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Des envies

  • Les enfants sont répugnants

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    Il y a deux manières de lire l’adaptation en BD de Sacrées Sorcières par Pénélope Bagieu.

    La première est ni plus ni moins que la découverte d’un classique du conte fantastique de Roald Dahl, qui deviendra également un film de Robert Zemeckis cette année.

    À Londres, un jeune garçon de huit ans, orphelin, vit avec sa grand-mère, une vieille dame dynamique, extravagante mais à la santé fragile. Suite à une alerte, ils se rendent à une station balnéaire pour quelques jours. Or, durant leur séjour, un congrès de sorcières se réunit secrètement pour ourdir un complot international contre les enfants ("Les enfants sont répugnants ! Ils puent ! Ils empestent ! Ils sentent le caca de chien ! Rien que d’y penser j’ai envie de vomir ! Il faut les écrabouiller ! Les pulvériser ! Écoutez le plan que j’ai élaboré pour nettoyer l’Angleterre de cette vermine…") Voilà le jeune garçon et sa grand-mère – qui n’est pas ignorante de ce thème peu ordinaire – entraînés dans une aventure incroyable.

    Voilà pour l’histoire de ce conte. Mais Pénélope Bagieu ne s’est pas emparée par hasard de cette histoire de sorcières. L’auteure, féministe revendiquée (on lui doit l’excellente série Culottées autour de personnalités féminines qui ont changé l’histoire, dont Joséphine Baker, Betty Davis, Phulan Devi ou Hedy Lamarr), fait de ces sorcières, à la fois redoutables, déterminées mais aussi ennemies des enfants, des représentations féminines modernes, invincibles et anti-maternelles au possible.

    La grand-mère, le personnage sans doute le plus passionnant de Sacrées Sorcières, est elle aussi une figure de femme complètement libre et indépendante. Protectrice de son petit-fils, la voilà engagée dans une aventure audacieuse. Une guerre de femmes, en quelque sorte, mais dans laquelle les enfants restent des héros sans peur et (presque) sans reproche.

    Pénélope Bagieu & Roald Dahl, Sacrées Sorcières, éd. Gallimard, 2020, 300 p.
    @penelopeb
    https://www.roalddahl.com

    Voir aussi : "Hedy Lamarr, star hollywoodienne et inventeuse de la technologie sans fil"

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  • Le loup Arlette

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    Louis Arlette, il en avait été question sur Bla Bla Blog il y a moins de deux ans, à l’occasion de sa sortie de son premier album, Sourire Carnivore. Le voilà de retour dans son nouvel opus Des ruines et des poèmes. "Avoir fait mon premier album m’a permis, pour le second, de creuser plus profondément, de progresser. Je ne partais pas du même point de départ : c’est un trajet, un chemin, on ne peut pas directement arriver à destination. Il faut percer les couches, une à une," explique-t-il. Un an seulement sépare ces deux opus, prouvant l’inspiration d’un musicien au lyrisme sombre et poétique. Lorgnant du côté de la pop eighties, à grand renfort de synthés (La Discorde), Louis Arlette assume son visage d’écorché vif. Un poète saturnien tombé dans un XXIe siècle apocalyptique (Tokyo), mais où pointe cependant un amour du monde et de ses "mystères" (Khéops).

    Sur des rythmes syncopés, véritables pulsars humains, Louis Arlette parle de solitude (Le refuge), de séparations, de mal-être (La discorde) et d’incompréhensions (Semence) : "Un loup devenu chien" refusant de se laisser dompter par des diktats, comme il le chante dans Semence. Comme dans la plus pure tradition fin de siècle (L’Ange), l’amour et le sexe sont mystérieux et vénéneux ("Dans ton bulbe vicieux / Je dépose les armes / Je vais pondre mes œufs / Qu’y éclosent mes larves", Semence) et se jouant d’un mystère morbide ("À ton amour glacial/ Tes lèvres de requin / Ton sourire de squale / À ta peau de chagrin", La Sirène), avec des accents baudelairiens ("Assez de la Sainte-Nitouche / Je veux profaner la déesse / Je veux tes yeux, je veux ta bouche / À toi la princesse allégresse," Petite mort). En vraie victime de l’amour ("Qui sait / ce que je sème"), il parle de cette maladie délicieuse dans laquelle on aime se perdre : "J’ai besoin de chaleur / D’endorphines divines / Je meurs de rancœur / Ma croix ma médecine" (Médecine). Un titre qui propose singulièrement une pop lumineuse et délicate.

    Poète contemporain du noir et de la chute

    Remarqué par le groupe Air, Louis Arlette est le poète contemporain du noir et de la chute (Hécatombe), mais aussi celui des "illusions perdues" : "On vit dans une ambiance de Rome d’avant le déclin, de Babylone d’avant la chute : une ambiance de fin de civilisation," dit-il. Un "esprit tordu" ? Plutôt un "mystique" qui fait des instincts les plus bas et des immondices de l’humanité un terreau pour des chansons dans lesquelles la lumière vient du son et de compositions minérales (La Carence), tel un moteur impeccable et ronflant qui s’est nourri d’influences pop rock des sixties aux nineties  : Depeche Mode, Radiohead, Daniel Darc, The Cure, Étienne Daho, les Beatles ou Nine Inch Nails. Une lumière blême éclaire cet album dont la lecture personnelle est évidente. Louis Arlette propose aussi une reprise électro-pop d’un titre peu connu de Jacques Brel : Je suis un soir d’été. Une reprise très cohérente dans cet album où le lyrisme sombre est omniprésent : "Tu vas me traîner sur le sable / Et bientôt froid comme un lézard / Je vais devenir une fable."

    Louis Arlette se fait loup, oui ; mais le jeune homme sait aussi manier un humour sarcastique, à l’exemple de Jamais, un morceau d’insultes bien senties : "Je ne supporte plus tes yeux porcins / Et les accents de ta voix qui grésille / M’ont évoqué le glas et le tocsin / Comme tes airs royaux de pacotille." De qui parle le chanteur ? D’un proche, d’une célébrité, d’un chef d’état ? À vous de voir et d’écouter.

    Louis Arlette, Des Ruines et des Poèmes, Le Bruit Blanc, 2019
    https://www.facebook.com/louisarlette

    Voir aussi : "Les idées noires de Louis Arlette"

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  • Soyez vous-même (les autres sont déjà pris)

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    Cette citation d’Oscar Wilde ("Be yourself; everyone else is already taken") pourrait être un excellent incipit à l’exposition "Be original be you", proposé par Alexis de Vigan au Kremlin-Bicêtre.

    Cette galerie de portraits hors du commun sur le thème de la différence est à voir dans dans l’espace public de cette ville du Val-de-Marne du 5 février au 31 mars 2020.

    Le tour de force du photographe est de revisiter un genre archi rebattu, celui du portrait sans trahir ses modèles, et même mieux : en les laissant revendiquer et assumer leur identité. Hommes et femmes de toutes origines affrontent avec parfois insolence l’objectif d’Alexis de Vigan, montrant, qui une gueule cassée, qui un maquillage que d’aucuns jugeront outrancier, qui des rondeurs sexy, qui une blessure.

    Les regards, les éclairages subtils, le décor sobre et les poses proposent un réel discours sur ce qu’est la norme social, la différence ou le beau. Car la beauté est omniprésente dans ces portraits qui ne ressemblent à rien de connu. Le réalisateur et photographe kremlinois entraîne le spectateur à regarder ces hommes et de ces femmes qui, par leur regard, nous engagent à mieux les connaître et à ne surtout pas les juger.

    L’exposition "Be original be you" est à voir dans le parc de Bicêtre du 5 février au 31 mars et dans le hall de la médiathèque l’Écho du 4 au 28 mars.

    "Be original be you"
    Grande Exposition publique au Kremlin-Bicêtre du 5 Février au 31 Mars 2020
    Exposition parallèle à la médiathèque l’Écho du 4 Mars au 31 Mars 2020
    Rencontre le 5 Mars 2020 à la médiathèque l'Echo entre 18h et 21h.
    http://www.alexisdevigan.com
    https://www.instagram.com/alexis_de_vigan
    http://kremlinbicetre.fr/content/exposition-be-original-be-you-jusquau-31-mars

    Voir aussi : "Vite, Matthieu Suprin !"

    © alexis vigan

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  • La littérature aux trips

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    Voici un livre exceptionnel à plus d’un titre, né des expériences de son auteur, l’Américain Tao Lin. Trip (éd. Au Diable Vauvert) est une plongée hallucinante, dans tous les sens du terme, dans les univers des drogues, psychotropes, acides et autres plantes stupéfiantes.

    L’entrée dans cet ouvrage hors-norme, comme seule la littérature américaine sait nous en proposer, en désarçonnera plus d’un. Tao Lin, propose sa vision des drogues, qu’il a consommé assez tardivement, dit-il : "J’ai commencé tard, n’ayant rien consomme d’autre que de la caféine avant mes vingt-six ans." Car Trip, ouvrage documenté sur ces produits bien plus anciens qu’on ne se l’avoue, est aussi une longue série de confessions, d’expériences et d’analyses sur les effets des drogues : que ressent-on après la prise de champignons hallucinogènes? Quelles sont les différentes étapes de ces "aliénations" ? Comment l’auteur appréhende-t-il son existence sans mais aussi avec ces drogues qu’il a essayées, de manière plus ou moins prolongée.

    La figure de Terrence McKenna, théoricien des drogues (illégales pour la plupart), ouvre et ferme Trip. La dernière partie du livre est un long épilogue de près de 90 pages (sic), sous forme de voyage initiatique auprès de Kathleen Harrison, la veuve de McKenna. Contrairement aux chapitres précédents, l’auteur s’exprime à la troisième personne pour parler d'un microcosme tourné vers les drogues mais aussi un certain art de vivre : "La nature aime que nous prenions des psychédéliques et que nous nous promenions en l’admirant," comme l’écrit la femme qui accueille l’écrivain durant l’été 2016. Occasion aussi pour l’écrivain de proposer une mise en abîme, une sorte de réflexion sur l’acte de création : "L’existence de ce livre dans le monde, en tant que source et objet de discussion, catalysera des changements dans sa vie."

    Pourquoi les psychédéliques sont-ils illégaux ?

    La figure de McKenna sert de socle à ce qui est une mise au point sur les drogues : d’où viennent-elles ? Pourquoi leur histoire est liée aux civilisations humaines ? Quelles rapport entretiennent-elles avec les religions ? Pourquoi ont-elles perdu leur importance culturelle au point d’être interdites et illégalisées ? Au passage, Tao Lin parle tour à tour du développement de l’agriculture dans le Croissant fertile il y a 10 000 ans, des civilisations sumériennes et égyptiennes, des Mazatèques (au sujet de la salvia) ou de la religion de la Déesse mise à mal par le monothéisme. L’auteur pose aussi cette question : "Pourquoi les psychédéliques sont-ils illégaux ?" Ce chapitre particulièrement savoureux raconte une expérience de Tao Lin, tiré au sort pour faire partie d’un jury chargé de statuer sur des affaires de stupéfiants. Une mission civique que l’auteur s’évertue à remplir au mieux, alors qu’il est lui-même le plus souvent sous l’emprise du cannabis.

    Voilà qui fait toute la force de Trip, ouvrage hors-norme sur les drogues : Tao Lin sait de quoi il parle. Non content de traiter de l’emprise que ces produits ont sur lui (les chapitres sur la psilocybine, la DMT, la salvia et le cannabis), il trace un tableau précis des drogues pour mieux les démystifier : "Quand j’étais enfant, le terme de « drogues » renvoyait à une seule chose indistincte, puis il s’est divisé en stimulants et calmants, avant de caractériser les MDMA, les benzodiazépines, les opiacés…" Tao Lin s’affirme comme un véritable aventurier pour "commencer à nous faire une idée du territoire" de ces produits – très souvent autorisés lorsqu’ils sont conçus, produits et vendus par les grands laboratoires pharmaceutiques (les drogues de niveau IV : Xanax, Soma, Darvon, Darvocet, Valium, Ativan, Talwin, Ambien, Tramadol) ! Pour dire les choses autrement, l'écrivain américain se révèle comme un véritable spécialiste. "L’exploration métaphysique m’apparaît comme une chose à laquelle il est possible de consacrer sa vie entière, une connaissance transmise de génération en génération comme l’ont fait les aborigènes."

    En documentant sa vie, comme il le dit, Tao Lin dit stimuler son esprit comme son corps. Voilà sans doute une des clés de cet ouvrage : la souffrance et la manière de s’en échapper grâce aux produits les plus improbables, ce qu'il confie avec une grande pudeur : "Il [l'auteur] dit que, six mois plus tôt, il a appris que les douleurs dans les hanches et dans le dos que lui cause la spondylarthrite ankylosante, une maladie auto-immune peuvent être soulagées par le curcuma." Les drogues sont, pour l’auteur, une part importante de son existence : "Ses voyages sous DMT, ses romans, ses nouvelles et autres séquences (…) stabiliseront et complexifieront sa vie, le mèneront en des lieux où il ne serait jamais allé autrement."

    Tao Lin, Trip, Psychédéliques, Aliénation et Changement
    éd. Au Diable Vauvert, 2019, 408 p.
    Trad. Charles Recoursé

    https://audiable.com/authors/tao-lin
    https://twitter.com/tao_lin

    Voir aussi : "Charles Bukowski, affreux de la création"

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  • Marc Fichel et sa boîte à musique

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    On retrouve la facture classique de Fichel dans son premier album, Encore Un Instant…, qui vient transformer l'essai de son EP, le propulsant comme une des nouvelles voix prometteuses de la chanson française.

    Marc Fichel a été repéré en 2015 pour participer aux rencontres d’Astaffort chères à Francis Cabrel. La scène est une révélation pour le musicien qui rêve depuis le début de sa jeune carrière artistique de se produire "chez lui" au cœur des Halles de Rungis, où il a connu une première vie de directeur export. Le 21 juin 2018, il est à l’initiative de la fête de la musique "la plus tôt de France" au cœur du Marché d’Intérêt National, une fête renouvelée en 2019. Début 2019, Marc accompagne en première partie l’artiste canadien André-Philippe Gagnon sur sa tournée européenne.

    Des Halles de Rungis à l’Européen en décembre dernier, Marc Fichel construit une œuvre musicale à la générosité spontanée, et avec des envolées souriantes, à l’instar de La boite à musique. Nostalgique comme un voyage en Italie (Un amour de passage).

    Des Halles de Rungis à l’Européen

    Piano, accordéon, claviers (Le cerf-volant) et acoustiques en général (les cuivres et les cordes dans Oxy J’aime) ont la part du lion dans un album qui revendique ses attaches et ses influences. À côté d’un tango (Temps... Go) et de belles références comme Alain Chamfort, Francis Cabrel (À côté de ma vie) ou Gilbert Bécaud (Tu riais tu chantais tu dansais), Marc Fichel ne fait pas l’impasse sur le pop rock période 90's (Encore un instant).

    Une incongruité dans un album où la nostalgie et le spleen sont omniprésents : L'enfance, la famille, les racines ou les premiers amours (Il y avait). Marc Fichel insuffle un grand souffle vivifiant.

    Marc Fichel, Encore Un Instant…, Faubourg du Monde, 2019
    https://www.facebook.com/MarcFichelOfficiel

    Voir aussi : "Marc Fichel connaît ses classiques"

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  • Kara Marni, logique

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    Kara Marni pourrait bientôt figurer dans votre playlist. Finalement, ce ne serait que logique, tant la chanteuse anglaise manie une soul chaleureuse (un peu de Witney Houston, une pincée de Diana Ross et un soupçon de Beyonce) avec une voix caressante, chaleureuse et proche de la perfection (Lose my love, No Logic).

    Bien plus travaillés que ne le laisse croire une première écoute, le son et la facture nineties (Opposite, Caught up) servent un EP à la production et à l’enregistrement remarquables.

    Kara Marni parle d’amour, de ses irrésistibles attractions et de leur aliénation dans cet opus maîtrisé, après un premier album remarqué et une série de tournées au Royaume-Uni et dans le reste de l’Europe l’an dernier.

    Fans de RnB et de soul, la chanteuse londonienne est pour vous, grâce à une pop qui revendique des influences remarquables, que ce soit Diana Ross ou Chaka Khan, insufflant par moment des accents rock, si l’on pense au très réussi Lay Your Blame, avec J. Warner.

    Le grain de voix de la chanteuse est un divin miracle, comme le prouve, s’il en était besoin, le morceau All Night, un titre présent dans deux versions. Pour l’occasion, Kara Marni s’est offerte le concours du producteur et DJ anglais Champion. Si l’on parle de miracle c’est qu’en toute logique Kara Marni a le droit de rêver d’une longue et fructueuse carrière. Remarquable.

    Kara Marni, No logic, Access Records, 2019
    http://karamarni.com
    https://www.facebook.com/KaraMarni
    https://www.instagram.com/karamarni

    Voir aussi : "Comme un air de Motown"

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  • Un deo gratias pour deux papes

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    Les deux derniers papes en question sont Benoît XVI et François. Deux personnages historiques diamétralement opposés, qui font l'objet d'un film Netflix, Les deux Papes de Fernando Meirelles, avec Jonathan Pryce, Anthony Hopkins.

    Il y a d’un côté le doctrinaire et intellectuel Joseph Ratzinger, successeur de Jean-Paul II sous le nom de Benoît XVI, et attaché à perpétuer la ligne conservatrice de ce dernier. De l’autre côté, nous avons Jorge Mario Bergoglio, cardinal et archevêque de Buenos Aires, outsider remarqué lors de l’élection par le conclave du premier qui deviendra pape sous le nom de François. Cet homme, venu du continent sud-américain, passionné de football et de tango, a une position plus sociale et assez proche de la Théologie de la libération.

    Nous sommes en 2005, et après l'élection sans surprise de Benoît XVI, élection que le film nous présente avec une précision rarement vue, Bergoglio, qu’interprète avec passion Jonathan Pryce, se décide à se retirer des affaires de Dieu et à prendre sa retraite. Invité par Benoît XVI en 2012 dans sa résidence d’été de Castel Gandolfo, l’ecclésiastique argentin informe le pape de sa décision, que le prélat balaie de la main : il a pour le futur François une autre idée. Pas question donc de retraite. Bientôt, ces deux hommes que tout oppose débattent avec passion de théologie, de leurs égarements mais aussi de l’avenir de l’Eglise. Et à une époque où Le Vatican a déjà maille à partir avec des scandales sexuels et financiers, le cardinal Bergoglio semble être la personne qu'il faut.

    La double rencontre de Benoît XVI et du futur François à Castel Gandolfo puis au Vatican a-t-elle eu vraiment lieu ? Quelques critiques s’en sont émues, sans doute à tort. Car là n’est pas le sujet réel du film : c’est bien d’un double portrait dont il est question dans Les deux Papes : le conservateur et rigide prélat allemand contre le bonhomme et sensible cardinal argentin. Fernando Meirelles en fait le personnage central du film distribué par Netflix, en insistant sur la période sombre de la dictature argentine.

    On retiendra aussi de ce passionnant long métrage, au scénario passionnant et aux dialogues denses, les descriptions précises du Vatican et des conclaves. Une vraie curiosité qui a conduit l’académie des Golden Globes a nommé le film dans quatre catégories : meilleur film dramatique, meilleur scénario, meilleur acteur dans un drame (Jonathan Pryce) et meilleur acteur dans un second rôle (Anthony Hopkins, métamorphosé pour incarner le rugueux Benoît XVI).

    Les deux Papes, biopic de Fernando Meirelles
    avec Jonathan Pryce, Anthony Hopkins, GB, Italie, Argentine, USA, Netflix, 125 mn, 2019

    https://www.netflix.com/fr/title/80174451

    Voir aussi : "Ton univers impitoyable"

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  • Mon amant chinois

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    Adapter en BD Marguerite Duras et l’un de ses plus grands chefs d’œuvre, L’Amant : quelle gageure ! Il fallait la délicatesse et le tact d’une auteure comme Kan Takahama pour mener à bien ce défi. Et en manga…

    Le choix d’un tel genre est finalement très pertinent pour une histoire se passant en Asie, dans l’Indochine des années 30, et contant l’éphémère histoire d’amour entre l’auteure française, quinze ans et demie à l’époque, et un riche ressortissant chinois.

    À l’époque, la jeune Marguerite vit dans une famille ruinée et dominée par un frère violent, sur lequel l’adaptation choisit de ne pas s’apesantir. L’adolescente vit en pension, avec pour seule amie une fille de son âge.

    C’est sur un bac sur le Mékong qu’elle croise la route de celui qui va être son premier amant. D’où vient-il ? Quelle est son histoire ? A-t-il déjà une fiancée ? Kan Takahama répond à quelques-unes de ces questions dans sa préface : sans doute les deux personnages se connaissaient-ils au moins de vue avant leur rencontre. Et il est également fort possible que la fiancée chinoise, qui fait l’objet de plusieurs cases, était elle aussi très jeune, mais "suffisamment aisée pour pouvoir épouser le Chinois."

    Cette histoire d’amour cruelle et vouée à l’échec est dépeinte avec un mélange de sensualité et de sensibilité, sans passer sous silence la cruauté que n’épargnera pas la petite Marguerite (la fameuse soirée au restaurant, en présence de la mère et du frère). Le coup de crayon de Kan Takahama, tout en respectant les canons du manga (yeux et bouches expressives, cases dynamiques), ajoute sa patte personnelle : travail sur l’éclairage et sur les flous, recherches dans les décors et surexpositions.

    Le lecteur trouvera dans cette BD des images (le costume de la jeune fille, les décors intérieur, la scène du bac) qui le ramèneront à une autre adaptation : celle filmée, cette fois, par Jean-Jacques Annaud en 1992. Une preuve supplémentaire que L’Amant de Marguerite Duras continue à vivre sa vie de chef d’œuvre marquant.

    Kan Takahama, L’Amant, d’après Marguerite Duras
    Adaptation Corinne Quentin, éd. Rue de Sèvres, 2020, 155 p.

    Marguerite Duras, L’Amant, éd. de Minuit, 1984, 145 p.
    https://www.editions-ruedesevres.fr/takahama-kan

    Voir aussi :"Bijou, bijou"

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  • Dua Lipa, au pop de sa forme

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    Une fois n’est pas coutume sur Bla Bla Blog, c’est de la pop urbaine et hyper populaire dont il sera question dans cette chronique.

    L’artiste ? Ni plus ni moins que Dua Lipa, en pleine ascension avec son titre Don’t Start Now. Ça risque de chauffer sur les pistes à l’écoute de son nouveau titre, Physical, le deuxième single de son futur album, Future Nostalgia, annoncé pour le 3 avril prochain.

    Physical annonce bien la couleur : du rythme, du son bien construit, une chanteuse à la voix musclée à défaut d’être révolutionnaire, de la danse et une bonne dose d’extravagance. Sans oublier un clip aux moyens certains et louchant du côté des années 80.

    Dua Lipa sera également en concert à Paris, à l’Accorhotels Arena le 4 mai prochain.

    Dua Lipa, Physical, Warner Records, 2020
    http://dualipa.co/official

    Voir aussi : "Marie, j’adore"

    © Hugo Comte

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  • Tagada tagada, voilà les Dalton Telegramme

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    Le titre est peu facile pour cette chronique sur les Dalton Telegramme, Victoria, un opus passionnant, tout en relief et en sensibilité. Victoria est aussi le titre du premier morceau. La voix à la Bashung et le rock acoustique sont au service d’un portrait amoureux et d’un récit plein d’amertume : "Victoria tu te souviens / La victoire nous appartient / Victoria / On était partis pour la gloire qui nous va si bien / Qui te va si bien" (Victoria).

    Amour, rêves, fantasmes et séparations : ce lot quotidien est au cœur notamment de Sparadrap, dont le clip a été réalisé par Louan Kampenaers et Romain Habousha. La douleur d’un amour qui, insidieusement, n’en finit de partir est au cœur de ce titre âpre et sensible : "Ta peau colle encore à ma peau comme un sparadrap / Ne l’enlève pas trop / Tôt / Ne pars pas. "

    Ton portrait est également une histoire de séparation, cette fois avec une sorte de légèreté. La séparation est assumée et même revendiquée haut et fort : "Dans la longue galerie de mes portraits / J’ai décroché le tien de l’entrée / J’ai trouvé le courage et le quart d’heure /Pour faire le ménage dans mon bunker / Et désormais comme Mick Jagger / C’est moi qui serai l’unique leader / Pour pousser ton portrait ailleurs au fond de mon bunker." Un vrai happy-end en quelque sorte : "Et pourtant je ne m’en vaux pas tant que ça / Je ne me souviens déjà plus de tout." Si tu reviens j’annule tout, en référence au message d’un ancien Président de la République, est dans le même univers : séparation, retrouvailles et départs impossibles : "Reviens car si je te réclame c’est que je crois bien que je t’aime toujours même si c’est la mort dans l’âme."

    À moins que le départ définitif soit tout simplement la solution, mais toujours avec élégance et humour, à l’instar de Gare du nord : "J’ai enfilé mon sourire et mon plus beau dédain / pour regarder ton arrière-train s’éloigner / Désolé, tu vas pas me manquer."

    "Regarder ton arrière-train s’éloigner / Désolé, tu vas pas me manquer"

    Sur une pop sucrée, Lolita83 se veut un regard sur les illusions et les ratés des relations amoureuses via Tinder, eDarling et autres Attractive World : "Et moi qui était tout disposé à vous aimer / Lolia83 à la manière de la mante religieuse / Lolita vous m’avez fait croire que vous n’étiez pas dangereuse." Ah, les dangers des réseaux sociaux et de l’Internet ! Pourvu qu’elle s’en lasse s’intéresse cette fois à une femme "qui pourraient se damner… pour quelques doigts levés… [ou] un partage…" Une vraie critique contre le virtuel et un appel à la vie et au vrai : "Car au fond, elle le sait / C’est pas dans les pieds dan la tombe / Qu’on mènera la fronde / Pas le doigt sur la mappemonde / Qu’on fera les plus belles rencontres / Alors pourvu qu’on s’en lasse."

    Après Le jour du seigneur, une électro pop-folk qui prône l’amour des Dalton Telegramme pour le son et les nuits musicales, le titre Tout à coup (tout t’accuse) est une tranche de vie : l’histoire d’amour impossible avec une voisine. Sous forme d’un petit bonheur fugace – et interdit ("Pourquoi tu t’excuses / Tout à coup tout t’accuse.") – cette jolie chanson surgit tel un éclat de lumière : "Et même si tu t’en vas dès que mes yeux se replient / je t’ai eu un peu pour moi et ça ça n’a pas de prix."

    Le relais, qui n’est pas sans rappeler le son du Graceland de Paul Simon, nous relate une aventure minuscule. Une nuit. Un concert. Une rencontre noctambule. Une femme fatale. L’amertume, de nouveau : "Si tu savais / Comme tu leur plaît / Si tu savais comme c’est le cœur lésé que je leur ai laissé / Le relais."

    Le groupe liégeois d'oublie pas le rock avec un singulier hommage à St Exupéry qu'est Vol du nuit. Ce titre voyage dans le pays de la solitude, au cœur d’une nature hostile, sous des conditions météos capricieuses et dans un avion exigeant. Le poète se fait jour dans cette complainte aigre-douce d’un pilote perdu dans sa solitude.

    Pour Mon sanglot, le groupe belge propose une ballade à la guitare et au violoncelle et voix au sujet d’une naissance, "hors de l’ombre." Une sortie dans "le vide." Une naissance. Tour simplement. "Comme tous les petits gars timides / Comme tous les figurants du monde / Il a voulu sortir du vice / Il a voulu faire un pas hors de l’ombre." Ce morceau d’une très grande sensibilité se termine par ces magnifiques vers : "Près de ton cri vivait mon sanglot plus petit mais pas moins vaniteux / Qui se dit que tant pis plein le dos de tant de cris pour si peu / Alors qui, sans rompre le charme, / S’en ira dans le calme, / S’endormira, oui, mais sans drame / Et à bientôt mon sanglot."

    Dalton Telegramme, Victoria, Art-i, 2019
    http://www.art-i.be/artistes/page-artiste/23
    https://www.facebook.com/daltontelegramme

    Voir aussi : "Je veux du glam"

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  • Just do it

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    C’est une voix presque religieuse, mystique et mystérieuse, qui ouvre le premier EP d’Abel Orion, Late Night Music. Le chanteur et multi-instrumentiste bordelais propose avec le premier titre, Mad About You, de l’électro-pop qui ne s’embarrasse pas de circonvolutions : une entrée en matière sur la pointe des pieds, qui nous entraîne dans un univers maîtrisé mêlant acoustique (le clavier de Legend), électro précise, chanson française (Matador) et pop puisant du côté de Tame Impala, Little Dragon ou Childish Gambino.

    Abel Orion sait tout faire, grâce à sa voix d’ange perdu dans les brumes d’un night-club londonien (Home again). Oui, le chanteur et compositeur en a dans le coffre : gracieux et sensuel, pop et rock (Do it), envoûtant et espiègle (Mad About Me), rude et rugueux (So Many Amazing Girls). L’électro d’Abel Orion est rude, sexy, lancinant : une bonne dose de méta garantie pour un joli travail musical.

    Abel Orion, Late Night Music, Alter K / Pschent Music, 2019
    https://www.facebook.com/abelorionmusique
    https://www.instagram.com/abelorionmusique
    https://fanlink.to/abl

    Voir aussi : "Juste quelques minutes d’électro"

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  • Silence, on vit

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    "Qui va lire un bouquin qui parle de nous ?" Ainsi commence l’essai de Benoît Coquard, Ceux qui restent (éd. La Découverte). Cette phrase, que l’auteur reprend à plusieurs reprises tout au long de son étude, tel un leitmotiv, est l’indice que son travail sociologique est remarquable par sa nouveauté et par ses analyses pointues.

    Benoît Coquard, jeune sociologue à l’INRAE, est revenu dans le pays de son enfance et de son adolescence pour y interroger celles et ceux, de son âge, qui sont restés au pays. Comment font-ils leur vie dans des campagnes en déclin depuis les dernières grandes crises économiques ? Pourquoi ont-ils choisi d’y rester et, au contraire, comment s’est fait le départ de celles et ceux qui ont pris le parti de quitter leur région natale ? Comment vit-on dans ces régions souvent abandonnées ? Comment y trouve-on du travail, lorsque c’est possible ? Comment décrire les relations sociales dans des régions minées par le chômage et la pauvreté ? Benoît Coquard entend, dans Ceux qui restent, sortir des archétypes de ces néoruraux vite identifiés comme des "cassos" alcooliques, drogués et beaufs.

    Le sociologue a pour lui la connaissance du terrain, même s’il s’en est éloigné pour des raisons scolaires puis professionnelles. Pour autant, son passé et son expérience personnelle lui permettent d’éclairer son travail de terrain : "J’ai essayé de me mettre dans une posture de « traducteur » entre deux mondes que je côtoie par allers-retours, celui des enquêtés et celui des lecteurs de sciences sociales."

    Un vrai travail scientifique autant que de médiation. En prenant de la hauteur, Benoît Coquard décrypte les liens sociologiques (le "déjà, nous", "les bandes de potes"), les relations d’interdépendance, les vécus, les loisirs, "la proximité entre petits patrons et salariés", la précarité, les pistons, "la mauvaise réputation", les petites élites plus ou moins artificielles ("l’honorabilité locale"), ou les relations avec les plus âgés.

    Ces aînés et la manière dont les plus jeunes les voient, font l’objet d’un chapitre à part, qui n’est sans doute pas le plus frappant dans l’essai, mais qui pose les problématiques d’une génération se sentant mal dans son époque autant que dans son pays. Dans les revisites d’un passé d’autant plus fantasmé qu’il n’a pas été vécu, nous dit l'auteur, les jeunes qui restent ressentent la nostalgie d’une sorte "d’âge d’or." Une nostalgie du reste essentiellement masculine. Le "c’était mieux avant" concerne tout autant le travail que la sociabilisation, l’autonomie, le respect pour les hiérarchies ou… "la libération sexuelle." Benoît Coquard choisit aussi de faire un focus sur la disparition des bals dans les campagnes en déclin, comme la fermeture de bistrots qui fait l'objet d'une place à part dans l'essai.

    "Le rôle social du pastis"

    Le chômage est au cœur de l’étude du sociologue, comme l’épicentre de toutes les crises qui ont malmené ces régions : petits boulots, concurrences entre habitants pour l’obtention d’un emploi sur place, longues distances à parcourir pour aller travailler, manque d’épanouissement et de reconnaissance sociale. Le non-emploi et le sous-emploi sont illustrés par de nombreux exemples et d’extraits d’entretiens, chez des femmes et des hommes souvent habitués à l’intérim ou au CDD.

    Les crises économiques et la désindustrialisation alliés à une reproduction de modèles patriarcaux, font des femmes les premières victimes – lorsqu’elles ne choisissent pas de partir. Le "qui part" et le "pourquoi" est d'ailleurs questionné dans un chapitre passionnant sur la place de l’école, et sur la méconnaissance ou les fantasmes autour de l’étudiant "qui coûte cher." Mais ce qui intéresse aussi le sociologue ce sont les allers-retours plus ou moins réguliers et plus ou moins fréquent entre les campagnes en déclin et les (grandes) villes – Paris ou une capitale régionale – qui peuvent, elles, proposer d’importantes opportunités (d’études, de travail ou de rencontres), avec aussi leur lot de contraintes ou des dangers, réels ou non.

    Le chapitre sans doute le plus passionnant est celui consacré à la fin des bistrots et ses conséquences. L’auteur cite un canton passant d’une trentaine de cafés à trois, en trente ans. La quasi disparition de ces  lieux de sociabilisation a transformé la manière dont les habitants se rencontrent et se côtoient. C’est désormais à l’intérieur du foyer que l’on se retrouve et que l’on se replie, explique Benoît Coquard, qui fait de ses enquêtes sur le terrain de fertiles analyses scientifiques : les invitations aux apéritifs à rallonge, les relations amicales, la place des femmes, les guerres de sexe, les inégalités jusque dans le fonctionnement de ces moments festifs ou… "le rôle social du pastis"…

    Bien que l’étude de Benoît Coquard se soit terminée avant la crise des Gilets Jaunes, l’auteur consacre plusieurs pages à cette mobilisation sans précédente de la France dite "périphérique." Ce mouvement est d’autant plus remarquable, précise-t-il, que les habitants de ces campagnes en déclin sont, dit-il, "très peu revendicatifs en temps normal." La limitation des routes à 80 kilomètres à l’heure a "fait péter les plombs" de ces territoires en déprise : "On vit moins bien" est-il dit par les manifestants sur les ronds-points ou autour des péages d’autoroute. C’est une France populaire et silencieuse qui fait son arrivée fracassante sur la scène française. L’ouverture et la conclusion de Ceux qui restent font de cet essai de sociologie un ouvrage d’actualité, proposant également une lecture politique passionnante, qui vient répondre à sa façon à la remarque de Vanessa, cette trentenaire questionnée :"Qui va lire un bouquin qui parle de nous ?"

    Benoît Coquard, Ceux qui restent, Faire sa vie dans les campagnes en déclin
    éd. La Découverte, 2019, 211 p.

    https://editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Ceux_qui_restent
    https://www2.dijon.inrae.fr/cesaer/membres/benoit-coquard

    Voir aussi : "La France de Boucq"

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  • Ma sorcière bien aimée

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    Plus maligne qu’elle n’y paraît, The Witcher coche toutes les cases de la série de fantasy : un royaume imaginaire durant un Moyen Âge fantasmé, des héros sans peur mais pas sans reproche, de la magie à tous les étages et des êtres fantastiques – elfes, loups-garous et bien entendu dragons. Adaptation télé de la saga à succès d’Andrzej Sapkowski, The Witcher vaut largement le détour dans sa manière de raconter les quêtes de ses trois personnages principaux : il y a le sorceleur Geralt de Riv, la sorcière Yennefer de Vengerberg et la princesse Ciri, sur la trace du premier.

    L’arrière-fond de cette histoire est une guerre secouant tout sur son passage, à grands renforts de combats à l’arme blanche, de sièges implacables… et de tours de magie pouvant s’avérer d’une incroyable efficacité (épisode 8, Bien plus). Le fantastique est omniprésent dans The Witcher. Le Sorceleur est un chasseur de monstres à la fois redouté et méprisé. Il trace sa route dans des contrées malveillantes, sans cacher sa morgue à qui croiserait son chemin (ah, les fameux "Merde !" de Geralt de Riv, interprété par Henry Cavill – le "Superman" made in DC Comics –, complètement transformé pour ce rôle !). Yennifer, la sorcière au destin improbable, va finir par fendre l’armure du ténébreux chasseur de mutants, même si l’histoire amoureuse s’avérera – sans rien spoiler – assez "compliquée".

    "Petit porcelet"

    Qui dit quête, dit transformation identitaire des personnages, à commencer par Ciri, enfant royale choyée avant d’être plongée du jour au lendemain dans un monde de sang, de fer et de feu. La fin de la première saison promet d’ailleurs de futurs développements intéressants sur cette "enfant-lumière" – pour reprendre le terme du Shining de Stephen King.

    Contre toute attente, The Witcher brouille les cartes : Yennifer, paysanne laide et rejetée au début du récit (le "petit porcelet", souffre-douleur) devient grâce à la magie une magnifique et magnétique sorcière (épisode 3, Lune de trahison), au grand dam de sa perceptrice Tissaia, que le dernier épisode va montrer sous un nouveau jour.

    Mais si The Witcher fascine, c’est aussi et surtout parce que la showrunneuse Lauren Schmidt Hissrich a pris le parti d’un scénario non-chronologique, faisant alterner les époques, les quêtes, les voyages, les rencontres et les chasses aux monstres – qui ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

    La série ne fait pas l’impasse sur les combats rudes à la Game of Thrones, sur les guerres politiques ou sur les intrigues fantastiques (épisode 5, Espèces rares), mais avec une économie singulière de scènes érotiques – #Metoo est sans doute passé par là.

    The Witcher, vrai trip de fantasy, offre en plus un étonnant couple constitué de l'impressionnant Geralt de Riv et de la magnifique Yennefer de Vengerberg.

    The Witcher, série de fantasy de Lauren Schmidt Hissrich avec Henry Cavill, Freya Allan
    Anya Chalotra, Jodhi May et Björn Hlynur, USA, saison 1, 8 épisodes, Netflix, 2019
    https://www.netflix.com
    https://sapkowskipl.wordpress.com

    Voir aussi : "Ton univers impitoyable"

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  • Qui sème le son

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    Poussière, le nouvel EP du groupe Grèn Sémé, est aussi le titre de leur morceau phare, auquel a collaboré Gael Faye, morceau présent dans deux versions, dont l’une remixée par David Walter. Le groupe français choisit le mélange des genres et des sons dans un EP qui allie chanson française à la Yves Simon, pop-rock et rythmes africains (la griotte malienne Fatim vient apporter son concours). Dans Poussière, une place prédominante est laissé au texte, à la fois âpre, poétique et engagé, porté par le chanteur Carlo de Sacco : "Dans les cheveux des grandes villes / Aux tables d’étranges endroits / Dans les vents chauds qui coiffent les incendies / Dans les livres qui contiennent les forêts d’autrefois / Partout cette même poussière dans l’air."

    Grèn Séné est un groupe d’ici, d’hier, d’aujourd’hui mais aussi de demain comme le prouve la pochette mettant en scène un astronaute aux couleurs bigarrées… et à la main droite tranchée.

    Plus actuel que jamais, Je serai là est un titre sur une "clandestine réfugiée" : la solidarité, les promesses mais aussi l’altruisme ("J’imagine ton exil") sont portés par une chanson aux textes sensibles et au son résolument pop-rock.

    Avec Zénès nous sommes dans un sega, qui est plus qu’une simple parenthèse créole : c’est la marque d’un groupe qui a choisi d’insuffler un vent de grand large dans la chanson : une graine semée sur la scène française, et qui ne demande assurément qu’à germer.

    Grèn Sémé, Poussière, EP, The Garden / Lusafrica, 2019
    http://www.gren-seme.re
    https://www.facebook.com/gren.seme

    Voir aussi : "Maya Kamaty, la diva du maloya" maloya"

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  • Carotté "se lâche louss" à l'Olympia

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    Dans la grande famille du rock indépendant, il y a Carotté, un groupe de la Belle Province né en 2013 sous l’égide de Médé Langlois, qui mène la double vie de rockeur... et d’agriculteur : sa famille cultive la même terre à Neuville, au Québec, depuis 1667, soit 12 générations, comme il aime à le rappeler. Le jour, Médé cultive plus de cent variétés de légumes qu’il vend à son "kiosque". Il gère son écomusée et il s’occupe de son troupeau de soixante vaches. Le soir, avec Carotté, "il se lâche louss" et profite de sa passion pour le rock qui le garde bien vivant.

    Carotté a créé son propre style musical qu’il a baptisé le "’punktrad’". Un savant et unique mélange de rythmes punk à l’histoire et aux chansons à répondre typiquement québécoise.

    En février 2015, la formation livre une première moisson sur Punklore et Trashdition. Cet album reçoit un très bon accueil de la critique et se voit nommer au Gala GAMIQ dans la catégorie "Album heavy (Punk & Métal) de l’année." Cinq vidéoclips (Invisible, Tape la bizoune, Veillée chez Médé, Un gars du Far West, Souffrance) en sont extraits. Carotté enchaîne également les prestations, comptabilisant plus de 150 spectacles, y compris dans de grands festivals (Francos de Montréal, Festival d’été de Québec ou le Festival de la Chanson de Tadoussac).

    Ce succès grandissant ouvre aux six protagonistes les tribunes médiatiques. Médé reçoit même sur ses terres l’équipe de Cash Investigation afin d’expliquer la lutte qu’il mène avec la population locale contre l’oléoduc du projet Énergie Est.

    Après une première tournée en France à l’automne 2019, Carotté se lance à l’assaut de L’Olympia le samedi 22 février prochain.

    Carotté à L’Olympia, le samedi 22 février 2020
    Les albums de Carotté sont disponibles en bac en France à partir du 1er novembre 2019
    www.carotte.biz
    www.facebook.com/carottepunktrad

    Voir aussi : "Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent"

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