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••• de cinéma ? De films ?

  • Valérian et Laureline, agents très spatiaux

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    Un peu plus d’un mois après sa sortie à grands frais, pourquoi ne pas revenir sur Valérian et la Cité des Mille Planètes ? Le dernier opus de Luc Besson, rêve d’enfant du réalisateur du Cinquième Élément autant que défi artistique et pari commercial, propose une adaptation du couple de SF le plus connu et le plus glamour de la bande dessinée.

    En collaboration avec ses deux créateurs, le dessinateur Jean-Claude Mézières et le scénariste Pierre Christin, Luc Besson propose de rendre justice à Valérian et à Laureline, dont les aventures ont été largement pompées par les créateurs de Star Wars. Le résultat : la plus grande superproduction française (197 millions d’euros), si grande que l’avenir de la société de production EuropaCorp dépend de la réussite ou de l’échec du film.

    Valérian et la Cité des Mille Planètes adapte l’histoire de L'Ambassadeur des Ombres (1975) et non pas la BD de 1971, L'Empire des Mille Planètes, dont le film de Luc Besson reprend une partie du titre.

    Nous sommes en 2740. Les agents gouvernementaux Valérian et Laureline sont chargés de récupérer un réplicateur – en réalité une charmante bestiole dotée d’un pouvoir de reproduction d’objets physiques, dont une étrange perle. Après le succès par nos agents de cette mission, le précieux réplicateur est amené sur Alpha, une base spatiale héritée de l’ISS et peuplée de 17 millions d’êtres vivants humains et surtout d'extra-terrestres. Mais des créatures jusque-là inconnues, venues de la mystérieuse planète Mül, viennent dérober le réplicateur et enlever, par la même occasion le Commandeur Filitt. Les agents Valérian et Laureline se lancent dans une course à la recherche de ces êtres fascinants et comme venus de nulle part.

    De mauvaises langues ont fait la fine bouche devant ce grand et beau divertissement populaire. Luc Besson sait faire ce qu’il sait le mieux faire : raconter une histoire, faire vivre ses personnages sans temps mort et aussi montrer que le cinéma français peut rivaliser avec les blockbusters américains. À n’en pas douter, voilà qui a fait grincer pas mal de dents outre-atlantique.

    Dane DeHaan et Cara Delevingne, dans les rôles respectifs de Valérian et Laureline, jouent le rôle d’agents spécieux et spatiaux en pleine forme. Ils cavalcadent, se battent, croisent des créatures extra-terrestres et extraordinaires et ne manquent pas de se chercher dans un jeu digne de "je t’aime moi non plus", avec une fin entendue dès le début. Une mention spéciale est décernée à Cara Delevingne – certes pas suffisamment rousse pour le rôle – pour son interprétation d’une Laureline courageuse, bravache et qui ne s’en laisse pas conter.

    À l’heure de l’écriture de cette chronique, après le flop de Valérian aux États-Unis et le succès au box-office français (4 millions d’entrées), les producteurs ont les yeux rivés sur la fréquentation en Chine, pour l’heure rassurante mais sans garantie d’une suite, pourtant déjà écrite par Luc Besson. Ce qui serait d'ailleurs fort dommage.

    Valérian et la Cité des Mille Planètes, de Luc Besson, avec Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Rihanna et Ethan Hawke, EuropaCorp, France, 2017, 138 mn, toujours en salle
    "Star Wars pris la main dans le pot de confiture"
    "Laureline et Valérian, bons pour le service"

  • Danse avec les démons

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    Le manga Dance with Devils, produit par le studio Brain’s Base (OAV Assassination Classroom, Kurenai, Rinne ou Blood Lad), sort le 15 mars en DVD.

    Ritsuka suit une scolarité tranquille jusqu’au jour où elle est convoquée par le Président du conseil du lycée, Rem Kaginuki, qui l’accuse de pratiques satanistes au sein de l’établissement. Bouleversée, elle rentre chez elle mais sa maison a été cambriolée et sa mère a disparu. Contre toute attente, Rem vient à son secours et ensemble, ils partent sur les traces de sa mère. Les ravisseurs semblent être à la recherche du grimoire défendu, un livre de magie noire renfermant des secrets sur les vampires et les démons. Quel secret Rem semble-t-il dissimuler ? Et pourquoi la famille de Ritsuka semble-t-elle liée au grimoire défendu ? Après avoir découvert la vérité, quelle voie choisira-t-elle : démon ou humain ?

    À la croisée des genres, entre occultisme, fantastique, romance et gothique, Dance with Devils sort des clichés habituels en proposant une histoire articulée autour d’un harem inversé.

    Une adaptation en long-métrage est prévue pour sortir dans les cinémas japonais en fin d’année.

    Dance with Devils, 289 minutes, Kazé Anime à partir de 14 ans, en DVD le 15 mars

  • La la la ♫♪♫

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    C’est le succès cinéma et musical du moment : le film La La Land déverse des étoiles plein les mirettes à des millions de spectateurs et d’auditeurs. Du jamais vu depuis des années : la comédie musicale, un genre complet, difficile et ingrat que l’on disait passer de mode, revit sur grand écran grâce au réalisateur américano-canadien Damien Chazelle et ses interprètes Emma Stone et Ryan Goslin. Les comédiens forment le couple le plus glamour que l'on ait vu depuis longtemps. Il faut dire qu'ils se connaissent bien : avant La La Land, ils avaient déjà joué ensemble dans Crazy, Stupid, Love (2011) puis dans dans Gangster Squad deux années plus tard.

    La comédie musicale était réapparue épisodiquement ces dernières années, soit en reprenant des concepts qui avaient fait leur preuve (Chicago), soit en revisitant le genre, avec plus ou moins de réussite (Moulin Rouge). La La Land suit une autre voie : celui de la création originale comme de l’hommage aux grands classiques des années 30 à 50. Il y a cinq ans, c’était ainsi que Michel Hazanavicius avait écrit son chef d’œuvre The Artist, avec Ludovic Bource pour la musique.

    Pour La La Land, le compositeur Justin Hurwitz a bâti une bande originale sur mesure. Les auditeurs retrouveront l’ambiance du film, avec des morceaux déjà anthologiques, composés avec soin et interprétés avec amour par des acteurs et chanteurs inspirés.

    L’album s’ouvre par le majestueux Another Day of Sun, au souffle coloré inoubliable. Dans la grande tradition des comédies de Fred Astaire et de Gene Kelly, les chœurs deviennent des personnages et des interprètes à part entière, à l'image aussi de Someone in the Crowd. Malin et magicien, Justin Hurwitz n’imite pas, pas plus qu’il n’est dans l’hommage transit du répertoire chrooner des années 50 (A Lovely Night). Le musicien va naturellement piocher du côté du jazz (Mia & Sebastian’s Theme, Summer Montage / Madeline), du free jazz (Herman’s Habit), mais aussi du classique (Planetarium) et de la pop. Ainsi, ne peut-on pas voir dans City Of Stars un peu de Coldplay et leur tube A Sky Full Of Stars. John Legend, dans un second rôle notable, propose un titre pop-rock avec Start a Fire, une parenthèse plus contemporaine mais moins convaincante.

    La La Land est une pure merveille musicale et assurément déjà un classique, aux mélodies entêtantes (Engagement Party) et qui vous redonnent le smile : "Ba da da… I think about that day / I let him at a Greyhound Station / West of Santa Fé / We were seventeen, but he was sweet and it was true / Still I did what I had to do / Cause I just knew..." ♫♪♫ La la la...

    Justin Hurwitz, La La Land, Interscope Records, 2017

  • Le Festival Télérama a le plaisir de vous annoncer la naissance de son petit dernier

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    20 ans, c’est l’âge pour le Festival Télérama de donner naissance à sa déclinaison cinéma pour jeune public : le Festival Cinéma Télérama Enfants. Il se déroulera du 15 au 28 février, en pleine période de vacances scolaires.
    Le principe est similaire à la version adulte : dans toute la France, 115 cinémas d’art proposeront une sélection des 14 meilleurs films pour enfants de l’année 2016, de Miss Peregrine et les Enfants particuliers à Ma Vie de Courgette, en passant par La Tortue rouge ou Le Garçon et la Bête.

    L’objectif affiché de ce nouvel événement, à destination de nos chères têtes blondes, est d’initier les enfants dès le plus jeune âge au cinéma – et au "bon" cinéma : "Le cinéma, d’animation ou pas, est vraiment une belle manière d’éduquer les jeunes et de leur apprendre à regarder le monde", dit à ce sujet le comédien et réalisateur Jérôme Elkaïm.  

    Au menu de cette manifestation : des découvertes, des voyages, des sensations, des frissons, du rire et des films, longs ou courts, pour tous les goûts.

    Le  Festival Cinéma Télérama Enfants permettra également de voir plusieurs créations en avant-première : La Jeune Fille et son Aigle d’Otto Bell (Grande-Bretagne, Mongolie, États-Unis, dès 12 ans, 85 mn), Anastasia de Don Bluth et Gary Goldman (États-Unis, dès 7 ans, 95 mn), Panique tous courts de Stéphane Aubier et Vincent Patar (Belgique, dès 6 ans, 45 mn) et Le Vent dans les Roseaux de Nicolas Liguori et Arnaud Demuynck (France, Belgique, Suisse, cinq courts-métrages, dès 6 ans, 65 mn). 

    Idéal pour occuper intelligemment pendant les vacances nos chers petits monstres.

    Festival Cinéma Télérama Enfants
    Du 15 au 18 février 2017, dans 115 cinémas d’art et d’essai dans toute la France
    http://www.telerama.fr/festivalenfants/2017

  • Grey et sa secrétaire

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    Une jeune Américaine mal dans sa peau tombe sous le charme vénéneux et érotique de Grey, son patron. Vous aurez bien sûr deviné le pitch du film... La Secrétaire.

    Alors que sort cette semaine le second volet de Cinquante Nuances de Grey, l'adaptation du best-seller de new romance de EL James , il n'est pas inutile de reparler de l'autre long-métrage notable sur le SM, sorti il y a une quinze d'années et qui prenait à bras le corps ce sujet sulfureux.

    À sa sortie en 2002, La Secrétaire de Steven Shainberg, avec Maggie Gyllenhaal et James Spader dans les rôles principaux, a été accueilli par des critiques flatteuses et une fréquentation honorable pour une œuvre qui faisait de la soumission sexuelle son thème de prédilection. Un effet collatéral de l'affaire Clinton-Lewinsky qui venait à peine de s'achever et qui faisait à l'époque les gorges chaudes des médias ? On peut s'interroger.

    Quinze ans plus tard, l'analogie entre La Secrétaire et Cinquante Nuances de Grey est troublante. Notons d'abord que ces deux films sont des adaptations d'œuvres romanesques écrites par deux femmes : Mary Gaitskill pour Secretary et EL James pour Fifty Shades of Pale, en trois volumes. C'est d'ailleurs l'adaptation du second tome, Cinquante Nuances plus sombres, qui sort cette semaine en salles.

    Deuxième point commun, le patronyme du personnage principal, Grey, n'est pas un effet du hasard. EL James n'a jamais nié l'influence de Mary Gaitskill pour l'écriture de son best-seller. Toutefois, là s'arrête la similitude, car même si les deux Grey jouent sur leur position hiérarchique pour soumettre leur maîtresse, le spectateur est en droit de regretter chez Christian Grey (joué par James Dorman dans Cinquante Nuances plus sombres) une certaine fadeur et un manque de charisme. Le caractère de ce sémillant businessman reste "flat" (si le bloggeur peut se permettre ce gimmick entrepreneurial), bien plus édulcoré en tout cas que "l'autre Grey", E. Edward Grey. Dans La Secrétaire, le personnage joué par l'excellent James Spader est un homme d'affaire névrosé. Sa rédemption doit passer par la soumission qu'il fait subir à sa secrétaire. Voilà d'ailleurs l'autre personnage de cette forme de dialectique du maître et de l'esclave : la merveilleuse Maggie Gyllenhaal est Lee Holloway, une fille mal dégrossie, frustrée et tout juste sortie d'hôpital psychiatrique. Pour elle, comme pour son patron d'amant, le salut viendra de cette forme d'asservissement. "L’expérience de la douleur et du plaisir" renverse la position de dominant-dominée. Lee et Edward font de leurs fantasmes des outils pour se construire en tant qu'homme et femme, mais aussi en tant que couple.

    Dans Cinquante Nuances de Grey, réalisé par Sam Taylor-Wood, le pacte entre le businessman et son assistante devenue maîtresse prend la forme d'un contrat froid et cynique. Il est vrai qu'entre La Secrétaire et l'adaptation des romans d'EL James il s'est passé quinze années, marquées par la crise des subprimes, la mondialisation à marche forcée et le triomphe des élites hyper-libérales. Alors qu'E. Edward Grey évoluait dans un modeste cabinet d'avocat, Christian Grey gère une multinationale prospère. La timide et transparente Anastasia Steele (Dakota Johnson) tombe dans les bras d'un homme d'affaire rendu d'autant plus irrésistible qu'il est fortuné en plus d'être séduisant. Voilà le vrai péché originel d'une trilogie où la soumission sexuelle semble être calquée sur une forme d'asservissement au pouvoir et à la richesse.

    Là où La Secrétaire faisait, non sans humour, du sado-masochisme une forme de libération des personnages, mais aussi une romance amoureuse, cette pratique sexuelle devient, dans Cinquante Nuances de Grey, une allégorie de l'aliénation dans laquelle SM, soumission, pouvoir et argent font trop bon ménage.

    La Secrétaire, de Steven Shainberg, avec James Spader et Maggie Gyllenhall,
    USA, 2002, 104 min,

    Cinquante Nuances plus sombres, de James Foley, avec Jamie Dornan, Dakota Johnson, Bella Heathcote et Kim Basinger,
    2017, USA, 178 mn, en salles à partir du 8 février 2017

  • Résurrection d'un manga

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    C1 BR La Tour au-dela╠Ç des Nuages.jpgLa Tour au-delà des Nuages de Makoto Shinkai sort en ce moment en DVD en France.

    1974. Le Japon est divisé en deux. Si l’île d’Hokkaido est occupée par l’Union, le reste du pays est allié aux États-Unis. Une tour, dont le sommet se perd dans les cieux, est alors construite par l’Union. Deux amis, Hiroki et Takuya, rénovent un avion afin de réaliser leur rêve : atteindre le sommet de la tour au-delà des nuages. Une fille mystérieuse prénommée Sayuri se joint aux deux adolescents qui lui promettent de l’emmener avec eux voir la tour. L’aventure s’arrête brusquement le jour où la jeune fille disparaît sans laisser de traces. La promesse est rompue, Hiroki et Takuya abandonnent leur projet et se séparent pour suivre chacun leur route. Devenus adultes, ils seront à nouveau réunis par le destin, mais leur relation n’est plus la même.

    Récit poétique, fantastique et utopique, réalisé en 2004, La Tour au-delà des Nuages a été récompensée par le Prix Mainichi du meilleur film d'animation cette même année. Il est aujourd’hui enfin disponible en France.

    Makoto Shinkai, La Tour au-delà des Nuages, CoMix Wave Films, Kazé Animé, 2017, 137 minutes

    Copyright : © Makoto Shinkai/CoMix Wave Films

  • On ne joue plus

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    "Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme" disait Winston Churchill.

    Surviving Indie aborde le thème des batailles (parfois vaines) menées pour monter un projet dans le jeu vidéo, une industrie qui beaucoup fantasmer mais qui est aussi très concurrentielle et aujourd’hui archi-bouchée. Gamestar Arts et Devolver Digital Films  traitent du processus de création, avec son corollaire : l’échec.

    Surviving Indie raconte l’histoire de ceux qui ont réussi dans le gaming, comme ceux qui ont échoué ou ceux qui continuent d’essayer, encore et encore.

    Souvent perçu comme romantique, le monde du développement de jeux vidéo indépendants est ici présenté sans faux-semblant, dans toute sa complexité et ses atermoiements. Il est vrai que pour arriver à un jeu que vous retrouverez dans la console de votre salon, sur votre ordinateur, votre tablette ou votre smartphone, l’énergie dépensée s’apparente à une bataille contre des moulins à vent.

    Plusieurs figures du gaming sont présentes dans ce film : Rami Ismail (Ridiculous Fishing, Nuclear Throne), Kellee Santiago (JourneyFlowerFlow), Becca Bair Spurgin (Arcadian Atlas), Ryan Zehm (Multi-award winning VR developer), Jay Tholen (Dropsy, Hypnospace Outlaw), Tyler Coleman (Merchant) et Richard James Cook (Pixel PoetryBattlesloths, Super Combat Fighter)

    Devolver Digital propose la sortie de ce documentaire en exclusivité sur Steam. D’autres plateformes de VOD seront annoncées pour début 2017.

    Surviving Indie, en exclusivité sur Steam
    http://wwww.SurvivingIndie.com

    http://www.twitter.com/SurvivingIndie

  • Rogue One : contrat rempli, mais sans la magie

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    Pourquoi le bloggueur est-il sorti frustré par le dernier Star Wars, Rogue One ? Encore que parler d’opus "Star Wars" pour ce prequel se déroulant peu de temps avant l’épisode IV (Un Nouvel Espoir, de fait le premier tourné en 1977) s’avère un contresens. Certes, le cahier des charges est rempli par Walt Disney pour contenter les fans de la saga : créatures extraterrestres, robots en pagaille, batailles spatiales, lutte contre le bien et le mal et – the last but not the least – le retour de figures bien connues, Dark Vador en tête (voir aussi cet article sur l'acteur Peter Cushing). Pour autant, d’où vient ce sentiment d'inaccomplissement et de frustration ?

    Sans doute pas de l’histoire. Les scénaristes ont ingénieusement développé une intrigue autour du fameux plan volé par la princesse Leia Organa au début de l’épisode IV, ce qui permet de faire la soudure avec le reste du cycle. L’impétueuse héroïne Jyn Erso (Felicity Jones) part à la recherche de son père, Galen Erso (Mads Mikkelsen, toujours aussi bon), ingénieur en chef chargé de construire l’Étoile de la Mort, diabolique arme destructrice de planètes. La jeune femme se trouve enrôlée dans les rangs d’un groupe de rebelles, avec parmi eux Cassian Andor, Baze Malbus, Chirrut Imwe et K-2SO, un robot plus vrai que nature et sans doute l’une des plus belles inventions de ce Star Wars. Tout ce petit monde part à la quête du plan de l'arme monstrueuse.

    Moins manichéen que les autres épisodes (si l’on excepte La Revanche des Siths), Rogue One respecte l’esprit de George Lucas en ce qu’il fait la part belle aux luttes cornéliennes, aux tensions familiales et aux chemins escarpés que doit suivre la Force dans un monde soumis à l’Empire.

    Les spectateurs apprécieront sur grand écran ce qui a toujours fait la magie de cette saga légendaire : les effets spéciaux (et aujourd’hui numériques), les vaisseaux spatiaux tous plus impressionnants que les autres, les combats et, plus spécialement pour ce spin-off, des paysages à couper le souffle. Jyn et ses acolytes vont de planète en planète : des landes vertes et humides de Lah'mu aux paysages désertiques de Jedha, en passant par la la base scientifique sombre et humide d’Eadu et la tropicale et faussement paradisiaque planète Scarif. C’est dans ce dernier monde que se déroulera la grande bataille pour la recherche du fameux plan et dont la furie guerrière n’est pas sans rappeler Apocalypse Now ou Full Metal Jacket. La longue et passionnante séquence autour et dans la tour d’archivage impériale identifierait pour certains Rogue One à un film de guerre. Ce serait cependant aller bien vite en besogne pour un long-métrage Disney à prendre tel qu’il est : un divertissement familial, certes plus sombre que les autres opus.

    Factuellement, Rogue One reste réussi. Mais ce spin-off se démarque trop des autres épisodes : pas d’introduction classique au large bandeau jaune défilant, une musique originale décevante et singeant les majestueux accords de John Williams (les auteurs n’ont heureusement pas été jusqu’à supprimer le traditionnel générique de fin) ou l’absence de combats au sombre laser – les puristes n’apprécieront pas. Plus important sans doute, ce qui faisait le charme des deux premiers cycles - héros mythiques, scènes quasi mythologiques telle la transformation faustienne d'Anakin Skywalker en Dark Vador et références quasi mystiques à cette religion qu'est la Force - est absent de ce prequel malgré toute la bonne volonté des créateurs et des acteurs.

    Il reste que les scénaristes et le réalisateur ont mis en place une ingénieuse séquence finale s’accordant à la perfection avec l’épisode IV de Star Wars. Rien que pour ce dernier coup d’éclat, Rogue One est à voir. Mais ne vous leurrez pas : au contraire du Réveil de la Force, sorti l'an dernier, la magie risque cette fois de ne pas être au rendez-vous.

    Star Wars : Rogue One, film américain de Gareth Edwards,
    avec Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendelsohn,
    Forest Whitaker et Mads Mikkelsen, 2016, 133 mn
    "Le réveil d'une épopée"

  • Lorsque le cinéma se transforme en scène de ballet

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    A l'occasion de la sortie en salles du film Ballerina le mercredi 14 décembre, la chaîne YouTube de danse DOT MOVE s’associe à Gaumont pour une vidéo happening au Gaumont Opéra à Paris. Des danseurs sont venus faire une surprise aux spectateurs du cinéma : lorsque le cinéma se transforme en ballet d'Opéra, ça peut donner ça.

  • Dans l’enfer du Taj Mahal

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    Beaucoup d’entre nous sont passés à côté de Taj Mahal, sorti il y a un an peu après les attentats du 13 novembre, et qui mérite de figurer parmi les fleurons du suspense français. Nous avons droit à une séance de rattrapage en ce moment puisque Canal+ diffuse sur son bouquet de chaînes ce petit bijou.

    Aucune star pour le deuxième film de Nicolas Saada, auteur du remarqué Espion(s), aucun grand moyen et un film tourné ni en France ni aux États-Unis mais en Inde, une intrigue sèche comme un coup de trique et un sujet d’actualité – le terrorisme – traité avec minimalisme.

    Nous sommes en 2008. Louise (Stacy Martin), 18 ans, se trouve déracinée pour deux ans à Bombay avec sa mère et son père parti travailler en Inde. La famille est logée dans le froid et luxueux hôtel Taj Mahal. Un soir que Louise se trouve seule dans la suite familiale, une attaque terroriste a lieu dans l’établissement. La jeune fille n’a pour tout contact avec ses parents qu’un téléphone. Elle va devoir s’en sortir seule.

    Les films sur la survie sont pléthores (voir aussi cet article, "Flukt, alors !") mais on aurait tort de limiter Taj Mahal à l’histoire d’une adolescente terrorisée tentant d’échapper à l’enfer promis.

    Nicolas Saada se fait maître dans l’art d’instiller l’angoisse par petites touches. Dans le huis-clos d’une chambre d’hôtel, la peur surgit grâce à des détails, des bruits, des scènes suggérées, des coups de feu éclatant en échos. Pas d’effets spectaculaires mais tout se joue sur presque rien : le visage de Louise, la recherche d’un chargeur de portable, les progressions dangereuses à l’intérieur de la suite ou les effets d’ombres et de lumières.

    L’hyperréalisme est là, dans l’interprétation sans esbroufe, presque documentaire. Nicolas Saada prend à contre-pied le public habitué au sensationnel dans les films sur le terrorisme. Il y a par exemple cette scène où la mère – d’origine américaine – tente avec pathos de réconforter sa fille en lui chantant au téléphone une berceuse. Louise s’en étonne : "Maman, qu’est-ce que tu fais ? – J’essaye de te calmer. – Ça ne me calme pas du tout !"

    Taj Mahal fait monter la pression avec un réalisme acéré. Réaliste, Nicolas Saada l’est aussi lorsqu’il montre, dans la première partie du film, des rues de Bombay. Déracinée, la famille occidentale découvre un pays à la fois fascinant et inquiétant. Les habitants locaux adressent des regards accusateurs aux trois expatriés. Le spectateur devient témoin du malaise, annonciateur du drame qui va se jouer quelques minutes plus tard.

    Alors que la partie s’est jouée, Nicolas Saada ose une ultime scène, cette fois à Paris. Avec une clairvoyance rarement vue dans un film sur le terrorisme, le réalisateur affronte le problème de l’indicible et des survivants devant affronter leurs démons. Un ultime coup de maître, génial et poignant.

    Taj Mahal, de Nicolas Saada, avec Stacy Martin,
    Gina McKee et Louis-Do de Lencquesaing, France, 2015, 143 mn

     

  • J’ai été à l’opéra au cinéma (voir et écouter Don Giovanni)

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    L’expérience me tentait depuis quelques temps : l’opéra au cinéma. Depuis quelques années, les grandes scènes lyriques du monde diffusent en direct dans les salles de cinéma les opéras qu’elles proposent à leurs abonnés traditionnels. On devine l’intérêt de la démarche : proposer au public qui ne peut pas se déplacer à Bastille, au Bolchoï ou au MET de New York des opéras ou des ballets au prix d’un ticket de cinéma – prévoir cependant un surplus de quelques euros, justifié dans mon exemple par un entracte avec petits fours et champagne.

    Ce week-end, le bloggeur se rendait donc, par procuration, au MET de New York. Le multiplexe de Montargis, l’Alticiné, proposait une diffusion en direct et en HD du Don Giovanni de Mozart, avec Simon Keenlyside dans le rôle titre, accompagné d’Hibla Gerzmava (Donna Anna), Adam Plachetka (Leporello), Malin Byström (Donna Elvira), Kwangchul Youn (Le Commandeur) et Paul Appleby (Don Ottavio), le tout orchestré par Fabio Luisi et mis en scène par Michael Grandage. La soirée était présentée, toujours en direct, par la soprano Joyce DiDonato, en maîtresse de cérémonie pour marquer les 50 ans du MET. Dommage pour les non-anglicistes car cette présentation, tout comme ses interviews à l’entracte, n’étaient pas sous-titrés ou doublés. Il s’agit sans doute du seul bémol de cet opéra filmé en direct.

    La salle confortable était bourrée à craquer de spectateurs mélomanes ou curieux. Il est visible que les retransmissions lyriques ont montré tout leur intérêt et que chaque spectacle lyrique a maintenant ses habitués. Il y a certes, dans les premières minutes, un pincement au cœur de ne pas être parmi le public américain du MET (car rien ne vaut d’entrer dans cette fabuleuse salle du Metropolitan, comme le souligne Joyce DiDonato dans sa présentation). Après la séance d’ouverture, la magie opère par la grâce de la technologie HD qui place le spectateur au centre de la scène pour voir au plus près les visages des chanteurs et ne rien manquer de la mise en scène virevoltante.

    L’un des plus célèbres opéras de Mozart, mais également le plus noir et le plus scandaleux, suit le parcours du libertin Don Giovanni, séducteur sans foi ni loi. Après avoir violenté Donna Anna, il doit rendre des comptes au père de cette dernière, Le Commandeur, qu’il tue lors d’un duel. Il est contraint de s’enfuir en compagnie de son fidèle serviteur et souffre-douleur Leoporello. Dans la suite de son aventure, il croisera une maîtresse éconduite, Donna Elvira, une modeste paysanne, Zerlina, sur le point de se marier avec Masetto, sans oublier Don Ottavio, le prétendant de Donna Anna qui s’est juré de la venger mais aussi et surtout Le Commandeur, revenu d’entre les morts.

    Don Giovanni, personnage et opéra mythique, a été traité de nombreuses reprises, y compris dans des versions les plus modernes (citons la version de Michael Haneke à Bastille, dans laquelle le séducteur prend les traits d’un businessman moderne). Pour le MET, Michael Grandage choisit une mise en scène en costumes et décors d’époque. Simon Keenlyside, particulièrement convaincant, incarne un libertin du XVIIIe siècle naviguant dans un quartier obscur et mal famé. Personnage sombre et cynique, il est catapulté dans un univers qui lui va à merveille jusqu’à sa chute tragique en enfer (impossible de ne pas frissonner dans ce final légendaire!). En serviteur alternant le zèle, la complicité et la mauvaise conscience, Leporello est un magnifique contre-point à son maître. Adam Plachetka joue et chante avec un bonheur manifeste et parvient largement à exister face à Simon Keenlyside. Hibla Gerzmava et Malin Byström dans les rôles respectives d’Anna et Elvira forment un duo féminin solide. Elles sont définitivement convaincantes dans le trio d’Érinyes qu’elles forment avec l’excellent Paul Appleby (Ottavio) à la fin du premier acte. Le bloggeur mettra un point d’honneur à s’enthousiasmer pour le duo Zerlina/Masetto. Serena Malfi (bouleversante dans son aria du premier acte, "Batti, batti, o bel Masetto") et Matthew Rose brillent de tous leurs feux dans ces seconds rôles magnifiques.

    Bilan de cette soirée à l’opéra au cinéma : pari réussi et qui a un goût de "revenez-y". Peut-être pouvons-nous rêver que grâce aux nouvelles technologies le lyrique redevienne enfin ce qu’il a été pendant des siècles : un grand spectacle populaire, pas seulement réservé à quelques vieux mélomanes friqués.

    Wolfgang Amadeus Mozart, Don Giovanni,
    mise en scène de Michael Grandage, direction musicale 
    de Fabio Luisi
    avec Simon Keenlyside (Don Giovanni), Hibla Gerzmava (Donna Anna),
    Adam Plachetka (Leporello), Kwangchul Youn (Le Commandeur),
    Malin Byström (Donna Elvira), Serena Malfi (Zerlina),
    Paul Appleby (Don Ottavio) et Matthew Rose (Masetto)

    http://www.alticine.com
    https://www.metopera.org
    http://www.pathelive.com/don-giovanni

  • Western ou northern ?

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    Pour une fois, je vais vous parler non pas d’un film mais de deux films, sortis en ce début d’année à quelques jours d’intervalles et présentant bien des similitudes.

    The Revenant d’Alejandro González Iñárritu, avec Leonardo DiCaprio et Tom Hardy, et 8 Salopards de Quentin Tarrantino, interprétés notamment par Samuel L. Jackson, Kurt Russell et Jennifer Jason Leigh, revisitent tous deux à leur manière le western. Le western ou plutôt le "northern" car ces deux (très) longs métrages (156 minutes pour le premier et 187 minutes pour le second) se passent dans le grand froid, au cœur de l’Amérique légendaire du XIXe siècle. Ces films signés par des réalisateurs emblématiques du cinéma indépendant américain (même si Iñárritu est mexicain) offrent deux visions originales, quoique diamétralement opposées, d’un genre qui a connu un nombre important de mues au cours du XXe siècle.

    Pendant de longues décennies, le westen rimait avec conquête de l’ouest, grandes chevauchées fordiennes, figures héroïques du cow-boy "à la John Wayne" ou du trappeur blanc contre l’Indien (forcément) sauvage. Devenu plus sombre à partir des années 60, le western a changé de perspectives en ne cachant plus les horreurs du XIXe siècle : que ce soit la violence, omniprésente dans les films de Sergio Leone ou de Clint Eastwood ou encore le génocide indien dans Little Big Man et Danse avec les Loups. Iñárritu et Tarantino ont choisi à leur tour de s’approprier ce genre cinématographique archirebattu.

    Dans The Revenant et 8 Salopards, le spectateur se trouve en terrain a priori connu : pionniers contre indiens dans le premier film, chasseurs de primes et hors-la-loi dans le second. La nature sauvage, la neige et le blizzard sont des prétextes pour nouer une intrigue où les hommes peuvent se révéler soit des héros hors du commun soit de parfaites abominations.

    The Revenant a été scénarisé à partir d’un fait authentique survenu en 1823. Traqués par des Indiens, des trappeurs, conduits par Hugh Glass (Leonardo DiCaprio) et son films métis Hawk, prennent la fuite au milieu d’une nature sauvage. Blessé par un ours au cours d’un combat, Glass est laissé pour mort et enterré, non loin de son fils qui a été tué pour permettre la fuite des autres trappeurs. Porté par une volonté animale, Glass parvient à se relever. Il prend la route, seul au milieu d’une nature hostile, pour retrouver ses congénères et se venger. Porté par un Leonardio Dicaprio inspiré et la plupart du temps muet, Iñárritu conte l’histoire d’un calvaire et d’une leçon de survie d’autant plus frappante qu’elle s’inspire d’une histoire réelle.

    maxresdefault (1).jpgPour 8 Salopards, Tarantino a écrit de toute pièce une histoire de crapules, de haine et de morts dans une Amérique sombre et glaciale. Une diligence transporte quatre hommes et une femme, la hors-la-loi Daisy Domergue, en plein  blizzard. Un chasseur de prime, John Ruth (Kurt Russell), doit la conduire à Red Rock pour y être pendue. Deux autres compagnons d’infortune les accompagnent : outre le conducteur de diligence O.B. (James Parks), il y a un second chasseur de primes, Marquis Warren (Samuel L. Jackson), et le futur shérif de Red Rock, Chris Mannix (Walton Goggins). Pris par la neige, la diligence doit s’arrêter dans une auberge où sont déjà présents quatre autres voyageur : Oswaldo Mobray, le bourreau de Red Rock (Tim Roth), un cow-boy, Joe Gage (Michael Madsen), le Mexicain Bob (Demián Bichir) et le général confédéré Sanford Smithers (Bruce Dern). Bientôt, il s’avère qu’au moins un de ces voyageurs est de mèche avec Daisy Domergue pour la libérer et ne laisser aucun témoin.

    Là où Iñárritu mettait en valeur la nature sauvage, silencieuse, spectaculaire, impitoyable ou salvatrice (voir la magnifique scène du cheval mort !), Tarantino bâtit un huis-clos suffoquant, ultra-violent et aux dialogues incisifs. La libération d’une prisonnière - habitée par une démentielle Jennifer Jason Leigh - est le prétexte pour un règlement de comptes, d’abord à coup de mots (comme pour tous les Tarantino, celui-ci est particulièrement bavard) puis à coup de revolvers, fusils, armes blanches ou corde. Comme dans The Revenant, il est aussi question de vengeances et de règlements de compte, mais là où Iñárritu construit un drame épique, psychologique et tragique (la mort d’un enfant est le point de départ d’une épopée tragique de plus de 300 kilomètres), Tarantino fait des 8 Salopards un ballet sanglant et cruel sur fond des séquelles de la guerre de Sécession. Aucun des personnages n’est ménagé dans ce western en dépit de quelques séquences d’humour noir. Le visage de l’Amérique des pionniers en sort égratigné, dans un joyeux bain de sang et sur une bande originale soignée comme toujours chez le réalisateur de Pulp Fiction.

    The Revenant et 8 Salopards signent peut-être le retour d’un genre, le western, que l’on avait, à l'instar du personnage joué par Leonardi DiCaprio, trop vite enterré.

    The Revenant d'Alejandro González Iñárritu, avec Leonardo DiCaprio et Tom Hardy,
    Etats-Unis, 156 mn, 2015, en DVD et Blu-ray

    8 Salopards de Quentin Tarrantino, avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell,
    Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Demián Bichir, Tim Roth,
    Michael Madsen, Bruce Dern, Channing Tatum et Zoë Bell,
    Etats-Unis, 187 mn, 2015, en DVD et Blu-ray

  • Alice contre le temps

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    Six ans avant Alice de l'autre Côté du Miroir, il avait été reproché à Tim Burton sa liberté avec l’œuvre de Lewis Caroll lorsque le cinéaste américain avait réalisé – mais aussi réécrit – Alice au Pays des Merveilles (2010) : actrice trop âgée pour le rôle, place trop importante laissée au Chapelier ou scénario puisant indifféremment dans Alice au Pays des Merveilles et… De l’autre Côté du Miroir.

    Or, ces critiques valent pour la suite de l’Alice de Burton, à ceci près que les auteurs (James Bobin à la réalisation et Linda Woolverton au scénario) n’ont pas cherché à piocher ici ou là les scènes adaptables chez Lewis Caroll mais ont imaginé une histoire originale pouvant se fondre dans l’univers de l’écrivain anglais.

    Dans Alice de l’autre Côté du Miroir, Les spectateurs retrouveront ainsi quelques personnages familiers, devenus légendaires : le chat de Cheschire, le lapin blanc, la reine rouge, Bonnet blanc et Blanc Bonnet et bien entendu Alice.

    Mia Wasikowska incarne de nouveau l’héroïne, devenue après la mort de son père la capitaine d’un vaisseau nommé fort opportunément Wonderland. La première scène du film – qui pourrait se lire comme un clin d’œil à la Chasse au Snark, une autre œuvre phare de Lewis Caroll – montre Alice en impétueuse navigatrice se sortant d’un mauvais pas en pleine mer. A son retour sur la terre ferme, elle doit affronter une épreuve bien plus redoutable : elle apprend que sa mère ruinée a vendu les parts financières de son mari et que le Wonderland devra être cédé. C’est une Alice désemparée qui est guidée vers un miroir merveilleux. En passant de l’autre côté du miroir, elle retrouve de vieilles connaissances, dont le Chapelier. Cloîtré chez lui, ce dernier est persuadé que toute sa famille, que l’on croyait disparue à jamais, est vivante. Est-ce possible ? Alice part à sa recherche et va devoir se battre contre le Temps pour dénouer le vrai du faux.

    Dans cet Alice, que Tim Burton a produit mais pas réalisé, le spectateur retrouve un pays merveilleux et familier. L’onirique et le fantastique sont omniprésents. À côté des personnages traditionnels joués par des actrices et acteurs qui respectent à la lettre le contrat (impeccable Helena Bonham Carter et Johnny Depp dans son rôle le plus emblématique), le bloggeur citera quelques jolies inventions : la mère d’Alice, le père du Chapelier mais surtout l’inoubliable Temps joué par Sacha Baron Cohen, prouvant l’immense talent de cet acteur rendu célèbre par Borat.

    Les admirateurs de Lewis Caroll pourront regretter que des aspects de son œuvre aient été occultées (le rêve, l’inversion, le travail sur le langage ou le nonsense). Il reste que la mission de cet Alice 2 est rempli : un grand film d’aventure, poétique et spectaculaire, avec un message féministe par dessus le marché.

    Alice de l'autre Côté du Miroir (Alice Through the Looking Glass),
    de James Bobin, avec Mia Wasikowska, Johnny Depp, Helena Bonham Carter,
    Sacha Baron Cohen et Anne Hathaway, USA, 2016, 113 mn

  • Amour et compassion

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    maxresdefault.jpgBiopic réussi et audacieux, Love & Mercy est l'une des jolies surprises cinématographiques de l'année 2015. Le film vient de sortir en DVD : c'est l'occasion de découvrir ce film en même temps que de se plonger dans l'univers de Brian Wilson, l'un des génies musicaux de ces 50 dernières années.

    Love & Mercy fait le choix non de retracer la carrière du leader des Beach Boys mais de s'intéresser à deux moments cruciaux de sa vie et de sa carrière, traités par alternance.

    La première de ces étapes suit la phase de succès du groupe californien lorsque "Beach Boys" rimait avec succès interplanétaires (Surfin' USA, I Get Around, California Girls, Barbara Ann), rêve américain, plages et jolies filles en bikinis. Prodige du groupe et personnalité fragile et fantasque, tyrannisé par son père qui lui ôtera tout droit sur ses compositions, le jeune Brian Wilson, interprété avec talent par Paul Dano, a l'idée de sortir du chemin balisé du groupe et rêve de recherches musicales et de nouveaux sons à travers un concept album, Smile. Nous sommes en 1967 et ce projet ne suscite guère d'enthousiasme autour de lui.

    La deuxième époque s'ouvre vingt ans plus tard et Brian Wilson est une légende dont la carrière semble derrière lui. Le leader des Beach Boys (interprété pour cette période par John Cusack) n'est plus que l'ombre de lui-même : malade, schizophrène, atteint d'une dépression, il est en plus sous l'emprise d'un médecin, gourou et manipulateur, Eugene Landy (Paul Giamatti, étonnant et terrifiant). Melinda Ledbetter (Elizabeth Banks), une commerciale spécialisée en vente de voitures, croise par hasard Brian Wilson. Entre les deux, le courant passe. À l'admiration pour le chanteur en fin de carrière, succède une évidence : la jeune femme entend bien sortir Brian Wilson du piège chimique et mental où il est englué.

    Film à double facettes, Love & Mercy (littéralement "Amour et Compassion", un titre interprété par le "vrai" Brian Wilson dans le générique de fin) est le récit d'une touchante histoire d'amour autant que d'une d'une rédemption, avec en filigrane l'album emblématique Smile. Le bloggeur fera juste la fine bouche à ce sujet : autant la genèse de ce concept-album est abordé à travers les affres de la création de Wilson et des scènes d'enregistrements passionnantes, autant est mis sous silence la sortie de ce disque légendaire, Smile. Il est vrai qu'elle n'eut lieu que bien plus tard, en 2004 et a confirmé le retour sur le devant de la scène d'un authentique génie, ce que montre par ailleurs Love & Mercy.

    Love & Mercy, de Bill Pohlad, avec Paul Dano, John Cusack, Elizabeth Banks
    et Paul Giamatti, USA, 2015, 120 mn

  • Jamais domptées

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    Mustang_0.jpgMustang sort cette semaine en DVD. C’est l’occasion de découvrir ou revoir un des chocs cinématographiques de l’année 2015.

    La réalisatrice franco-turque Deniz Ganze Ergüven a reçu le tour de force de susciter l’enthousiasme avec un film exigeant joué par des acteurs inconnus. Ou plutôt des actrices inconnues, car Mustang s’intéresse à cinq sœurs, enfants et adolescentes, qu’une innocente excursion sur la plage un dernier jour d’école suscite la désapprobation dans un village turc traditionnel. Humiliée par les ragots qui courent au sujet des cinq filles, leur grand-mère décide de les isoler des tentations du monde extérieur et de les enfermer dans la demeure familiale, en attendant de les marier.

    Dans ce qui est devenu une forteresse domestique, les cinq filles font corps avec une solidarité et une soif de vivre exceptionnelles. Elles tentent de grappiller à leur grand-mère et à un oncle complice quelques parcelles de libertés : des jeux, des rires, des regards lancés en catimini à des garçons ou une partie de football à Istanbul. Les jeunes filles ne se considèrent pas comme domptées et veulent trouver une autre voie que le désespoir ou la résignation.

    Cinq adolescentes enfermées par leur famille pour les isoler des tentations du monde extérieur : la référence au Virgin Suicides de Sofia Coppola (1999) est évidente. Là s’arrête pourtant la similitude entre les deux films. Là où la réalisatrice américaine dévoilait dès le début au spectateur le dénouement tragique des cinq sœurs recluses par des parents catholiques traditionalistes, Deniz Ganze Ergüven déroule un scénario parfaitement huilé, avec son lot d’incertitudes jusqu’à la fin. 

    Mustang est un film de combat, bien plus sans doute que Virgin Suicides, émouvante œuvre désenchantée sur l’adolescence et sur le souvenir de jeunes filles broyées. La réalisatrice franco-turque aborde frontalement le thème de la domination patriarcale et des traditions religieuses aliénantes, pourtant acceptées majoritairement car considérées comme "soft". Cette "domination soft" a une réalité : la toute puissance de la famille, l’aliénation de jeunes filles dont l’émancipation est devenue quasi impossible, la recherche d’une pureté impossible (la scène du mariage et de la nuit de noce est un subtil mélange de tragédie et de comédie noire) et l’importance donnée au mariage, la seule issue donnée à ces jeunes filles. Les cinq sœurs turques ne sont pas les victimes résignées de traditions religieuses mais des guerrières qui ne peuvent être domptées, des mustangs qui n’ont pas renoncé à leur liberté, à commencer par la plus jeune, Lale (Güneş Nezihe Şensoy).

    Deniz Ganze Ergüven s’est battue pour bâtir un film bouleversant, aidée par une équipe d’actrices impeccables et de seconds rôles tout aussi brillants. Le résultat est Mustang, une œuvre inoubliable et un cri d’amour en faveur de la liberté, de l’adolescence et du combat contre tous les fanatismes.

    Mustang, film dramatique germano-franco-turco-qatari de Deniz Gamze Ergüven,
    avec Güneş Nezihe Şensoy, Doğa Zeynep Doğuşlu, Tuğba Sunguroğlu, Elit İşcan, İlayda Akdoğan, Ayberk Pekcan et Nihal Koldaş, 2015, 97 mn, en DVD