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• • Des envies...

  • Une autre Amérique

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    C’était en 2007. L’écrivain américain Philip Roth décrivait dans Le Complot contre l'Amérique une uchronie. Il imaginait la prise au pouvoir en 1940 de Charles Lindbergh, le héros de la traversée de l’Atlantique (1927). Alors que l’Europe plonge dans la catastrophe nazie, il décrivait les États-Unis s’enfermant dans un neutralisme coupable, attisés en outre par des relents d’antisémitisme et de complicité avec l’Allemagne du IIIe Reich.

    The Plot Against America est l’adaptation en mini-série de cette réécriture de l’histoire, sur le modèle du Maître du Haut Château de Philip K. Dick. Que se serait-il passé si, au lieu du deuxième mandat de F.D. Roosevelt, les Américains avaient choisi le "héros de l’Atlantique" et de personnalités respectées, à l’exemple d’Henry Ford ? La question n’a rien d’absurde, tant l’opinion américaine était partagée au sujet de l’interventionnisme. Ajoutez à cela la peur du communisme et l’antisémitisme bien présent. Le terme de "complot" prend tout son sens, et le spectateur de 2020 verra dans cette histoire écrite il y a plus de dix ans de troublantes analogies avec les soubresauts du monde moderne : la peur, les "aventuriers"en politique ou les extrémismes de tout bord. Ça ne vous rappelle rien ?

    Uchronie

    Pour cette uchronie dont le récit s’étale sur six épisodes, les showrunners Ed Burns et David Simon font le choix de la fidélité au roman de Philip Roth. Par contre, Charles Lindbergh est singulièrement peu présent dans la mini-série, ce qui peut être regrettable, car il y avait sans doute matière à booster cette uchronie grâce à l’histoire tragique de l’enlèvement médiatisé de son fils.

    Cette Amérique imaginaire mais plus vraie que nature est vue sous l'angle d'un petit garçon juif, Philip – comme l'auteur. La mini-série HBO reconstitue avec soin l’Amérique des années 40, tout en déployant avec soin une histoire familiale, qui est aussi le récit d’une enfance.

    Y figurent en bonne place les parents de Philip, Alvin (Anthony Boyle) et Elizabeth Levin (Zoe Kazan, formidable). Mais il convient de dire que ce sont deux autres personnages, bien que mis au second plan, qui sont les plus intéressants : John Turturro  dans le rôle du rabbin Lionel Bengelsdorf et Winona Ryder. Cette dernière irradie, fascine et exaspère à chaque plan dans son rôle de compagne admirative et aveuglée d’amour pour Lionel Bengelsdorf, qui a choisi contre toute attente le camp de Lindbergh.

    Ces deux protagonistes sont sans doute les deux grands atouts d’une série qui nous interroge – parfois maladroitement et de manière trop appuyée – sur ces complots qui menacent nos démocraties et sur la manière dont un pays peut se déshonorer.

    The Plot Against America, série uchronique américaine d’Ed Burns et David Simon,
    avec Winona Ryder, Zoe Kazan, Morgan Spector,
    John Turturro et Anthony Boyle, saison 1, 6 épisodes, 2020, sur OCS et Canal+

    Philip Roth, Le Complot contre l'Amérique, éd, Gallimard, 2007, 476 p.
    https://www.hbo.com/the-plot-against-america
    https://www.ocs.fr
    https://www.philiprothsociety.org

    Voir aussi : "Matthew Rhys sur les pas de Raymond Burr"

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  • Billie Eilish est-elle une bad girl ?

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    Le 26 janvier dernier, la 62e cérémonie des Grammy Awards récompensait de cinq prix une gamine de 18 ans, moins d’un an après la sortie de son premier album, When We All Fall Asleep, Where Do We Go? : artiste révélation de l’année, chanson de l’année, enregistrement de l’année et meilleure prestation pop solo pour Bad Guy, meilleure album pop et album de l’année pour son premier opus : n'en jetez plus ! Billie Eilish marquait de son empreinte la scène pop-rock, tout en devenant la première star milléniale, puisque la jeune femme est née en Californie le 18 décembre 2001.

    Dans la biographie qu’Adrian Besley consacre à la chanteuse (Billie Eilish, La biographie non officielle, éd. Albin Michel), c’est autant la précocité que l’importance de l’Internet et des réseaux sociaux dans la révélation de cette chanteuse qui frappe les esprits.

    Certes, l’enfance et la famille de Billie Eilish Pirate Baird O’Connell ont une importance capitale dans sa carrière, puisque ses parents sont tous les deux des artistes et que la jeune star travaille étroitement avec son frère Finneas, lui aussi récompensé lors des Grammy Awards (Adrian besley lui consacre un chapitre entier, preuve de son importance). Pour autant, l’auteur insiste sur l’éducation "ordinaire" de Billie Eilish, si l’on oublie toutefois une scolarisation à domicile par un père et une mère, artistes mais modestes.

    Sa précocité ahurissante a été soulignée à de multiples reprises : "Son histoire fait désormais partie de la grande histoire de la pop, et sera répétée un million de fois", avance Adrian Besley, non sans ostentation. À l’âge de 14 ans, suivant les pas de son frère de quatre ans son aîné, Billie Eilish publie sur Soundcloud les morceaux sHE’s brOKen, Fingers Crossed, puis Ocean Eyes. Ils portent déjà l’empreinte de la chanteuse : textes personnels et sombres, rythme électronique, accompagnements minimalistes et voix fragile, presque murmurée. Ocean Eyes se fait remarquer sur les réseaux sociaux et le morceau reçoit en quelques mois un accueil enthousiaste, tant de la part des professionnels que du grand public.

    "Son histoire fait désormais partie de la grande histoire de la pop, et sera répétée un million de fois"

    La suite est un engrenage de concerts électriques, de collaborations artistiques prestigieuses, de clips tous aussi originaux les uns que les autres et d’une ascension irrésistible. Son succès passera par les États-Unis mais surtout, singulièrement, par la Nouvelle Zélande et l’Australie, qui ont accueilli avec enthousiasme ses premiers concerts dès 2017.

    L’ouvrage d’Adrian Besley est évidemment destinée avant tous aux fans de l’artiste américaine, membre emblématique de la génération Z. Adolescente starisée, Billie Eilish apparaît aussi comme une jeune femme n’ayant jamais caché ses fragilités et sa longue période de dépression, tout en assumant pleinement son nouveau statut, grâce à des looks toujours plus extravagants les uns que les autres – une vraie bad girl –, sans oublier ses engagements (le droit des femmes et l’écologie notamment). Adrian Besley ne met pas de côté ses autres passions : la danse, la réalisation de clips, la mode (nous l’avons dit), mais aussi le rap (XXXTentacion, Drake, Mehki Raine), qui continue d’influencer sa musique, avant tout pop (surnommée "gloom pop", "pop dépressive", pour ses détracteurs).

    Un chapitre entier est consacré à l’album phare de sa jeune carrière, When We All Fall Asleep, Where Do We Go?, que le journaliste intitule tout simplement : "Quatorze œuvres d’art" : "une collection soigneusement composée de pistes [titres] qui, si elles fonctionnent indépendamment, s’alimentent les uns des autres pour créer un ensemble harmonieux." Cet opus sera suivi de concerts marquants qui vont finir d’asseoir son statut : "Billie est la nouvelle reine de la pop, mais il lui reste à procéder à son couronnement. Et peut-on rêver mieux pour célébrer sa réussite que Coachella ?" C’est lors de l’édition d’avril 2019 du prestigieux festival américain, au cours de deux soirées, que Billie Eilish finit de s’imposer, avant ses récompenses quelques mois plus tard aux Grammy Awards.

    La biographie d’Adrian Besley a été terminée en mars 2020, alors que le Grand Confinement obligeait à mettre à l’arrêt l’essentiel de sa vie musicale. Il faudra attendre cet automne pour la découvrir finalement dans un autre rôle : celle d’auteure et d’interprète du titre phare du prochain James Bond, Mourir peut attendre. Le plus célèbre des bad boys sera célébré par celle qui les a chantés avec génie, mais qui n’est pas, à coup sûr, une bad girl, elle.

    Adrian Besley, Billie Eilish, La biographie non officielle, éd. Albin Michel, 2020, 245 p.
    https://www.youtube.com/channel
    https://www.albin-michel.fr/ouvrages/billie-eilish-la-biographie-non-officielle

    Voir aussi : "Quatre filles dans le Levant"

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  • Qu’est-ce que Carole Pelé a à nous raconter ?

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    Avant la sortie à l’automne prochain de son premier EP, Carole Pelé commence à déployer son univers musical et artistique résolument urbain.

    Le rap de Carole Pelé est vif, rude et à nu. Elle s’y livre avec sincérité mais sans cette affectation que l’on retrouve parfois trop souvent dans le milieu hip hop.

    Dans son titre R à Raconter, elle s’exprime – non sans un certain paradoxe – sur la difficulté de se livrer musicalement et de sortir de la page blanche et de créations qui ne seraient pas vaines : "J’ai pas de refrain / J’ai rien à vous raconter" chante-t-elle sur un rythme syncopé où les larmes rageuses ne sont jamais loin.

    Carole Pelé est une combattante "compulsive" du mal-être, comme elle le prouve dans Nuit blanche, qui est un monologue contre ces nuits alcoolisées, vaines et dérisoires armes contre la désinhibition et la déprime. La réponse de la chanteuse est cinglante : "Je laisserai cette noire douleur m’atteindre / Maintenant c’est fini !" Combative encore dans Faut que j’te parle, qui est, sous forme de confession intime, une explication franche et tranchante après une rupture douloureuse. 

    L’ancienne étudiante aux beaux-arts ne pouvait pas ne pas faire de sa musique un "art total", mêlant musique, vidéo, stylisme, performance et art plastique (Faut qu'j'te parle). Pour mieux connaître cette rappeuse à découvrir (elle a quand même été programmée en 2019 au Jump ! Guro Festival 2019 en Corée du Sud !), le passage par Soundcloud et son témoignage pour Crealiance est quasi obligatoire !

    À noter que le 5 septembre, prochain, Carole Pelé jouera au festival Essonne en scène par les Francofolies en première partie de Roméo Elvis et Aloïse Sauvage. Et elle dégainera son six titres dans la foulée, à l'automne.

    Carole Pelé, Carole Pelé, EP, 2020
    https://www.facebook.com/carolepelemusique

    Voir aussi : "Eskimo, entre France, Scandinavie et Japon"

    © Alice Mouchard

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  • Frigo, toi mon ami

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    Yves fait partie des films qu’il fallait absolument chroniquer ici : on ne peut pas ne pas décemment proposer une série sur les frigos au cinéma et oublier cette comédie déjantée sur l’histoire de Jérem, sympathique loser, squattant chez sa grand-mère et devenu possesseur d’un réfrigérateur intelligent. Une acquisition qui lui permet de rencontrer So, enquêtrice et statisticienne de la start-up Digital Cool qui a crée cet appareil. Yves, le nom de ce frigo hyper connecté, va bientôt devenir indispensable au musicien.

    Derrière sa facture inoffensive, le film de Benoît Forgeard est une véritable machine de guerre. Car tel Hal, l’ordinateur intelligent de 2001 : L’Odyssée de l’Espace, évoqué dans le film, Yves se révèle un objet à la fois subversif et plus humain qu’humain : objet emblématique de la société de consommation, il devient aussi aide à tout faire, confident, coach, compositeur, compagnon de soirée, muse pour rappeur en mal d’inspiration, manager mais aussi entremetteur. Car Jérem tombe amoureux de So. Et voilà notre rappeur raté soudain comblé grâce à son meilleur ami, un frigo.

    Pour cette comédie, beaucoup plus drôle que ne le laisse supposer le pitch, Benoît Forgeard met en scène une brochette d’acteurs et d’actrices en parfaite symbiose : William Lebghil en loser magnifique, son amoureuse d’enquêtrice Doria Tillier, et avec en outre les excellents Philippe Katerine, Alka Balbir en guest-stars. Sans oublier un frigo retors, drôle mais aussi singulièrement sexy, interprété par Antoine Gouy pour la voix off.

    Yves, comédie de Benoît Forgeard, avec William Lebghil, Doria Tillier, Philippe Katerine,
    Alka Balbir et Antoine Gouy, 2019, 107 mn, en ce moment sur Canal+
    http://eccefilms.fr/yves

    Voir aussi : "L’‎Œil du Frigo débarque sur Bla Bla Blog"

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  • Coquette comme Tuck

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    Dès les premières notes de Coquette, le dernier EP de Hailey Tuck, la grâce, l’élégance et la magie sont là. Cette découverte promet d’être à marquer d’une pierre blanche, tant la musicienne impressionne par sa simplicité, sa fraîcheur et finalement son audace.

    Avec son look à la Louise Brooks, pas de doute : nous sommes dans les années 20. La musicienne nous entraîne vers un univers mêlant jazz, folk, pop et cabaret, d’une fraîcheur délicieuse et au goût acidulé. Son premier album est composé de reprises de Rufus Wainwright (A Bit Of You), de Kent (Juste quelqu’un de bien), de Peter Sarstedt (Where Do You Go to?), mais surtout de nouveautés (SeaBird, Every Over Night, Every Other Night, Talking Like You).

    Hailey Tuck a produit avec une très grande classe un opus que n’importe qui devrait avoir dans sa discothèque, tant la chanteuse s’impose avec sa voix à la fois mutine et sexy (A Bit Of You), avec ce je ne sais quoi d’esprit français (Where Do You Go to?, Juste quelqu’un de bien), comme le prouve aussi le titre de l’album.

    Un opus que n’importe qui devrait avoir dans sa discothèque

    Disons-le ici : Coquette, ce sont six petits bijoux capables de défier les années par une artiste au caractère d’ores et déjà si affirmé que l’on ne peut qu’attendre le meilleur pour elle (la native d’Austin a d’ailleurs été nominée aux Grammy Awards en 2019 pour son premier album remarqué, Junk).

    Oui, nous avons bien là une œuvre musicale hors du commun, à telle enseigne que lui coller l’étiquette "jazz" paraît bien trop restrictive. Folk (Seabird, Talking Like You), pop (A Bit Of You), ballades (Where Do You Go to?, Every Other Night), et même chanson française (Juste qu’un de bien) ont leur place dans cet EP pluriel mais, au final, très cohérent.

    Pour le public français, il faut signaler que la chanteuse propose au passage une reprise de Juste quelqu’un de bien, dans une version d’une mélancolie déchirante.

    "Je me suis souvent laissée  aller à la rêverie et j’espère que les arrangements apportés et l’ambiance générale de Coquette traduisent cet état" dit Hailey Tuck au sujet de son dernier opus. Elle ajoute ceci : "Je recherche constamment les expériences de ma propre vie, et de celle des autres qui me fascinent, pour créer une histoire, une anecdote amusante, un tableau. J’ai décidé de canaliser tout ceci dans l’écriture, qui pour moi est la seule chose qui m’intimidait, de choisir également les morceaux en fonction des paroles que j’aurais aimé écrire, et enfin dans une perspective, certes ironique,  de faire un album avec un budget illimité !"

    Coquette est l’une des plus belles découvertes de ces derniers mois : qu'on se le dise.

    Hailey Tuck, Coquette, Hailey Tuck Music, 2020
    https://haileytuckmusic.com
    https://smarturl.it/Buy-Listen-Coquette

    Voir aussi : "Chaud, fort et bon"

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  • L'homme qui murmurait à l'oreille des frigos

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    Non, cette chronique de L’‎Œil du frigo ne parle pas du chef d'oeuvre de et avec Robert Redford. L'homme dont on parle ici est Mike Enslin, interprété par John Cusack dans le film d'horreur Chambre 1408. Un film qui n 'est pas sans référence avc Shining, un autre chef d'oeuvre, mais celui-là de Stanley Kubrick. Encore une histoire d'hôtel hanté et d'écrivain en proie aux affres de la création. Avec un frigo, ici, pour protagoniste.

    Eh oui il fallait que ça arrive, voir un homme qui parle à son frigo. L'excellent John Cusack pète une durite dans une chambre hantée et se met à parler au fond du frigo. Il n'y a pas à tortiller : à ce niveau, on peut considérer que le fusible de la réalité a cramé. Bien sûr, en tant qu'écrivain sceptique il s'est dit qu'une nuit dans une chambre "pseudo" hantée c'était un job vite fait et bien rémunéré. Franchement, j'aurais fait pareil et me serais rendu la gueule enfarinée dans une chambre hantée juste histoire de voir.

    A ce stade du film, Mike comprend que son esprit s'évade par le fond du frigo. Ce n'est pas pour rien que le directeur de l'hôtel, l'inquiétant Samuel L Jackson, vient converser en vision subjective avec Mike. C'est assez rare que l'on touche le fond du frigo, généralement on touche le fond de la bouteille ou de la vie. Ouvrir le fond du frigo est une excellente trouvaille pour montrer à quel point John a perdu la tête. La preuve, il réclame à boire alors que la porte du frigo regorge de quelques mini-bouteilles qui peuvent vous terrasser un homme. On y voit même, il me semble - à moins que mon esprit déraille - une bouteille de champagne de la marque Mumm Cordon Rouge, qui pourrait bien servir à fabriquer un verre de Téquilla boum boum, dont les effets en matière de disjonction générale ne sont plus à prouver ! Bref c'était pas le moment de poser une question rhétorique.

    Mais, le sommet, c'est la destruction du frigo, avec cette crise de nerf qui fait sauter chips, cacahuètes et autres saloperies de la mal-bouffe. La caméra est alors repassée du côté du réel alors que John est toujours en lévitation. Du grand art. J'espère qu'ils n'ont pas eu à retourner la scène plusieurs fois. Il est évident qu'une fois de plus je ne peux vous proposer une recette de cuisine, compte-tenu des ingrédients de ce frigo psychologique.

    Le meilleur de la scène réside dans la fermeture de la porte. John reprend ses esprits et il ferme cette voie de délire. C'est simple et efficace. Tout est dans le "fermé de porte du frigo". Ça claque à vous réveiller un mort, ou à vous réveiller d'un cauchemar. Hélas, je soupçonne le frigo d'être dans le coup ! Petit conseil : tentez chez vous plusieurs sortes de fermeture de frigo et vous verrez les réactions de votre entourage. C'est tout un langage frigorifique !

    Bon juste une information si vous hurlez après votre frigo sans aucune raison : j'entends par là, sans qu'aucun de vos ados n'ait renversé la bouteille de lait ou mangé votre plat favori, alors il est temps de consulter !

    A voir sans faute pour quelques frayeurs nocturnes

    ODF

    Chambre 1408, horreur américain de Mikael Håfström
    avec Samuel L. Jackson, John Cusack, Tony Shalhoub et Mary McCormack
    2007, 104 mn

    Voir aussi : "L’‎Œil du Frigo débarque sur Bla Bla Blog"
    "Chambre 1408 Frigo"
     

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  • "Rock'n'love" : extrait 4

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    Après un retour dans les années 1990, Peter Alabama avait disparu de la circulation, la faute à un album considéré par beaucoup comme raté. Cet échec coïncidait avec les décès rapprochés de son père et surtout de sa mère, Peggy Paloma. L’ex-chanteur des Babydolls s’était donc enfui en Californie, officiellement pour se « régénérer », officieusement pour soigner une dépression. Il fit tout de même quelques concerts dans des salles confidentielles, à Los Angeles, mais le public français finit par s’habituer à son absence.

    Arsène K., Rock’n’love, éd. Harlequin, coll. HQN, 2020, 237 p.
    au format numérique
    https://www.harlequin.fr/livre/13167/hqn/rock-n-love

    Voir aussi : "Mon cœur battra toujours au même rythme que le tien"
    "Rock’n’love : extrait 2"

    Photo : Thibault Trillet - Pexels

    arsène k,roman,lucrèce,mes publications mes créations

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  • Électro twerk jamaïcain

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    Un peu de légèreté en cette période estivale avec le Mash Up Di Place du musicien et producteur congolais Jam Fever, en featuring avec la star jamaïcaine Cé'Cile.

    Un titre à écouter à plein volume avec vos meilleur.e.s ami·e·s pour se vider la tête, à grand renfort de rythmes caribéens, de piste de danse chaude comme la braise, de collés-serrés et ce qu’il faut de twerks.

    Ce mélange d’électro, de tempo jamaïcain et de sons urbains métissés s’avère comme la recette idéale pour cet été.

    Jam Fever, Mash Up Di Place, feat Cé'Cile, 2020
    https://www.facebook.com/JamFeverofficiel
    https://www.instagram.com/jamfeverofficiel

    Voir aussi : "La Baie animée"

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  • Matthew Rhys sur les pas de Raymond Burr

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    On l’a sans doute un peu oublié, mais Perry Mason fait figure de monument télé depuis une cinquantaine d’années. L’avocat américain créé par l'écrivain Erle Stanley Gardner a fait l’objet de plus de 80 romans policiers avant de devenir célèbre dans le monde entier grâce à une série télé dans les années 60, incarnée par le non-moins légendaire Raymond Burr. Un Raymond Burr qui reviendra presque vingt ans plus tard pour rempiler dans une trentaine de téléfilms, jusqu’à la mort de l’acteur.

    HBO a eu la bonne idée de redonner vie à Perry Mason, tout en choisissant de propulser notre avocat particulièrement obstiné, dans les années 30. Les fans de Raymond Burr s’en étonneront sans doute, mais, réflexion faire, ce choix paraît judicieux pour un personnage qui a été créé en pleine Dépression américaine.

    Pour jouer le rôle de Perry Mason, il fallait un acteur d’envergure qui puisse faire oublier l’acteur qui lui a donné vie pendant cinquante ans. Pour la série sortie cette année, c’est Matthew Rhys qui se colle à l’exercice, et l’on est bien obligé d’admettre qu’il incarne avec justesse et talent le rôle de cet avocat, qui n'est plus la figure aristocratique incarnée par Raymond Burr mais un homme blessé par son passé et un écorché vif.

    Monument télé

    Celui qui n’est au début de la série qu’un détective privée attaché au service du cabinet d’avocat d’EB Jonathan peine à se remettre de son expérience sur le front français pendant la Grande Guerre.

    Dans le Los Angeles des années 30 pourri par la crise et la misère, un enfant est tué après avoir été enlevé à ses parents, deux fervents croyants d’une secte chrétienne, menée par une gourou illuminée, sœur Alice McKeegan (Tatiana Maslany). Cette histoire de meurtre sordide devient bientôt une affaire dans laquelle se mêlent politique, religion, business, règlements de compte mais aussi les rumeurs les plus folles puisque le père puis la mère du petit Charlie sont tour à tour accusés de la mort e leur propre enfant. Perry Mason suit l’affaire qui va bientôt avoir des conséquences inattendues.

    Dans cette série estampillée HBO, la qualité est au rendez-vous pour ce qui s’apparente à une superproduction avec costumes d’époque et reconstitution fidèle du Los Angeles des années 30. Matthew Rhys, qui avait été révélé dans cet autre chef d’œuvre qu’est The Americans, parvient à faire oublier Raymond Burr en donnant à son Perry Mason l’épaisseur d’un antihéros pugnace, perspicace mais aussi fragile. À noter aussi la présence de Della Street, interprétée par la formidable Juliet Rylance.

    J’oubliais : on apprend cette semaine qu’une deuxième saison de Perry Mason est déjà programmée. Chic.

    Perry Mason, série dramatique américaine de Rolin Jones et Ron Fitzgerald,
    avec Matthew Rhys, Tatiana Maslany, John Lithgow,
    Chris Chalk, Shea Whigham et Juliet Rylance,
    HBO, saison 1, 8 épisodes, 2020, sur OCS et Canal+

    https://www.hbo.com/perry-mason
    https://www.canalplus.com
    https://www.ocs.fr

    Voir aussi : "Le paradis d'Hollywood"

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  • Jouer à Château perché

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    Le Château Perché est cette opération surprenante et ambitieuse, jouant à fond la carte de l’originalité et de l’engagement. Il reste quelques jours seulement avant la fin de la compagne de crowdfunding pour son nouveau projet de Château Perché, le H²P, appelé autrement Le Havre dê Perche.

    Ce festival français de grande envergure entend se réapproprier le territoire national en naviguant de château en château. Elle œuvre désormais à acquérir son propre lieu, ce qui implique une levée de fonds.

    Le nouveau QG du Château Perché sera ce Havre dê Perche, une terre d'accueil pour des artistes et des militants "perchés." Les organisateurs et organisatrices ont à cœur d’insister sur la dimension artistique autant qu’activiste et sociale.

    Dimension artistique autant qu’activiste et sociale

    Le divertissement a aussi sa place, comme le prouve l’édition 2019 : 4 jours et 3 nuits de manifestation, 10 000 festivalier·ère·s, 12 scènes musicales aux styles variés (électro, classique, contemporain, jazz, jungle, breakbeat, hip hop ou zouk), un espace d’ateliers et d’expression, plus de 450 artistes musicien·ne·s, plasticien·ne·s, danseur·euse·s contemporain·ne·s, performeur·euse·s, comédien·ne·s ou sculpteur·trice·s.

    Voilà ce qu'annoncent les responsables : "Nous sommes en voie d’acheter un château, qui sera notre/votre Havre dê Perche. Un lieu où prendre le temps de créer, de construire, de penser, d’expérimenter, de s’exprimer et de vivre. Un lieu où réfléchir la fête pour qu’elle soit la plus curieuse, libérée, ouverte, tolérante, consciente, engagée, inclusive et égalitaire."

    Pour en savoir plus sur cette campagne de financement, rendez-vous sur leur site.

    Château Perché, campagne de crowfunding
    https://chateauperche.com

    Voir aussi : "Arthur, Merlin et compagnie sur Ulule"

    Photo : Kevin Srt - Château Perché - 2018

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  • De larges et étranges horizons

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    Si le jazz du XXIe siècle pouvait être attribué à un album, sans doute pourrait-il choisir le futuriste Wallsdown d’Enzo Carniel. Pour preuve, l’illustration en couverture de l’album imaginée par Laure Nicolaï : un paysage sorti tout droit d’un roman de Franck Herbert.

    Dans le groupe House of Echo, figure en premier lieu Enzo Carniel. Il est au piano, aux synthétiseurs et à l'électronique. L’accompagnent Marc Antoine Perrio à la guitare et à l'électronique (il est également à la composition pour le titre Winds). Il y a aussi Simon Tailleu à la contrebasse et Ariel Tessier à la batterie et aux percussions.

    Wallsdown est un album organique et à bien des égards novateur dans sa manière de faire du jazz une musique du futur, tout en puisant largement dans des influences tous azimuts, à l’exemple du titre Dreamhouse, avec ses rythmiques tribales ou Ruines circulaires, se nourrissant de pop-rock.

    Avec l’électo-jazz – le mot est lâché – de Rituel Horizon, nous sommes dans une musique des sphères, et presque new age ("Break the wall / open your mind"), dans lequel le piano étincelant d’Enzo Carniel se mêle à des sons électroniques et planants (Wallsdown, Winds ).

    Une réincarnation du jazz cool au XXVe siècle, dans l’univers de Buck Rodgers

    Mais l’univers SF du musicien sait se faire aussi sombre que Blade Runner (Tones of Stones), une gravité traversée dans d’autres morceau d’espaces sonores lumineux, à l’exemple de Traya ou de Lune, un titre aux accents debussyens, comme si le compositeur de Pelléas et Mélisande venait s’asseoir quelques minutes devant un clavier de synthétiseur.

    L’auditeur se laissera porter par Unwall, aux arabesques de couleurs, de sons, de rythmes et de flux et reflux, comme une réincarnation du jazz cool au XXVe siècle, dans l’univers de Buck Rodgers.

    Pour marquer la sortie de l'album Wallsdown, Enzo Carniel a décidé de confier la vidéo à l’artiste plasticien Louis-Cyprien Rials. Celui-ci nous emmène dans l’intérieur des appartements abandonnés du complexe Al-Sawaber bâti en 1981 par l’architecte Arthur Erickson, et qui fut l’un des endroits les plus multiculturels du Koweït, mélangeant des habitants de toutes les confessions et origines lorsque le bâtiment fut abandonné après la guerre du Golfe en 1990.

    C’est dire l’ambition universelle de Wallsdowsn, poussant les murs de tout côté et élargissant les horizons bien au-delà du jazz :  "J’ai imaginé une relation entre les différents plans sonores de cette musique, allant de la Terre à l’Esprit (de la pierre à l’électronique) : comme une connexion intemporelle où la matérialité et la spiritualité se fondent l’une dans l’autre..."

    Enzo Carniel & House of Echo, Wallsdown, Jazz&People, 2020
    https://www.enzocarniel.com
    https://www.facebook.com/jazzenzo

    Voir aussi : "Jazz Méditerranée"

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  • Dans une cuisine, y'a un frigo

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    Place cette semaine avec Cuisine et Dépendances, tiré et adapté de la pièce de théâtre du même titre d'Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri. Une cuisine, nous dit-on ; et aussi un frigo, aurait pu nous préciser notre chroniqueur de L’‎Œil du frigo qui n'avait que l'embarras du choix pour sa série inimitable.

    On ne présente plus Cuisine et Dépendances, un film à voir ou à revoir sans fin, tellement tout y est à sa place. Mais je ne l'avais jamais regardé avec le point de vue d'un frigo, et franchement ça change la donne. Le réalisateur d'ailleurs ne s'en cache pas : dans une cuisine il y a un frigo, et il va s'en servir. J'aurais pu vous en montrer à la pelle... j'aurais eu l'air intelligent, moins vide que le frigo du voisin. Car des séquences de frigo qui s'ouvrent et qui se ferment dans ce film, il y en pléthore.

    j'ai donc choisi la première séquence car elle est nouvelle, inédite. Nous avons un champ contre champ entre frigo. Du jamais vu. Un dialogue de porte ouverte et de loupiote entre deux machines à froid. Du grand, grand art !

    Le regard de Bacri se ballade au dessus des toits et tombe sur un voisin plongé dans sa solitude. Elle est tellement prégnante qu'il ouvre machinalement le frigo, dont on imagine qu'il est à moitié vide, et prend quelque chose sans grande conviction. Ceux qui se sont déjà retrouvés seuls à tourner en rond, atteints d'insomnie ou pas, savent de quoi je parle. Il arrive toujours un moment où l'on ouvre le frigo. On sait pourtant qu'il n'y a personne et qu'il n'y a pas grand chose pour vous réconforter, mais on l'ouvre, comme on ouvre son âme dans le vide. Et puis, rien. Alors, on prend un fromage moisi ou un yaourt périmé, et on le mange sans trop de conviction. Dans les moments les plus graves, on y retourne même... C'est dire si l'attraction frigoristique est grande !

    Et à coté de Bacri, il y a la vie, le stress, la vie sociale... Sam Karman se ramène dans la cuisine à fond, pose et ouvre le frigo dont on voit la joie de vivre. C'est rapide, furtif, mais il y a assez dans le frigo pour nourrir tout le bâtiment. La bouteille de champagne s'extrait rapidement, et hop, la soirée va commencer.

    C'est un champ contre champ subtil, vous avez une vie qui frôle le désert et une autre haute en couleur. Les deux frigos fournissent pourtant le même froid, mais c'est comme toujours : cela dépend de ce que l'on en fait. Alors, je vous le dis : ne vous laissez pas abattre quand rien ne va, que le monde s'écroule et que la vie se vide : remplissez votre frigo. Achetez des bons produits avec de la couleur, des odeurs et ouvrez votre frigo aussi souvent que vous voulez. Le moral repointera assez rapidement son nez. Pour les autres, qui ont une vie sociale bien achalandée, laissez tranquille votre frigo : Il vous le rendra dans les moments les plus sombres.

    ODF

    Cuisine et Dépendances, comédie française de Philippe Muyl
    avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Zabou,
    Sam Karmann et Jean-Pierre Darroussin,
    1992, 96 mn

    Voir aussi : "L’‎Œil du Frigo débarque sur Bla Bla Blog"
    "Cuisine et Dépendances Frigo"
     

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  • "Rock'n'love" : inédit 2

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    Je vous propose de découvrir un nouveau texte inédit de Rock'n'love. Cette fois il est question d'une dispute qui aura des conséquences non négligeables par la suite.

    Je sentais toutefois que ce n’était la fin que du premier acte.

    Le deuxième survint des années plus tard lorsque Max me mit devant un fait accompli : il avait accepté des responsabilités au sein de Radius, l’entreprise qui l’employait. Son N+1, Guillaume Soros, l’avait à la bonne. Contre une augmentation minime, une prime annuelle de quelques centaines d’euros et un poste de sous-directeur que ses responsables lui promettaient dans un proche avenir, Max allait avoir en charge des responsabilités auprès de la direction. Je n’avais pas été que stupéfaite de l’apprendre le jour où il avait pris ses fonctions. J’étais effarée d’apprendre les fonctions qu’il occupait, pour une rémunération à peine supérieure au poste qu’il occupait précédemment. Je pouvais encore comprendre qu’un junior tombe dans le panneau, mais pas à un homme avec l’expérience de Max. Il se faisait rouler dans la farine en beauté. Son patron, le fondateur de Radius, était trop heureux de se décharger de tâches à quelques années de la retraite, et à moindre frais.

    Notre discussion au sujet de ses nouvelles fonctions de Consultant Expert Senior dégénéra un soir de décembre en dispute homérique. À l’époque, nous approchions des fêtes. Le sapin était décoré et la télévision diffusait La Traviata sur Arte. Max m’avait annoncé avec de la désinvolture qu’il avait accepté des responsabilités dans son entreprise, par amitié pour son supérieur qui lui avait fait gravir les échelons. J’eus le malheur de douter du bien fondé de sa décision. Il prit mal mes critiques et se défendit par l’attaque. Il me reprochait de mettre en doute ses choix professionnels et ses ambitions alors que pendant des années il avait tout mis entre parenthèses pour moi.

    — OK, si tu veux prendre ce risque, vas-y.

    Ce n’était pas un blanc-seing, mais une manière de me laver les mains : vas-y, mon chéri, prends tes responsabilités, mais ne viens pas pleurer si ça tourne au vinaigre. Ce genre de truc. C’est là où je me dis que des millénaires de patriarcat prenaient leur revanche sur notre couple que je trouvais moderne, justement parce que pour une fois c’était moi, la femme et épouse, qui mettait en avant sa carrière. Max argumentait en utilisant des termes qui fleuraient bon la frustration et les non-dits : « sacrifice », « non-choix », « suivisme », « humiliation »…

    — OK.

    Je le toisais avec calme, attendant qu’il vide son sac. Il n’en finissait pas. Il parlait de Nina, avec qui les relations allaient de mal en pis. Il mettait sur le tapis Janus que j’impressionnais (première nouvelle !). Il évoquait sa mère qu’il ne voyait pas suffisamment. Il citait une soirée au cours de laquelle je l’avais contredit avec une assurance qui frisait la correctionnelle.

    — OK.

    Je n’avais pas envie de discuter. Pendant des années, notre couple avait fonctionné correctement.
    Je tentais de clore la conversation par des « OK »conciliants mais il tournait en boucle ses reproches, les reprenant, les étirant, les déclinant, apportant ça et là un détail supplémentaire ou un dialogue. Les larmes me venaient aux yeux, comme si je m’apercevais que je venais de perdre une guerre et que l’ennemi me présentait mon offre de capitulation qu’il ne me restait plus qu’à signer.

    — OK.

    Je me retenais. Moi, l’avocate, j’étais l’accusée dans ma propre maison. Je ne voulais qu’une chose : fuir. Je regardais autour de moi : notre intérieur était si parfait, si ordonné, si bien agencé. Je n’en voulais plus. La soirée avec Jonathan avait eu lieu quelques jours plus tard, et ce n’était pas un hasard..

    Arsène K., Rock’n’love, éd. Harlequin, coll. HQN, 2020, 237 p.
    au format numérique
    https://www.harlequin.fr/livre/13167/hqn/rock-n-love

    Voir aussi : "Mon cœur battra toujours au même rythme que le tien"
    "Rock’n’love : extrait 2"

    Photo : Anastasia Shuraeva - Pexels

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  • Lillie country

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    Mieux vaut tard que jamais : Lilie Mae toque discrètement à nos oreilles grâce à son premier album sorti il y a un an pile (Other Girls for That).

    Mais qu’est-ce qui fait la singularité de cette artiste quasi inconnue en France ? Sans doute qu’elle s’approprie la country, un genre injustement boudé et moqué par le public français, à l’oreille musicale pourtant infaillible – non, je déconne…

    Bref, Lillie Mae, découverte par Jack White en personne, s’impose par son choix de trousser des titres mêlant country et pop folk avec une rare sensibilité (Wash Me Clean, You’ve Got Other Girls for That).

    À l’instar de Ben Harper, ses pairs ne s’y sont pas trompés qui ont fait de Lillie Mae une de ces nouvelles voix américaines à suivre.

    Au public français de se débarrasser de ses préjugés pour craquer sur cette chanteuse pop-rock country, à la voix et au physique fragile et irrésistible.

    Lillie Mae, Other Girls for That, Third Man records, 2019
    https://www.lilliemaemusic.com

    Voir aussi : "O'Brother"

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  • Comics-19

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    "Ressusciter n’est pas une mince affaire", cette phrase qui a donné le titre à la BD de Fiamma Luzzati (éd. Florent Massot), est cité par Violette, l’une des protagonistes de ces Petites et grandes histoires du Covid-19. Cette productrice de télé à la vie trépidante, et se croyant invulnérable, revient sur sa contamination par le Covid-19 et sur son hospitalisation, jusqu’aux portes de la mort. Une vraie résurrection comme elle le dit elle-même après coup, mais une résurrection douloureuse.

    Évidemment, seulement deux mois après la fin du Grand Confinement en France, il était impossible à Fiamma Luzzati de cerner tous les aspects de cette période marquante. Pour autant, l’auteure en saisit l’essentiel, avec ce caractère d’urgence jusque dans le coup de crayon.

    La vie, la maladie et la mort. Tel est le cœur de ces huit chapitres, qui sont autant des tranches de vie autour du Grand Confinement : la guerre contre la maladie ("«Il faudrait dire la vérité » : une étudiante en médecine face au Covid"), la peur, la manière de vivre le confinement, les méfiances réciproques entre les politiques et les citoyens, les séparations, les enfants ("Qui a peur du grand méchant virus ? Les enfants parlent du Covid-19"), les guerres de couples ("Le coronavirus tue le couple : comment s'immuniser"), les traumatismes, le deuil ("Covid-19 : mourir seul, rester seul - Le deuil impossible") le déni, la colère, le combat ou le fatalisme d’un combat perdu d’avance.

    En mandarin, "crise" se traduit aussi par "opportunité"

    On ne peut être que reconnaissant à Fiamma Luzzati d’avoir évité à la fois le pathos et l’angélisme dans ces chroniques qui sont autant de témoignages plus vrais que nature. On s’arrêtera par exemple sur ces planches consacrées à la crise sanitaire en Italie, lorsque la péninsule transalpine faisait figure de banc d’essai de tout ce qui s’est passé en Europe les semaines suivantes ( "Covid-19 en Italie : Une réanimatrice témoigne du cœur de la tourmente"). Un personnage rappelle aussi au passage qu’en mandarin, "crise" se traduit aussi par "opportunité." Toujours en Italie, c’est cette fois de déconfinement dont il est question dans le tout dernier chapitre ("Syndrome de Stockholm : Le bonheur de rester confiné à Rome"). Fiamma Luzzati met en scène une conversation entre trois Italiennes se plaignant qu’une de leur amie a choisi de rester chez elle. La situation leur permet de réfléchir sur les conséquences du confinement et surtout du déconfinement : "On assiste à un autre phénomène inédit avec le déconfinement : beaucoup de gens refusent de revenir à la vie d’avant… On finit par aimer sa geôle et ses geôliers."

    Un autre chapitre attirera sans doute l’attention : celui consacré à un sujet à ma connaissance jamais abordé : celui de l’autisme durant la crise sanitaire ("Si je craque tout le monde craque : l’autisme et le Covid"). Il est question d’Alima, une lycéenne qui se promène avec sa sœur autiste alors que ses parents sont tombés malades. Une poignante tranche de vie autour d’une jeune femme courageuse, se battant pour ne pas craquer.

    La littérature post-covid a sûrement de beaux gestes à vivre. Avant que nous soyons submergés par la littérature post-covid-19, la BD de Fiamma Luzzati se démarque comme une œuvre à la fois fraîche, sincère et frappant en plein cœur.

    Fiamma Luzzati, Ressusciter n’est pas une mince affaire,
    Petites et grandes histoires du Covid-19
    éd. Florent Massot, 2020

    https://www.lemonde.fr/blog/lavventura

    Voir aussi : "Aung San Suu Kyi et les bouddhistes extrémistes"
    Hors-série "Grand Confinement"

    © Fiamma Luzzati

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