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Des envies

  • Haut Suzane

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    Cet été, c’est l’artiste que l’on a sans doute le plus vue sur les scènes de France. Suzane, 28 ans, à peine découverte grâce à son EP éponyme, ne s’est pas ménagée et remettra ses vacances à un peu plus tard.

    Le quotidien La Provence (édition du 28 août 2019) a fait le compte : 32 festivals, soit 10 de plus que ses homologues Clara Luciani, Therapie Taxi ou Eddy de Pretto, 15 de plus qu’Orelsan et 9 de plus que Boulevard des Airs. On a ainsi vu la native d’Avignon aux Vieilles Charrues, au festival de Poupet en Vendée ou au festival de jazz de Montreux.

    L’ascension de Suzane a été pour le moins spectaculaire. En quelques mois seulement, la jeune chanteuse est devenue une figure sur laquelle la scène française peut compter, et alors même qu’on ne lui doit pour l’instant qu’un EP – avant un album déjà attendu avec impatience.

    Suzane c’est d’abord un look : combinaison bleue et noire et coupe au carré impeccable. Dans la lignée de Jain, la chanteuse est immanquable grâce à un uniforme sobre et néanmoins hyper moderne. Uniforme n’est du reste pas un terme galvaudé tant l’artiste se révèle comme une soldate engagée et féministe.

    Soldate engagée et féministe

    Dans SLT, l’un des quatre titres de son premier EP, Suzane parle de saynètes brutes dénoncées avec force depuis les raz-de-marée de #Metoo ou #Balancetonporc : la drague de rue, le harcèlement sexuel au travail ou les insultes sexistes sur les réseaux sociaux ("Souffle, sois prudente / Marche dans le couloir d'à-côté / « T'es une pouffe », c'est devenu courant / De l'entendre trois fois par journée / Un gentil peut devenir méchant / Faut pas croire aux Disney / Bats-toi fillette"). Disons-le tout de go : les hommes ne sont pas ménagées dans cet EP écrit avec les tripes (L’Insatisfait).

    L’auditeur ne devra pas passer à côté d’Anouchka, un titre aussi fin et délicat que ne l’est cette "poupée russe." Délaissant l’électro-pop rythmée, Suzane choisit cette fois une orchestration sobre donnant tout son aspect romanesque à ce magnifique hommage à cette troublante jeune femme : "La plus belle fille du lycée / N'est jamais accompagnée / Et sa famille ce demande pourquoi / Pourquoi les garçons pleurent / Ils pleurent en secret / Leur ego se meure / Sur leurs joues trempées / Alors les garçons pleurent / Font des simagrées / Quand Anouchka passe / Sans les regarder."

    Dans son premier mini-album, Suzane fait également son autoportrait sous la forme de dialogues au sujet de son rêve "irréaliste" d’être musicienne ("Qu'est-ce que tu veux faire plus tard / Ah, tu veux être chanteuse ? / Et pour vivre tu fais quoi ? / Ah, donc tu es serveuse / Derrière ton bar en bois / Sauf pendant les heures creuses / Tu rêves de l'Olympia /D'exister devant la foule curieuse"). Un projet mené de haute lutte, au prix de combats contre vents et marées. Pari réussi.

    La tournée estivale de Suzane n’est pas tout à fait terminée car cette semaine, le 5 septembre, l’ancienne serveuse devenue en quelques mois artiste incontournable sera à Veyras, en Suisse, aux côtés de Maître Gims. L'ascension continue. Jusqu'où ?

    Suzane, Suzane, Wagram Music / 3ème Bureau, 2019
    https://www.facebook.com/suzanemusique

    Voir aussi : "La Femme libérée"

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  • Ciné mobile

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    Le Mobile Film Festival revient cette année encore, 15 ans déjà après sa création, avec les règles qui ont fait son succès : ​1 téléphone mobile, 1 minute, 1 film​, tout en imposant aux réalisateurs ​un thème engagé : "ACT NOW on climate change", en partenariat avec Youtube Creators for Change et UN Climate Change. Une initiative qui fait bien sûr sens en cette période d’urgence climatique. Dans ce cadre, les réalisateurs sont invités à soumettre leurs films jusqu’au 16 octobre.

    Le jury est composé cette année des comédiennes et comédiens Juana Acosta, Hugo Becker, Dali Benssalah, Emma de Caunes, Sara Giraudeau, Arnaud Valois, de la réalisatrice et comédienne Monia Chokri, de Magali Payen, productrice et fondatrice de On est prêt et Imagine 2050 et de Patricia Ricard, présidente de l’Institut océanographique Paul Ricard.

    Le Mobile Film Festival remettra 46.000 € de bourses de création : le Grand Prix International (20.000€ attribués par Youtube Creators for Change), le Grand Prix France (20.000€ attribués par Youtube Creators for Change), le Prix du Scénario (3.000 € attribués par le CNC), le Prix de la Mise en Scène (3.000 € attribués par le CNC) et le Prix L’Extra Court (700€ attribués par l’Agence du court métrage pour l’acquisition d’un court métrage).

    Les deux bourses remises par YouTube Creators for Change, de 20.000 € chacune, permettront aux réalisateurs lauréats de réaliser en un an un court métrage avec des moyens professionnels et l’aide d’un producteur. Le CNC remettra de son côté deux bourses d’aide à l’écriture de 3.000€ chacune qui permettront aux lauréats d’intégrer des résidences d’écriture.

    Lors de la précédente édition, le Mobile Film Festival avait reçu plus de 700 films de 81 pays et avait réalisé une audience de 21 millions de vues.

    À vos téléphones et à vos stylos, donc. Vous avez jusqu’au 16 octobre pour travailler et proposer vos courts pour l’un des festivals de cinéma les plus originaux et les plus populaires.

    Mobile Film Festival
    "ACT NOW on climate change"
    www.mobilefilmfestival.com

    Voir aussi : "Les 10 festivals qu’il faut avoir faits dans sa vie"

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  • Mémoires d’une jeune fille rongée

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    Dans la pléthore d’autofictions dont la sincérité et la droiture peuvent laisser à désirer, le témoignage de Johanna Zaïre, Rebirth, dénote par sa franchise à toute épreuve, son côté cash et sa facture : le récit d’une trajectoire édifiante de la dépression vers une incroyable reconstruction grâce aux arts. "Un jour, j'ai entamé une descente aux Enfers et je me suis perdue. J’ai cherché à partir et je suis restée. Combattre mes démons, essayer de comprendre, me sentir différente, être différente, me battre pour être enfin moi-même et m'en sortir."

    Cette différence porte un nom : "surefficience mentale". Johanna Zaïre résume cette caractéristique psychologique ainsi : "Je ne suis pas plus intelligente que toi ou quiconque, rien à voir avec le fait d’être surdoué, c’est plus compliqué que ça. Pour résumé, je dirais simplement que contrairement à « la norme », je fonctionne davantage avec mon cerveau droit, hôte de l’imagination, l’intuition, la créativité, les émotions et les pensées foudroyantes… Je ne supporte pas la lumière, ni les goûts extrêmes (acide/amer), ni les fortes odeurs… C’est ce qu’on appelle l’hyperestésie : la sensibilité accrue aux sens."

    Hyperestésique et surefficiente, la jeune femme doit faire face dès son adolescence à une double épreuve : l’accident mortel de son petit copain et le suicide quelques jours plus tard d’un de ses meilleurs amis. Ces deux drames, coup sur coup, marquent le début d’une "descente aux enfers" marquée par la dépression, les conduites à risque et les tentatives de suicide.  "Tombera ou tombera pas ? (…) Comment prévenir une chute ou une descente aux enfers ?" résume l’auteure en toute fin de son livre, qui est autant le témoignage d’une jeune fille rongée intérieurement que le récit d’une lente reconstruction.

    World War Web, sélectionné dans plusieurs festivals internationaux

    Johanna Zaïre se lance à corps perdu dans les arts – la musique, la littérature puis le cinéma – qui vont finir par devenir indispensables à l’équilibre de la jeune femme : publications (Sanatorium, World War Web ou Les Roitsy de Magara Kisi), compositions, concerts ou tournages rythment une vie trépidante, marquée également par des déceptions personnelles, sentimentales et artistiques comme par les impératifs professionnels.

    Véritable récit thérapeutique, Rebirth est un livre confession total dans lequel se succèdent sans fard ses souvenirs non-édulcorés, ses accusations adressées à d’anciens proches, des photos, des reproductions de courriers ou de textes manuscrits et surtout des flash-codes invitant le lecteur à découvrir quelques-uns de ses titres ou des vidéos (dont le clip World War Web, sélectionné dans plusieurs festivals internationaux). Rebirth est complété par des illustrations de Thibault Colon de Franciosi.

    "De la cendre… C’est ce que j’étais il y a treize ans" confie Johanna Zaïre. En véritable artiste qui a choisi la liberté, hors de toute structure, pour bâtir une œuvre sans limite, mêlant musiques, littérature et vidéo. Un témoignage à lire, à vivre et à suivre.

    Johanna Zaïre, Rebirth, de la cendre au Phoenix, autoédité, 379 p., 2019
    https://www.johannazaireofficiel.com

    Voir aussi : "Brigitte Bellac, toujours debout"

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  • Maya Kamaty, la diva du maloya

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    Ambitieux, dépaysant et délicat comme une brise un soir d’été, Pandiyé, le dernier album de Maya Kamaty fait partie de ces jolies découvertes musicales.

    Quatre ans après son précédent opus, Santié Papang, coup de cœur de l’Académie Charles Cros en 2014, la chanteuse réunionnaise revisite le maloya qui est un des genres musicaux de son île natale : "Cela aurait été trop facile de refaire Santié Papang, j’ai besoin de me mettre en danger, de prendre des risques" commente l’ancienne choriste du collectif réunionnais Ziskakan dans ce projet musical audacieux et très réussi.

    Le maloya, créé vraisemblablement par des esclaves venus d’Afrique de l’Est et de Madagascar, a été interdit un temps par l’administration française qui voyait mal cette expression d’une forme d’indépendantisme en pleine période de décolonisation. Une époque révolue, à telle enseigne que le maloya a est classé par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l'humanité depuis 2009.

    C’est en créole réunionnais (kréol réyoné) que Maya Kamaty chante. Pandiyé est une véritable revisite d’un maloya ultra moderne mais respectueux de l’ADN de cet art, et dans la langue, et dans le rythme (Varkala), et dans les danses (Diampar) et dans les instruments traditionnels tels que le roulèr, la takamba ou le kayamb (Lam an Doz).

    Une véritable revisite d’un maloya ultra moderne

    Cela n’empêche pas l’artiste d’insuffler à cette musique de l’électro (Pandiyé), des sons travaillés sur machines (Lodèr Kabaré) et des rythmiques contemporaines (Kaniki) dans un album à la fois sensuel et planant, à l’instar de Dark River, un titre en anglais et rappelant singulièrement l’audacieuse et islandaise Björk.

    Trakasé et Diya, en créole réunionnais, peuvent s’inscrire pleinement dans la tradition de la chanson : travail sur le texte, instrumentation plus occidentale (le piano de Diya), rythme pop et puissance de l’interprétation (Trakasé).

    Sur la trace de ces prédécesseurs qui avaient enrichi le maloya d’instruments et de styles occidentaux (maloya funk-rock, maloggae, maloyaz ou le maloya "kabosé") Maya Kamaty propose un maloya électro-pop séduisant et offrant d’incroyables instants de grâce, à l’exemple du titre Akoz.

    Pandiyé se révèle comme une vraie jolie découverte musicale par une artiste attachante. Une vraie diva du maloya réunionnais.

    Maya Kamaty, Pandiyé, Vlad Productions / L'autre Distribution, 2019
    En concert le 18 octobre 2019 au Makeda, Marseille (Maloya Banyan en première partie)
    https://www.facebook.com/MayaKamaty

    Voir aussi : "Odyssée musical pour Dowdelin"

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  • Charles Bukowski, affreux de la création

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    De Charles Bbukowski, on retient habituellement les sulfureux Contes de la Folie ordinaire ou Women. Mais son œuvre est aussi celle d’un poète, sans doute le plus percutant, le plus outrancier et le plus déconcertant de la littérature américaine.

    Après la publication remarquée il y a deux ans d’une partie de sa correspondance (Sur l’Écriture), les éditions Au Diable Vauvert proposent, avec Tempête pour les Morts et les Vivants, une sélection de ses poèmes rares et souvent inédits.

    Le titre de cette anthologie (Storm for the Living and the Dead) est celui d’un texte tardif – en 1993, soit tout juste un an avant son décès –, dans lequel l’écrivain fait d’une scène quotidienne chez lui un moment à la fois trivial, tragique et plein de grâce ("Je suis un vieil écrivain. / un facture de téléphone me nargue / la tête à l’envers. / la fête est finie. / san Pedro, / en l’an de grâce / 1993. / assis là").

    Plus de trente ans de créations poétiques sont réunies dans cette précieuse compilation qui est souvent l’autoportrait d’un artiste en proie à ses dérives – l’alcool, la dépression, la solitude ou la dèche – ou à ses passions – les courses de chevaux, les femmes et bien sûr la littérature. "Pourquoi est-ce que tous les poèmes sont personnels ?" écrit en avril 1961.

    Ses mots sont des "flèches", comme il l’écrit dans "Dans celui-là " (1960), avant, quelques années plus tard, de revendiquer sa filiation avec quelques grands noms : Hemingway ("Je pense à Hemingway", 1962) ou Walt Whitman ("Corrections d'ego, principalement d'après Whitman"), jusqu’à écrire un panégyrique grinçant… sur lui-même : "Charles Bukowski est une figure de l’underground / Charles Bukowski pionce jusqu’à midi et se réveille toujours avec une gueule de bois / Charles Bukowski a été encensé par Genet et Henry Miller" ("Un poème pour moi-même", vers 1970).

    Les vers explosent, la langue s’affranchit des conventions et la voix du poète utilise d’innombrables registres

    Les textes de Bukowski, tranchants, provocateurs et rythmées, frappent par leur liberté formelle : les vers explosent, la langue s’affranchit des conventions et la voix du poète utilise d’innombrables registres, parfois étonnants. Certains poèmes s’apparentent à des micro-nouvelles ("Clones", février 1982), des extraits de journal intime ("Ai bossé dans le train" été 1985), des chroniques ("La lesbienne", 1970), voire de la correspondance ("Un lecteur m’écrit", 25 mars 1991).

    Charles Bukowski se fait sarcastique lorsqu’il parle d’une époque et d’un pays qui a fini par le rendre célèbre après des années de misère. L’auteur du Journal d'un vieux Dégueulasse est le poète d’une certaine Amérique cynique, cruelle, violente et impitoyable pour les marginaux et les pauvres ("Mon Amérique, 1936", octobre 1992).

    Finalement, il trouve son salut dans la poésie et la littérature ("2 poèmes immortels", 1970). À côté de textes sombres, l’homme de lettres propose des instants lumineux : la confession d'un père ("Conversation téléphonique avec ma fille de 5 ans à Garden Grove", 1970), une chanson d’amour (mars 1971), un poème sur sa grand-mère ("Verrues", 1973), le tableau d’un couple de hippies attendrissants ("Bob Dylan", 1975), sans oublier ces portraits de femmes ("Les femmes de l’après-midi", 1976).

    Le recueil se termine avec ce qui est certainement son tout dernier texte ("Chanson pour ce chagrin doucement dévastateur") : une sorte de confession en forme de singulière leçon de vie et de sagesse : "Laissons la lumière nous éclairer / souffrons en grande pompe – / le cure-dent aux lèvres, tout sourire. / on peut y arriver. / on est né fort et on mourra / fort… / ça été très / plaisant. / nos os / tels des tiges dressés vers le ciel / crieront victoire / jusqu’à la fin des temps."

    Charles Bukowski, Tempête pour les Morts et les Vivants
    éd. Au Diable Vauvert, 350 p.

    http://charlesbukowski.free.fr

    Voir aussi : "Ivre de vers et d’alcool"

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  • Fatbas, Demi-Portion, Miscellaneous et compagnie

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    Je vous entends déjà soupirer : l’été qui va sur sa fin, les vacances qui se terminent, la mer qui n’est certainement qu’un lointain souvenir… Pourquoi ne pas prolonger ces plaisirs avec Holidays, l’EP lumineux, souriant et urbain de cette saison ?

    Il nous vient de Fatbabs, musicien et producteur de rap et de reggae, en lice cette fois avec pas moins de quinze artistes et musiciens, parmi lesquels Johaz & Piff (Another Day), Miscellaneous, MC de Chill Bump (Good Lord), Jahneration, Volodia, Kenyon (Lalala), sans oublier Naâman et Demi Portion (Keep on Rollin).

    Holidays c’est du rap à la sauce funk et reggae (Another day avec Johazz & Piff), une proposition électrique et nerveuse mêlée à un son estival concocté avec amour sous le soleil de Sète.

    Il y a comme un air de fête dans ces titres urbains et volontairement festifs, à l’instar de l’enlevé et sautillant Lalala, comme concocté par une bande de potes.

    Avec Good Lord, Fatbas se lance dans un flow plus acéré sentant bon les fins de fête et les sorties noctambules dans le sur de la France.

    Dans la foulée de Holidays, un nouvel album de Fatbabs est attendu pour l’automne prochain.

    Fatbabs, Holidays, Big Scoop Records, 2019
    En tournée au Canada à partir du 10 septembre 2019

    https://www.facebook.com/fatbabsbigscooprecord

    Voir aussi : "Sônge d’une nuit d’électro"

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  • Amis pour la vie

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    Part-Time Friends fait feu de tout bois avec son nouvel EP, le bien-nommé Fire, sorti en début d’été, un an après leur second album Born To Try.

    C’est un vrai plaisir de revoir l’un des couples pop-rock le plus attachants de la scène française qui prouve qu'il n'est pas là par hasard. Un mélange de vagues synthétiques délicates et de guitares étincelantes planent sur ce mini-album d’une très grande efficacité.

    L’osmose est parfaite chez ces deux là, aucune voix ne venant l’emporter sur l’autre, à l’instar de Better DaysFire dégage une douce chaleur d'été indien, parfaite sur votre platine les jours de vague à l’âme (Less Than Nothing Else).

    Part-Time Friends séduit par la justesse de leurs mélodie et le soin qu’ils mettent à créer un son immédiatement accessible : du pop-rock sexy et virevoltant, qui vient caresser les oreilles (For Your Eyes).

    Part-Time Friends, Fire, Un Plan Simple / Sony Music, 2019
    En concert, le 14 septembre à Saint-Herblain (44) au Festival Jours d’Été
    Le 15 septembre à Troyes (10), au Troyes Fois Plus
    Le 22 septembre à Hambourg (Allemagne) au ReeperBahn Festival
    Le 29 septembre à Pau (64) à la base d’eau vive du Pont d’Espagne
    http://www.parttimefriendsmusic.com
    https://www.facebook.com/theparttimefriends

    Voir aussi : "Deux amis"

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  • Les secrets de Nola Kellergan

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    À la lecture de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert de Joël Dicker, un autre roman vient immédiatement en tête : Lolita de Vladimir Nabokov. Un professeur de littérature tombe amoureux d’une adolescente dans une petite ville américaine de l’est américain : le clin d’œil de l’écrivain suisse est flagrant jusque dans le prénom de la jeune fille et dans certains passages qui font écho à l’auteur russe : "Nola. Nola. N-O-L-A. N-O-L-A. N-O-L-A. Quatre lettre qui avaient bouleversé son monde. Nola, petit bout de femme qui lui faisait tourner la tête depuis qu’il l’avait vue."

    Pour autant, Joël Dicker ne fait pas de cette histoire d’amour scandaleuse un roman social mais un polar ambitieux et passionnant de bout en bout.

    Harry Quebert est au cœur d’une enquête menée par le personnage principal du roman, Marcus Godman, auteur à succès qui peine à sortir du syndrome de la page blanche. Nous sommes en 2008 et l’Amérique se passionne pour l’élection nationale qui s’apprête à envoyer Barack Obama à la Maison Blanche. Harry Quebert a été le professeur de Goldman mais aussi son mentor et ami. Ce charismatique homme de lettres, et auteur plusieurs années plus tôt d’un ouvrage majeur de la littérature, Les Origines du Mal, lui apprend qu’il est accusé d'un double meurtre durant l'été  1975, dont celui de Nola Kerrigan. Ce nom n'est pas inconnu pour le jeune écrivain qui a découvert quelques années plus tôt qu’Harry Quebert a entretenu une relation sulfureuse avec cette toute jeune femme. Une relation qui s'est terminée par la disparition.suspectecte de Nola en 1975. Sauf que, durant cet été 2008, c’est bien son corps qui est découvert, enterré dans la propriété du professeur.

    Une contre-enquête dans laquelle les questions sont aussi nombreuses que les dissimulations

    Circonstances atténuantes : On découvre à côté du cadavre un manuscrit original du livre à succès de Quebert avec un mot d’adieu écrit à la main. Et lorsque les enquêteurs, dont l’imposant sergent Gahalowood, découvrent qu’en 1975 une voiture suspecte a été filée la nuit du drame et qu’Harry Quebert conduisait une voiture de ce type, il semble que la messe soit dite pour l'intellectuel. 

    Mais Marcus Goldman ne veut pas croire à la culpabilité de son ami et se lance dans une contre-enquête dans laquelle les questions sont aussi nombreuses que les dissimulations. Au fil des 670 pages du roman, tout est remis en question, jusqu’au passé de Harry Quebert. Qui est-il ? Qui était au courant de sa relation secrète avec Nola ? Quels secrets elle-même cachait-elle ? Que s’est-il réellement passé la nuit du 30 août 1975 ? Le livre de Harry Quebert pourrait-il apporter des clés à ce crime ? En revenant sur les lieux de sa jeunesse, Marcus Goldman ne veut pas seulement percer les mystères d’un fait divers vieux de plus de trente ans : il entend bien aussi écrire le livre basé sur son enquête, d’autant plus que son éditeur se fait de plus en plus pressant.

    Le roman de Joël Dicker peut se lire sur plusieurs niveaux. Il s’agit bien évidemment d'un policier dont la clé se dévoile dans les dernières pages. Que du classique a priori : un coupable parfait, des preuves accablantes, une victime bouleversante et aux lourds secrets et un meurtre sordide. Marcus Goldman, romancier tête à claque mais surtout pugnace est bien décidé à laver l’honneur de son ami. Un ami qui passe en quelques jours du statut de notable et d’intellectuel admiré à celui de criminel. Joël Dicker n’oublie pas d’épingler les travers de l’Amérique, de son puritanisme et de la toute puissance des médias comme de la vox populi. Mais La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert est aussi un grand roman sur la création littéraire, à travers une astucieuse mise en abîme, et sur les grands mensonges qui font aussi les chefs-d’œuvre : "Deux choses donnent du sens à la vie : les livres et l'amour."

    La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, sorti il y a déjà sept ans, n'a pas perdu de sa maestria. Le roman a fait cette année l'objet d'une adaptation en série télé, réalisée par Jean-Jacques Annaud avec Patrick Dempsey, Ben Schnetzer et Kristine Froseth.

    Joël Dicker, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert,
    éd. De Fallois / L’Âge d’Homme, 2012, 670 p.

    https://joeldicker.com

    Voir aussi : "Qu’avez-vous réellement vu ce soir-là ?"

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  • No money kids, oiseaux de nuit

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    Pop, rock, folk et même hip hop (Chains, en featuring avec Charles X) : le duo parisien No Money Kids, que nous avions découvert il y a un an et demi sur Bla Bla Blog, n’a pour parti pris dans son dernier album Trouble que celle d’un son à la fois familier, efficace et immédiatement attachant. Le cinéma et la télé ne s’y sont pas trompés en choisissant plusieurs de leurs titres pour leurs BO : Banshee, Veep, Goliath (avec Billy Bob Thornton), Misconduct (avec Al Pacino et Anthony Hopkins) ou Baby, Baby, Baby (avec Bradley Cooper).

    Écouter The Street c’est déambuler dans un New York noctambule, le cerveau embrumé, avec dans les oreilles ces guitares pleines de vagues à l’âme : "The street will sing / For the poor and the other men / All those workers death / Are in my brain / I will sing for the poor / And the dead men."

    Tout aussi acoustique, Nowhere Land est un titre pop-folk ponctué de respirations étranges et fantastiques. Avec Hush Hush, No Money Kids assume ses influences folk-rock semblant sortir des légendaires barbes des ZZ Top. Comme pour leur deuxième album Hear The Silence, les guitares se déploient généreusement dans Trouble, avec des constructions harmoniques savamment étudiées (See Me Laughing). Ce qui n’empêche pas le groupe de partir sur des routes poussiéreuses invitant au voyage dans une Amérique mythique (Wake Me Up, Family Blood ou Blue Shadow).

    Des ectoplasmes dansants

    Pour Crazy, c’est l’électronique que choisissent Félix Matschulat et J.M. Pelatan pour cette reprise du tube de Gnarls Barkley (2006), une reprise au-dessus de laquelle semblent planer des ectoplasmes dansants : "I remember when I lost my mind / There was something so pleasant about that place / Even your emotions have an echo in so much space / And when you're out there, without care / Yeah I was out of touch / But it wasn't because I didn't know enough / I just knew too much / Does that make me crazy?"

    Lost Generation (avec The Toxic Avenger) propose de son côté une fusion séduisante entre le rock et un électro eighties, lui donnant cette facture planante. Plus pop, My Loneliness laisse les guitares en arrière-plan au profit d’un titre rythmé, à l’instar de Radio Sound, plus british que yankee. Ici, ce sont les mânes des Clash qui semblent être invoquées dans un craquant morceau que les radios FM des eighties n’auraient pas renié.

    Better, la dernière piste de l’album, retrouve l’ADN d’un rock américain musclé et régressif dans lequel les riffs des guitares enflent, jouent et soufflent avec un plaisir partagé.

    No Money Kids, Trouble, Roy Music, 2018
    https://www.nomoneykids.com

    Voir aussi : "Écoute ce silence"

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  • Femmes extraordinaires des Andelys

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    Il reste encore plus d’un mois pour découvrir l’exposition de Claudine Loquen au Musée Nicolas-Poussin des Andelys. Sous le titre "Les Dames des Andelys", l’artiste normande dévoile une soixantaine de peintures et de sculptures sur bois sur les grandes figures féminines de cette ville, ancienne place forte de l’Empire Plantagenêt comme le prouve l’imposant Château-Gaillard.

    Pour cette exposition, Claudine Loquen consacre une large place aux femmes du Moyen Âge : s. Clotilde, Aliénor d’Aquitaine et Marguerite de Bourgogne. D’autres figures apparaissent dans cette galerie touchante : Marie et Marguerite de Lampérière (les épouses des frères Corneille), l’aéronaute Sophie Blanchard (et aussi première femme à périr lors d’un accident aérien) et la peintre Marthe Lucas dans le portrait d’une artiste aux yeux rêveurs et aux charmantes joues rosées. Un hommage est également rendu à Madame Bovary, la personnage romanesque de Gustave Flaubert, ainsi qu’aux femmes de la communauté malienne des Andelys (La délicate et espiègle Princesse malienne).

    Marchant sur les pas de Marc Chagall (Oiseaux et reines), Claudine Loquen donne à ses personnages une facture étonnante, bien loin des représentations académiques et réalistes. Les visages ont cette naïveté d’autant plus touchante que l’artiste rehausse ses peintures de couleurs vives, dans des compositions poétiques et surréalistes.

    Sur les pas de Marc Chagall

    Aliénor et ses filles, dans la toile qui porte ce nom, tourbillonnent dans une danse féerique sur fond d’un décor fleuri et aux ors klimtiens. Aliénor en croisade n’est pas représentée à la manière d’une peinture historique mais comme une scène d’enluminure fantastique dans laquelle les chevaux apparaissent comme des créatures extraordinaires. La reine Clotilde prend vie dans un portrait qui nous la rend familière et contemporaine. La peintre normande choisit également, pour représenter la sulfureuse et bouleversante Emma Bovary, un sage et souriant portrait de famille, perturbé en arrière-plan par un tableau des amants scandaleux.

    Claudine Loquen s’approprie ces personnages, historiques ou fictifs, pour en faire des sujets de scènes oniriques où se mêlent saynètes de la vie quotidienne (Marthe Lucas en train de peindre), scènes historiques (Aliénor en croisade), rêves (Clotilde, reine des Francs) et cauchemars (Assassinat des parents de Clotilde, reine des Francs).

    Cette exposition lumineuse et singulière est à découvrir au Musée Nicolas-Poussin des Andelys jusqu’à la fin septembre.

    Les œuvres de Claudine Loquen sont également à voir au Musée d'art spontané de Bruxelles, au Musée international d'art naïf de Magog (Canada) ainsi qu'au Musée Daubigny à Auvers-sur-Oise.

    "Les Dames des Andelys", exposition de Claudine Loquen
    Musée Nicolas-Poussin des Andelys (27)
    Jusqu’au 29 septembre 2019
    http://www.claudine-loquen.com

    Voir aussi : "Hors-série Normandie impressionniste"

    © Claudine Loquen
    Aliénor d'Aquitaine et ses filles
    Technique mixte sur toile 100cmX80cm

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  • Retour et parenthèse italienne avec Sarah Lancman et Giovanni Mirabassi

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    L’an dernier, Bla Bla Blog avait craqué sur Sarah Lancman, à l’occasion de la sortie de son album À Contretemps, dans lequel la jazzwoman marchait sur les pas de Michel Legrand.

    Elle est de retour cet été avec Intermezzo, un opus qu’elle signe avec Giovanni Mirabassi. On retrouve l’élégance de la chanteuse dans sept standards italiens que le public français pourra découvrir, si ce n’est redécouvrir.

    Senza Fine, Sabato Italiano, Il Poeta, Estate, Vedrai Vedrai ou Ah, Che Sarà, Che Sarà sont interprétés de la manière la plus pure qui soit : le piano de Giovanni Mirabassi et la voix de Sarah Lancman dans ces reprises intemporelles. Le saxophoniste Olivier Bogé vient apporter son concours au duo dans La Canzone Di Marinella et dans le romantique Parlami d'amore Mariù : "Parlami d'amore, Mariù! / Tutta la mia vita sei tu! / Gli occhi tuoi belle brillano / Fiamme di sogno scintillano."

    Nostalgie poignante (Il Poeta, Estate), regrets ou espoirs amoureux (Vedrai Vedrai), amants légendaires (La Canzone Di Marinella) et déclarations enflammées (Almeno tu nell'universo). Sarah Lancman fait de ces chansons du répertoire italien des morceaux de jazz frais et délicats comme un vent d’été sur l’Aventin.

    Le 24 août, Sarah Lancman sera en concert au Frontenay Jazz Festival.

    Sarah Lancman & Giovanni Mirabassi, Intermezzo, Jazz Eleven
    En concert le 24 août 2019 au Frontenay Jazz Festival (Jura)
    https://www.sarahlancman.com
    https://www.giovannimirabassi.com

    Voir aussi : "À contretemps avec Sarah Lancman"

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  • Eleganz en diable

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    James Eleganz : voilà un nom fort à propos pour un artiste qui a choisi un pop-folk-rock racé pour son retour musical avec l’album The Only One.

    L’ancien leader de Success choisit de nous emmener sur des terres américaines familières et aventureuses pour dix titres à vous donner la chair de poule, portés par une voix tour à tour élégante (Lasso The Moon), posée (The Only One), à vif (The Horse Song), romantique (Better Man) ou sexy (Hide Away).

    Pour la petite histoire, James Eleganz est le premier Français à enregistrer au légendaire studio Rancho de la Luna en Californie où quelques disques mythiques ont vu le jour (Queens of the Stone Age, Arctic Monkeys ou Marc Lanegan). The Only One a d’ailleurs été enregistré en compagnie de figures mythiques du rock : Toby Dammit, clavier des Bad Seeds, et longtemps batteur d’Iggy Pop, et Mike Watt, fondateur des Minutemen et bassiste des Stooges.

    James Eleganz insuffle dans son album ce souffle épique, ambitieux et d’une noirceur poétique hallucinante de créativité, à l’instar du formidable Forgive Me, Forget Me et son piano comme sorti d’outre-tombe.

    Il coule aussi dans les veines du Consolation un rock classique non-frelaté. Les guitares et la voix grave du Frenchy particulièrement inspirée nous transportent dans un road-movie poussiéreux et enivrant.

    The Wedding Song clôture l’album de manière majestueuse et sombre, un titre diabolique que n’aurait pas renié Quentin Tarantino ou Nick Cave : "Murder / On a dirty Snow / There’s a Body : It’s cold / Blood / On my shaking Hands / I’ve killed my Love / And I’m punished / Today / Must be / Our Wedding Day."

    Impossible enfin de ne pas parler de cet opus sans évoquer cette trilogie californienne que sont les trois clips réalisés pour l’occasion par le musicien rennais. Lasso The Moon, The Only One et The Wedding Song forment le triptyque de The Californian Trilogy, une ambitieuse production à la fois musicale et visuelle.

    De la très grande classe, de la part de James Eleganz.

    James Eleganz, The Only One, ZRP, 2019
    http://www.facebook.com/jameseleganz

    Voir aussi : "Charlotte for ever"

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  • Guillo, macadam cow-boy

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    Le dernier album de Guillo, Macadam animal, commence par un coup en plein cœur, avec Nous aimions la terre, une histoire d’exil à la portée si universelle que l’auditeur pourra y lire un message adressée à chacune et chacun d’entre nous, en cette période d’interrogation sur notre planète. Ne pourrions-nous pas être à notre tour des migrants ? "Un âge d’or prend fin sur ce continent / Jours évanescents / Que sera demain / Nous aimions la terre / Nous y étions nés / Mais n’avons pu rester."

    Ce premier titre est à mettre en parallèle avec Sans fusils, sans or, sans trains, une autre chanson sur une terre adorée et volée ? Guillo parle cette fois du génocide et de l’ethnocide indien, un sujet abordé avec passion et lyrisme par Guillo, en cow-boy révolté.

    Ces deux chansons donnent le ton d’un opus engagé, musicalement ambitieux, avec une large part faite à des textes imagés, à l’exemple de Tout baigne, un titre sombre et neurasthénique. Guillo y traite dans un pop-rock renvoyant à Bashung une vie par procuration  : "Ce soir tout baigne tout baigne dans le bonheur / La tête sous l'eau." Engagement à vif avec Un caillou, l’histoire d’un "caillou ordinaire [qui] pleure la mort d’un enfant" en pleine Intifada.

    Une vie par procuration

    Mais Guillo sait aussi surfer sur les récits plus intimistes à l’exemple de Ton cœur ou du titre folk Vendu. Ce dernier récit est celui d’une maison familiale que l’on est obligé d’abandonner est aussi celui de la fin d’une époque : des souvenirs remontant douloureusement en mémoire et la disparition d’un "paradis perdu."

    Pour Une autre fille, le musicien envoie une chanson d’amour fraîche, enlevée et espiègle… pour sa fille : "Elle est un peu comme toi en plus jeune / Un nouvel horizon / Au Train Bleu, elle et moi on déjeune / Je sens les papillons."

    Le chanteur, Guillaume Galiana dans le civil, coup de cœur de l'Académie Charles Cros en 2017, habille d’électro un texte visiblement hérité d'un grand-père paternel, écrit en Algérie en 1956 : "Manteau blanc de mousseline / La neige est tombée / Dans mon cœur elle illumine / Le rêve de mes jeunes années" (La neige). Avec Algania, nous sommes de nouveau dans cette terre de Sahel, cette fois encore dans une chanson engagée sur les peuples tentant de vivre, en vain, sur leur propre terre : "Paysages au péril nostalgique / Colonie vertébrale ancestrale historique / Tatouée au verso de ma peau." Pour Pont d’Arc, Guillo nous emmène via cette évocation d’un pont vers l’aube de l’humanité et l’évocation de ces tout premiers artistes : "Le présent dans l’argile / Chasseurs-cueilleurs agiles / Par-dessus nos pigments / À à la lueur des flammes / Sur les parois de l’âme / Et pour 36000 ans."

    Guillo a le regard aiguisé et particulièrement fin sur notre présent (que l’on pense au lyrique et symphonique titre Le bruit des balles), offrant le passé en guise de repère à la fois rassurant et vivifiant, capable, comme il le dit dans Laissez-moi entrer, de "nous guider sur ces chemins de pierre."

    Guillo, Macadam Animal, Cinq Secondes / Absilone-Believe, 2019
    En concert le 31 août à Graveson (concert chez l’habitant)
    http://www.guillolesite.fr

    Voir aussi : "Boule à facettes"

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  • Le bel été de Tropical Mannschaft

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    Quoi de mieux, entre deux baignades estivales, que se nourrir de cette pop lumineuse proposée par Florian von Künssberg dans son dernier projet musical Tropical Mannschaft, et son dernier EP, To Be Continued... 

    Un titre germanique à souhait pour un deuxième EP à l’électro-pop à la fois innocent et lumineux (Wonderful Life), et qui sait aussi se faire rythmé (Leave Me Out).

    Il faut sans doute chercher les influences de Florian von Künssberg autant du côté de MGMT, de que des Beach Boys cet opus qui sait, à l’instar de La Femme, surfer sur la planche d’une vague sans fin (La Beauté des Dieux).

    Avec Up The Hill, nous voilà du côté d’une pop savoureuse et californienne : "You don’t wanna keep your love/ You hate to enjoy the summer / I just you have to enjoy the summer . I just wanna be your jocker / We can make something together."

    L’électro-pop de Tropical Mannschaft se fait plus incisive dans Himalaya, porté par une rythmique endiablée et une construction musicale particulièrement aboutie. Guru s’avance sur une terrain plus pop commençant par des accents eighties et se terminant sur des accords de guitares nous rappelant que les côtes de l’ouest américain ne sont pas très loin.

    Tropical Mannschaft, To Be Continued…, EP, ZRP, 2019
    https://www.facebook.com/TropicalMannschaft

    Voir aussi : "”Étélectro” et Beauté sauvage"

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  • Les histoires caribéennes de Samy Thiébault

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    Navigant sur des eaux à la fois jazz et world, le jazz du saxophoniste Samy Thiébault est d’une poésie sans fin, pour reprendre l’un des titres de son dernier album Carribeau Stories (Poesia Sin Fin). Il faut dire que le musicien est né en Côte d’Ivoire d’un père français et d’une mère marocaine (Tanger la Negra peut d’ailleurs s’écouter comme un bel hommage à ces origines maghrébines), avant de revenir en métropole et d’intégrer en 2004 le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Voilà qui fait de ce jazzman un artiste élargissant ses influences par-delà les frontières, et cette fois du côté des Caraïbes.

    Samy Thiébault s’est entouré d’un groupe propre à donner une identité world à cet opus attachant : le percussionniste Inor Sotolongo, le batteur Arnaud Dolmen, le bassiste Felipe Cabrera, les guitaristes Hugo Lippi et Ralph Lavital, soit deux Cubains, un Guadeloupéen, un Français et un Anglais.

    Dès le premier morceau, Santiera, nous voilà parti à l’autre bout de l’Atlantique dans ce qui est un voyage tout aussi gracieux et tonique qu’émouvant puisqu’il évoque la construction douloureuse des Amériques avec ces voyageurs mis au ban – esclaves noirs, indiens annihilés ou Européens migrants poussés par la misère. C’est cette souffrance qui forme le terreau d’une musique puissante et colorée (Les Mangeurs d’Étoiles).

    Une texture mystérieuse et sombre à son jazz virtuose et élégant

    Le jazz de ces histoires caribéennes va chercher ses influences dans les rythmes de la culture créole, à l’exemple du calypso de Calypsotopia, s’habillant de carnaval et de joie. Puerto Rican Folk Song c’est l’île de Puerto Rico revisitée, nous entraînant d’un claquement de doigt dans un club de jazz latino au cœur du New York des seventies. L’envoûtant titre Pajarillo Verde est, lui, tiré d’une valse vénézuélienne tandis que Presagio a des airs de João Gilberto, dans un morceau qui semble faire le va et vient entre le Brésil, l’Amérique centrale et le jazz occidental. Influence des Caraïbes encore avec Let the Freedom Reign, influencé autant par Count Ossie que Charlie Mingus. Dans ce titre, Samy Thiébault donne une texture mystérieuse et sombre à son jazz virtuose et élégant, comme si de belles succubes caribéennes à la peau cuivrée venaient nous entraîner dans des danses lascives.

    Aida clôture en douceur et en sensualité ces histoires caribéennes et voyageuses, comme un hommage et une consolation à ces Caraïbes construites par des voyages sans retour.

    Samy Thiébault, Caribbean Stories, Gaya Music Production, 2018
    http://www.samythiebault.com
    https://www.facebook.com/samythiebault
    En concert du 18 au 23 août à Pompignan (82)
    Du 9 au 11 septembre au Duc des Lombards, Paris

    Voir aussi : "Katchéscope"

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