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Des envies •••

  • Tweet Westeros

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    Chaque dimanche soir, les fans de Game of Thrones (@GameOfThrones) se rassemblent sur Twitter pour discuter des retournements de situation, des dernières aventures des personnages, pour partager leurs mêmes et autres gifs, et live-tweeter avec la communauté. Chaque saison de #GameOfThrones génère des millions de Tweets. En 2016, Game of Thrones a été la série la plus discutée sur Twitter et dans le Top 10 des tendances sur Twitter  - c’est d’ailleurs la seule série télé dans ce top.

    Alors que la saison 7 a commencé hier soir aux États-Unis et que le premier épisode traverse l’Atlantique pour arriver ce soir sur les écrans français, Twitter a analysé Game of Thrones sur sa plateforme. En 2017, dans le monde, il y a eu 13,8 millions de Tweets à propos de la série. Le 21 juin, jour de la sortie de la seconde bande-annonce, a été le jour où il y a eu le plus de Tweets postés.

    Twitter a créé une carte interactive avec tous les personnages de Game of Thrones représentés par des flocons de neige connectés selon les relations entre les différents protagonistes. En cliquant sur un flocon, vous avez un résumé du moment le plus important pour ce personnage (le moment qui a suscité le plus de tweets) et l’épisode durant lequel a eu lieu ce moment fatidique - attention aux spoilers...

    Les épisodes ayant suscité le plus de conversations sur Twitter sont, dans l'ordre :

    - The Winds of Winter (saison 6 - épisode 10 - diffusé le 26 juin 2016*
    - The Red Woman (saison 6 - épisode 1 - diffusé le 24 avril 2016*
    Battle of the Bastards (saison 6 - épisode 9 - diffusé le 19 juin 2016*
    - Mother’s Mercy (saison 5 - épisode 10 - diffusé le 14 juin 2015*
    - Home (saison 6 - épisode 2 - diffusé le 1er mai 2016*

    *Dates de diffusion aux Etats-Unis

    De tous les personnages de la série, quels sont ceux dont on a le plus parlé sur Twitter pendant la saison 6 ?

    - Jon Snow
    - Daenerys Targaryen
    - Sansa Stark
    - Arya Stark
    - Hodor

    Quelles célébrités de la galaxie Game of Thrones sont les plus suivies ?

    - Maisie Williams (@Maisie_Williams)
    - Sophie Turner (@SophieT)
    - George R. R. Martin (@GRRMspeaking)

    Pour ceux ne pouvant être devant leur écran dimanche soir et ne souhaitant pas se faire spoiler le début de la nouvelle saison, Twitter permet de masquer certains tweets dans les timelines en fonction de mots-clés. Plus d’explications dans ce Tweet ou via le Centre d’Assistance.

    https://interactive.twitter.com/winter-is-here
    @GameOfThrones

  • Bernanos, les robots et la jobsolescence

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    Un spectre hante l'Europe et le monde : le spectre de l’intelligence artificielle. Voilà en substance – et en imitant l’introduction du Manifeste du Parti communiste de Karl Marx – les propos tenus le 20 juin dernier par le spécialiste de l’éducation Charles Fadel sur le site spécialisé CM Rubin World. Cette fondation s’est notamment donnée pour but de permettre à l’éducation de s’adapter à un monde de plus en plus mondialisé, pour le meilleur et pour le pire. Le site a donné la parole à Charles Fadel, fondateur et président du Center for Curriculum Redesign (CCR), également auteur d’un ouvrage de référence, Four-Dimensional Education: The Competencies Learners Need to Succeed (non-traduit en France).

    Charles Fadel ne fait pas preuve d’angélisme à l’égard de la révolution numérique et de son corollaire, l’intelligence artificielle (IA) : aux États-Unis, dit-il, dans les 15 ans, 38 % des emplois disparaîtront, annihilés par l’automatisation. La robotique atteindra des performances jamais atteintes, et qu’il sera impossible de freiner. Charles Fadel précise quels seront ces emplois en danger : ceux concernant les tâches routinières, qu’elles soient techniques ou non (comptabilité, centres d’appel, assistances basique, taxis ou sociétés de nettoyage). Autant dire qu’une pléthore de métiers est appelée à connaître une saignée dramatique.

    D’après l’auteur de Four-Dimensional Education, 9 à 50 % (sic) de la main-d'œuvre des pays développés est susceptible d'être automatisée au cours des prochaines décennies. Si le pronostic le plus optimiste laisse présager des troubles sociaux importants, le plus pessimiste fait figure de véritable cauchemar. L’automatisation des chaînes de productions automobiles avait envoyé en reconversion, au chômage ou à la retraite des millions d’ouvriers dans une relative indifférence ; qu’en sera-t-il lorsque les machines condamneront des centaines de milliers d’emplois à la "jobsolescence" ?

    La jobsolescence promise a, certes, son verso bénéfique : la création de nouveaux métiers. Charles Fadel prédit la naissance ou le développement de professions prometteuses : développeurs d’applications, ingénieurs de voitures autonomes, analystes en data, spécialistes en réseaux sociaux, opérateurs de drones ou designers écologiques. Le hic est que ces professions nécessitent un haut niveau d’expertise. Les places seront chères pour celles et ceux qui voudront être les acteurs de la révolution IA, comparable aux révolutions industrielles précédentes à ceci près que celle que nous sommes en train de connaître est lancée dans une course de vitesse effrénée. Contre cette roue infernale, notre atout majeur est l’éducation. Mais cette éducation devra faire sa mue pour donner des armes au plus grand nombre afin de s’adapter à cette mondialisation technique : "Nous avons besoin de courageux bâtisseurs de cathédrales! Nous devons également aborder les préjugés des experts traditionnels qui s'accrochent à leurs domaines étroits et aux vieilles expériences de nos parents."

    Il y a 70 ans, un auteur a prédit le mouvement technique et mondial de la robotique : Georges Bernanos, avec son essai polémique La France contre les Robots (éd. Castor Astral).

    charles fadel,bernanos,marx,éducation,robots,intelligence artificielleNous sommes en 1947. Dans un monde libéré du nazisme et tourné vers la lutte contre le communisme, l’auteur de Sous le Soleil de Satan lance un avertissement prophétique contre les machines et la technique : "La Civilisation des Machines est la civilisation de la quantité opposée à celles de la qualité. Les imbéciles y dominent donc par le nombre, ils y sont le nombre." En auteur catholique et engagé, Bernanos voit dans les robots la quintessence de l’inhumanité : "Dans la lutte plus ou moins sournoise contre la vie intérieure, la Civilisation des machines ne s’inspire, directement du moins, d’aucun plan idéologique, elle défend son principe essentiel, qui est celui de la primauté de l’action. La liberté d’action ne lui inspire aucune crainte, c’est la liberté de penser qu’elle redoute." Cette primauté de l’action et de l’efficacité nous renvoie à la réalité d’un monde libéral tourné vers la rentabilité à outrance. Bernanos a cette autre citation prophétique et ahurissante, écrite – rappelons-le – en 1947 : "Un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu'à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne." Cela ne vous fait penser à rien ?

    70 ans plus tard, Charles Fadel fait écho à l’écrivain français grâce à cette alerte en forme de prière : "Nous devrons faire des efforts concertés entre les différents secteurs de l'éducation, des entreprises et des États pour s’adapter aux nouveaux emplois." Sans cela, il est fort probable que les robots et l’intelligence artificielle ne signent notre arrêt de mort : "Un monde gagné pour la Technique est perdu pour la Liberté", avertissait Bernanos en 1947. Nous voilà prévenus.

    CM Rubin World
    http://curriculumredesign.org
    www.twitter.com/@cmrubinworld
    Georges Bernanos, La France contre les Robots, éd. Le Castor Astral, 272 p.

  • Pomme happy

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    Bla Bla Blog avait découvert Pomme à l’occasion de son EP prometteur En Cavale.

    La chanteuse séduit par sa voix fraîche et ses chansons pop d’une simplicité et d’une honnêteté qui en font toute la saveur.

    Pomme sortira son premier album À peu près le 6 octobre prochain. Pour patienter, la chanteuse est à découvrir dans une websérie promotionnelle, Pomme en chiffres. Les deux premiers épisodes sont en ligne.

    L'avenir s'annonce radieux pour Pomme qui sera également en première partie de l'unique concert de Camille, le 25 juillet à Nice, au Nice Music Live Festival.

    "Ma Pomme"
    Pomme en chiffres, websérie, 2017
    http://www.pommemusic.fr

  • Comme des taureaux sauvages

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    Gorillaz, le groupe créé par Damon Albarn et Jamie Hewlett, a créé le 10 juin dernier un festival sur mesure, le Demonz Day Festival.

    Situé en plein cœur de Dreamland, le parc d'attraction de Margate en Angleterre, ce festival d’un soir, unique et ambitieux, rassemblera, outre Gorillaz, des guests stars qui en feraient pâlir d’envie plus d’un : Vince Staples, De La Soul, Denny Brown, Little Simz, Fufanu, Kalis Uchis, Popcaan, Kilo Kish ou Claptone.

    Le Demonz Day Festival a marqué le retour mené tambour battant de Gorillaz, après la sortie mondiale de leur dernier album, Humanz.

    Red Bull TV a mis en place un dispositif pour retransmettre le festival en livestream, incluant la très attendue prestation de Gorillaz aux alentours de 20 heures. Ces retransmissions sont disponibles en replay pour voir ou revoir ce festival d’un soir.

    Gorillaz sera de retour en livestream lors du Montreux Jazz Festival, du 30 Juin au 15 Juillet 2017.

    https://demondayzfestival.com
    https://www.redbull.tv/demondayz

  • Alsacian fake story

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    C’est d’une falsification dont il est question dans le roman de François Hoff, Floréal Krattz, écrivain inachevé (éd. Le Verger). Vraie fausse chronique, l’auteur nous raconte la création d’une imposture littéraire, décidée et pensée par quelques notables et intellectuels alsaciens. À l’instar du trio imaginé par Umberto Eco dans Le Pendule de Foucault, le narrateur se lance avec des congénères falsificateurs dans un canular pensé jusque dans ses moindres détails. L’objectif très sérieux  est d’offrir à l’Alsace une figure emblématique : "Nous allons discuter pour élire une personnalité-phare de la culture, de l’art ou de la pensée alsacienne. Ce sera un choix, forcément arbitraire, et qui ne portera pas nécessairement sur quelqu’un de très connu déjà."

    L’histoire de ce Floréal Krattz commence par la découverte d’un journal anonyme lors de travaux de rénovations d’un lycée de Strasbourg. Son auteur est un obscur professeur ou un pion qui a côtoyé la bonne société du XIXe siècle. Un mystérieux organisme de lobbying, soutenu en sous-main par les autorités régionales et organisé en société secrète, demande à des conjurés triés sur le volet de faire de ce journal le point de départ d’une fake story. Floréal Krattz sera sensé être une "figure positive, dans laquelle les Alsaciens puissent se reconnaître, et dans laquelle on puisse reconnaître les Alsaciens," pour "la construction cohérente et positive de l’Alsace." En bref, une sorte de marque déposée destinée "à améliorer l’image touristique de la région."

    Au terme d’un brainstorming, l’obscur écrivain, dont on a découvert le journal dans la quasi-indifférence, se voit affublé d’un état civil : Floréal Krattz. Cette créature aura vocation à devenir pour l’Alsace ce qu’était James Joyce pour Dublin, Shakespeare pour l’Angleterre ou Frantz Kafka pour Prague.

    La référence à l’auteur du Procès n’est pas innocente. Outre que Floréal Krattz porte les mêmes initiales que Frantz Kafka, il est aussi l’auteur d’un journal capital dans lequel l’obscur Strasbourgeois déplore son incapacité à produire et à publier des œuvres grandioses qui seront découvertes dans ce journal. "L’écriture du moi devient l’activité majeure de sa vie, et elle est, non pas l’accompagnement de son œuvre, mais l’œuvre elle-même." Le travail de faussaire pensé par les conjurés devient mieux qu’une machinerie destinée à duper : une création à part entière donnant vie à Floréal Krattz.

    Les auteurs tracent son parcours de vie, jusqu’à sa mort dans le chaos des bombardements de 1870. Les conjurés littérateurs produisent surtout des textes hétéroclites, l’essentiel de son œuvre littéraire qui serait tombée dans l’oubli : un roman historique (Fabricius ou les Partisans d’Altitona), un roman-feuilleton à la Eugène Sue (Les Mystères de Strasbourg, un ouvrage qui a en réalité été écrit en 2013 par… François Hoff), des références à un drame (Eticon), des poèmes, des cantiques ou des chansons écrits en français, en alsacien ou en allemand, des nouvelles fantastiques, mais également des enquêtes policières, un genre dont est spécialiste François Hoff.

    L’auteur fait de cette fake story alsacienne un roman plus vrai que nature sur un écrivain imaginaire du XIXe. Les références littéraires ne manquent pas : Alexandre Dumas, Eugène Sue, Fustel de Coulanges, Balzac mais aussi, plus proche de nous, Georges Perec, Umberto Eco ou Frantz Kafka.

    Ni génie, ni figure politique, ni intellectuel engagé, Floréal Krattz dépasse le stade du canular littéraire : le succès de ce monstre littéraire échappe à ses créateurs et finit par devenir une idole effrayante. Étrange destin pour cet écrivain alsacien raté promu au rang d’icône régionale, ce qu’un comploteur résume ainsi avec férocité : "Il est médiocre, touche-à-tout, indécis, éclectique, contradictoire. Vous vouliez en faire un Alsacien typique ? Vous l’avez."

    François Hoff, Floréal Krattz, écrivain inachevé (1828-1970), éd. Le Verger, 2017, 247 p.
    http://www.verger-editeur.fr

  • Pendant que j’écrivais, j’étais avec elle

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    Le lecteur déplorera le titre plutôt convenu du dernier ouvrage de Philippe Labro, Ma Mère cette Inconnue (éd. Gallimard). Il convient cependant de passer outre et de saluer le choix d’avoir fait figurer sur la jaquette de couverture une photographie de la mère de l’auteur. À l’époque, Netka – c’est le surnom qu’elle portera toute sa vie – est lycéenne à Versailles. Voilà comment son écrivain de fils la décrit des années plus tard, d’après une photo de classe : "Je crois voir dans l’heureuse composition des lèvres et des sourcils, des pommettes hautes et du front, comme une marque de mutinerie, un soupçon d’espièglerie, avec l’expression d’une certaine liberté, de clairvoyance, la lèvre supérieure, côté gauche, relevée, comme pour dire. : « Quelle importance ? »"

    Ces premières pages traduisent déjà une personnalité hors-pair, un caractère exceptionnel et aussi un sens du mystère tel qu’il est étonnant que l’auteur ait attendu des années avant de nous faire le récit sur sa mère.

    Et quel récit ! Cette fille d’institutrice et petite-fille dune journalière (le grand-père était inconnu) a mené une existence à la fois discrète et exceptionnelle, marquée par ce que l’auteur appelle quatre abandons. Le premier est celui de son père, le comte Henryk de Slizien. Au début du XXe siècle, Marie-Hélise, sa mère, tombe amoureuse de cet aristocrate polonais et donne naissance à deux enfants : Henri et Henriette, qui se fera surnommer plus tard Netka. Fruits d’une union illégitime, les deux enfants ne seront jamais reconnus par leur père biologique, qui meurt dans des circonstances brutales. La mère confie d’abord les jeunes enfants à Manny, une genevoise qui leur fera office de nourrice puis de maman de substitution jusqu’à l’âge de neuf ans.

    Lorsque la mère naturelle revient en Suisse pour les emmener en France avec elle, ce départ est vécu par le frère et la sœur, déjà inséparables, comme un déchirement. Les enfants sont confiés à une nouvelle femme, Marraine, en charge d’une pension dans la région parisienne. Contre toute attente, c’est elle qui prendra en charge Henri et Netka, les élèvera, les éduquera, fera en sorte de garantir leur avenir et finira par adopter Henri… mais pas Netka. Que retiendra-t-elle de cette nouvelle forme d’abandon ? Énormément d’amertume et d’incompréhension sans doute, mais aussi un besoin de vivre, de réussir et d’aimer hors du commun.

    Netka a vingt ans et encore une longue vie devant elle, passionnante, tumultueuse, et héroïque aussi. Philippe Labro observe le personnage qu’il a aimé toute sa vie et qu’il admire plus encore.

    Ma Mère cette Inconnue est un récit passionnant, cheminant à travers les années, abandonnant des personnages pendant plusieurs pages avant de les retrouver, parfois transformés. Philippe Labro parvient à faire de ce récit personnel un passionnant roman familial où le désintéressement, l’altruisme et le courage sont érigés en vertus essentielles.

    Netka nous devient proche. Philippe Labro cite en préambule une citation fort à propos d’Albert Cohen : "Voilà, j’ai fini ce livre et c’est dommage. Pendant que j’écrivais, j’étais avec elle."

    Philippe Labro, Ma Mère cette Inconnue, éd. Gallimard, 2017, 181 p.

  • Rock in Vercors

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    Après le succès des deux premières éditions qui ont accueilli jusqu'à 11 500 spectateurs, le Vercors Music Festival revient avec une programmation musicale et riche de promesse pour cette toute jeune manifestation.

    Le festival, installé entre les montagnes du Vercors, propose une programmation panachée, entre têtes d’affiches, groupes émergents, jeunes talents et vedettes internationales : Catherine Ringer, Morcheeba, Tryo, Camille, Matmatah, Radio Elvis, Chinese Man, La Femme,Fakear, François & The Atlas Mountains ou encore Gauvain Sers, la sensation du moment.

    Au programme du Vercors Music Festival, cinq jours de festivités avec des concerts en accès libre l'après-midi, une scène payante sous chapiteaux le soir et des activités tout au long de l’événement.

    Vercors Music Festival du 7 au 11 juillet
    30 concerts · 3 scènes, 15 € à 30 €
    Maison des Sports - 38880 Autrans
    http://www.vercorsmusicfestival.com

  • Manger cool pour courir vite

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    Le titre de cette chronique est une traduction approximative du best-seller surprise américain, Run Fast. Eat Slow (éd. Amphora), vendu aux Etats-Unis à plus de 80 000 exemplaires en six mois. Sorti en France il y a quelques semaines, il devrait faire le bonheur de nombreux sportifs sur notre sol, qu’ils soient amateurs ou professionnels.

    Run Fast. Eat Slow (sous titré : Des recettes savoureuses pour les athlètes) a été écrit à quatre mains par la marathonienne olympique Shalane Flanagan et la chef cuisinier Elyse Kopecky.

    Les deux auteures ont allié leur talent et leur expérience pour concevoir et concocter une centaine de recettes à la fois bonnes, délicates et nutritives pour que la nutrition sportive ne se limite plus aux barres énergisantes ou aux sempiternelles plats de pâtes : "Pourquoi ne pas se faire plaisir avec des mets sympathiques sans trop se soucier des calories, des glucides ou des lipides ? (…) D’autant que nous constatons que les régimes conduisent au déséquilibre alimentaire, à des envies de sucre ou de grignotages et, en définitive, à une surcharge pondérale", écrivent les auteures dans la préface. CQFD.

    Dans Run Fast. Eat Slow, ce sont plus de 100 recettes qui sont proposées par l’ancienne médaillée olympique et l’ancienne directrice de marketing devenue cuisinière professionnelle pour le Natural Gourmet Institute for Health and Culinary Arts.

    Il y en a pour tous les goûts dans ces plats présentés par Shalane Flanagan et Elyse Kopecky : sans gluten, végétariens, végétaliens, bios et conçus si possible par des produits locaux – une précision qui prouve qu’acheter dans des circuits courts est aussi une préoccupation aux États-Unis.

    Le lecteur ne sera pas déboussolé par un ouvrage à la fois intelligent, cool et qui est tout sauf un manuel de coaching pour athlète averti. Les deux auteures précisent d’ailleurs que les recettes proposés ne mentionnent ni mesures de calories, ni décomptes de glucides, protéines et lipides. Shalane Flanagan et Elyse Kopecky se content de faire un focus sur les apports en vitamines, antioxydants ou omégas 3 contenus dans tel ou tel aliment.

    Pour le reste, pas de bavardages inutiles mais des recettes qui donnent envie de se mettre aux fourneaux, que l’on soit athlète ou non : les boulettes de bison marinée, le pesto de roquette aux noix de cajou, le crostini au chèvre, figues et thym, la salade aux nouilles soba et sauce aux cacahuètes du coureur, le poisson en papillotes au citron et aux olives ou les muffins de super-héros.

    Avec ça, peu de risque que l’après-repas se transforme en un long tunnel digestif. Il se pourrait même que vous vous sentiez l’âme d’un sportif et que vous décidiez de prendre en main votre santé et votre corps.

    Shalane Flanagan et Elyse Kopecky, Run Fast. Eat Slow, éd. Amphora, 2017, 242 p.

  • Jon and Roy, musicalement durable

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    C’est à Vancouver que le trio (sic) canadien Jon and Roy a enregistré son septième album The Road Ahead Is Golden, sorti en France le 9 juin en digital et le 23 juin en disque.

    Jon Middleton et Roy Vizer, accompagnés de leur troisième comparse Louis Sadava, proposent une folk musicalement durable, dans les onze titres authentiques de The Road Ahead Is Golden. Jon and Roy nous baladent dans un paysage artistique qui sent bon les voyages, la recherche de la paix intérieure et les grands espaces : "I’m heading for the other side / Where the light is always right / Where we don’t have all these heavy plights / And the loving overrides" (The Better Life).

    Jon and Roy parlent de liberté, d’honnêteté et de cette difficulté à être soi-même, nous obligeant à être dans une course vaine et sans fin : "You're dragging on like wintertime / Rolling through the rubble on your mind / Back in your knowing place / With a weapon you don't want to waste but hey / Now you're on the ground and running" (Runner).

    Pas de chichis pour un groupe qui ne s’embarrasse pas d’artifices ou de technologies : instruments acoustiques, voix posée, mélodies travaillées avec soin. Il est connu qu’il n’y a rien de plus difficile que la simplicité. Mission remplie donc pour le groupe canadien. Jon Middleton affirme ceci : "Nous avons travaillé vraiment dur pour cet album, bien que tout soit arrivé très vite."

    Les successeurs de Nick Drake imposent un pop-folk durable et qui a vocation à durer. Du moins, Jon and Roy s’y emploieront dès cet été, grâce à une tournée en Europe. Ils seront d’ailleurs en concert au Festival Rock Les Bains le 13 août prochain. Pour reprendre le titre de leur dernier album, la route est dorée pour les Canadiens de Jon and Roy.

    Jon and Roy au Festival Rock Les Bains, Plombières-les-Bains (88), le 13 août 2017
    http://jonandroy.ca

  • Lavie, mode d'emploi

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    Oren Lavie, le grand public l’a découvert cette année grâce au duo qu’il forme avec Vanessa Paradis pour la chanson Did you really say no?, le premier titre de Bedroom Crimes. Cette perle musicale initie un album folk d’une belle cohérence, à la fois mélancolique et léger, porté par une vraie voix de crooner.

    Oren Lavie a déjà plusieurs vies derrière lui : homme de lettres et philosophe israélien, écrivain jeunesse (The Bear Who Wasn’t There), dramaturge (Sticks and Wheels en 1997), animateur pour la télévision (chez Jimmy Kimmel), youtubeur (Her Morning Elegance a été vu par plusieurs dizaines de millions d’internautes et est présent dans Bedrrom Crimes avec une nouvelle version), compositeur de musiques de films (pour Le Monde de Narnia) et, bien entendu, auteur et chanteur. Bedroom Crimes est une nouvelle facette d’un artiste aux multiples facettes, fascinant et attachant. Tel un opéra pop, ce concept album se divise en deux actes, aux titres se répondant mutuellement et se faisant écho. Ces titres sont autant de scènes, ponctuées par des d’intermèdes, les trois "sonates sentimentales" (Sonata Sentimental #1, #2 et #3).

    Dans le titre phare Did you really say no?, Oren Lavie permet à Vanessa Paradis de s’illustrer comme rarement, avec une grâce solaire : "Were you happy as a child? / Saw you dancing in the breeze? / Baby baby on the floor / What did you come here for? / Did you really say no?"

    À ce duo, vient répondre directement, plus loin dans l’album, le très réussi The Passion Song, à l’instrumentation soignée à la Tindersticks et à la voix caressante : "Did you really say No? / Well, I thought you meant yes / There were shadows in your hair / There were flowers on your dress / And the flowers grew wild / And the shadows grew thin / You were happy as a child / Dancing in the wind."

    L’artiste israélien mise sur des mélodies soignées, le timbre chaleureux de sa voix tout en nuances et quelques instruments – piano (Sonata Sentimental #1 - You’ve changed), guitares (Note to Self), cordes (Did you really say no?), ou cet ensemble jazzy réduit pour la reprise de Her Morning Elegance.

    Dans Look At Her Go, Oren Lavie ose toutefois, avec réussite, l’électro pour un titre enivrant, sombre et mystérieux : "Look at her go she was oh so sweet / Bringing apples and flowers and things / to eat / Oh such beautiful flowers / Sweets to devour / She’s pretty and soft / He’s perfumed and showered.

    Autopsy Report est un autre titre phare du disque, à l’engagement plus sombre, plus gothique, plus sophistiqué aussi. Oren Lavie prouve dans cette chanson tout le soin qu’il met à ses textes : "Second victim on her back / Yellow hair dyed Auburn Black / Cause of death: a slow decay / Time of death: was every day / Spray a drop of your perfume / Watch the flowers, now in bloom / There’s a stranger in your room? / Baby baby made no sound / Saw your body hit the ground / Oh no… Oh No..."

    Bedroom Crimes, qui est aussi le sous-titre de la deuxième Sonata Sentimental, s’avère l’album d’un écorché vif pour qui l’amour n’est pas la bluette innocente mais une arme mortelle (Autopsy Report) qui fait de nous des assassins ("Tell now, my sweet / Am I bleeding on the sheets? / Guilty of a crime / Committed in my sleep? / Crimes we commit / Moving underneath the sheets," Sonata Sentimental #2: Bedroom Crimes). La séparation, l’incompréhension et la douleur : en crooner mélancolique, Oren Lavie fait l’autopsie du sentiment amoureux, dans ce qu’il a de plus lumineux ou de plus sombre :"The dark uncovers us / And under the covers / Lying Second hand lovers / Tonight" (Second hand lovers). Voilà ce qui constitue le mode d’emploi et d’écoute d’un album passionnant.

    Oren Lavie, Bedroom Crimes, Sony Music A+LSO, 2017
    https://www.orenlavie.com

  • Mon mec à moi

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    Bla Bla Blog s’était intéressé à Alka lors de la sortie de son premier album La Première Fois.

    La chanteuse et actrice vient de sortir un nouveau single, Mon Mec, en duo avec Philippe Katerine, en attendant sans doute un deuxième album. Alka Balbir et Philippe Katherine avaient déjà collaboré ensemble dans le film Gaz de France de Benoît Forgeard.

    Mon Mec marque une collaboration à suivre. Après Benjamin Biolay, pour La Première Fois, c’est auprès d’une autre grande figure de la chanson française, Philippe Katerine, qu’Alka poursuit son petit bonhomme de chemin.

    "Suprême Alka"
    "Alka à l’Élysée"

  • Où es-tu, Berry ?

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    On avait quitté Berry en 2012, avec l’album Les Passagers. La chanteuse avait choisi le fil conducteur du voyage pour des chansons délicates et pudiques, portées par une voix caressante, l’une des plus belle sans doute de la scène française. Est-elle revenue de ses voyages ? Où est-elle aujourd’hui et quelle est son actualité ?

    Il convient au préalable de faire quelques rappels sur la carrière de Berry, commencée en 2008 avec un premier album, Mademoiselle, remarqué par la critique et le grand public. Disque d'or, il a été suivi de plusieurs centaines de concerts en France comme à l'étranger (Brésil, Corée du Sud ou Serbie). Mademoiselle ce sont 10 joyaux musicaux que la chanteuse a sculpté avec ses acolytes Manou et Lionel Dudognon.

    L’univers de celle qui a commencé sur les planches de théâtre est déjà là, dans des chansons intimistes, mélancoliques et non sans noirceur, portées par une orchestration soignée et une voix claire et chaleureuse.

    Le disque s’ouvre sur le morceau qui donne son titre à l’album : Mademoiselle c’est le portrait d’une jeune femme d’aujourd’hui, plus tout à fait adolescente, pas encore adulte ("Mademoiselle / J’ai des secrets / Des choses que je sais / Que je tais / Un vieux bubble gum / Qui colle à la peau / Comme un homme"). Ce premier album allie la grâce à une sombre mélancolie. La musicienne sait transformer une balade amoureuse en déchirant chant d’adieu (Plus Loin), nous faire voyager avec Las Vegas dans un road-movie dans l’Amérique fantasmée du cinéma de Martin Scorcese, Terry Gillian (Las Vegas Parano) ou des frères Cohen. Berry sait jouer avec l’impudeur et impudeur (Belle comme Tout), toiser et mépriser avec élégance (Enfant de Salaud) et parler du bonheur éphémère (Le Bonheur) comme des combats quotidiens (Demain ou Chéri).

    Qautre ans plus tard, le deuxième disque de Berry, Les Passagers, a pris contre-pied son public. Avec le même raffinement et la même fragilité, l’artiste a construit un album sur le thème du départ et du voyage. Cette cohérence, assure l’artiste, n’est qu’une succession d’heureux hasards et d’intuitions. Pour Les Passagers, Berry a embarqué ses deux musiciens complices de Mademoiselle jusqu'à New York puis Paris, après une série d'enregistrements dans le Centre de la France (le Berry ?).

    International, ce deuxième disque l’est jusque dans les influences et les collaborations artistiques : l’arrangeur brésilien Eumir Deodato, Johan Dalgaard pour les claviers, l’ex Taxi Girl Daniel Darc ou l'auteur et compositeur hawaïen Troy Von Balthazar (Chokebore). Ces collaborations tous azimuts apportent des couleurs incomparables à un album qui n’a pourtant pas eu le même succès que Mademoiselle.

    Les Passagers mérite d’être redécouvert et réévalué pour sa richesse et son souffle : l’ouverture pop de Si Souvent, les guitares acoustiques des Mouchoirs blancs, le piano sobre de Ce Matin ou la touche country de Like A River, l’orchestration dense et bouleversante de Partir Léger ou la facture brésilienne de Voir du Pays. La chanteuse française assume tout autant l’influence de Serge Gainsbourg, notamment avec le parler-chanter du titre Brune, aux accents de You’re Under Arrest. Birkinienne, Berry l’est dans l’envoûtant For Ever, l’un des meilleurs tires de l’album, porté par une guitare easy-listening, des paroles mâtinées de franglais et toujours cette voix irrésistible.

    L'artiste a construit un deuxième album dépaysant, à la fois sombre et lumineux. La voix cristalline et délicate de Berry nous parle de départs, de voyages éphémères ou définitifs, de ruptures amoureuses (Les Mouchoirs blancs), de besoin de fuites (Non Ne Le Dis Plus) et de cette mort qui nous attend au tournant (Partir Léger). L’auditeur devient voyageur, sur les traces d’une Berry, plus américaine que jamais.

    Aujourd’hui, où est-elle, alors qu’aucun nouvel album ne se profile à l’horizon ? La réponse à cette question est dans le calendrier de ses tournées, en France comme à l’étranger. Berry se produira en effet les 12 et 13 juin 2017 à l'Européen, avant de s’envoler aux États-Unis au Nouveau Mexique (Taos) et à Chicago. Nous voilà rassurés.

    Berry, en concert à l'Européen, les 12 et 13 juin 2017
    Berry, Mademoiselle, Casablanca Records, 2008
    Berry, Les Passagers, Casablanca Records, 2012

    http://www.casadeberry.com

  • Qu’est-ce que le fascisme ?

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    Dans son essai Reconnaître le Fascisme (éd. Grasset), Umberto Eco écrit ceci : "L’Ur-fascisme est toujours autour de nous, parfois en civil. Ce serait tellement plus confortable si quelqu’un s’avançait sur la scène du monde pour dire « Je veux rouvrir Aushwitz ». Hélas, la vie n’est pas aussi simple. L’Ur-fascisme est susceptible de revenir sous les apparences les plus innocentes."

    Fruit d’un discours tenu à l’Université de Columbia en 1995, avant d’être publié en anglais puis en italien, Reconnaître le Fascisme est un opuscule qui a le mérite de mettre à plat quelques vérités sur une idéologie plus moderne – hélas ! – que jamais. Encore qu’idéologie n’est pas le terme approprié. Comme le dit Umberto Eco, "le mot fascisme [est] devenu une synecdoque, la dénomination pars pro toto de mouvements totalitaires différents."

    Alors, qu’est-ce sur le fascisme ? L’intellectuel italien rappelle qu’il a des origines et une histoire bien connues : l’Italie mussolinienne née en 1922 avec la Marche sur Rome et morte dans les décombres de la seconde guerre mondiale en avril 1945. Ce fascisme initial, dit l’auteur, "offrit ensuite à tous les mouvements analogues une sorte d’archétype commun." Le fascisme italien, le nazisme ou le franquisme ont des différences notables qui les rend bien identifiables. Cependant, ajoute Umberto Eco, "Le fascisme s’adapte à tout parce que même si l’on élimine d’un régime fasciste un ou plusieurs aspects, il sera toujours possible de le reconnaître comme fasciste. Enlevez lui l’impérialisme et vous aurez Franco ou Salazar ; enlevez le colonialisme et vous aurez le fascisme balkanique..."

    Umberto Eco en vient à définir un "fascisme primitif et éternel", qu’il nomme l’Ur-fascisme, commun à des mouvements politiques hétéroclites. Ces archétypes sont au nombre de 14 : le culte de la tradition, le refus du modernisme, le culte de l’action pour l’action ("Penser est une forme d’émasculation"), le refus de toute critique, la recherche du consensus (et "la peur de la différence"), l’appel aux classes moyennes frustrées, le nationalisme et l’obsession du complot, "les disciples doivent se sentir humiliés par la richesse ostentatoire et la force de l’ennemi", la recherche d’une guerre permanente contre un ennemi intérieur et extérieur, l’élitisme, le culte de l’héroïsme, le rôle important du sexe et du machisme, le "populisme qualitatif" et l’utilisation d’une "novlangue."

    Avec concision, clarté et un sens de l’engagement louable, l’intellectuel italien, décédé l’an dernier, dresse le portrait d’un danger, avançant souvent masqué. Umberto Eco entend ainsi "rediaboliser" des partis et des mouvements tentés par la respectabilité : "Notre devoir est de démasquer, de montrer du doigt chacune de ses nouvelles formes – chaque jour, dans chaque partie du monde."

    Umberto Eco, Reconnaître le Fascisme, éd. Grasset, 2017, 52 p.
    "Umberto Eco, un mélange"
    Narjas Zatat, "A philosopher listed the 13 most common features of fascism -
    How many do you recognise?"

  • Foutu caractère indomptable

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    Sombre et attachant est l’univers de Camicela qui a fait du violoncelle, son instrument fétiche, le compagnon de chansons intimistes, dures et fragiles à la fois. Elle nous slame, dans le premier titre de son EP Parfois Si Sombre, être "en perte de repères / Pour ne pas perdre pied." Et d’ajouter : “J’ai mes sens qui partent en vrille / Mon corps qui me renie / La folie est l’essence même de mon être / Ma lâché elle aussi / Je sais plus qui je suis" (Parfois Si Sombre).

    "Foutu caractère indomptable" que cette musicienne qui sait utiliser le plus classique des instruments – le violoncelle – dans des chansons hyper actuelles, personnelles et gothiques.

    Une artiste d’aujourd’hui, Camicela l’est assurément. L’influence de Camille est présente dans le titre Tu sais. La voix juvénile accompagne le violoncelle, tel un fil conducteur faisant vibrer cette chanson faussement enlevée. La musicienne nous parle de rupture, de l’abandon et de la recherche de soi : "Depuis que la vie m’a fait faux-bond / J’ai perdu la raison / Après ces longues discussions / Avec mon esprit défiant / Mon cœur mon âme mes démons / C’est la vie qui m’a fait faux-bond."

    Dans Tempete, titre électro-pop, l’artiste laisse son instrument fétiche au second plan, au profit de claviers cristallins très 80’s, donnant à cette histoire d’amour déçue l’allure d’un chant funèbre. : "Je resterais figé / Chaque jour que la vie fait / Le long de ce rivage / Où tu es parti faire ce voyage / Je te suivrais à l’horizon / Je crierais ton nom."

    Les premières notes de Venins sonnent comme un slam interprété lors d’un concert de musique de chambre, avant que Camicela ne s’aventure sur un air de habanera : "Tu as soif de ce venin malsain / Tu en as besoin / Il te comble sans fin / Je te le dis / Et sans moindre dédain / Prends garde à toi." Camicela, nouvelle Carmen nourrie au classique comme à la musique urbaine, serait-elle cette femme fatale à l’instar de l’héroïne de Bizet ?

    Sans doute. L’artiste serait donc définitivement cette grande et sombre romantique. C’est du moins ce qu’elle montre dans le dernier titre de son EP, Poivre Et Sel, un morceau sombre et bouleversant à la mélodie entêtante : "Poivre et seul / Sans ami sans amant / Sans désir d’avenir / Pas sans toi / Poivre et sel / sans envie dans le temps / Avec seulement / L’espoir que tu reviennes vers moi." Impossible de ne pas flancher à l’écoute de cette "histoire sans lendemain" qui parle d’un idéal qui ne reviendra plus : "Des heures à voir ce reflet / Reflet de mon visage incertain / Des jours des mois des années / Reflet de notre histoire sans lendemain." Camicela chante ces chagrins éternels et nous parle du choix de "passer à côté d’histoires poivrées et d’histoires salées", "quitte à venir vieille et folle / Échevelée et sans dent."

    Rien que pour ce titre, le dernier EP mérite la découverte de cette foutue fille au violoncelle, indomptable et déchirante.

    Camicela, Parfois Si Sombre, Label #14 Records, 2017
    Page Facebook de Calmicela
    http://diese14.com

    © Camicela
    Photo © Marie Furlan 

  • Dans la chaleur du Morbihan

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    Sur Bla Bla Blog, on aime Bastien Vivès. Cet artiste a déjà fait l’objet de trois chroniques pour ses formidables BD Amitié étroite, Polina et L’Odeur du Chlore. Pour Une Sœur (éd. Casterman), son nouvel album, c’est en Bretagne, et plus précisément sur l'Île aux Moines dans le Morbihan, que l’auteur nous entraîne.

    Antoine, un adolescent de 13 ans, et son petit frère Titi, accompagnent leurs parents dans leur maison de vacances au bord de la mer. Nous sommes dans l’insouciance de l’été. La chaleur est là. L'océan aimante et électrise. Peu de temps après leur arrivée, une visite impromptue vient casser la routine estivale : Sylvie, une amie des parents qui vient de vivre une fausse-couche, est accueillie pour quelques jours avec sa fille. Cette dernière s’appelle Hélène. Elle a 16 ans. Bientôt, s’instaure entre elle et Antoine une complicité fraternelle.

    L’amitié, l’amour, l’adolescence : ces thèmes chers à Bastien Vivès sont concentrés dans un ce petit bijou qu’est Une Sœur. Sur une intrigue tenue, l’auteur parvient à tisser une histoire où se mêlent tableaux vécus plus vrais que nature, tragédie, comédies humaines, liens fraternels, relations ambiguës, moments de grâce et sensualités. Les corps et les adolescents se cherchent et se découvrent. On est à des âges où les cordons ombilicaux avec papa et maman sont en passe d'être rompus.

    Bastien Vivès ne cherche pas à provoquer ni à transgresser. Comme il le dit dans le magasine CasMate, Ma Sœur parle d'une rencontre inespérée, à la fois légère et capitale pour le jeune homme : "Je voulais que le ivre refermé, Hélène partie, on comprenne qu’elle et Antoine ont vécu un moment superchouette, un moment privilégié. Que plus tard ils y penseront avec tendresse."

    Avec un sens de l’économie, le dessinateur fait de ses jeunes gens les héros d’aventures et de romances rhomériennes dans lesquelles les adultes ont le second rôle, y compris singulièrement Sylvie, la mère d’Hélène malgré le drame qui l’a touchée.

    Bastien Vivès est en état de grâce dans cette bande dessinée bouleversante : le noir et blanc somptueux, les visages et les corps délicatement esquissés, les cadrages, l’intrigue patiemment déployée et rythmée par des points de bascule, jusque dans les dernières pages. L'auteur de Polina et de L'Odeur du Chlore propose l'histoire d'une rencontre érotique tout autant que d'un apprentissage, derrière laquelle pointe le drame et la tragédie que personne n'attendait.

    Ce magnifique album terminé, le lecteur n'a qu'une envie : se replonger dans ce récit simple et bouleversant. Éblouissant, comme un soleil d’été.

    Bastien Vivès, Une Sœur, éd. Casterman, 2017, 212 p.
    "Les meilleurs amis du monde"
    "De la piscine comme univers métaphysique"
    "Petite danseuse deviendra grande"
    http://bastienvives.blogspot.fr
    "Le sexe en 12 leçons", in Casemate, mai 2017