh.gloux.free.fr
    http://4sardines.canalblog.com

    Voir aussi : "Bouées, sardines et jolies poupées"

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  • Liv Monaghan, la chasseuse de chansons

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    La jazzwoman Liv Managhan, dont nous avions parlé à plusieurs reprises sur ce site, continue une année menée tambour battant. Elle a besoin de notre aide pour clore 2018 en beauté. Elle est en passe de réussir son pari en réalisant son premier album, dans la continuité logique de son subjuguant EP Beauty in the Park. Allez, encore un effort...

    Nous parlions sur Bla Bla Blog de jazz alternatif et de world jazz pour qualifier les performances de cette chasseuse de chansons. La plus parisienne des Irlandaises proposera une sélection de titres dont les influences sont à chercher du côté de Joni Mitchell, John Coltrane, Alice Coltrane, Marc Ribot, Jeff Buckley, Nina Simone, Claude Debussy ou Duke Ellington.

    Pour l’enregistrement, Liv Managhan s’est entourée du bassiste Sava Medan (auteur et compositeur la chanson Yellow Suit de Beauty in the Park), de Soheil Tabrizi-Zadeh à la guitare et à la trompette et du batteur Adrien Cao. L'album a été enregistré à Paris chez Aeronef Studios par Antoine Karacostas et a été mixé à Munich au studio Realistic Sound Studios par Florian H Oestreicher.

    Liv Monaghan a besoin de vous, de nous, pour aller au bout de son projet d’album. Pour participer au financement et à la production de ce projet, rendez-vous sur KissKissBankBank.

    https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/new-album-by-liv-monaghan
    https://www.livmonaghanmusic.com

    Voir aussi : "Liv Monaghan, en musique et en images"
    "Liv Monaghan au Sunset"

  • Vous ne préférez pas plutôt un stage ?

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    Ah, ces entretiens d’embauche, ces DRH froids, ces startups pratiquant l’art faussement cool du recrutement et surtout ces candidats obligés d’avaler des couleuvres pour décrocher des emplois faméliques malgré leur CV long comme le bras…

    Voilà le sujet de la bande dessinée de Mathilde Ramadier, Vous n’espériez quand même pas un CDD ? (éd. Seuil). Le livre se présente sous la forme de chroniques que l’on imagine vécues par l’auteure. Chaque chapitre correspond à une offres d’emploi avec l’annonce correspondante, parfois aussi drôle – et ce n’était pourtant pas le but ! – que les strips qui suivent : "Design junior," "Pigiste," "Copy writer" ou "Creative manager."

    Managers se comportant en gourous tout-puissants

    Mathilde Ramadier croque avec un mélange de férocité, de naïveté et de poésie ces huis-clos au cours desquels se jouent une carrière, des rêves et un avenir, et qui sont souvent réduits à néant en quelques mots. On rit jaune en découvrant ces tranches de vie en entreprise. Le monde des startups est sévèrement égratigné : managers se comportant en gourous tout-puissants, petits boulots ou stages non-rémunérés transformés en challenges cools, exploitations éhontées des candidats via de pseudos tests de recrutements ou jargon globish présenté comme un véritable sésame pour se faire mousser.

    C’est d’ailleurs ce dernier aspect qui est développé dans l’épilogue ("Bientôt la retraite") au cours duquel notre candidate parvient à enfumer un recruteur : un joli pied de nez qui vengera pas mal de candidats passés, présents et futurs. Rien que pour cela, que Mathilde Ramadier soit remerciée.

    Mathilde Ramadier, Vous n’espériez quand même pas un CDD ?, éd. Seuil, 2018, 111 p.
    https://mathilderamadier.com

    Voir aussi : "Décalée"

  • Le joyeux boxon de VortexVortex

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    Attention les yeux et les oreilles : le groupe toulousain VortexVortex s'apprête à prendre ses aises et s'installer sur la scène électro et hip hop. Leur dernière production, Ninjah Death Party, est déjà visible sur Youtube. Suivront à partir d'octobre 2018 leur premier EP ainsi que leur prochain clip, Kawaii.

    En attendant cette future actualité musicale, penchons-nous sur ce Ninja Death Party, un boxon endiablé, à la fois joyeux et vénéneux, sur fond de musique électro et hip hop.

    On peut accrocher ou pas à cette musique rythmée, à la sauvagerie sophistiquée et au parti-pris scénique de ces drôles de phénomènes. Par contre, il est impossible de ne pas saluer le travail de mise en scène, dans un clip où les membres de VortexVortex ainsi que les figurants mettent du leur pour construire un vrai show musical.

    Une anomalie spatio-temporelle

    Une "anomalie spatio-temporelle," expliquent les trois membres du groupe, Milu Milpop, la chanteuse, musicienne et DJ venue de Pologne, Citizen JiF, photographe et membre de l'ex trio Le Catcheur, la Pute et le Dealer (ça ne s'invente pas...) et Simon Boissard, le chanteur, musicien, compositeur et membre du groupe Mobkiss.

    C’est une invitation à la fête que nous offre VortexVortex dans une débauche de rythmiques sauvages, de flows débridés, de folies visuelles, de provocations, d’humour, de looks improbables et de fulgurances poétiques et post-punks. Cet univers est absolument à découvrir sur scène pour des spectacles calibrés comme des shows d’envergure et où se mêlent musiques, danses, vidéos, machines et de l’énergie à revendre. VortexVortex est à surveiller de très près, sans aucun doute.

    Vortex Vortex, Ninja Death Party, sur Spotify et Deezer, 2018
    VortexVortex sur Facebook
    VortexVortex sur Youtube

  • Le commerce des vivants

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    Grand roman sur la guerre, cinglante satire sociale et portraits croisés d’anti-héros flamboyants, Au revoir Là-haut a réussi le tour de force de réconcilier grand public, critiques et milieu littéraire, qui ne s’est pas trompé en lui décernant le Prix Goncourt.

    Nous étions en 2013 à la sortie du livre de Pierre Lemaitre et les commémorations du centenaire de la Grande Guerre n’avaient pas commencé. Quatre ans plus tard, à quelques mois de la célébration du centenaire de l’armistice du 11 novembre, il n’est pas trop tard pour lire ou relire Au revoir Là-haut, d’autant plus que l’adaptation de et avec Albert Dupontel nous rappelle la force d’une histoire aussi simple que géniale.

    Le 2 novembre 2018, à quelques jours de la fin des hostilités, le capitaine Henri d’Aulnay-Pradelle, un être "à la fois terriblement civilisé et foncièrement brutal," lance une charge aussi inutile que dangereuse contre les tranchées allemandes, moins pour son utilité tactique que pour sa gloriole personnelle. Parmi les victimes de l’attaque figurent Albert Maillard, un brave gars gentil, "de tempérament légèrement lymphatique," enterré vivant dans un trou d’obus avant d’en sortit miraculé, et surtout Édouard Péricourt qui deviendra une gueule cassée après avoir perdu la moitié de son visage. Une fois revenus parmi les vivants, le mutilé convainc Maillard de ne pas dévoiler son infirmité à sa sœur Madeleine et surtout à son père, l’homme d’affaire et millionnaire Marcel Péricourt. Aux yeux de tous, il doit figurer parmi les morts du conflit et tomber dans l’anonymat.

    La guerre terminée, plus rien n’est comme avant. Fort de sa carrière d’officier, Henri d’Aulnay-Pradelle s’est enrichi grâce à l’appel d’offres de l’État sur les inhumations des poilus et les immenses cimetières. Il s’est également marié avec Madeleine Péricourt, ce qui ne m’empêche pas de la tromper sans vergogne. Pour Albert et Édouard, l’avenir est plus sombre : ils vivent dans une modeste pension, sans croire au lendemain. Alors qu’Albert traficote pour récupérer des fioles de morphine destinées à son ami, celui-ci s’évertue à cacher son visage défiguré à l’aide de masques aussi fantasmagoriques les uns que les autres. Un jour, Édouard dévoile à son ami un projet d’escroquerie qui doit les tirer d’affaire. Il met à profit ses talents de dessinateur pour mettre au point une supercherie sur le dos des morts de la Grande Guerre. Et contre toute attente, ce projet, aussi amoral et improbable soit-il, fonctionne au-delà de toutes les espérances.

    Ces fameux masques, dadaïstes et surréalistes...

    Pierre Lemaitre a écrit un roman brillant, facétieux et tragique. C’est en transportant le lecteur au tout début des années folles qu’il se fait le pourfendeur de toutes les guerres et tous les nationalismes. À y regarder de près, il n’y avait qu’Albert Dupontel pour rendre sur écran toute la verve de l’auteur et en faire une fresque grinçante et sombre. L’auteur de 9 Mois ferme a pris à bras le corps le pavé de 620 pages de Pierre Lemaitre, a resserré l’intrigue avec justesse sans trahir l’auteur – qui a d’ailleurs participé au scénario – et a enrichi l’histoire de cette escroquerie et de ces anciens soldats perdus de la Grande Guerre.

    Qui d’autres que Dupontel pouvait interpréter le soldat Maillard, cet homme frustre, naïf mais courageux ? Laurent Lafitte, lui, excelle dans le rôle de cette fripouille qu’est Henri d’Aulnay-Pradelle. Quant à Nahuel Pérez-Biscayart, il campe un Édouard Péricourt brisé, muet mais capable de comportements audacieux. Gueule cassée condamnée à vivre en marge de son époque, et désireux de se couper de son père (Niels Arestrup), il devient paradoxalement la représentation vivante des années folles, cachant son visage cabossé et ses illusions tout autant détruites derrière des masques.

    Parlons justement de ces fameux masques, dadaïstes et surréalistes... Cécile Kretschmar est la créatrice de ces accessoires à l’importance considérable. "Édouard ne les portait jamais deux fois, le nouveau chassait l’ancien qui était alors accroché avec ses congénères, sur les murs de l’appartement, comme des trophées de chasse ou la présentation de déguisements dans un magasin de travestis."

    Citons enfin le personnage de Louise (la magnétique et toute jeune actrice Heloïse Balster) : celle qui devient la voix, les oreilles et l’assistante aux masques du fils Péricourt est intelligemment utilisée dans le film, jusqu’à devenir une protagoniste pleinement utilisée dans cette histoire de commerce des vivants sur les morts.

    Roman proche de la perfection, Au revoir Là-haut – dont le titre est un hommage à la dernière phrase de Jean Blanchard, fusillé le 4 décembre 1914 – est aussi l’exemple d’une adaptation réussie à montrer dans toutes les écoles de cinéma. Un grand livre et un grand film. À voir et à lire, ou inversement.

    Pierre Lemaitre, Au Revoir Là-haut, éd. Albin Michel, 2013, 620 p.
    Au Revoir Là-haut, d’Albert Dupontel, avec Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Nahuel Pérez Biscayart, Niels Arestrup, Émilie Dequenne, Mélanie Thierry et Heloïse Balster,
    2017, 115 mn

    Voir aussi : "Aussies au front"